Aller au contenu

Les Misérables

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.

Les Misérables est un roman de Victor Hugo paru en 1862.

Citations

[modifier]

Tome I : Fantine

[modifier]
Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. - Hauteville-House, 1862.



Il était bien fait de sa personne, quoique d’assez petite taille, élégant, gracieux, spirituel ; toute la première partie de sa vie avait été donnée au monde et aux galanteries.
Il était bien fait de sa personne, quoique d’assez petite taille, élégant, gracieux, spirituel ; toute la première partie de sa vie avait été donnée au monde et aux galanteries.

– Quel est ce bonhomme qui me regarde ?
– Sire, dit M. Myriel, vous regardez un bonhomme, et moi 
je regarde un grand homme. Chacun de nous peut profiter



M. Myriel devait subir le sort de tout nouveau venu dans une petite ville où il y a beaucoup de bouches qui parlent et fort peu de têtes qui pensent.



tous ces racontages, sujets de conversation qui occupent dans le premier moment les petites villes et les petites gens, étaient tombés dans un oubli profond. Personne n’eût osé en parler, personne n’eût même osé s’en souvenir



Mademoiselle Baptistine était une personne longue, pâle, mince, douce ; elle réalisait l’idéal de ce qu’exprime le mot « respectable » ; car il semble qu’il soit nécessaire qu’une femme soit mère pour être vénérable. Elle n’avait jamais été jolie ; toute sa vie, qui n’avait été qu’une suite de saintes œuvres, avait fini par mettre sur elle une sorte de blancheur et de clarté, et, en vieillissant, elle avait gagné ce qu’on pourrait appeler la beauté de la bonté. Ce qui avait été de la maigreur dans sa jeunesse était devenu, dans sa maturité, de la transparence ; et cette diaphanéité laissait voir l’ange. C’était une âme plus encore que ce n’était une vierge. Sa personne semblait faite d’ombre ; à peine assez de corps pour qu’il y eût là un sexe ; un peu de matière contenant une lueur ; de grands yeux toujours baissés ; un prétexte pour qu’une âme reste sur la terre. Madame Magloire était une petite vieille, blanche, grasse, replète, affairée, toujours haletante, à cause de son activité d’abord, ensuite à cause d’un asthme



Ils avaient pour tout domestique une servante du même âge que mademoiselle Baptistine, et appelée madame Magloire, laquelle, après avoir été la servante de M. le Curé, prenait maintenant le double titre de femme de chambre de mademoiselle et femme de charge de monseigneur.



Elle n’avait jamais été jolie ; toute sa vie, qui n’avait été qu’une suite de saintes œuvres, avait fini par mettre sur elle une sorte de blancheur et de clarté ; et, en vieillissant, elle avait gagné ce qu’on pourrait appeler la beauté de la bonté. Ce qui avait été de la maigreur dans sa jeunesse était devenu, dans sa maturité, de la transparence ; et cette diaphanéité laissait voir l’ange. C’était une âme plus encore que ce n’était une vierge. Sa personne semblait faite d’ombre ; à peine assez de corps pour qu’il y eût là un sexe ; un peu de matière contenant une lueur ; de grands yeux toujours baissés ; un prétexte pour qu’une âme reste sur la terre.



L’évêque garda un moment le silence, puis il se tourna brusquement vers le directeur de l’hôpital : – Monsieur, dit-il, combien pensez-vous qu’il tiendrait de lits rien que dans cette salle ? – La salle à manger de monseigneur ! s’écria le directeur

stupéfait. L’évêque parcourait la salle du regard et semblait y faire avec les yeux des mesures et des calculs. – Il y tiendrait bien vingt lits ! dit-il, comme se parlant à lui-même. Puis élevant la voix : – Tenez, monsieur le directeur de l’hôpital, je vais vous dire. Il y a évidemment une erreur. Vous êtes vingt-six personnes dans cinq ou six petites chambres. Nous sommes trois ici, et nous avons place pour soixante. Il y a erreur, je vous dis. Vous avez mon logis, et j’ai le vôtre. Rendez-moi ma maison. C’est ici chez vous.

Le lendemain, les vingt-six pauvres étaient installés dans le palais de l’évêque et l’évêque était à l’hôpital.



L’évêque, en moins d’un an, devint le trésorier de tous les bienfaits et le caissier de toutes les détresses. Des sommes considérables passaient par ses mains ; mais rien ne put faire qu’il changeât quelque chose à son genre de vie et qu’il ajoutât le moindre superflu à son nécessaire.



il y a toujours encore plus de misère en bas que de fraternité en haut



J’aime ce nom-là, disait-il. Bienvenu corrige monseigneur.



Dans ses tournées, il était indulgent et doux, et prêchait moins qu’il ne causait



c’est un homme juste parmi des hommes simples.



– Je songe, dit l’évêque, à quelque chose de singulier qui est, je crois, dans saint Augustin : « Mettez votre espérance dans celui auquel on ne succède point. »



Il avait dans l’occasion une raillerie douce qui contenait presque toujours un sens sérieux.



L’évêque, arrivé à lui, lui toucha le bras : — Monsieur le marquis, il faut que vous me donniez quelque chose. Le marquis se retourna, et répondit sèchement : — Monseigneur, j’ai mes pauvres. — Donnez-les-moi, dit l’évêque.



Hélas ! Dieu donne l’air aux hommes, la loi le leur vend. Je n’accuse pas la loi, mais je bénis Dieu.



Il savait dire les choses les plus grandes dans les idiomes les plus vulgaires. Parlant toutes les langues, il entrait dans toutes les âmes.



– Voyons le chemin par où la faute a passé.



« L’homme a sur lui la chair qui est tout à la fois son fardeau et sa tentation. Il la traîne et lui cède.



Dans cette obéissance-là, il peut encore y avoir de la faute ; mais la faute, ainsi faite, est vénielle. C’est une chute, mais une chute sur les genoux, qui peut s’achever en prière.



« Être un saint, c’est l’exception ; être un juste, c’est la règle. Errez, défaillez, péchez, mais soyez des justes




« Le moins de péché possible, c’est la loi de l’homme. Pas de péché du tout est le rêve de l’ange. Tout ce qui est terrestre



Il disait encore : – À ceux qui ignorent, enseignez-leur le plus de choses que vous pourrez ; la société est coupable de ne pas donner l’instruction gratis ;



Comme on voit, il avait une manière étrange et à lui de juger les choses. Je soupçonne qu’il avait pris cela dans l’évangile.



– Celui que l’homme tue, Dieu le ressuscite ; celui que les frères chassent retrouve le Père. Priez, croyez, entrez dans la vie ! le Père est là.



Il fut père, frère, ami, évêque pour bénir seulement



les choses les plus sublimes sont souvent aussi les choses les moins comprises



La guillotine est la concrétion de la loi ; elle se nomme vindicte ; elle n’est pas neutre, et ne vous permet pas de rester neutre. Qui l’aperçoit frissonne du plus mystérieux des frissons. Toutes les questions sociales dressent autour de ce couperet leur point d’interrogation. L’échafaud est vision. L’échafaud n’est pas une charpente, l’échafaud n’est pas une machine, l’échafaud n’est pas une mécanique inerte faite de bois, de fer et de cordes. Il semble que ce soit une sorte d’être qui a je ne sais quelle sombre initiative ; on dirait que cette charpente voit, que cette machine



La mort n’appartient qu’à Dieu. De quel droit les hommes touchent-ils à cette chose inconnue ?



Tantôt il bêchait la terre dans son jardin, tantôt il lisait et écrivait. Il n’avait qu’un mot pour ces deux sortes de travail ; il appelait cela jardiner. – L’esprit est un jardin, disait-il.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. V (« Que monseigneur Bienvenu faisait

durer trop longtemps ses soutanes »), p. 38 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)




Il visitait les pauvres tant qu’il avait de l’argent ; quand il n’en avait plus, il visitait les riches.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. V (« Que monseigneur Bienvenu faisait

durer trop longtemps ses soutanes »), p. 39 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



Le plus beau des autels, disait-il, c’est l’âme d’un malheureux consolé qui remercie Dieu



il disait – Cela ne prend rien aux pauvres.



– Monseigneur, vous qui tirez parti de tout, voilà pourtant un carré inutile. Il vaudrait mieux avoir là des salades que des bouquets.



– Madame Magloire, répondit l’évêque, vous vous trompez. Le beau est aussi utile que l’utile. — Il ajouta après un silence : Plus peut-être.



« Voici la nuance : la porte du médecin ne doit jamais être fermée ; la porte du prêtre doit toujours être ouverte. »



Il n’étudiait pas les plantes ; il aimait les fleurs. Il respectait beaucoup les savants, il respectait encore plus les ignorants, et, sans jamais manquer à ces deux respects, il arrosait ses plates-bandes chaque soir d’été avec un arrosoir de fer-blanc peint en vert.



Sur un autre livre, intitulé Philosophie de la science médicale, il avait écrit cette autre note : « Est-ce que je ne suis pas médecin comme eux ? Moi aussi j’ai mes malades ; d’abord j’ai les leurs, qu’ils appellent les malades ; et puis j’ai les miens, que j’appelle les malheureux. » Ailleurs encore il avait écrit : « Ne demandez pas son nom à qui vous demande un gîte. C’est surtout celui-là que son nom embarrasse qui a besoin d’asile. »



– Il y a la bravoure du prêtre comme il y a la bravoure du colonel de dragons. Seulement, ajoutait-il, la nôtre doit être tranquille.



– Il y a là, dans la montagne, reprit l’évêque, une humble petite commune grande comme ça, que je n’ai pas vue depuis trois ans. Ce sont mes bons amis. De doux et honnêtes bergers. Ils possèdent une chèvre sur trente qu’ils gardent. Ils font de fort jolis cordons de laine de diverses couleurs, et ils jouent des airs de montagne sur de petites flûtes à six trous. Ils ont besoin qu’on leur parle de temps en temps du bon Dieu. Que diraient ils d’un évêque qui a peur ? Que diraient-ils si je n’y allais pas ?



Je ne suis pas en ce monde pour garder ma vie, mais pour garder les âmes.



– À qui se contente d’un surplis de curé, Dieu envoie une chape d’archevêque.



Le soir, avant de se coucher, il dit encore : – Ne craignons jamais les voleurs ni les meurtriers. Ce sont là les dangers du dehors, les petits dangers. Craignons-nous nous-mêmes. Les préjugés, voilà les voleurs ; les vices, voilà les meurtriers. Les grands dangers sont au dedans de nous. Qu’importe ce qui menace notre tête ou notre bourse ! Ne songeons qu’à ce qui menace notre âme.



Puis se tournant vers sa sœur : – Ma sœur, de la part du prêtre jamais de précaution contre le prochain. Ce que le prochain fait, Dieu le permet. Bornons-nous à prier Dieu quand nous croyons qu’un danger arrive sur nous. Prions-le, non pour nous, mais pour que notre frère ne tombe pas en faute à notre occasion.



Du reste, les événements étaient rares dans son existence. Nous racontons ceux que nous savons ; mais d’ordinaire il passait sa vie à faire toujours les mêmes choses aux mêmes moments. Un mois de son année ressemblait à une heure de sa journée.



un homme qui a du grand dans l’esprit



– Commérages des oies sur le vautour.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 72 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



Il y avait de la liberté dans son agonie.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 77 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



l’homme a un tyran, l’ignorance
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 77 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



– C’est la même chose. La conscience, c’est la quantité de science innée que nous avons en nous.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 77 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



J’abrège. Je m’arrête, j’ai trop beau jeu. D’ailleurs je me meurs.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 84 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



Oui, les brutalités du progrès s’appellent révolutions. Quand elles sont finies, on reconnaît ceci : que le genre humain a été rudoyé, mais qu’il a marché
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 84 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



Le progrès doit croire en Dieu. Le bien ne peut pas avoir de serviteur impie. C’est un mauvais conducteur du genre humain que celui qui est athée.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 84-85 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



Le vieux représentant du peuple ne répondit pas. Il eut un tremblement. Il regarda le ciel, et une larme germa lentement dans ce regard. Quand la paupière fut pleine, la larme coula le long de sa joue livide, et il dit presque en bégayant, bas et se parlant à lui-même, l’œil perdu dans les profondeurs : – Ô toi ! ô idéal ! toi seul existes !
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 85 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



– L’infini est. Il est là. Si l’infini n’avait pas de moi, le moi serait sa borne ; il ne serait pas infini ; en d’autres termes, il ne serait pas. Or il est. Donc il a un moi. Ce moi de l’infini, c’est Dieu.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 85 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)


Il était évident qu’il venait de vivre en une minute les quelques heures qui lui restaient.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 85 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



j’ai pour la pauvre foule ignorante visage de damné, et j’accepte, ne haïssant personne, l’isolement de la haine.
  • Les Misérables, vol. 1, Victor Hugo, éd. Le Livre de Poche, 1998  (ISBN 2-253-09633-4), t. I (« Fantine »), chap. X («L’évêque en présence d’une lumière

inconnue »), p. 87 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)



Je les gênais. L’air du dehors leur venait par moi. Je leur faisais l’effet d’une porte ouverte



Disons-le en passant, ce ne serait pas une haine intelligente que la haine du luxe. Cette haine impliquerait la haine des arts. Cependant, chez les gens d’église, en dehors de la représentation et des cérémonies, le luxe est un tort. Il semble révéler des habitudes peu réellement charitables. Un prêtre opulent est un contre-sens. Le prêtre doit se tenir près des pauvres. Or peut-on toucher sans cesse, et nuit et jour, à toutes les détresses, à toutes les infortunes, à toutes les indigences, sans avoir soi-même sur soi un peu de cette sainte misère, comme la poussière du travail ? Se figure-t-on un homme qui est près d’un brasier, et qui n’a pas chaud ? Se figure-t-on un ouvrier qui travaille sans cesse à une fournaise, et qui n’a ni un cheveu brûlé, ni un ongle noirci, ni une goutte de sueur, ni un grain de cendre au visage ? La première preuve de la charité chez le prêtre, chez l’évêque surtout, c’est la pauvreté. C’était là sans doute ce que pensait M. l’évêque de Digne.



ces trois pures lumières, la Vérité, la Justice, la Charité.



Mais ce qui nous plaît vis-à-vis de ceux qui montent nous plaît moins vis-à-vis de ceux qui tombent. Nous n’aimons le combat que tant qu’il y a danger ; et, dans tous les cas, les combattants de la première heure ont seuls le droit d’être les exterminateurs de la dernière. Qui n’a pas été accusateur opiniâtre pendant la prospérité doit se taire devant l’écroulement. Le dénonciateur du succès est le seul légitime justicier de la chute.



il était et il fut, en toute chose, juste, vrai, équitable, intelligent, humble et digne ; bienfaisant, et bienveillant, ce qui est une autre bienfaisance.



Toute carrière a ses aspirants qui font cortège aux arrivés. Pas une puissance qui n’ait son entourage ; pas une fortune qui n’ait sa cour.



Vrai ou faux, ce qu'on dit des hommes tient souvent autant de place dans leur vie et surtout dans leur destinée que ce qu'ils font.


Ce tout petit changement avait été une révolution.


Dans les premiers temps, quand on le vit commencer, les bonnes âmes dirent : C'est un gaillard qui veut s'enrichir. Quand on le vit enrichir le pays avant de s'enrichir lui-même, les mêmes bonnes âmes dirent : C'est un ambitieux.[…]

Ceux qui avaient déclaré ce nouveau venu « un ambitieux », saisirent avec transport cette occasion que tous les hommes souhaitent de s'écrier : « Là ! qu'est-ce que nous avions dit ? ». […]. Quelques jours après, la nomination parut dans le Moniteur. Le lendemain, le père Madeleine refusa. […].
Nouvelle rumeur dans la petite ville. Eh bien ! c'est la croix qu'il voulait ! Le père Madeleine refusa la croix. […]
Décidément cet homme était une énigme. Les bonnes âmes se tirèrent d'affaire en disant : Après tout, c'est une espèce d'aventurier. […]
Quand on l'avait vu gagner de l'argent, on avait dit : c'est un marchand. Quand on l'avait vu semer son argent, on avait dit : c'est un ambitieux. Quand on l'avait vu repousser les honneurs, on avait dit : c'est un aventurier. Quand on le vit repousser le monde, on dit : c'est une brute. […].

Ce fut là la troisième phase de son ascension. Le père Madeleine était devenu monsieur Madeleine, monsieur Madeleine devint monsieur le maire.


Les livres sont des amis froids et sûrs.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. I (« Fantine »), chap. III (« Sommes déposées chez Laffitte »), livre V (« La descente »), p. 294 (texte intégral sur Wikisource)


L'œil de l'esprit ne peut trouver nulle part plus d'éblouissements ni plus de ténèbres que dans l'homme ; il ne peut se fixer sur aucune chose qui soit plus redoutable, plus compliquée, plus mystérieuse et plus infinie. Il y a un spectacle plus grand que la mer, c'est le ciel ; il y a un spectacle plus grand que le ciel, c'est l'intérieur de l'âme.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Lacroix, 1866, t. I (« Fantine »), chap. III (« Une tempête sous un crâne »), livre VII (« L'affaire Champmathieu »), p. 122 (texte intégral sur Wikisource)


La conscience, c'est le chaos des chimères, des convoitises et des tentations, la fournaise des rêves, l'antre des idées dont on a honte ; c'est le pandémonium des sophismes, c'est le champ de bataille des passions.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Lacroix, 1866, t. I (« Fantine »), chap. III (« Une tempête sous un crâne »), livre VII (« L'affaire Champmathieu »), p. 123 (texte intégral sur Wikisource)


Voyager, c'est naître et mourir à chaque instant.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. I (« Fantine »), chap. V (« Bâtons dans les roues »), livre VII (« L'affaire Champmathieu »), p. 441 (texte intégral sur Wikisource)


Tome II : Cosette

[modifier]
Cosette, illustration pour Les Misérables par Émile Bayard.
Penser, voilà le triomphe vrai de l’âme.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. II (« Cosette »), chap. VI (« Bonté absolue de la prière »), livre VII (« Parenthèse »), p. 387 (texte intégral sur Wikisource)


Nous sommes pour la religion contre les religions.


Tome III : Marius

[modifier]
La vie, le malheur, l'isolement, l'abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres.


Tome IV : L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis

[modifier]
Quant à nous, si nous étions forcés à l’option entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), chap. V (« Faits d’où l’histoire sort et que l’histoire ignore  »), livre I (« Quelques pages d'histoire »), p. 1445 (texte intégral sur Wikisource)


La pensée est le labeur de l’intelligence, la rêverie en est la volupté.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), chap. I (« Le Champ de l’Alouette »), livre II (« Éponine »), p. 71 (texte intégral sur Wikisource)


Remplacer la pensée par la rêverie, c’est confondre un poison avec une nourriture.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), chap. I (« Le Champ de l’Alouette »), livre II (« Éponine »), p. 71 (texte intégral sur Wikisource)


L'âme qui aime et qui souffre est à l'état sublime.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), chap. I (« Le Champ de l’Alouette »), livre II (« Éponine »), p. 72 (texte intégral sur Wikisource)


L’amour, c’est la salutation des anges aux astres.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), chap. IV (« Un cœur sous une pierre »), livre V (« Dont la fin ne ressemble pas au commencement »), p. 193 (texte intégral sur Wikisource)


Dieu est derrière tout, mais tout cache Dieu.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. J. Hetzel et A. Quantin, 1882, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), chap. IV (« Un cœur sous une pierre »), livre V (« Dont la fin ne ressemble pas au commencement »), p. 193 (texte intégral sur Wikisource)


L'homme n'est pas un cercle à un seul centre ; c'est une ellipse à deux foyers. Les faits sont l'un, les idées sont l'autre.
  • Les Misérables, Victor Hugo, éd. Pagnere, 1862, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), chap. I (« Origine »), livre VII (« L'argot »), p. 386 (texte intégral sur Wikisource)


L’argot n’est autre chose qu’un vestiaire où la langue, ayant quelque mauvaise action à faire, se déguise. Elle s’y revêt de mots masques et de métaphores haillons.


Si la nature s’appelle providence, la société doit s’appeler prévoyance.


Des enfantillages, des redites, des rires pour rien, des inutilités, des niaiseries, tout ce qu'il y a au monde de plus sublime et de plus profond ! les seules choses qui vaillent la peine d'être dites et d'être écoutées ! Ces niaiseries-là, ces pauvretés-là l'homme qui ne les a jamais prononcées, est un imbécile et un méchant homme.


C'est une étrange prétention des hommes de vouloir que l'amour conduise quelque part


Parfois, insurrection, c'est résurrection.
  • « Les Misérables », dans Œuvres complètes de Victor Hugo, Victor Hugo, éd. J. Hetzel, A. Quantin, 1883, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), vol. Roman. VIII, chap. II (« Le fond de la question »), livre X (« Le 5 juin 1832 »), p. 405 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)


Il vient une heure où protester ne suffit plus ; après la philosophie il faut l’action ; la vive force achève ce que l’idée a ébauché.
  • « Les Misérables », dans Œuvres complètes de Victor Hugo, Victor Hugo, éd. J. Hetzel, A. Quantin, 1883, t. IV (« L'idylle rue Plumet et l'épopée rue Saint-Denis »), vol. Roman. VIII, chap. III (« L'extrême bord »), livre XIII (« Marius entre dans l'ombre »), p. 532 (voir la fiche de référence de l'œuvre) (texte intégral sur Wikisource)


Les principes ne se morcellent pas, la logique du vrai est rectiligne, le propre de la vérité c'est de manquer de complaisance.


Elle était morte avec cette joie tragique des cœurs jaloux qui entraînent l'être aimé dans leur mort, et qui disent : personne ne l'aura !


Tome V : Jean Valjean

[modifier]
La lumière des torches ressemble à la sagesse des lâches; elle éclaire mal, parce qu'elle tremble


Courfeyrac tout à coup aperçut quelqu’un au bas de la barricade, dehors, dans la rue, sous les balles.
Gavroche avait pris un panier à bouteilles, dans le cabaret, était sorti par la coupure, et était paisiblement occupé à vider dans son panier les gibernes pleines de cartouches des gardes nationaux tués sur le talus de la redoute.
– Qu’est-ce que tu fais là ?
– Citoyen, j’emplis mon panier.
– Tu ne vois donc pas la mitraille ?
– Eh bien, il pleut. Après ?
– Rentre !
– Tout à l’heure, fit Gavroche. […].
Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près d’une borne, une balle frappa le cadavre.
– Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu’on me tue mes morts.[…], il chanta :
On est laid à Nanterre,
C’est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C’est la faute à Rousseau.
[…] Là une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta :
Je ne suis pas notaire,
C’est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C’est la faute à Rousseau.
Une cinquième balle ne réussit qu’à tirer de lui un troisième couplet :
Joie est mon caractère,
C’est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C’est la faute à Rousseau.
Cela continua ainsi quelque temps. Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. […].
Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…
Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler.


Quand la campagne de Rome fut ruinée par l’égout romain, Rome épuisa l’Italie, et quand elle eut mis l’Italie dans son cloaque, elle y versa la Sicile, puis la Sardaigne, puis l’Afrique. L’égout de Rome a engouffré le monde. Ce cloaque offrait son engloutissement à la cité et à l’univers. Urbi et orbi . Ville éternelle, égout insondable.


La philosophie est le microscope de la pensée.


L’égout est le vice que la ville a dans le sang.


Le hasard réunissait et semblait confronter lugubrement les trois immobilités tragiques, le cadavre, le spectre, la statue.


Un malfaiteur bienfaisant, un forçat compatissant, doux, secourable, clément, rendant le bien pour le mal, rendant le pardon pour la haine, préférant la pitié à la vengeance, aimant mieux se perdre que de perdre son ennemi, sauvant celui qui l’a frappé, agenouillé sur le haut de la vertu, plus voisin de l’ange que de l’homme !


Être le granit, et douter ! être la statue du châtiment fondue tout d’une pièce dans le moule de la loi, et s’apercevoir subitement qu’on a sous sa mamelle de bronze quelque chose d’absurde et de désobéissant qui ressemble presque à un cœur !


Comment se faisait-il que l'existence de Jean Valjean eût coudoyé si longtemps celle de Cosette? Qu'était-ce que ce sombre jeu de la providence qui avait mis cet enfant en contact avec cet homme? Y a-t-il donc aussi des chaînes à deux forgées là-haut, et Dieu se plaît-il à accoupler l'ange avec le démon? Un crime et une innocence peuvent donc être camarades de chambrée dans le mystérieux bagne des misères? Dans ce défilé de condamnés qu'on appelle la destinée humaine, deux fronts peuvent passer l'un près de l'autre, l'un naïf, l'autre formidable, l'un tout baigné des divines blancheurs de l'aube, l'autre à jamais blêmi par la lueur d'un éternel éclair? Qui avait pu déterminer cet appareillement inexplicable? De quelle façon, par suite de quel prodige, la communauté de vie avait-elle pu s'établir entre cette céleste petite et ce vieux damné ? Qui avait pu lier l'agneau au loup, et, chose plus incompréhensible encore, attacher le loup à l'agneau? Car le loup aimait l'agneau, car l'être farouche adorait l'être faible, car, pendant neuf années, l'ange avait eu pour point d'appui le monstre.


– Ce n'est rien de mourir ; c'est affreux de ne pas vivre.


Cette pierre est toute nue. […]. On n’y lit aucun nom.

Seulement, voilà de cela bien des années déjà, une main y a écrit au crayon ces quatre vers qui sont devenus peu à peu illisibles sous la pluie et la poussière, et qui probablement sont aujourd’hui effacés :
Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange,
La chose simplement d’elle-même arriva,

Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va.


Vous pouvez également consulter les articles suivants sur les autres projets Wikimédia :