Arturo Pérez-Reverte

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Arturo Pérez-Reverte

Arturo Pérez-Reverte, né le 25 novembre 1951 à Cartagène en Espagne, est un écrivain, scénariste espagnol et ancien correspondant de guerre.

Citations[modifier]

Le Maître d'escrime, 1994[modifier]

– Peut-être qu'un jour il n'y aura plus de maîtres d'escrime, dit-il.
Un long silence se fit. Jaime Astarloa regardait au loin, l'air absorbé, comme s'il observait le monde au-delà des murs de la salle d'armes.
– Peut-être, murmura-t-il, pris dans la contemplation d'images que lui seul pouvait voir. Mais laissez-moi vous dire une chose… Le jour où s’éteindra le dernier maître d'armes, tout ce que la lutte ancestrale de l'homme contre l'homme a encore de digne et de noble descendra dans la tombe avec lui… Car il n'y aura plus de place que pour le trébuchet et le poignard, le guet-apens et le coup de couteau.

  • Le Maître d'escrime, Arturo Pérez-Reverte (trad. Florianne Vidal), éd. Seuil, 1994  (ISBN 2-02-020896-2), p. 41


La Reine du Sud, 2003[modifier]

Teresa s'était retournée en l'entendant parler. Elle était maintenant si lucide et si sereine qu'elle sentait que sa gorge était sèche et qe son sang circulait plus lentement, battement après battement. Elle mit son sac sur son épaule, en souriant pour la première fois de la journée : un sourire qui se dessina sur sa bouche comme une pulsion nerveuse, inattendue. Et ce sourire, ou quel que soit le nom qu'on pouvait lui donner, devait être étrange, car don Epifanio la regarda avec une certaine surprise, parfaitement visible sur son visage. Teresita Mendoza. Bon Dieu ! La femme du Güero. La compagne d'un narco. Une fille comme bien d'autres, plutôt discrète, ni trop éveillée ni trop jolie. Et pourtant il l'observa de cette façon pensive et prudente, avec beaucoup d'attention, comme s'il avait soudain devant lui une inconnue.

  • La Reine du Sud, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2003  (ISBN 2-02-057358-X), p. 74


Un jour de colère, 2008[modifier]

« Nous allons probablement devoir nous battre avec les Français », a-t-il-dit au peintre en parlant comme d'habitude très fort tout contre son oreille invalide, avant de repartir avec le sourire juvénile et héroïque de ses jeunes années, sans prêter attention aux objurations de Josepha Bayeu qui lui reprochait de prendre des risques sans tenir compte de l'inquiétude de sa famille.

– Tu as une mère, León.

– J'ai mon honneur, doña Josepha, et une patrie à défendre.


Le directeur, encore incrédule, chausse ses lunettes et lit la pétition que vient de lu présenter le gardien-chef, transmise par la voie réglementaire.

Ayant appris le désordre qui se manifeste dans le peuple et que par les balcons l'on jette des armes et des munitions pour la défense de la Patrie et du Roi, le soussigné Francisco Cayón, supplie sous serment en son nom et en celui de ses camarades de revenir tous à la prison que nous soyons mis en liberté pour aller exposer notre vie contre les étrangers et pour le bien de la Patrie.

Fait respectueusement à Madrid ce deux mai mil huit cent huit.


Le répit dure peu. A peine passé le gros de la nouvelle charge française, tous, Máiquez compris, ressortent dans la rue, sur le pavé glissant de sang. José Antonio López Regidor, trente ans, reçoit une balle à bout portant juste au moment où , ayant réussi à se jucher sur la croupe du cheval d'un mamelouk, il lui plantait sou poignard dans le cœur. D'autres tombent aussi, et parmi eux Andréz Fernández y Suárez, comptable à la Compagnie royale de La Havanne, âgé de soixante-deux ans, Valerio García Lázaro, vingt et un ans, Juan Antonio Pérez Bohorques, vingt ans, palefrenier aux Gardes du Corps Royales, et Antonia Fayloa Fernández, une habitante de la rue de la Abada. Le noble du Guipúzcoa José Manuel de Barrenechea y Lapaza, de passage à Madrid, qui est sorti ce matin de son auberge en entendant le tumulte avec une canne-épée, deux pistolets de duel à la ceinture et six cigares de La Havanne dans une poche de sa redingote, reçoit un coup de sabre qui lui fend la clavicule gauche jusqu'à la poitrine. A quelques pas de là, au coin de l'hôtel des Postes et de la rue Carretas, les petits José de Cerro, dix ans, qui va pieds nus, et José Cristóbal García, douze ans, résistent à coups de pierres à un dragon de la Garde impériale avant de mourir sous son sabre. Pendant ce temps, le prêtre don Ignacio Hernández, épouvanté par tout ce qu'il voit, a ouvert le couteau qu'il portait dans sa poche. Les pans de sa soutane retroussés jusqu'à la taille, il bataille de pied ferme au milieu des chevaux, avec ses paroissiens de Fuencarral.


Le capitaine observe les femmes qui sont dans la cour, mêlées aux militaires et aux civils. Ce sont pour la plupart des parentes de soldats ou de civils armés : mères, épouses et filles, voisines qui sont venues pour accompagner leurs hommes. Sous la direction du caporal artilleur José Montaño, certaines, qui ont apporté des draps, des courtepointes et des nappes, les déchirent et entassent dans la cour une pile de charpie et de bandes en perspective du moment où les hommes commenceront à tomber. D'autres ouvrent des caisses de munitions, mettent des paquets de cartouches dans des cabas et des paniers d'osier, et les portent aux hommes qui prennent position dans les quartiers du parc ou dans la rue.

– Autre chose, Arango. Essayer d'évacuer ces femmes avant que les Français n'arrivent... Ce n'est point un endroit pour elles. Le lieutenant pousse un profond soupir.

– J'ai déjà essayé, mon capitaine. Elle m'ont ri au nez.


– Je vous dis de vous en aller, insiste Daoiz avec raideur. C'est trop dangeureux de rester à découvert.

La figure salie par la fumée de la poudre, la fille se noue un foulard autour de la tête pour rassembler ses cheveux et esquisse un sourire. Daoiz observe que la sueur met des taches sombres à sa chemise et ses aisselles.
– Tant que vous resterez ici, mon général, Ramona García ne vous lachera pas... Comme dit une cousine à moi qui n'est pas mariée, un homme, ça se suit jusqu'à l'autel, et un homme courageux jusqu'à la fin du monde.
– Elle dit vraiment ça, votre cousine ?
– Juré craché, cœur de ma vie.

Et en remettant un peu d'ordre dans sa mise devant les sourires fatigués des artilleurs et des civils, Ramona García Sánchez chante à voix basse au capitaine deux ou trois mesures d'une copla.


Le Hussard, 2005[modifier]

Il y eut deux claquements de talons, deux sourires et un serrement de mains. Ils sortirent au grand air, très droits, impeccables et rasés de frais, en faisant résonner leurs sabres contre leurs éperons, se sentant jeunes et beaux dans leur superbe uniforme, respirant avec délice l'air vif de l'aube, prêts à affronter à la pointe de leur sabre le filet que la Mort leur lançait depuis l'horizon encore plongé dans les ténèbres.
  • Le Hussard, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2005  (ISBN 2-02-067985-X), p. 47


Ces derniers temps, grâce à la moderne diffusion des Idées, l'Espagne était en voie de sortir du puits où elle était plongée. Nous qui défendons la nécessité du progrès, nous avons vu dans la révolution qui a détrôné les Bourbons en France un signe que les temps, enfin, commençaient à changer. Le poids croissant de Bonaparte en Europe et l'influence que, de ce fait, la France a réussi à exercer sur ses voisins constituaient un espoir... Pourtant, et c'est ici que surgit le problème, la méconnaissance de cette terre et le manque d'habileté avec lequel les proconsuls ont agi ont jeté par-dessus bord des débuts prometteurs... Les Espagnols ne sont pas, nous ne sommes pas, des gens qui se laissent sauver par la force. Nous aimons nous sauver nous-mêmes, peu à peu, sans que cela signifie renoncer aux vieux principes auxquels, pour le meilleur ou pour le pire, on nous a fait croire durant des siècles. Jamais une seule idée ne sera imposée ici par la force des baïonnettes.
  • Le Hussard, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2005  (ISBN 2-02-067985-X), p. 120


Il lutta pour sa vie. Il lutta avec toute la vigueur de ses dix-neuf ans jusqu'à ce que son bras finisse par lui peser comme s'il était de plomb. Il lutta en attaquant et en parant, piquant avec la pointe de son sabre, taillant de revers, arrachant son corps aux mains qui tentaient de le désarçonner, s'ouvrant un passage dans ce labyrinthe de boue, d'acier, de sang, de plomb et de poudre. Il cria sa peur et sa bravoure jusqu'à en avoir la gorge à vif. Et pour la deuxième fois, il se retrouva en train de chevaucher en dehors des lignes ennemies, en rase campagne, la pluie lui fouettant la figure, entouré de chevaux sans cavaliers qui galopaient, affolés. Il palpa son corps et éprouva une joie féroce en n'y découvrant aucune blessure. Ce n'est qu'en portant la main à sa joue droite, qui le brûlait, qu'il la retira tachées de sang.
  • Le Hussard, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2005  (ISBN 2-02-067985-X), p. 161


Il hurla. Malgré la douleur de sa bouche enflée et suppurante, il hurla jusqu'à ne plus s'entendre lui-même. Il hurla vers le ciel, vers les arbres. Il hurla vers le monde entier, il insulta Dieu et le diable. Il embrassa un tronc d'arbre et se mit à rire au milieu de ses larmes. Le dolman couvert de glaise sèche était raide comme une cuirasse. Il l'arracha et le jeta dans les broussailles. Belle étoffe, artistement brodée, çà oui ! Elle se décomposerait dans l'humus de ce bois pourri avec Noirot, avec le hussard qui s'était tiré une balle, avec tous les imbéciles, hommes et bêtes, qui se laissaient attraper dans cette ronde macabre. Et peut-être, bientôt, avec Frédéric lui-même.
  • Le Hussard, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2005  (ISBN 2-02-067985-X), p. 190


Le Peintre de batailles, 2007[modifier]

Ces types, avait-elle ajouté soudain, Géricault et Rodin, avaient raison : Seul l'artiste est véridique. C'est le photographe qui ment.
  • Le Peintre de batailles, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2007  (ISBN 978-2-02-088807-3), p. 264


Le Tango de la Vieille Garde, 2013[modifier]

Il tâte les manchettes de sa chemise pour s'assurer qu'elles dépassent correctement des manches de la veste. Il déteste la manière moderne de montrer la quasi-totalité de son poignet, comme aussi les tailles trop ajustées, les cravates trop voyantes, les chemises à col en pointe et les pantalons moulants qui s'évasent vers le bas.
– Durant toutes ces années, est-ce que tu as réellement pensé quelquefois à moi ?
Il pose la question en regardant les iris dorés de la femme.
– Oui, je l'avoue. Quelquefois.
Max fait appel au plus efficace de ses moyens : le trait blanc qu illumine son visage, en apparence spontané, et qui jadis produisait des effets dévastateurs sur la résistance de ses destinataires.
– Tango de la Vieille Garde mis à part ?
– Mais oui.

  • Le Tango de la Vieille Garde, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2013, p. 182, 183


Prolongeant son geste, elle tend avec naturel la main par-dessus la table et frôle le visage de Max. Instinctivement, il effleure les doigts d'un léger baiser pendant qu'elle la retire.

– Mon Dieu… C'est vrai. Tu étais la plus belle femme que j'ai jamais vue.
Mecha Inzunza ouvre son sac, sort un paquet de Muratti et en porte une à ses lèvres. Se penchant au-dessus de la table, Max l'allume avec le Dupont en or qui était quelques jours plus tôt dans le bureau du docteur Hungentobler. Elle exhale la fumée et se redresse.

– Ne sois pas stupide.
  • Le Tango de la Vieille Garde, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2013, p. 184


– Et toi ? s'enquit Max. Tu ne seras pas non plus toujours jeune et belle.
– Moi, j'ai de l'argent. J'en avais déjà avant de me marier. Aujourd'hui c'est de l'argent qui me vient de si loin qu'il est devenu pour moi comme une seconde nature.
Elle avait répondu sans la moindre hésitation : le ton était tranquille, objectif. Elle avait souligné ces mots d'une moue de mépris.
– Tu serais étonné de ce que l'argent peut simplifier les choses.
Il éclata de rire.
– Je peux m'en faire une idée.
– Non. Je doute que tu y parviennes.

  • Le Tango de la Vieille Garde, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2013, p. 192


Il s'arrêta brusquement, mal à l'aide. Il venait de réaliser qu'il pouvait égréner à l'infini ce genre de souvenirs. Il était aussi conscient que jamais auparavant il n'avait autant parlé de lui-même. A personne. Jamais en disant la vérité, ni en évoquant un passé authentique.
– Il y a des hommes qui rêvent de partir et qui osent le faire, je suis de ceux-là.
  • Le Tango de la Vieille Garde, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2013, p. 502


Je crois que dans le monde d'aujourd'hui, l'unique liberté possible est l'indifférence, conclu Max. Et donc je continuerai à vivre de mon sabre et de mon cheval.
  • Le Tango de la Vieille Garde, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2013, p. 504


Dans ce cas, j'ai de mauvaises nouvelles, répliqua-t-il. Parce que nous voir disparaître sera impossible. Nous représentons l'avenir, tout autant que les voitures, les avions, les drapeaux rouges, les chemises noires ou brunes… Vous débarquez trop tard dans une fête condamnée à mourir.
  • Le Tango de la Vieille Garde, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2013, p. 414


La Patience du franc-tireur, 2014[modifier]

Ils étaient des loups nocturnes, chasseurs clandestins de murs et de surfaces, bombeurs impitoyables qui se déplaçaient dans l'espace urbain, prudents, sur les semelles silencieuses de leurs baskets. Très jeunes et très agiles.
  • Incipit
  • La Patience du franc-tireur, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2014, p. 9


Elle était intelligente, sensible. Elle sortait la nuit dans les rues pour y laisser le témoignage du regard plein de tendresse qu'elle projetait sur le monde.
  • La Patience du franc-tireur, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2014, p. 97


Cadix, ou la diagonale du fou, 2011[modifier]

Elle reste près de la fenêtre, écoutant le silence de la ville. Même avec la persienne baissée, l'air chaud de l'extérieur s'infiltre par les fentes. Les jours de fort levant sont terminés, et Cadix ressemble à un navire endormi dans l'eau tiède et calme, encalminé dans sa propre mer des Sargasses. Un Vaisseau fantôme dont Lolita Palma serait à elle seule tout l'équipage. Ou l'unique survivante. C'est ainsi qu'elle se trouve en ce moment, dans le silence et la chaleur qui l'entourent, adossé au mur, pensant à Pepe Lobo. Son corps est mouillé, la peau de sa nuque humide. De minuscules gouttes de sueur glissent sur la naissance de ses cuisses nues sous la soie.
  • Cadix, ou la diagonale du fou, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2011, p. 262


Un silence, avec en bruit de fond le crépitement de la pluie. Ils cheminent sur les pavés de la rue des Doublons en longeant les façades. La maison des Palma est à vingt pas, au coin. Lorsque la femme parle de nouveau, son ton a changé.

– J'envie votre liberté, monsieur Lobo.
Un ton plus froid. Neutre. Le monsieur remet beaucoup de choses à leur place.
– Je ne définirais pas cela ainsi, répond le corsaire.
– Vous ne comprenez pas, capitaine.
Ils sont arrivés à la porte principale de la maison, à l'abri du vaste couloir obscur qui mène au patio et à ses grands pots de fougères. Pepe Lobo ôte son chapeau et le secoue pendant qu'elle ferme le parapluie. Il sent la veste humide peser sur ses épaules. Ses souliers à boucle d'argent, transformés en éponges, répandent une flaque sur les dalles.

– Est libre celui auquel les choses arrivent telles qu'il les a voulues…, dit-elle. Celui à qui personne d'autre que lui-même ne met d'entraves.
  • Cadix, ou la diagonale du fou, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2011, p. 486


À présent, c'est lui qui ne répond pas, et Lolita ressent une excitation intérieure, singulière. La certitude d'un vague pouvoir sur l'homme qu'elle a devant elle. Quelque chose qui semble dilué dans son atavisme de femme, fait de chair et de siècles. Elle observe la barbe rasée depuis plusieurs heures qui repousse déjà ; noircissant le menton dur, solide, entre les favoris qui arrivent presque aux commissures des lèvres. Un instant, elle se demande quelle odeur a sa peau.
  • Cadix, ou la diagonale du fou, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2011, p. 619


Sa voix est restée calme, comme un regret sincère qui passerait doucement entre eux deux. Elle ne peut plus voir les yeux de l'homme, mais elle observe son hochement de tête découragé.

– Cadix, l'entend-elle dire tout bas.
– Oui. Cadix.

Alors seulement elle s'enhardit jusqu'à le toucher, d'un geste timide comme celui d'un enfant qui ose s'approcher d'un animal en colère. Elle pose sur le bras de l'homme une main si légère qu'elle semble ne rien peser. Et elle sent sous ses doigts, à travers le drap de la veste, frissonner les muscles tendus du corsaire.
  • Cadix, ou la diagonale du fou, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2011, p. 691-692


Ce sera un voyage court et dur… Très dur. Autre silence. Puis résonne le rire du second dans l'obscurité, jusqu'à ce qu'une quinte de toux vienne l'interrompre. Le cigare décrit une courbe rougeoyante en passant par dessus la lisse pour aller s'éteindre dans la mer. Cap sur Rota, commandant, et après, que le diable reconnaisse les siens.
  • Cadix, ou la diagonale du fou, Arturo Pérez-Reverte (trad. François Maspero), éd. Seuil, 2011, p. 701


Deux hommes de bien, 2017[modifier]

– Une bibliothèque est plus une compagnie qu'un moyen de lecture, dit-il après avoir fait quelques pas. Un remède et une consolation.

Dancenis sourit, presque avec reconnaissance.
– Vous savez de quoi vous parlez, monsieur. Une bibliothèque est un endroit où l'on trouve ce qu'il nous faut au moment opportun.
– C'est à mon avis bien davantage… Quand nous sommes tentés de trop mépriser nos semblables, il suffit, pour nous réconcilier avec eux, de contempler une bibliothèque comme celle-ci, riche en monuments dressés à la grandeur de l'homme.

– C'est là, monsieur, une grande vérité.
  • Deux hommes de bien, Arturo Pérez-Reverte (trad. Gabriel Iaculli), éd. Seuil, 2017  (ISBN 978-2-02-128804-9), p. 276


Et dans ce vieux tumulte des siècles, dans les images bigarrées qu'il suscite, l'ancien dragon croit reconnaître le sourire triste et las de ce lieutenant aux moustaches grises qui, dans une autre vie à cette heure si lointaine, chevauche contre l'ennemi dans le défilé de La Guardia, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la fumée de la canonnade, seulement suivi par le jeune cornette pendant que le reste de l'escadron tourne bride. Et, brusquement secoué par le souvenir qui d'une manière si étrange se superpose au présent, Pascual Raposo regarde avec stupeur les deux hommes devant lui, puis détourne les yeux qui vont se poser sur les bois où les dernières traces de la brume sont encore suspendues entre les branches des arbres, où le soleil darde ses rayons, sur l'eau trouble qui court au fond du val en emportant terre et branches, sur les ballots poignardés contenant les livres qui un jour, peut-être, comme il vient de l'entendre, balaieront de la surface de la terre les hommes comme lui.
– Vous êtes fous, répète-t-il, admiratif.
  • Deux hommes de bien, Arturo Pérez-Reverte (trad. Gabriel Iaculli), éd. Seuil, 2017  (ISBN 978-2-02-128804-9), p. 490


Il est des hommes qui traversent votre vie sans laisser de trace, et d'autres qui y demeurent, et que l'on n'oublie jamais. Je compte rester dans votre mémoire.
  • Deux hommes de bien, Arturo Pérez-Reverte (trad. Gabriel Iaculli), éd. Seuil, 2017  (ISBN 978-2-02-128804-9), p. 501


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