Assia Djebar
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Assia Djebar est une écrivaine franco-algérienne d'expression française née le à Cherchell (Algérie), et morte le à Paris. Élue à l'Académie française en 2005, elle est considérée comme l'un des auteurs les plus célèbres et influents du Maghreb.
Citations
[modifier]Femmes d'Alger dans leur appartement, 1980
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J'aurais pu écouter ces voix dans n'importe quelle langue non écrite, non enregistrée, transmise seulement par chaînes d'échos et de soupirs. Son arabe, iranien, afghan, berbère ou bengali, pourquoi pas, mais toujours avec timbre féminin et lèvres proférant sous le masque. Langue desquamée, de n'avoir jamais paru au soleil, d'avoir été quelquefois psalmodiée, déclamée, hurlée, théâtralisée, mais bouche et yeux toujours dans le noir. Comment œuvrer aujourd'hui en sourcière pour tant d'accents encore suspendus dans les silences du sérail d'hier ? Mots du corps voilé, langage à son tour qui si longtemps a pris le voile.
- Femmes d'Alger dans leur appartement, Assia Djebar, éd. Des Femmes, 1995 (ISBN 2-7210-0461-1), chap. Ouverture, p. 7 (lire en ligne)
Depuis dix ans au moins – par suite sans doute de mon propre silence, par à-coups, de femme arabe –, je ressens combien parler sur ce terrain devient (sauf pour les porte-parole et les « spécialistes ») d'une façon ou d'une autre une transgression. Ne pas prétendre « parler pour », ou pis « parler sur », à peine parler près de, et si possible tout contre : première des solidarités à assumer pour les quelques femmes arabes qui obtiennent ou acquièrent la liberté de mouvement, du corps et de l'esprit. Et ne pas oublier que celles qu'on incarcère, de tous âges, de toutes conditions, ont des corps prisonniers, mais des âmes plus que jamais mouvantes.
- Femmes d'Alger dans leur appartement, Assia Djebar, éd. Des Femmes, 1995 (ISBN 2-7210-0461-1), chap. Ouverture, p. 8 (lire en ligne)
Je ne vois pour les femmes arabes qu'un seul moyen de tout débloquer : parler, parler sans cesse d'hier et d'aujourd'hui, parler entre nous, dans tous les gynécées, les traditionnels et ceux des H.L.M. Parler entre nous et regarder. Regarder dehors, regarder hors des murs et des prisons !... La femme-regard et la femme-voix […]. La voix qu'ils n'ont jamais entendue, parce qu'il se passera bien des choses inconnues et nouvelles avant qu'elle puisse chanter : la voix des soupirs, des rancunes, des douleurs de toutes celles qu'ils ont emmurées... La voix qui cherche dans les tombeaux ouverts !
- Femmes d'Alger dans leur appartement, Assia Djebar, éd. Des Femmes, 1995 (ISBN 2-7210-0461-1), partie Aujourd’hui, chap. Femmes d'Alger dans leur appartement, IV, p. 60-61 (lire en ligne)
L'Amour, la fantasia, 1985
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Ombre sultane, 1987
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Ombre et sultane; ombre derrière la sultane. Deux femmes : Hajila et Isma. Le récit que j'esquisse cerne un duo étrange : deux femmes qui ne sont point sœurs, et même pas rivales, bien que, l'une le sachant et l'autre l'ignorant, elles se soient retrouvées épouses du même homme […] L'une d'elles, Isma, a choisi l'autre pour la précipiter dans le lit conjugal. Elle s'est voulue marieuse de son propre mari; elle a cru, par naïveté, se libérer ainsi à la fois du passé d'amour et du présent arrêté. Dans le clair-obscur, sa voix s'élève, s'adressant tour à tour à Hajila présente, puis à elle-même, l'Isma d'hier… Voix qui perle dans la nuit, qui se désole dans l'éblouissement du jour. Isma, Hajila : arabesque des noms entrelacés. Laquelle des deux, ombre, devient sultane, laquelle, sultane des aubes, se dissipe en ombre d'avant midi ? L'intrigue à peine amorcée, un effacement lentement la corrode.
- Ombre sultane, Assia Djebar, éd. JC Lattès, 1987, p. 9
Sitôt libérées du passé, où sommes-nous ? […] Où sommes-nous donc, dans quel désert ou quelle oasis? Le présent se coagule.
- Ombre sultane, Assia Djebar, éd. JC Lattès, 1987, partie La sultane regarde, chap. Luth, p. 171
Sourire fugace du visage dévoilé; l'enfance disparue, pouvons-nous la ressusciter, nous, les mutilées de l'adolescence, les précipitées hors corridor d'un bonheur excisé ? […] O ma sœur, j'ai peur, moi qui ai cru te réveiller. J'ai peur que toutes deux, que toutes trois, que toutes – excepté les accoucheuses, les mères gardiennes, les aïeules nécrophores –, nous nous retrouvions entravées là, dans « cet occident de l’Orient », ce lieu de terre où si lentement l’aurore a brillé pour nous que déjà, de toutes parts, le crépuscule vient nous cerner.
- Ombre sultane, Assia Djebar, éd. JC Lattès, 1987, partie La sultane regarde, chap. Luth, p. 171-172
Vaste est la prison, 1995
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Longtemps, j'ai cru qu'écrire c'était mourir, mourir lentement. Déplier à tâtons un linceul de sable ou de soie sur ce que l'on a connu piaffant, palpitant. L'éclat de rire – gelé. Le début de sanglot – pétrifié. Oui, longtemps, parce que, écrivant, je me remémorais, j'ai voulu m'appuyer contre la digue de la mémoire, ou contre son envers de pénombre, pénétrée peu à peu de son froid.
- Vaste est la prison, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 1995 (ISBN 2-226-07721-9), chap. Le silence de l’écriture, p. 11 (lire en ligne)
Silence de l'écriture, vent du désert qui tourne sa meule inexorable, alors que ma main court, que la langue du père (langue d'ailleurs muée en langue paternelle) dénoue peu à peu, sûrement, les langes de l'amour mort; et le murmure affaibli des aïeules loin derrière, la plainte hululante des ombres voilées flottant à l'horizon, tant de voix s'éclaboussent dans un lent vertige de deuil – alors que ma main court… Longtemps, j'ai cru qu'écrire c'était s'enfuir, ou tout au moins se précipiter sous ce ciel immense, dans la poussière du chemin, au pied de la dune friable… Longtemps.
- Vaste est la prison, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 1995 (ISBN 2-226-07721-9), chap. Le silence de l’écriture, p. 11-12 (lire en ligne)

J’écris dans l’ombre de ma mère revenue de ses voyages de temps de guerre, moi, poursuivant les miens dans cette paix obscure faite de sourde guerre intérieure, de divisions internes, de désordres et de houles de ma terre natale. J’écris pour me frayer mon chemin secret, et c’est dans la langue des corsaires français qui, dans le récit du Captif, dépouillèrent Zoraidé de sa robe endiamantée, oui, c’est dans la langue dite « étrangère » que je deviens de plus en plus la transfuge. Telle Zoraidé, la dévoilée. Ayant perdu comme elle ma richesse du départ, dans mon cas, celle de l’héritage maternel et ayant gagné quoi, sinon la simple mobilité du corps dénudé, sinon la liberté. Fugitive donc, et ne le sachant pas. Car, de trop le savoir, je me tairais et l'encre de mon écriture, trop vite, sécherait.
- « “Fugitive, et ne le sachant pas” », L'Esprit Créateur, vol. 33, no2, 1993, p. 129-133 [texte intégral, lien DOI, lien JSTOR][1].
- Vaste est la prison, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 1995 (ISBN 2-226-07721-9), partie III. Un silencieux désir, chap. « Fugitive et ne le sachant pas », p. 172 (lire en ligne)
Ces voix qui m'assiègent… en marge de ma francophonie, 1999
[modifier]Toutes les premières tentatives, pour les femmes du monde arabe, de vouloir à la fois sortir au-dehors et « sortir en la langue différente » devenaient risque d'une double expulsion : que subissaient d'une part l'écriture même balbutiante (ravalée par les contempteurs masculins aussitôt à l'anecdotique ou au folklore) et d'autre part le corps parlant.
[…] Écrire à la première personne du singulier et de la singularité, corps nu et voix à peine déviée par le timbre étranger, rameute face à nous tous les dangers symboliques. Censure et anathèmes proviennent parfois, avec une prolixité hâtive, plus des nouveaux tribuns, fraîchement « modernisés », que des arrières de la tribu soupçonneuse… Toute femme écrivant qui s'avance ainsi hardiment prend le risque de voir combien son chemin est miné.
- « Du français comme butin », La Quinzaine littéraire, no436, 16-31 mars 1985, p. 25 [texte intégral].
- Ces voix qui m'assiègent… en marge de ma francophonie, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 1999 (ISBN 2-226-10823-8), partie II. Écriture francophone au féminin, chap. Du français comme butin, p. 70 (lire en ligne)

María Zambrano (es) […] nous dit, dans sa très belle réflexion sur l'aurore (et l'écrit des femmes au Maghreb ne peut signifier que cela : une aurore) : « La vie… continue aveuglément à donner des êtres qui demandent à voir, dont certains arrivent à créer leur propre lumière sans s'y brûler et sans brûler… » Ainsi, Maria Zambrano me permet de conclure : les femmes au Maghreb, en écrivant, « demandent à voir » et toute littérature ne peut, pour moi, s'inscrire que dans cette recherche de « sa propre lumière ».
Sans s'y brûler et sans brûler, vraiment ? Ce serait, dans ma société aveugle, à la quête désespérée de miroirs, la grâce suprême, inespérée.
- Ces voix qui m'assiègent… en marge de ma francophonie, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 1999 (ISBN 2-226-10823-8), partie II. Écriture francophone au féminin, chap. L'écrit des femmes en littérature maghrébine, p. 93-94 (lire en ligne)
La disparition de la langue française, 2003
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Je suis un enfant arabe, on n’évoque pas sa mère hors de la maison, et surtout pas en classe.
- La disparition de la langue française, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 2003 (ISBN 2-226-14165-0), p. 50
Ne juge pas hier avec la logique d’aujourd’hui !
- La disparition de la langue française, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 2003 (ISBN 2-226-14165-0), p. 79
Si nos martyrs ressuscitaient, beaucoup d’entre eux hésiteraient, je pense, à se sacrifier de nouveau, tu sais pourquoi ? […] À cause de tant de laideur qui est censée les honorer !...
- La disparition de la langue française, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 2003 (ISBN 2-226-14165-0), p. 80
L’amour-passion n’est point excès de mots, de caresses, de violences dans la fusion qui se prolonge, il est tatouage sur du papier à lire.
- La disparition de la langue française, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 2003 (ISBN 2-226-14165-0), p. 173
Citation choisie pour le 22 octobre 2022.
La nécessité d’écrire est une poussée : lorsque l’être aimé s’en va et que vous ne pouvez plus l’oublier, vous vous mettez à écrire pour qu’il vous lise !...
- La disparition de la langue française, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 2003 (ISBN 2-226-14165-0), p. 180
N’oublie jamais ! Mets-toi toujours à la place de l’autre ! Renverse toujours la situation, avant de juger, de décider !
- La disparition de la langue française, Assia Djebar, éd. Albin Michel, 2003 (ISBN 2-226-14165-0), p. 231
Entretiens
[modifier]Citations sur
[modifier]La vie et l'œuvre d'Assia Djebar sont placées sous le signe de la lutte et de la transgression. En effet, parler des femmes en est une, comme elle l'affirme dans l'Ouverture du recueil de nouvelles Femmes d'Alger dans leur appartement. […] Etre femme, arabe, et parler des femmes revient à enfreindre les usages de l'Islam. Dans un milieu islamique où le silence ou la discrétion de la femme sont de rigueur, Assia Djebar prend la parole ; bravant les injonctions du Coran, elle dit « je ».
- « Réflexion sur le recueil de nouvelles Femmes d'Alger dans leur appartement d'Assia Djebar dans une perspective féministe », Cristina Boidard Boisson, dans La recherche féministe francophone, Fatou Sow (dir), éd. Karthala, 2009 (ISBN 978-2-8111-0277-7), p. 217 (lire en ligne)
Mon père aura été, « instituteur indigène », un « homme-frontière ». Comme le père de la romancière, Assia Djebar, élève-maître à Bouzaréa. Elle raconte le père et sa fille, petite, sur le chemin de l’école. Nous sommes, Assia et moi, les filles du père, diseuses de mémoire. Écrivaines, saurons-nous transmettre une filiation nouvelle ?
- Mes Algéries en France, Leïla Sebbar, éd. Bleu autour, 2004 (ISBN 2-912019-24-9), partie Portrait de famille. Les écoles, chap. « À Bouzaréa, nous faisons la France », p. 32
Notes et références
[modifier]- ↑ Madrid, mai 1992. Republié dans L’Humanité, Hors série, « Algérie, 50 ans d’indépendance », 2012 [lire en ligne].