Joseph Conrad

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Joseph Conrad (Teodor Józef Konrad Korzeniowski h. Nałęcz), né le 3 décembre 1857 à Berditchev et décédé le 3 août 1924 à Bishopsbourne, est un écrivain anglais d'origine polonaise.

Lord Jim[modifier]

[…] ce doute anxieux qui monte comme un brouillard […]


« Ah ! quelle occasion manquée ! Bon Dieu ! Quelle occasion manquée ! » s'écria-t-il avec feu, mais ce dernier « manqué » avait l'accent d'un cri arraché par la douleur.


« Mais l'honneur — l'honneur, monsieur !... L'honneur... çà c'est quelque chose qui existe — vraiment ! Et quel prix on peut trouver à la vie quand... » Il se mit debout avec une lourde impétuosité, un peu comme un bœuf tiré en sursaut de sa léthargie se dresserait brusquement sur ses pattes hors de son lit d'herbe... « Quand l'honneur est perdu — ah ça ! par exemple — je ne peux donner une opinion — parce que — monsieur — je ne sais pas ce que c'est. »


Mon dernier mot concernant Jim sera bref. J'affirme qu'il a atteint à la grandeur ; mais à être dite, ou plutôt à être entendue, la chose se trouverait rapetissée. Pour être franc, ce n'est pas de mes paroles que je me méfie, mais de vos esprits. Je pourrais être éloquent si je ne redoutais que vous ayez laissé mourir d'inanition votre imagination, pour nourrir votre corps. Je ne veux pas vous offenser ; il est parfaitement respectable de ne pas avoir d'illusions — et c'est sans danger — profitable — et ennuyeux. Cependant, dans votre temps, vous aussi avez dû connaître l'intensité de la vie, cet éclair de fascination qui naît du choc de détails insignifiants, et qui est aussi étonnant que l'éclat des étincelles que l'on arrache à un silex froid — et d'aussi courte durée, hélas !


« Claquer la porte ! s'exclama-t-il à voix forte. Il y a longtemps que j'attendais celà. Je finirai par vous faire voir... Je vais... Je suis prêt à n'importe quelle sacrée aventure... J'ai rêvé de cela... Bon sang ! Sortir de tout ceci. Bon sang ! Voilà enfin une chance... Vous allez voir... Je vais... »


« Je suis absurde, n'est-ce pas ? Que puis-je désirer de plus ? Si vous leur demandez qui est brave — qui est loyal — qui est juste — quel est l'homme à qui ils donneraient leur vie, tous répondraient : Tuan Jim. Et pourtant, ils ne sauront jamais la vérité, la vérité vraie.. »


Il était blanc de la tête aux pieds, et il fut constamment visible, avec la forteresse de la nuit derrière lui, la mer à ses pieds, et à ses côtés la chance — toujours voilée. Que dites-vous ? Était-elle toujours voilée ? Je n'en sais rien. Pour moi cette silhouette blanche environnée de la paix de la côte et de la mer semblait dressée au cœur d'une vaste énigme. Le crépuscule déclinait rapidement dans le ciel au-dessus de sa tête, la bande de sable à ses pieds avait déjà sombré dans la nuit, et lui-même ne paraissait pas plus grand qu'un enfant — puis il ne fut plus qu'un point, un minuscule point blanc, qui semblait concentrer toute la lumière qui restait dans un monde enténébré... Et puis, soudain, je ne le vis plus...


Jeunesse[modifier]

« Ô jeunesse ! Quelle force, quelle foi, quelle imagination en elle ! Pour moi ce n'était pas une vieille guimbarde trimbalant par le monde un tas de charbon pour toute cargaison — pour moi ce bateau était l'effort, l'épreuve, la pierre de touche de la vie. J'y pense avec plaisir, avec affection, avec regret — comme on pense à un cher disparu. Je ne l'oubierai jamais... Passez-moi la bouteille. »


« Ah ! L'enchantement de la jeunesse ! Ah ! Le feu de la jeunesse, plus éblouissant que les flammes du navire embrasé, et qui jette une lueur magique sur la terre immense et bondit avec audace jusqu'au ciel, et que le temps, plus cruel, plus impitoyable, plus âpre que la mer, aura tôt fait d'éteindre — semblable aux flammes du navire incendié cerné par une nuit impénétrable. »


J'ignorais jusque-là quel bon marin je faisais. Je me souviens des visages tirés, des silhouettes abattues de mes deux hommes, et je me souviens de ma jeunesse et du sentiment qui ne reviendra plus jamais — le sentiment que je pourrais durer à jamais, survivre à la mer, à la terre, à toute l'humanité ; ce sentiment trompeur qui nous attire fallacieusement vers les joies, les périls, m'amour, les vains efforts — vers la mort ; la conviction triomphante de la force, la chaleur de la vie dans une poignée de poussière, l'ardeur au cœur qui chaque année s'affaiblit, se refroidit, diminue et s'éteint — s'éteint trop tôt — avant la vie elle même.


Typhon[modifier]

Et cependant ces vies, sans intérêts, entièrement absorbées par l'actualité la plus simple et la plus immédiate, ont leur côté mystérieux. Comment comprendre, dans le cas de Mac Whirr par exemple, quelle influence au monde avait bien pu pousser cet enfant parfaitement soumis, ce fils d'un petit épicier de Belfast, à s'enfuir sur la mer ? Il n'avait que quinze ans quand il a fait ce coup-là ! Cet exemple suffit, pour peu qu'on y réfléchisse, à suggérer l'idée d'une immense, puissante et invisible main, prête à s'abattre sur la fourmilière de notre globe, à saisir chacun de nous par les épaules, à entrechoquer nos têtes et à précipiter dans des directions inattendues et vers d'inconcevables buts nos forces inconscientes. Son père ne lui pardonna jamais complètement cette insubordination stupide.


– Nos canaux sont en train de filer, capitaine.
Alors il entendit de nouveau cette voix de tête assourdie dont la vertue pacifiante était telle, parmi la discordance affreuse des bruits, qu'on l'eût dite venue de quelque contrée reculée loin au-delà du sombre empire de la tempête, de quelque asile mystérieux ; il entendit de nouveau une voix humaine — ce son fragile et triomphant où l'infini de la pensée repose, et la résolution et le dessein, et qui, le jour du jugement, lorsque les cieux seront roulés, formulera la confiance — de nouveau, il entendit cela, une espèce de cri venu de très loin :
– C'est bien !


Le naufrage du titanic, et autres écrits sur la mer[modifier]

Apparemment, il y a un stade de développement où le progrès cesse d'être un progrès, non seulement dans les affaires, le sport, ou le merveilleux artisanat des hommes, mais aussi dans leurs demandes et leurs désirs, et dans leurs aspirations morales et spirituelles. Il y a un stade où le progrès, pour constituer une avançée, doit légèrement infléchir sa trajectoire. Mais cela est une vaste question.

  • Le naufrage du titanic, et autres écrits sur la mer, Joseph Conrad, éd. Arléa, 2009, p. 23


Le compagnon secret[modifier]

Mais c'est à peine si j'eus une pensée pour mon autre moi, parti désormais se cacher à jamais de tout visage amical, pour devenir un visage fugitif et un vagabon sur terre, sans stigmate de malédiction sur son front honnête pour arrêter une main criminelle..., trop fier pour expliquer.

  • Le compagnon secret, Joseph Conrad (trad. Odette Lamolle), éd. Autrement, 1996, p. 64

Et j'éprouvais une joie soudaine en pensant à la grande sécurité de la vie en mer, comparée à l'agitation sur terre, et comme j'avais eu raison de choisir cette existence sans tentations, ne présentant aucun problème inquiétant, investie d'une beauté morale élémentaire par la simplicité absolue de son appel et l'unicité de son but.

  • Le compagnon secret, Joseph Conrad (trad. Odette Lamolle), éd. Autrement, 1996, p. 13


Citation sur Joseph Conrad[modifier]

D'honneur perdu, il est encore question dans Lord Jim, I'histoire d'un jeune marin, commandant en second d'un navire rempli de passagers qu'il abandonne lâchement à leur sort et qui se défend des accusations portées contre lui devant Marlow, personnage récurent, probable alter ego de Conrad, solidaire de l'accusé malgré son ironie et sa distanciation.


Joseph Conrad (voilier), un trois-mâts baptisé en hommage à l’écrivain, aujourd’hui bateau musée.

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