Identité

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L'identité est un terme désignant plusieurs formes de relations, en logique, en métaphysique et en psychologie. On distingue l'identité comme relation d'un être à lui-même (« identité numérique » : le fait d'être un), de l'identité comme ressemblance extrême entre deux êtres (« identité qualitative »), et de l'identité comme ce qui fait le caractère d'un sujet dans son devenir temporel (« identité personnelle »). On parle également d'identité pour désigner l'appartenance de plusieurs êtres à une même espèce ou sorte (« identité spécifique »).

Histoire[modifier]

Marie-Jo Bonnet, Les Relations amoureuses entre les femmes, 1981[modifier]

L'amour entre femmes renvoie à une conscience identitaire basée sur un retour, non pas à la mère, comme le prône la psychanalyse, mais aux valeurs fondées sur l'individualité, dont Sappho a constitué un point d'incarnation historiquement décisif.
  • Les Relations amoureuses entre les femmes (1995), Marie-Jo Bonnet, éd. Odile Jacob, coll. « Poches », 1981, Introduction, p. 18


Littérature[modifier]

Roman[modifier]

Virginia Woolf, Les Vagues, 1952[modifier]

À présent que nos malles ont été déballées dans le dortoir, nous sommes assises en groupe sous les cartes géographiques du monde entier. Il y a des bureaux avec des encriers. Nous écrirons nos devoirs à l'encre ici. Mais ici je ne suis personne. Je n'ai pas de visage. Cette grande assemblée, vêtue de serge brune, m'a volé mon identité. Nous sommes toutes sans cœur, sans amies. Je vais chercher un visage, un visage calme, un visage monumental, et je le doterai d'omniscience, et je le porterai sous ma robe comme un talisman et après (je le promets) je trouverai un petit vallon dans un bois où je pourrai étaler mon assortiment de trésors curieux. Je me le promets.


Juillet a été couleur de vent et d'orage. Aussi, au milieu du mois, il y a eu, cadavérique, terrifiante, cette flaque grise dans la cour, alors que, une enveloppe à la main, je portais un message. Je suis arrivée à la flaque. Je n'ai pas pu la franchir. J'ai perdu mon identité. Nous ne sommes rien, ai-je dit, et je suis tombée. J'ai été balayée comme une plume. J'ai été emportée par un souffle dans des tunnels. Puis avec précaution, j'ai posé le pied. J'ai mis la main contre un mur de brique. Je suis revenue à moi avec beaucoup de peine, j'ai réintégré mon corps au-dessus de la flaque grise et cadavérique. Voici donc la vie à laquelle je suis destinée.


Dominique Fernandez, Porporino et les mystères de Naples, 1974[modifier]

En échappant à l'identité trop précise que confère la possession d'un nom particulier, ils flottaient dans une douce ignorance de leurs propres limites et, sans effort, sans bruit, sans démonstration spectaculaire, ils vivaient — comment le dire autrement ? — en gens libres. L'état civil ne les avait pas mutilés.
  • Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1974  (ISBN 978-2-246-01243-6), partie I « San Donato », Qui étais-je ?, p. 35


Le chemin fut long, épineux et ardu. Que de fois on n'a posé la question indiscrète ! Que de fois, à Naples mais surtout ici, à Heidelberg ou lors de mes tournées à Dresde, à Vienne, à Londres, me suis-je entendu dire, par la bouche de gens qui n'étaient pas forcément animés d'une intention maligne : « Mais vous, dans le fond, qui êtes-vous donc ? Comment vous définissez-vous ? » J'aurais dû leur répondre, maintenant que j'y pense, en leur parlant de San Donato et des coutumes de mon village natal. « Vous vous trompez et vous cherchez en vain à m'humilier en me demandant de vous déclarer à quel sexe, à quelle race j'appartiens. Car c'est bien là le fond de votre pensée, n'est-ce pas, influencée par cinquante ans de propagande franc-maçonne et jacobine ? Eh bien ! Voulez-vous que je vous dise la vérité ? La sagesse et le bonheur ne commencent que là où finit la conscience de son propre statut. »
  • Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1974  (ISBN 978-2-246-01243-6), partie I « San Donato », Qui étais-je ?, p. 38


Alexandre Najjar, Le roman de Beyrouth, 2005[modifier]

Pourquoi changer son identité ?
  • Le roman de Beyrouth, Alexandre Najjar, éd. Pocket, 2005, p. 13


François-Xavier Luciani, Subjonctif, 2018[modifier]

Pire qu'un "sans papier", l'énergumène était un "sans nom". Comment donc évoquer une entité sans identité aucune ? Dans un monde de nomenclatures, de cadres, de normes et de profils, la simple biologie ne peut être considérée comme une preuve d’existence recevable. Et puis quoi ? Être juste en vie ne suffit ni à être reconnu ni à faire partie de la réalité objective, ça se saurait !


– T’es même pas né sous "X" alors ? demanda enfin Anita-Anne-Annie.

– Qu’est-ce que cela signifie : sous "X" ?
– Ben que ta mère t’abandonne à la naissance pour que tu te fasses adopter… C’est un truc légal !
– Je ne connaissais pas cette locution : "sous X" !
– Et puis toi, t’as que deux prénoms : Ange et André !
– Oui !
– Alors que nous, on en a chacun trois ! Parce qu’on est né sous "X" !
– Quel rapport ?

– Les parents, quand ils te larguent, comment tu veux qu’on te donne leur nom de famille puisque, justement, c’est ça qu’ils veulent pas te filer ! Alors ils te fourguent trois prénoms, au choix ! Moi, ma mère n’a pas dû trop se casser le trognon, c’était une rapide : elle a pris les trois premiers prénoms féminins de la liste, dans l’ordre alphabétique : “Anita-Anne-Annie“ et vogue !
  • Subjonctif, François Xavier Luciani, éd. Éditions du net, 2018  (ISBN 978-2-312-06308-9), p. 117-118


Essai[modifier]

Amin Maalouf, Les Identités meurtrières[modifier]

Depuis que j’ai quitté le Liban en 1976 pour m’installer en France, que de fois m’a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais « plutôt français » ou « plutôt libanais ». Je réponds invariablement : « L’un et l’autre ! » Non par quelque souci d’équilibre ou d’équité, mais parce qu’en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c’est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C’est précisément cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m’amputais de moi-même ?
  • Les Identités meurtrières, Amin Maalouf, éd. Le Livre de Poche, 1998, p. 7


Forger l’Europe nouvelle, c’est forger une nouvelle conception de l’identité, pour elle, pour chacun des pays qui la composent, et un peu aussi pour le reste du monde.
  • Les Identités meurtrières, Amin Maalouf, éd. Le Livre de Poche, 1998, p. 186


Philosophie[modifier]

Alain de Benoist, Éléments n°113, 2004[modifier]

Mon identité n'est pas une forteresse aveugle, une cuirasse derrière laquelle je m'abrite pour me couper des autres. Elle est cette fenêtre qui n'appartient qu'à moi grâce à laquelle je peux découvrir le monde.


La perte d’identité est une pathologie qui prive l’individu à la fois de son

identité singulière (son nom) et de toute sociabilité possible, puisque celle-ci

implique toujours une médiation. Elle est en cela comparable à l’amnésie, à l’oubli, dont le propre est de plonger les êtres et les choses dans l’indistinction. Elle est comme cette « parole sans voix » dont parle Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra : une parole sans sujet, sans identité. Elle correspond à ce processus par lequel le sujet cesse d’exister comme tel, et n’existe plus que comme objet. La perte d’identité, pour les individus comme pour les peuples, c’est la sortie du symbolique. Cette sortie condamne à l’errance dans le perpétuel présent, c’est-à-dire à une fuite en avant qui n’a plus ni but ni fin.


Psychologie[modifier]

Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005[modifier]

Perversions narcissiques

Si les perversions sexuelles visent à « détourner », à des fins de jouissance, les pratiques sexuelles, les perversions narcissiques opèrent, dans une société à dominante narcissique (Lipovetski, Ehrenberg), des détournements visant l'identité et la personnalité de l'autre.
  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. « 128 Psychologie », 2005  (ISBN 2-200-34042-7), partie IV. Perversions narcissiques, chap. 1. Pourquoi l'extension du terme ?, p. 101


Spiritualité[modifier]

Maharishi Mahesh Yogi[modifier]

Il est possible à tout homme d'aller profondément à l'intérieur et de saturer sa conscience avec le bonheur intérieur, cette intelligence illimitée, qui demeure à la source de la pensée.
  • (en) It is possible for every man to go deep within and saturate his conscious mind with inner happiness with that unlimited intelligence that dwells at the source of thought.
  • Maharishi Mahesh Yogi, 1968, Lake Louise, Canada, dans Bienfaits-Méditation, paru 2010, Maharishi University.


L'Être est béatitude dans sa nature, il est bonheur infini. L'esprit se dirige toujours dans la direction d'un plus grand bonheur, c'est l'expérience de chacun. Quelque soit la direction où l'esprit va, il va dans la direction d'un plus grand bonheur. Et puisque la nature de l'Être intérieur est béatitude et bonheur infini, par conséquent, l'esprit durant la Méditation Transcendantale prend cette direction intérieure de la manière la plus spontanée possible.
  • (en) Being is bliss in it's nature, infinite happiness, mind is always moving in the direction of greater happiness, It is the experience of everyone, wherever the mind goes it goes in the direction of greater happiness. And because the nature of inner being is bliss, infinite happiness, therefore the mind during TM takes that inward course in a most spontaneous manner.
  • Maharishi Mahesh Yogi, 1968, Lake Louise, Canada, dans Bienfaits-Méditation, paru 2010, Maharishi University.


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