Camille Saint-Saëns

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Camille Saint-Saëns

Camille Saint-Saëns, né à Paris le 9 octobre 1835 et mort à Alger le 16 décembre 1921 est un pianiste, organiste et compositeur français.

Citations[modifier]

Regard sur mes contemporains, ed. 1990[modifier]

J'ai pu voir la célèbre "Salomé" de M. Richard Strauss. Paris sera bientôt appelé à connaître ce poème de l'hystérie, soutenue par le plus extraordinaire des orchestres. Cet orchestre tressaille, murmure, vagit, gazouille, chante, glapit, crie, hurle, éclate, tonne, s'apaise, se trouble, éructe, tousse, éternue... Tantôt c'est de la soie qu'on déchire, tantôt c'est le vent qui siffle, le bois qui craque puis un fleuve qui s'écoule paisiblement ; son cours se précipite, une cataracte s'écroule et mugit.. [...]Parfois d'exquises suavités, succèdant à de cruels déchirements, vous caressent délicieusement l'oreille.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 26


Commencé à quatre heures, le Crépuscule des Dieux ne se termine qu'à dix heures et tient l'attention du spectateur en éveil jusqu'à la dernière minute. Il est impossible de donner la moindre idée d'une musique pareille : elle ne ressemble à aucune autre. […] La musique triple l'intensité des sentiments dont les personnages sont animés, c'est tout ce que l'on peut dire à ceux qui ne l'ont pas entendue.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 80


La wagnéromanie est un ridicule excusable ; la wagnérophobie est une maladie.
  • 1885
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 83


Tant que les commentateurs se bornent à décrire les beautés des œuvres wagnériennes, sauf une tendance à la partialité et à l'hyperbole dont il n'y a pas lieu de s'étonner, on n'a rien à leur reprocher; mais, dès qu'ils entrent dans le vif de la question, dès qu'ils veulent nous expliquer en quoi le drame musical diffère du drame lyrique et celui-ci de l'opéra, pourquoi le drame musical doit être nécessairement symbolique et légendaire, comment il doit être pensé musicalement […], dès qu'ils veulent, en un mot, nous initier à toutes ces belles choses, un brouillard épais descend sur le style ; des mots étranges, des phrases incohérentes apparaissent tout à coup, comme des diables qui sortiraient d'une boîte ; bref, pour exprimer les choses par mots honorables, on n'y comprend plus rien du tout.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 87-88


Doué par la nature d'un fonds de naïveté que les années n'ont pu parvenir à épuiser, j'ai longtemps cherché à comprendre. Ce n'est pas la lumière qui manque, me disais-je, c'est mon œil qui est mauvais ; j'accusais mon imbécillité native, je faisais pour pénétrer le sens de ces dissertations les efforts les plus sincères ; si bien qu'un jour, retrouvant ces mêmes raisonnements, inintelligibles pour moi, sous la plume d'un critique dont le style a d'ordinaire la limpidité du cristal de roche, je lui écrivis pour lui demander s'il ne purrait, eu égard à la faiblesse de ma vue, éclairer un peu la lanterne. Il eut la gracieuseté de publier ma lettre et de la faire suivre d'une réponse – qui ne répondait à rien, n'éclaircissait rien, et laissait les choses en l'état.
  • À propos de l'exégèse wagnérienne.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 88


Je crois que Berlioz a trop aimé Shakespeare, Byron et Goethe ; lui-même l'a avoué sans en avoir conscience. […] Il appelle Goethe et Shakespeare les « explicateurs de vie ». Ce mot, quand on y réfléchit, est terrible. [..;] On assiste à un curieux phénomène de mysticisme poétique, conduisant comme l'autre à de graves désordres du système nerveux, à un cruel et interminable supplice qui ronge peu à peu l'existence et ne se termine qu'à la mort.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 98


Bien des gens prétendent qu'en art il ne faut pas raisonner ses impressions. C'est très possible, mais alors il faut se borner à prendre son plaisir où on le trouve et renoncer à juger quoi que ce soit. Un critique doit procéder autrement, faire la part du fort et du faible, ne pas exiger de Raphaël la palette de Rembrandt, des anciens peintres qui peignaient à l'œuf et à la détrempe les effets de la peinture à l'huile.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 103-104


La musique de Mozart est si intéressante par elle-même, qu'on s'était habitué à l'admirer pour sa forme et pour son charme, sans penser à autre chose; Gounod sut y voir l'union intime du mot et de la note, la concordance absolue des moindres détails du style avec les nuances les plus délicates du sentiment.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 118


Barbot […] possédait, à défaut d'une grande voix, un grand talent. Il faisait fort bien le trille et ne consentit à jouer le rôle qu'à la condition de pouvoir, une fois au moins dans la soirée, perler un trille en toute liberté. Il fallut lui passer cette fantaisie, et un long trille enflé et diminué avec un art consommé, digne de servir de modèle à tous ls trilles de l'univers, couronna le bel air : Salut, demeure chaste et pure, où il produisait l'effet d'une jolie boucle de cheveux sur un sorbet.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 128


Aujourd'hui encore, [la censure] tolère à peine, [dans les théâtres], les signes de croix, alors qu'on ne craint pas d'en tirer des effets comiques dans la très catholiques Espagne;
  • (Ecrit en 1899)
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 131


[Je ne blâme pas] les génies qui prennent l'art à pleines mains, emploient à profusion toutes ses ressources. Je ne suis pas de ceux qui, admirant Ingres, croient devoir mépriser Delacroix, et réciproquement. Prendre les grands artistes tels qu'ils sont, les étudier dans leur tempérament et dans leur nature, me paraît être en critique le seul moyen équitable.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 139


« Les lois de la morale régissent l'art », a dit Schumann. Cela est fort joli ; mais cela n'est pas vrai. En morale, l'intention peut justifier bien des choses ; en art, les meilleures intentions ne sont bonnes qu'à paver l'enfer.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 140


C'est que – Victor Hugo l'a victorieusement démontré, - la pauvreté des moyens n'est pas plus un obstacle au génie, que leur richesse n'est un avantage pour la médiocrité.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 158


A mesure que j'avançais en âge, mon « hugolâtrie » grandissait, et chaque nouvelle œuvre du poète, attendue avec impatience, était dévorée dès son apparition. Si j'entendais autour de moi grincer d'irritantes critiques, je me réconfortais en causant avec Berlioz, qui voulait bien m'honorer de son amitié et dont l'admiration pour Hugo égalait la mienne.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 162


Le compositeur de musique est devenu, par suite de la difficulté des temps, un être singulièrement compliqué, une sorte de diplomate au petit pied ; il dissimule sans cesse, il feint de feindre, comme s'il jouait les Fausses Confidences de Marivaux ; et s'il vous dit négligemment qu'il fait beau, ou qu'il pleut, ou qu'il est jour en plein midi, vous vous apercevrez longtemps après que ces paroles insignifiantes avaient un but secret, un sens caché et profond.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 168


[Avec Antoine Rubinstein], nous formions à nous deux un couple analogue à celui qu'avait montré naguère Liszt et Chopin. De celui-ci je ne reproduisais que la faiblesse et la santé chancelante, ne pouvant prétendre à la succession de cet être prodigieux, de ce virtuose de salon, n'ayant que le souffle, qui, avec edes pièces légères, d'apparence anodine, des études, des valses, des mazurkas, des nocturnes, a révolutionné l'art et ouvert la voie à toute la musique moderne ! Je ne l'ai même pas su égaler comme poitrinaire, car il est mort de sa phtisie alors que j'ai sottement guéri de la mienne.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 179


[…] Les Duos pour piano et violon d'Henri Reber, d'un art si délicat, inconnus aux amateurs de nos jours qui préfèrent au pur jus de la treille servi dans des vases de cristal, les breuvages empoisonnés présentés dans des coupes d'or. Il leur faut l'orgie, des lambris somptueux, un luxe écrasant.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 188


La tentation, pour moi, était irrésistible ; je me faufilais dans les couloirs, je me blottissais dans les loges, j'arrivais toujours à attraper quelques bribes de musique, et je rapportais dans les classes une odeur de Beethoven et de Mozart qui sentait fortement le fagot.
  • (En parlant de la Société des Concerts)
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 197-198


Là où Mendelssohn peignait des aquarelles, Schumann a gravé des camées.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 199


Le vieux Conservatoire. Le laisserai-je partir sans un adieu, ce Conservatoire de la rue Bergère, que j'ai tant aimé, comme on aime tout ce qui tient à la première jeunesse ? J'aimais sa vétusté, son absence totale de modernisme, son air d'autrefois ; j'aimais cette cour absurde où les cris désespérés des sopranos et des ténors, les gargouillements des pianos, les éclats des trompettes et des trombones, les arpèges des clarinettes, s'unissaient pour former cette ultra-polyphonie à laquelle les compositeurs du dernier bateau s'efforcent d'atteindre sans y parvenir ; et j'aimais surtout les souvenirs de mon éducation musicale qui s'est formée dans ce palais ridicule et vénérable, depuis longtemps trop étroit pour les élèves qui 'encombrent venus de tous les coins du monde.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 205


On a pris la fâcheuse habitude de croire que, là où il y a des sons musicaux, il y a nécessairement de la musique. Autant voudrait dire qu'il y a littérature partout où l'on bavarde, peinture partout où l'on barbouille.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 221


A notre époque, on demande avant tout aux musiciens d'afficher des convictions. On s'était borné à leur demander, jusqu'ici, d'avoir du talent.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 226


En quoi le lion qui dévore un mouton, l'aigle qui chasse une colombe sont-ils plus féroces que la cigogne qui mange une grenouille, que l'hirondelle qui mange un insecte ? En rien ; mais ils sont redoutables pour l'homme, et celui-ci, fléau des animaux, n'admet pas que ses victimes puissent l'attaquer à leur tour.
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 237


En revenant de New-York, Paris m'a fait l'effet d'un joli bibelot ; mais quelle joie de le revoir !
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 238


Ce qui m'a plu là-bas, c'est moins l'Amérique telle qu'elle est que l'Amérique telle qu'elle pourra être un jour. Il m'a semblé voir un grand creuset où mille ingrédients s'amalgament pour former une substance inconnue ; et dans ce travail, quelle activité dépensée, que de richesses en mouvement, que de progrès scientifiques, dans la science utile et pratique, dans la science pure !
  • Regards sur mes contemporains, Camille Saint-Saëns, éd. Ed. Bernard Coutaz, 1990, p. 238


Citations sur Saint-Saëns[modifier]

C'est un maître pianiste foudroyant… et l'un des plus grands musiciens de notre époque
  • C. Saint-Saëns (1835-1921): sa vie et son œuvre, Jean Bonnerot, éd. Durand, 1922, p. 49


M. Saint-Saëns est l'homme de France qui sait le mieux la musique du monde entier. Cette science de la musique l'a d'ailleurs conduit à ne jamais consentir à la soumettre à des désirs trop personnels.
  • Monsieur Croche et autres écrits, Debussy, éd. Gallimard, 1987, p. 122


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