Enfance

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Peasant Children at restKonstantin Makovsky (1875)

L'enfance est un stade du développement humain précédant l'âge adulte. Au sens strict, elle ne comprend pas l'adolescence.

Cependant, le mot a souvent été employé dans un sens plus large, et l'on a parfois parlé d'enfants de quinze ou seize ans. C'est donc le contexte, l'époque et l'usage de chaque auteur qui permet éventuellement de savoir comment doivent être compris les termes « enfance » ou « enfant ».

L'enfance à proprement parler comporte plusieurs stades : nouveau-né et nourrisson (bébé), puis la petite enfance ; elle se termine par la préadolescence.

Littérature[modifier]

Prose poétique[modifier]

Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958[modifier]

Château en l'air

Certains après-midi, je suis assailli d'insolites présences. Les effleurer, c'est changer de peau, d'yeux, d'instincts. Je m'aventure alors par des sentiers peu fréquentés. A ma droite, des blocs de matière impénétrable, à ma gauche une succession de mâchoires. J'escalade la montagne comme l'idée fixe qui dès l'enfance effraie et fascine, et qu'il faut bien un jour ou l'autre affronter.
  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1966  (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Aigle ou Soleil ? — Château en l'air, p. 98


Roman[modifier]

Dominique Fernandez, Porporino et les mystères de Naples, 1974[modifier]

Si les grandes personnes cherchaient à nous dominer sous des ordres arbitraires, qu'il serait merveilleux de ne plus jamais revenir dans le monde, d'échapper pour toujours à ses lois cruelles et de flotter jusqu'à la fin des temps comme ce soir, allégés par miracle de nos dépouilles terrestres et libérés de notre poids humain, glissant au-dessus des champs et des vallons endormis, sous cette clarté irréelle.
  • Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1974  (ISBN 978-2-246-01243-6), partie I « San Donato », Du sang sous la lune, p. 112


Julien Green, Léviathan, 1929[modifier]

Rien n'est plus délicieux que ces premières journées d'automne où l'air agité de puissants remous semble une mer invisible dont les vagues se brisent dans les arbres, tandis que le soleil, dominant cette fureur et ce tumulte, accorde à la moindre fleur l'ombre qu'elle fera tourner à son pied jusqu'au soir. De ce calme et de cette frénésie résulte une impression où la force se mêle à une douceur que le langage humain ne peut rendre. C'est un repos sans langueur, une excitation que ne suit aucune lassitude ; le sang coule plus joyeux et plus libre, le cœur se passionne pour cette vie qui le fait battre. A ceux qui ne connaissent pas le bonheur, la nature dans ces moments généreux leur en apporte avec les odeurs des bois et les cris des oiseaux, avec les chants du feuillage et toutes ces choses où palpite l'enfance.


Roger Peyrefitte, L'Oracle, 1948[modifier]

Prince d'Elbassan :
Ne voyez-vous donc pas que le secret d'une éducation bien dirigée, c'est de prévenir, non la pratique, mais la connaissance du mal ? Loin de la prévenir, vous l'induisez, par des conseils et des sanctions. Il faut faire confiance à des êtres sains et bien portants. Il ne faut les surveiller que par manière d'acquit, ou, comme moi, par plaisir, mais certainement pas par conviction. Aucune surveillance ne les empêchera d'être ce qu'ils sont.
J'ai cru, deux ou trois fois, dans mon enfance, perdre ma qualité d'enfant, et je me souviens de la joie que je ressentis, en me rendant compte que j'avais passé dans le feu sans me brûler, dans la boue sans me crotter et par les piques sans me piquer.


Michel Tournier, Le Roi des aulnes, 1970[modifier]

Abel Tiffauges :
L'enfant de douze ans a atteint un point d'équilibre et d'épanouissement insurpassable qui fait de lui le chef-d'œuvre de la création. Il est heureux, sûr de lui, confiant dans l'univers qui l'entoure et qui lui paraît parfaitement ordonné. Il est si beau de visage et de corps que toute beauté humaine n'est que le reflet plus ou moins lointain de cet âge. Et puis, c'est la catastrophe. Toutes les hideurs de la virilité – cette crasse velue, cette teinte cadavérique des chairs adultes, ces joues râpeuses, ce sexe d'âne démesuré, informe et puant – fondent ensemble sur le petit prince jeté à bas de son trône. Le voilà devenu un chien maigre, voûté et boutonneux, l'œil fuyant, buvant avec avidité les ordures du cinéma et du music-hall, bref un adolescent.
Le sens de l'évolution est clair. Le temps de la fleur est passé. Il faut devenir fruit, il faut devenir graine. Le piège matrimonial referme bientôt ses mâchoires sur le niais. Et le voilà attelé avec les autres au lourd charroi de la propagation de l'espèce, contraint d'apporter sa contribution à la grande diarrhée démographique dont l'humanité est en train de crever. Tristesse, indignation. Mais à quoi bon ? N'est-ce pas sur ce fumier que naîtront bientôt d'autres fleurs ?


Abel Tiffauges :
Pour scandaleuse qu'elle puisse paraître au premier abord, l'affinité profonde qui unit la guerre et l'enfant ne peut être niée. [...] Je me demande si la guerre n'éclate pas dans le seul but de permettre à l'adulte de faire l'enfant, de régresser avec soulagement jusqu'à l'âge des panoplies et des soldats de plomb.


Abel Tiffauges :
Sur la ligne qui va de l'animal à l'homme, l'enfant se situe ainsi au-delà de l'adulte et doit être considéré comme suprahumain, surhumain.


Muriel Barbery, Une Gourmandise, 2000[modifier]

Exaltation de l’enfance : combien d’années passons-nous à oublier cette passion que nous insufflions à toute activité qui nous promettait du plaisir ?


Biographie[modifier]

Hélie de Saint Marc, Toute une vie, 2004[modifier]

Lorsque je suis revenu de déportation, alors qu'en moi presque tout était détruit, j'ai craint de ne jamais retrouver mon équilibre. J'étais suspendu entre l'enfer et la lumière sans savoir où était ma place. J'aurais pu sombrer. Mon intégrité avait été atteinte. l'humiliation ne se dissout pas dans la paix. Elle ronge le cerveau, lentement, inexorablement. Si malgré les cauchemars et les blessures irrémédiables, j'ai pu renouer avec la vie, c'est grâce à mon enfance. En automate, je refaisais les gestes que mes quinze ans avaient gravés en moi lorsque j'étais un adolescent libre, empli de cette sensualité naturelle à ceux qui ne savent rien du mal. Je cherchais les traces anciennes du bonheur pour y poser mes pas. Mon enfance se posait sur moi. Elle distillait avec bienveillance les secondes de douceur et les minutes de quiétude, comme les rudes infirmiers de l'Iowa nourissant à la cuiller, avec des précautions maternelles, les rescapés affamés des camps.
  • Toute une vie, Hélie de Saint Marc, éd. les arènes, 2004  (ISBN 2-912485-77-0), p. 84


Psychanalyse[modifier]

Charles Baudouin, L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe, 1963[modifier]

L'inconscient freudien, du moins à l'origine, c'est surtout ce que l'individu a refoulé. C'est donc du conscient rejeté, devenu inconscient par une sorte d'accident. Mieux encore, les refoulements essentiels étant ceux de l'enfance, cet inconscient est bien prêt de coïncider avec l'infantile : c'est, pourrait-on dire, l'enfant qui survit secrètement en nous [...].
Freud a fort bien admis ensuite l'existence d'éléments inconscients qui ne procèdent pas du refoulement — qui sont inconscients par nature. Mais c'est bien l'inconscient refoulé qui est au centre de ses recherches, qui a pour lui une signification pratique ; car l'analyse a essentiellement à ses yeux pour fonction de défaire des refoulements, de réparer des accidents.
L'attention de Jung va au contraire se porter avec prédilection sur ces autres éléments qui seraient inconscients par nature, et ainsi la perspective s'élargit singulièrement. Il se plaît à dire que ce serait étriquer fort l'inconscient que de le réduire à des miettes tombées de la table du conscient. Il est plus conforme à ce que nous savons d'admettre que la conscience est une acquisition tardive, et qu'elle a lentement émergé d'un inconscient primordial.
Tandis que l'inconscient refoulé de Freud a un caractère strictement individuel, puisqu'il procède du vécu infantile de chacun, l'inconscient primordial apparaît d'emblée à Jung comme « collectif » dans ses grandes lignes — collectif se définissant essentiellement ici comme : identique chez les divers individus.

  • L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2002  (ISBN 2-228-89570-9), partie I. Idées directrices, chap. II. Les structures de l'inconscient — L'inconscient collectif, Structures de l'inconscient, p. 73


Cinéma[modifier]

Agnès Jaoui/Jean-Pierre Bacri, Un air de famille, 1996[modifier]

Mais Kevin, oh écoute. Je n'en peux plus. Il ne cherche qu'à me contrarier. Tu sais ce qu'il m'a fait mercredi ? Une otite.
  • Catherine Frot, Un air de famille (1996), écrit par Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri


C'est pour les enfants que ça doit être dur. Heureusement qu'ils n'en ont pas.
  • Catherine Frot, Un air de famille (1996), écrit par Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri


Wim Wenders, Les Ailes du désir, 1987[modifier]

Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants. Il voulait que le ruisseau soit une rivière et la rivière un fleuve, et que cette flaque d'eau soit la mer. Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant, pour lui tout avait une âme et toutes les âmes n'en faisaient qu'une. Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes. Souvent il s'asseyait en tailleur, partait en courant. Il avait une mèche rebelle et ne faisait pas de mine quand on le photographiait.
  • Bruno Ganz, Les Ailes du désir (1987), écrit par Wim Wenders


A trier[modifier]

Muriel Barbery[modifier]

On croit que les enfants ne savent rien. C’est à se demander si les grandes personnes ont été des enfants, un jour.
  • Une gourmandise (2000), Muriel Barbery, éd. Folio, 2002, p. 97


Charles Baudouin[modifier]

les refoulements essentiels étant ceux de l'enfance, [l']inconscient est bien prêt de coïncider avec l'infantile : c'est, pourrait-on dire, l'enfant qui survit secrètement en nous .
  • Il est question de l'inconscient tel que le conçoit Freud
  • L'Œuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2002  (ISBN 2-228-89570-9), partie I. Idées directrices, chap. II. Les structures de l'inconscient — L'inconscient collectif, Structures de l'inconscient, p. 73


André Breton[modifier]

Les petits enfants de la terrasse n'avaient d'yeux que pour le sang, on les avait menés là sans doute dans l'espoir qu'ils s'accoutumassent à le répandre, aussi bien le leur que celui d'un monstre familier, dans le tumulte et l'étincellement qui excusent tout.
  • le tumulte et l'étincellement sont ceux d'une corrida.


René Char[modifier]

J'envie cet enfant qui se penche sur l'écriture du soleil, puis s'enfuit vers l'école, balayant de son coquelicot pensums et récompenses.
  • Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1962  (ISBN 2-07-030065-X), partie FEUILLETS D'HYPNOS (1943-1944), p. 134


Colette[modifier]

Ma mère renversait la tête vers les nuées, comme si elle eût attendu qu’un vol d’enfants ailés s’abattît. Au bout d’un moment, elle jetait le même cri, puis se lassait d’interroger le ciel, cassait de l’ongle le grelot sec d’un pavot, grattait un rosier emperlé de pucerons verts, cachait dans sa poche les premières noix, hochait le front en songeant aux enfants disparus, et rentrait. Cependant au-dessus d’elle, parmi le feuillage du noyer, brillait le visage triangulaire et penché d’un enfant allongé, comme un matou, sur une grosse branche, et qui se taisait. Une mère moins myope eût-elle deviné, dans les révérences précipitées qu’échangeaient les cimes jumelles des deux sapins, une impulsion étrangère à celle des brusques bourrasques d’octobre… Et dans la lucarne carrée, au-dessous de la poulie à fourrage, n’eût-elle pas aperçu, en clignant les yeux, ces deux taches pâles dans le foin: le visage d’un jeune garçon et son livre ? Mais elle avait renoncé à nous découvrir, et désespéré de nous atteindre.
  • La Maison de Claudine (1922), Colette, éd. Imprimerie Moderne de Nantes, coll. « Super-Bibliothèque », 1976  (ISBN 2-261-00093-6), Où sont les enfants ?, p. 11


Alberto Eiguer[modifier]

Si la mère « entend [...] inclure l'enfant en elle-même une fois pour toutes, cet enfant narcissiquement séduit doit être comme s'il n'était pas né. Il ne faut pas qu'il opère cette seconde naissance qu'est la naissance psychique ; il ne faut pas qu'il croisse, qu'il pense, qu'il désire, qu'il rêve. Il restera pour la mère un rêve incarné : un fétiche vivant. Mais peut-il encore avoir des rêves, celui qui est un rêve ? Pas plus que de rêver, il ne devra penser : la séduction narcissique ne tolère ni le désir ni la pensée, qui sont preuves d'insurrection ». Et Racamier ajoute que pour éviter qu'il ne soit, il faut le nourrir sans cesse. Pour éviter qu'il ne désire, il faut désirer à sa place.
  • Il est question ici de l'enfant dont la mère est une perverse narcissique.
  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. « Psychismes », 1989  (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Séduction narcissique, p. 26


James Joyce[modifier]

Les enfants veulent toujours jeter des choses dans la mer. Ont la foi. Le pain jeté sur les eaux. Et ceci ? Un bout de bois.


Stephen King[modifier]

Ce qui caractérise l'enfant, ce n'est pas tant qu'il passe sans effort de la réalité au rêve, c'est qu'il vit dans un monde sans communication possible avec le monde des adultes. Il n y a pas de mots pour rendre compte de ses tribulations ténébreuses. L'enfant avisé le sait et en accepte les conséquences inévitables. Quand ces conséquences commencent à lui paraître trop lourdes à porter, il cesse d'être un enfant.
  • Salem, Stephen King (trad. Christiane Thiollier, Joan Bernard), éd. Presses Pocket, 1993  (ISBN 2-266-02961-4), p. 277-278,


Rien au monde n'est pire que des parents tournant le dos à leurs enfants. Et le plus affreux, c'est la rapidité avec laquelle les enfants oublient ces dos pour vaquer à leurs propres affaires : les jeux, les nouveaux copains, l'apprentissage de la vie et finalement la mort.
  • Chantier, Stephen King (trad. Frank Straschitz), éd. J'Ai Lu, 1991  (ISBN 2-277-22974-1), p. 376-377


Friedrich Nietzsche[modifier]

Dans l'homme véritable est caché un enfant qui veut jouer. Allons, les femmes, découvrez-le cet enfant dans l'homme !
Que la femme soit un jouet, pure et fine, pareille à la pierre précieuse, illuminée par les vertus d'un monde qui n'existe pas encore.

  • Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche (trad. Georges-Arthur Goldschmidt), éd. Le Livre de Poche, coll. « Les Classiques de Poche », 1972  (ISBN 978-2-253-00675-6), partie I, chap. « Des petites vieilles et des petites jeunes », p. 85


La maturité de l’homme : cela veut dire retrouver le sérieux que l'on avait au jeu, étant enfant.
  • Par-delà le bien et le mal, Friedrich Nietzsche (trad. Angèle Kremet-Marietti), éd. L'Harmattan, 2006  (ISBN 229600041X), chap. IV (« Maximes et intermèdes »), § 94, p. 103


Roger Peyrefitte[modifier]

Prince d'Elbassan :
En France, plus encore que partout ailleurs, les enfants sont regardés comme des objets sacrés, qui ne doivent pas quitter le tabernacle. L'homme qui s'intéresse à eux est toujours suspect.
Prince d'Elbassan :
Les enfants nous montrent l'Amour et ne peuvent nous le faire atteindre. Ils n'en sont que l'image, mais c'est ce qui m'attache à eux, pour ce que chacun d'eux en reflète, quelques instants. Cette image de l'Amour, c'est celle de notre propre enfance, morte à jamais en nous, à jamais immortelle en eux.


Prince d'Elbassan :
Dans presque tout système d'éducation, on part de ce principe que tous les enfants sont suspects, comme partout est suspect un homme qui s'intéresse à eux. En les surveillant à l'excès, on leur rend désirable ce dont il est question de les détourner.


Prince d'Elbassan :
Les enfants sont comme les sages [...] : ils ne peuvent rien faire de mal. Fourbes, ils restent francs ; gourmands, ils restent sobres ; impurs, ils restent purs.


Michel Tournier[modifier]

Abel Tiffauges :
Je ne crois pas que les enfants aient un sens esthétique très développé. On ferait d'étranges découvertes, je pense, si l'on s'avisait d'enquêter parmi eux pour savoir ce qu'ils entendent par beau et laid. Mais la plupart sont sensibles au prestige de la force, et plus encore à celui d'une force secrète, magique, celle qui sait peser sur les points faibles de la grise réalité pour la faire céder par pans entiers et l'obliger à livrer les trésors qu'elle cache.


Articles connexes[modifier]

Enfant, Éducation.

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