Apollonios de Rhodes

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Apollonios de Rhodes (en grec ancien : Ἀπολλώνιος, Alexandrie ou Naucratis, vers 295 – vers 215 av. J.-C.) est un poète épique grec du IIIe siècle av. J.-C., disciple de Callimaque et successeur de Zénodote au rang de directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie. Son œuvre se compose principalement des Argonautiques, en quatre livres, qui est l’unique poème épique demeurant entre Homère et Nonnos, et de fragments de compositions en hexamètres sur la fondation des cités d’Alexandrie, Naucratis, Cnide, Rhodes et Caunos.

Argonautiques[modifier]

L'Argo, toile de Constantinos Volanakis (1837-1907). Collection particulière.

Chant I[modifier]

C'est en commençant par toi, Phoibos, que je rappellerai les exploits de ces héros d'autrefois qui, par la bouche du Pont et à travers les Roches Kyanées, sur l'ordre du roi Pélias, menèrent vers la toison d'or la solide nef Argô.
  • (grc)

    Ἀρχόμενος σέο Φοῖβε παλαιγενέων κλέα φωτῶν
    μνήσομαι οἳ Πόντοιο κατὰ στόμα καὶ διὰ πέτρας
    Κυανέας βασιλῆος ἐφημοσύνῃ Πελίαο
    χρύσειον μετὰ κῶας ἐύζυγον ἤλασαν Ἀργώ.

  • Premiers vers de l'épopée, adressés au dieu Apollon (Phoibos).
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), I, 1-4, p. 50


Pour vous, le sort que les dieux vous réservent et vous prédisent est de revenir ici avec la toison ; mais, dans l'intervalle, à l'aller comme au retour, innombrables sont les épreuves. Pour moi, l'arrêt fatal est de mourir par la cruelle volonté d'un dieu, loin d'ici, quelque part sur le continent asiatique. De funestes oiseaux m'avaient déjà fait connaître auparavant mon sort ; je n'en ai pas moins quitté ma patrie pour m'embarquer sur le navire et, en m'embarquant, préserver ma gloire dans ma patrie.
  • Prédiction du devin Idmos, l'un des Argonautes, au reste de la troupe, peu avant le départ du navire.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), I, 440-447, p. 70


Il dit, puis fit taire à la fois sa phorminx et sa voix divine ; mais, bien qu'il eût fini, les héros, avidement, tendaient encore la tête tous ensemble, l'oreille dressée, immobiles, sous le charme, tant il les avait laissés captivés par son chant.
  • (grc)

    Ἦ, καὶ ὁ μὲν φόρμιγγα σὺν ἀμβροσίῃ σχέθεν αὐδῇ·
    τοὶ δ᾽ ἄμοτον λήξαντος ἔτι προύχοντο κάρηνα
    πάντες ὁμῶς ὀρθοῖσιν ἐπ᾽ οὔασιν ἠρεμέοντες
    κηληθμῷ· τοῖόν σφιν ἐνέλλιπε θέλκτρον ἀοιδῆς.

  • Orphée vient de chanter pour les autres Argonautes.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), I, 512-515, p. 73


Il eût été plus facile de jeter les yeux sur le soleil levant que de contempler le rouge éclat de ce manteau ; car rouge en était le fond et tous ses bords, de couleur pourpre. Sur chaque lisière, divers sujets, côte à côte, avaient été brodés avec art.
  • Début de la description du manteau de Jason.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), I, 725-729, p. 83-84


La nymphe de la source au beau courant venait de surgir à la surface de l'eau. Elle aperçut près d'elle Hylas dont la beauté et les grâces charmantes se teintaient de rose à la lumière de la pleine lune qui l'éclairait du haut du ciel. Affolée d'amour par Cypris, elle eut peine, dans sa stupeur, à rassembler ses esprits. Dès qu'il eut plongé son aiguière dans le courant, le corps penché de côté, comme l'eau bruissait en coulant à gros bouillons dans le bronze sonore, aussitôt elle posa sur son cou son bras gauche, brûlant de baiser sa bouche délicate ; de la main droite, elle lui tira le coude et l'entraîna au milieu du tourbillon.
  • (grc)

        Ἡ δὲ νέον κρήνης ἀνεδύετο καλλινάοιο
        νύμφη ἐφυδατίη· τὸν δὲ σχεδὸν εἰσενόησεν
        κάλλεϊ καὶ γλυκερῇσιν ἐρευθόμενον χαρίτεσσιν.
        πρὸς γάρ οἱ διχόμηνις ἀπ᾽ αἰθέρος αὐγάζουσα
        βάλλε σεληναίη. τὴν δὲ φρένας ἐπτοίησεν
        Κύπρις, ἀμηχανίῃ δὲ μόλις συναγείρατο θυμόν.
        αὐτὰρ ὅγ᾽ ὡς τὰ πρῶτα ῥόῳ ἔνι κάλπιν ἔρεισεν
        λέχρις ἐπιχριμφθείς, περὶ δ᾽ ἄσπετον ἔβραχεν ὕδωρ
        χαλκὸν ἐς ἠχήεντα φορεύμενον, αὐτίκα δ᾽ ἥγε
        λαιὸν μὲν καθύπερθεν ἐπ᾽ αὐχένος ἄνθετο πῆχυν
        κύσσαι ἐπιθύουσα τέρεν στόμα· δεξιτερῇ δὲ
        ἀγκῶν᾽ ἔσπασε χειρί, μέσῃ δ᾽ ἐνικάββαλε δίνῃ.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), I, 1228–1239, p. 108-109


Chant II[modifier]

Les Symplégades, illustration pour The Heroes de Charles Kingsley. Vers 1900.
C'est assez maintenant et, quel que soit l'homme que tu prétends être, tu n'as pas à faire montre envers nous de mauvaise violence.
  • Réponse de Pollux à Amycos, roi des Bébryces, qui impose à tous les étrangers de se battre contre lui.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 22-23, p. 177


C'est là, sur le rivage, que Phinée, fils d'Agénor, avait sa demeure, lui qui, de tous les hommes, eut à subir les pires maux à cause de l'art divinatoire que lui avait donné jadis le fils de Létô.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 178-181, p. 185


Car ils se manifestent avec éclat aux habitants de la terre, les châtiments des immortels.
  • Paroles de l'Argonaute Zétès au devin Phinée harcelé par les Harpies.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 250-251, p. 188


S'ils s'étaient attardés, les héros auraient dû livrer combat aux Amazones et la bataille n'aurait pas manqué d'être sanglante ; en effet elles n'étaient guère accueillantes ni respectueuses des lois, les Amazones qui habitaient la plaine de Doias ; elles n'aimaient que funeste démesure et travaux d'Arès, car elles étaient nées de la race d'Arès et d'Harmonia, cette Nymphe qui avait enfanté à Arès des filles belliqueuses, après s'être unie à lui dans les profondeurs du bois d'Acmôn.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 985-992, p. 223-224


Chez ce peuple, quand les femmes donnent des enfants à leurs maris, ce sont eux qui gémissent, abattus sur leurs lits, la tête bandée, tandis que leurs femmes prennent soin de bien les nourrir et leur préparent les bains des accouchées.
  • (grc)

    ἔνθ᾽ ἐπεὶ ἄρ κε τέκωνται ὑπ᾽ ἀνδράσι τέκνα γυναῖκες,
    αὐτοὶ μὲν στενάχουσιν ἐνὶ λεχέεσσι πεσόντες,
    κράατα δησάμενοι· ταὶ δ᾽ εὖ κομέουσιν ἐδωδῇ
    ἀνέρας, ἠδὲ λοετρὰ λεχώια τοῖσι πένονται.

  • Description des coutumes des Tibarènes.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 1011-1014, p. 225


Ensuite ils passaient devant le Mont Sacré et le pays où les Mossynèques habitent dans les montgnes ces "mossynes" d'où leur vient le nom qu'ils portent eux-mêmes. Leurs coutumes et leurs lois diffèrent de celles des autres peuples. Tout ce qu'il est d'usage de faire ouvertement, en public ou sur la grand-place, ils l'accomplissent dans leurs maisons ; tout ce que nous faisons dans nos demeures, ils l'accomplissent dehors, en pleine rue, sans s'exposer au blâme. Ils n'ont même pas honte de s'accoupler en public ; mais, comme des porcs à l'engrais, sans le moindre égard pour l'assistance, ils s'unissent par terre aux femmes en toute promiscuité. Leur roi, lui, siège dans la plus haute "mossyne" et rend une justice équitable à une population nombreuse : le malheureux ! s'il lui arrive de commettre une erreur dans ses jugements, on le tient enfermé durant tout ce jour-là sans manger.
  • (grc)

    ἀλλοίη δὲ δίκη καὶ θέσμια τοῖσι τέτυκται.
    ὅσσα μὲν ἀμφαδίην ῥέζειν θέμις, ἢ ἐνὶ δήμῳ,
    ἢ ἀγορῇ, τάδε πάντα δόμοις ἔνι μηχανόωνται·
    ὅσσα δ᾽ ἐνὶ μεγάροις πεπονήμεθα, κεῖνα θύραζε
    ἀψεγέως μέσσῃσιν ἐνὶ ῥέζουσιν ἀγυιαῖς.
    οὐδ᾽ εὐνῆς αἰδὼς ἐπιδήμιος, ἀλλά, σύες ὣς
    φορβάδες, οὐδ᾽ ἠβαιὸν ἀτυζόμενοι παρεόντας,
    μίσγονται χαμάδις ξυνῇ φιλότητι γυναικῶν.
    αὐτὰρ ἐν ὑψίστῳ βασιλεὺς μόσσυνι θαάσσων
    ἰθείας πολέεσσι δίκας λαοῖσι δικάζει,
    σχέτλιος. ἢν γάρ πού τί θεμιστεύων ἀλίτηται,
    μιν κεῖν᾽ ἦμαρ ἐνικλείσαντες ἔχουσιν.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 1015-1029, p. 225


Il est bien vrai que Zeus voit toutes choses ; nous, les hommes, nous n'échappons jamais à son regard, que nous soyons pieux ou injustes.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 1179-1180, p. 233


Quant à enlever la toison à l'insu d'Aiétès, ce n'est pas non plus tâche facile, tel est le dragon qui veille tout autour, ignorant la mort et le sommeil ; c'est la Terre elle-même qui l'enfanta dans les contreforts du mont Caucase, au pied de la roche Typhaonienne où l'on dit que Typhaon, frappé par la foudre du Cronide Zeus, alors qu'il avait porté sur lui ses fortes mains, laissa couler de sa tête des gouttes brûlantes de son sang ; en cet état, il vint dans les monts et dans la plaine de Nysa, où, maintenant encore, il gît, englouti sous les eux du lac Serbônis.
  • Argos décrit aux Argonautes le dragon gardien de la Toison d'or.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chants I-II, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1974 (réédition consultée : 2002), II, 1207-1215, p. 234


Chant III[modifier]

Lady Hamilton en Médée, de George Romney, 1786. Norton Simon Museum (Los Angeles).
Allons, Ératô, viens m'assister et conte-moi comment, de là-bas, Jason rapporta à Iôlcos la toison grâce à Médée. Toi, en effet, tu as aussi ta part de l'apanage de Cypris et tu charmes les vierges ignorantes du joug par les soucis que tu leur causes ; de là vient le nom aimable attaché à ta personne.
  • (grc)

    Εἰ δ᾽ ἄγε νῦν, Ἐρατώ, παρά θ᾽ ἵστασο, καί μοι ἔνισπε,
    ἔνθεν ὅπως ἐς Ἰωλκὸν ἀνήγαγε κῶας Ἰήσων
    Μηδείης ὑπ᾽ ἔρωτι.

  • Premiers vers du chant III. Le poète invoque Ératô, Muse de la poésie amoureuse, avant d'entamer la partie de l'épopée durant laquelle Jason et Médée tombent amoureux.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1-5, p. 50


D'ailleurs, auparavant, déjà, Jason m'était très cher, depuis que, près des eaux de l'Anauros en forte crue, alors que j'éprouvais la droiture des hommes, il vint à moi au retour de la chasse. La neige poudrait toutes les montagnes et leurs hautes cimes ; de leurs flancs descendaient les torrents en cascades grondantes. J'avais l'aspect d'une vieille : il eut pitié de moi, me prit lui-même sur ses épaules et me portait sur l'autre rive à travers l'eau qui dévalait. Voilà pourquoi je ne cesse d'avoir pour lui la plus grande estime.
  • (grc)

    Καὶ δ᾽ ἄλλως ἔτι καὶ πρὶν ἐμοὶ μέγα φίλατ᾽ Ἰήσων
    ἐξότ᾽ ἐπὶ προχοῇσιν ἅλις πλήθοντος Ἀναύρου
    ἀνδρῶν εὐνομίης πειρωμένῃ ἀντεβόλησεν
    θήρης ἐξανιών· νιφετῷ δ᾽ ἐπαλύνετο πάντα
    οὔρεα καὶ σκοπιαὶ περιμήκεες, οἱ δὲ κατ᾽ αὐτῶν
    χείμαρροι καναχηδὰ κυλινδόμενοι φορέοντο.
    γρηὶ δέ μ᾽ εἰσαμένην ὀλοφύρατο, καί μ᾽ ἀναείρας
    αὐτὸς ἑοῖς ὤμοισι διὲκ προαλὲς φέρεν ὕδωρ.
    τῶ νύ μοι ἄλληκτον περιτίεται.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 66-74, p. 52-53


Cypris, de son côté, se dirigea vers les vallons de l'Olympe, à la recherche de son fils. Elle le trouva à l'écart, dans le jardin florissant de Zeus. Il n'était pas seul, mais en compagnie de Ganymède que jadis Zeus avait installé au ciel, comme convive des Immortels, parce qu'il s'était épris de sa beauté. Tous deux jouaient avec des osselets d'or, comme de jeunes camarades. Amour l'effronté en avait déjà une pleine poignée dans sa main gauche qu'il serrait contre sa poitrine ; il était debout, et ses joues se coloraient d'une douce rougeur. Près de lui, Ganymède se tenait à genoux, silencieux et tête basse. Il ne lui restait que deux osselets qu'il lançait encore l'un après l'autre, en vain : il était furieux de voir son compagnon rire aux éclats. Il eut tôt fait de les perdre comme les précédents et s'en fut, les mains vides, désemparé, sans voir arriver Cypris. Celle-ci s'arrêta devant son fils, et, aussitôt, lui prenant le menton, elle lui dit : "Pourquoi sourire après ce que tu as fait, vilain monstre ? Comme d'habitude, tu l'as trompé et c'est par tes tricheries que tu as triomphé de son ingénuité !"
  • (grc)
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 112-130, p. 54-55


Bientôt la nuit amenait ses ombres sur la terre ; en mer, les matelots sur leur navire avaient fixé leur regard sur Héliké et les étoiles d'Orion ; déjà, le voyageur et le gardien des portes aspiraient au sommeil ; même la mère qui avait perdu ses enfants sombrait dans une profonde torpeur ; plus d'abois de chiens à travers la ville, plus de rumeur sonore ; le silence régnait sur les ténèbres toujours plus noires. Mais le doux sommeil n'envahit pas Médée ; car les soucis en foule, dans sa passion pour l'Aisonide, la tenaient en éveil : elle craignait la brutale fureur des taureaux qui devaient le faire périr d'une mort pitoyable dans la jachère d'Arès. À coups répétés, son cœur battait follement dans sa poitrine.
  • (grc)

    Νὺξ μὲν ἔπειτ᾽ ἐπὶ γαῖαν ἄγεν κνέφας· οἱ δ᾽ ἐνὶ πόντῳ
    ναῦται εἰς Ἑλίκην τε καὶ ἀστέρας Ὠρίωνος
    ἔδρακον ἐκ νηῶν· ὕπνοιο δὲ καί τις ὁδίτης
    ἤδη καὶ πυλαωρὸς ἐέλδετο· καί τινα παίδων
    μητέρα τεθνεώτων ἀδινὸν περὶ κῶμ᾽ ἐκάλυπτεν·
    οὐδὲ κυνῶν ὑλακὴ ἔτ᾽ ἀνὰ πτόλιν, οὐ θρόος ἦεν
    σιγὴ δὲ μελαινομένην ἔχεν ὄρφνην.
    ἀλλὰ μάλ᾽ οὐ Μήδειαν ἐπὶ γλυκερὸς λάβεν ὕπνος.
    πολλὰ γὰρ Αἰσονίδαο πόθῳ μελεδήματ᾽ ἔγειρεν
    δειδυῖαν ταύρων κρατερὸν μένος, οἷσιν ἔμελλεν
    φθίσθαι ἀεικελίῃ μοίρῃ κατὰ νειὸν Ἄρηος.
    Πυκνὰ δέ οἱ κραδίη στηθέων ἔντοσθεν ἔθυιεν.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 744-755, p. 81-82


Car, à voir ta beauté, tu sembles rayonner de la plus aimable bienveillance.
  • (grc)

    Ἦ γὰρ ἔοικας
    ἐκ μορφῆς ἀγανῇσιν ἐπητείῃσι κεκάσθαι.

  • Paroles de Jason à Médée.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1006–1007, p. 93


Telles furent ses paroles flatteuses. Elle baissa les yeux avec un sourire divin ; son coeur intérieurement fondit de joie, tant la louange la transportait.
  • (grc)

    Ὧς φάτο κυδαίνων· ἡ δ᾽ ἐγκλιδὸν ὄσσε βαλοῦσα
    νεκτάρεον μείδησ᾽· ἐχύθη δέ οἱ ἔνδοθι θυμὸς
    αἴνῳ ἀειρομένης.

  • Réaction de Médée aux premières paroles que lui adresse Jason en la rencontrant seul à seule.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1008–1010, p. 93


Une chaleur intérieure faisait fondre de joie son âme comme sur les pétales de rose fond la rosée à la chaleur des rayons de l'aurore.
  • (grc)

    Ἰαίνετο δὲ φρένας εἴσω
    τηκομένη, οἷόν τε περὶ ῥοδέῃσιν ἐέρση
    τήκεται ἠῴοισιν ἰαινομένη φαέεσσιν.

  • Réaction de Médée en rencontrant Jason.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1019–1021, p. 93


Tous deux tantôt fixaient les yeux à terre avec pudeur, tantôt au contraire ils se lançaient mutuellement des regards, les sourcils éclairés d'un amoureux sourire.
  • (grc)

    Ἄμφω δ᾽ ἄλλοτε μέν τε κατ᾽ οὔδεος ὄμματ᾽ ἔρειδον
    αἰδόμενοι, ὁτὲ δ᾽ αὖτις ἐπὶ σφίσι βάλλον ὀπωπάς,
    ἱμερόεν φαιδρῇσιν ὑπ᾽ ὀφρύσι μειδιόωντες.

  • Rencontre secrète entre Jason et Médée.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1022-1024, p. 93-94


Jason dompte les taureaux d'Aiétès, Jean-François de Troy, v.1742-1743.
Le corps nu, [Jason] ressemblait à la fois à Arès et à Apollon, le dieu au glaive d'or.
  • (grc)

    Γυμνὸς δέμας, ἄλλα μὲν Ἄρει
    εἴκελος, ἄλλα δέ που χρυσαόρῳ Ἀπόλλωνι.

  • Jason se prépare à affronter les taureaux dans la jachère d'Arès.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1282–1283, p. 104


[Les taureaux cracheurs de feu], sortis de quelque invisible grotte souterraine où ils avaient leurs solides étables enveloppées de tout côté d'une fuligineuse fumée, surgirent tous deux à la fois, exhalant des flammes ardentes. Les héros prirent peur à leur vue ; mais lui [Jason], bien campé sur ses jambes, attendait leur choc, comme un écueil dans la mer celui des flots bouleversés par des bourrasques sans fin.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1289–1295, p. 105


Lorsque, dans les creusets percés des fondeurs, les soufflets de cuir tantôt grondent en activant la flamme dévorante et tantôt suspendent leur haleine, le feu fait un ronflement terrible quand il jaillit du bas du fourneau : de même, les deux taureaux, en soufflant de leur mufle une flamme rapide, mugissaient et une ardeur brûlante enveloppait le héros en le frappant comme d'un éclair ; mais les drogues de la jeune fille le protégeaient.
  • (grc)

    Ὡς δ᾽ ὅτ᾽ ἐνὶ τρητοῖσιν ἐύρρινοι χοάνοισιν
    φῦσαι χαλκήων ὁτὲ μέν τ᾽ ἀναμαρμαίρουσιν,
    πῦρ ὀλοόν πιμπρᾶσαι, ὅτ᾽ αὖ λήγουσιν ἀυτμῆς,
    δεινὸς δ᾽ ἐξ αὐτοῦ πέλεται βρόμος, ὁππότ᾽ ἀίξῃ
    νειόθεν· ὧς ἄρα τώγε θοὴν φλόγα φυσιόωντες
    ἐκ στομάτων ὁμάδευν, τὸν δ᾽ ἄμφεπε δήιον αἶθος
    βάλλον ἅ τε στεροπή· κούρης δέ ἑ φάρμακ᾽ ἔρυτο.

  • Jason soutient l'assaut et le feu des taureaux grâce à l'onguent que lui a donné Médée.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant III, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1980 (réédition consultée : 2002), III, 1299-1305, p. 105-106


Chant IV[modifier]

Dis maintenant toi-même, déesse, les tourments et les pensées de la jeune Colque, ô Muse, fille de Zeus ; car, en vérité, mon esprit, réduit au silence, se tourne et retourne en moi, quand je me demande si je dois parler du fatal égarement d'une funeste passion ou si ce fut plutôt une épouvante pitoyable qui lui fit quitter les nations de Colchide.
  • Premiers vers du chant IV. Le poète évoque les raisons qui poussent Médée à fuir son pays natal, la Colchide, pour s'embarquer avec Jason et les Argonautes.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 1-5, p. 70


Mais déjà, droit sur eux, le dragon vigilant tendait son cou démesuré, dès qu'il les vit venir de loin de ses yeux toujours en éveil.
  • (grc)

    Αὐτὰρ ὁ ἀντικρὺ περιμήκεα τείνετο δειρὴν
    ὀξὺς ἀύπνοισιν προϊδὼν ὄφις ὀφθαλμοῖσιν
    νισσομένους, ῥοίζει δὲ πελώριον.

  • Jason et Médée s'approchent du dragon gardien de la Toison d'or.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 127-129, p. 75


Les femmes accouchées s'éveillèrent de frayeur ; leurs petits, qui dormaient sur leur sein, tremblèrent à ce sifflement et elles les entourèrent de leurs bras dans leur angoisse.
  • (grc)

    Δείματι δ᾽ ἐξέγροντο λεχωίδες, ἀμφὶ δὲ παισὶν
    νηπιάχοις, οἵ τέ σφιν ὑπ᾽ ἀγκαλίδεσσιν ἴαυον,
    ῥοίζῳ παλλομένοις χεῖρας βάλον ἀσχαλόωσαι.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 127-129, p. 75


Jason apportant à Pélias la Toison d'or. Face A d'un cratère en calice apulien à figures rouges. Vers 340-330 av. J.-C. Musée du Louvre (Paris, France), K127.
Parfois une jeune fille, quand la pleine lune brille au-dessus de sa chambre située sous le toit, en recueille les rayons sur le fin tissu de sa robe et se réjouit le coeur de voir sa belle lumière : Jason avait alors autant de joie à emporter entre ses mains l'ample toison ; sur la blondeur de ses joues et de son front, l'éclat de la laine mettait une rougeur pareille à une flamme.
  • (grc)

    Ὡς δὲ σεληναίην διχομήνιδα παρθένος αἴγλην
    ὑψόθεν ἐξανέχουσαν ὑπωροφίου θαλάμοιο
    λεπταλέῳ ἑανῷ ὑποΐσχεται· ἐν δέ οἱ ἦτορ
    χαίρει δερκομένης καλὸν σέλας· ὧς τότ᾽ Ἰήσων
    γηθόσυνος μέγα κῶας ἑαῖς ἐναείρατο χερσίν·
    καί οἱ ἐπὶ ξανθῇσι παρηίσιν ἠδὲ μετώπῳ
    μαρμαρυγῇ ληνέων φλογὶ εἴκελον ἷζεν ἔρευθος.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 165-173, p. 77


La stupeur saisirt les jeunes gens à la vue de la vaste toison qui brillait comme l'éclair de Zeus. Chacun s'élança avec le désir de la toucher et de la prendre dans ses mains.
  • (grc)

    θάμβησαν δὲ νέοι μέγα κῶας ἰδόντες
    λαμπόμενον στεροπῇ ἴκελον Διός. ὦρτο δ᾽ ἕκαστος
    ψαῦσαι ἐελδόμενος δέχθαι τ᾽ ἐνὶ χερσὶν ἑῇσιν.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 184-186, p. 77


Funeste Amour, grand fléau, grand objet de haine pour les hommes, c'est de toi que naissent mortelles discordes, gémissements, épreuves, et puis encore d'autres malheurs sans fin, mer de tourments. Contre les fils de mes ennemis, lève-toi, ô dieu, déchaîne-toi, ainsi que tu jetas dans l'âme de Médée cet odieux égarement.
  • (grc)

    Σχέτλι᾽ Ἔρως, μέγα πῆμα, μέγα στύγος ἀνθρώποισιν,
    ἐκ σέθεν οὐλόμεναί τ᾽ ἔριδες στοναχαί τε γόοι τε,
    ἄλγεά τ᾽ ἄλλ᾽ ἐπὶ τοῖσιν ἀπείρονα τετρήχασιν.
    δυσμενέων ἐπὶ παισὶ κορύσσεο, δαῖμον, ἀερθείς,
    οἷος Μηδείῃ στυγερὴν φρεσὶν ἔμβαλες ἄτην.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 445-449, p. 89


Aussitôt la jeune fille détourna les yeux en se couvrant de son voile pour ne pas voir le meurtre de son frère percé de coups.
  • (grc)

    Αἶψα δὲ κούρη
    ἔμπαλιν ὄμματ᾽ ἔνεικε, καλυψαμένη ὀθόνῃσιν,
    μὴ φόνον ἀθρήσειε κασιγνήτοιο τυπέντος.

  • Médée se détourne tandis que Jason tue son frère Apsyrtos. Francis Vian précise dans une note à son édition que le fait de détourner les yeux dénote à la fois une émotion et une crainte religieuse : Médée cherche à échapper à la souillure entraînée par le meurtre de son frère, mais elle en sera tout de même entachée.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 465-467, p. 89


C'est là que les filles de Nérée arrivaient de toute part à leur aide ; la divine Thétis, par derrière, avait saisi la pale du gouvernail pour la guider dans les récifs des Planctes.
  • (grc)

    Ἔνθα σφιν κοῦραι Νηρηίδες ἄλλοθεν ἄλλαι
    ἤντεον· ἡ δ᾽ ὄπιθεν πτέρυγος θίγε πηδαλίοιο
    δῖα Θέτις, Πλαγκτῇσιν ἐνὶ σπιλάδεσσιν ἐρύσσαι.

  • Sur la route du retour, les Néréides (nymphes des mers, filles du dieu Nérée) aident le navire Argo à franchir les Planctes, des roches qui s'entrechoquaient pour briser et couler les navires.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 930-932, p. 110


Souvent, par temps calme, des dauphins, sautant hors de l'eau, évoluent en bande autour d'un navire qui vogue ; ils se montrent tour à tour par devant, à l'arrière ou sur le côté, pour la joie des marins : comme eux, bondissant et courant de l'avant, toutes les Néréides ensemble évoluaient autour de la nef Argô, tandis que Thétis dirigeait sa route.
  • (grc)

    Ὡς δ᾽ ὁπόταν δελφῖνες ὑπὲξ ἁλὸς εὐδιόωντες
    σπερχομένην ἀγεληδὸν ἑλίσσωνται περὶ νῆα,
    ἄλλοτε μἑν προπάροιθεν ὁρώμενοι, ἄλλοτ᾽ ὄπισθεν,
    ἄλλοτε παρβολάδην, ναύτῃσι δὲ χάρμα τέτυκται·
    ὧς αἱ ὑπεκπροθέουσαι ἐπήτριμοι εἱλίσσοντο
    Ἀργῴῃ περὶ νηί, Θέτις δ᾽ ἴθυνε κέλευθον.

  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 933-938, p. 110


Soyez-moi propices, héros, race des Bienheureux ; puissent ces chants, d'année en année, être pour les hommes toujours plus doux à chanter. Me voici en effet parvenu au terme de vos glorieux travaux : aucune nouvelle épreuve ne vous est arrivée après votre départ d'Égine, ni aucune tempête ne s'est levée. Après avoir longé paisiblement la terre de Kécrops et Aulis qu'enserre l'Eubée, et les cités des Locriens d'Oponte, vous avez — avec quelle joie ! — mis le pied sur la côte de Pagase.
  • Derniers vers de l'épopée.
  • (grc) Argonautiques, tome I, chant IV, Apollonios de Rhodes (trad. Francis Vian), éd. Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France », 1981 (réédition consultée : 2002), IV, 1773-1781, p. 146


Citations au sujet d'Apollonios de Rhodes[modifier]

Cette oeuvre à la construction complexe est aussi un poème savant. La science philologique d'Apollonios transparaît à tous moments dans un style qui prend implicitement parti dans les problèmes posés par l'établissement et l'interprétation du texte homérique. Sa géographie fait encore aujourd'hui l'admiration des érudits modernes par l'exactitude de ses indications topographiques. Dans l'épisode libyen, le portage de la nef Argo le long du littoral, pour fantastique qu'il soit, se justifie par la présence tout à fait réelle dans cette région de hauts fonds qui interdisent la navigation. Même ses erreurs, comme par exemple sa vision d'un Istros/Danube qui se diviserait en deux bras se jetant l'un dans le Pont-Euxin, l'autre dans l'Adriatique, ont la caution des savants de son temps.
  • Histoire de la littérature grecque, Suzanne Saïd, Monique Trédé, Alain Le Boulluec, éd. Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 1997 (réédition consultée : 2004), chapitre IX : la poésie hellénistique, p. 321


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