Antoine Prost

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Antoine Prost
Antoine Prost

Antoine Prost (1933-) est un historien français.

Douze leçons sur l'histoire, 1996[modifier]

Chapitre 1 : L'histoire dans la société française XIXe-XXe siècle[modifier]

L'important est que, fondé ou non, le consensus français autour de la fonction identitaire de l'histoire charge les historiens d'une mission entre toutes importante et prestigieuse. Leur statut dans la société s'en trouve rehaussé, quel que soit par ailleurs le prix de ce prestige accru.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 17


Chapitre 2 : La profession historienne[modifier]

Scientifiquement, le paradigme des Annales apportait à l'histoire une intelligibilité très supérieure : la volonté de synthèse, mettant en relation les différents facteurs d'une situation ou d'un problème, permettait de comprendre à la fois le tout et ses parties. C'était une histoire plus riche, plus vivante et plus intelligente.
  • Antoine Prost compare ici les historiens de l'école des Annales à leurs prédécesseurs.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 40


C'est que le contrôle des médias et l'accès au grand public détiennent aujourd'hui une importance professionnelle. Les réputations d'historiens ne se font plus seulement dans l'intimité des amphithéâtres - au demeurant surpeuplés - ni dans l'ambiance feutrée, érudite et allusive des jurys de thèse ou des comités de rédaction des revues savantes. Elles se font aussi dans le grand public, par l'intervention dans les médias, la télévision, les magazines.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 47


Chapitre 3 : Les faits et la critique historique[modifier]

S'il est une conviction bien ancrée dans l'opinion publique, c'est qu'en histoire il y a des faits et qu'il faut les savoir. [...] D'honnêtes gens qui ignorent si Marignan fut une victoire ou une défaite, et quels en étaient les enjeux, s'indignent que les élèves en ignorent la date. Pour le grand public, l'histoire se réduit souvent à un squelette constitué de faits datés : révocation de l'édit de Nantes 1685, Commune de Paris 1871, découverte de l'Amérique 1492, etc. [...] On touche ici sans doute la différence majeure entre l'enseignement et la recherche, entre l'histoire qui s'expose didactiquement et celle qui s'élabore. Dans l'enseignement, les faits sont tout faits. Dans la recherche, il faut les faire.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 55


Le souci des faits en histoire est celui même de l'administration de la preuve, et il est indissociable de la référence.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 57


Les concepts ont beaucoup changé de sens, et ceux qui nous paraissent transparents sont les plus dangereux.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 63


L'exactitude et la précision sont choses différentes, et un chiffre approximatif juste vaut mieux que des décimales illusoires.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 66


Notre époque, friande d'histoire orale, habituée par la télévision et la radio à « vivre » - comme on le dit sans rire - les événements en direct, accorde à la parole des témoins une valeur excessive.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 66


On ne peut définir l'histoire comme la connaissance du passé, ainsi qu'on le dit parfois un peu vite, parce que le caractère passé ne suffit pas à désigner un fait ou un objet de connaissance. Tous les faits passés ont d'abord été des faits présents : entre les uns et les autres, aucune différence de nature. Passé est un adjectif, non un substantif et c'est abusivement qu'on utilise le terme pour désigner l'ensemble indéfiniment ouvert des objets qui peuvent présenter ce caractère, recevoir cette détermination.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 67-68


Il n'y a pas de faits historiques par nature comme il y a des faits chimiques ou démographiques. Le terme hitoire n'appartient pas au même ensemble que les termes biophysique moléculaire, physique nucléaire, climatologie ou même ethnologie. Comme le dit fortement Seignobos, « il n'y a de faits historiques que par position ».
  • La citation de l'historien Charles Seignobos est tirée des premières pages de La Méthode historique apliquée aux sciences sociales (1901).
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 68


L'histoire n'est pas une pêche au filet ; l'historien e lance pas son chalut au hasard, pour voir s'il prendra des poissons, et lesquels. On ne trouve jamais la réponse à des questions qu'on ne s'est pas posées...
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 75


Chapitre 4 : Les questions de l'historien[modifier]

L'historien ne se pose jamais une « simple question » - même quand il s'agit d'une question simple. Sa question n'est pas une question nue ; c'est une question armée, qui porte avec elle une idée des sources documentaires et des procédures de recherche possibles. [...] Il n'y a pas davantage de document sans question. C'est la question de l'historien qui érige les traces laissées par le passé en sources et en documents.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 80-81


Comment savoir aujourd'hui quels documents serviront demain aux historiens pour répondre à leurs questions, encore inconnues?
  • Antoine Prost évoque ici les difficultés auxquelles sont confrontés les archivistes.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 83


Les questions s'enchaînent les unes aux autres, elles s'engendrent mutuellement. D'une part, les curiosités collectives se déplacent ; d'autre part, la vérification/réfutation des hypothèses donne naissance à de nouvelles hypothèses, au sein de théories qui évoluent. L'enquête est donc indéfiniment relancée. Pas plus que la liste des faits, celle des questions ne saurait être close : il faudra toujours réécrire l'histoire.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 84


La véritable lacune n'est pas un objet supplémentaire dont l'histoire n'a pas été faite, mais des questions auxquelles les historiens n'ont pas encore de réponse. Et comme les questions se renouvellent, il arrive que des lacunes s'effacent sans avoir été comblées... Les questions peuvent cesser de se poser avant d'avoir reçu réponse.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 85


Certaines histoires remplissent une fonction de divertissement. Elles ont pour but de distraire, de faire rêver. Elles cherchent un dépaysement dans le temps, un exotisme analogue à celui que procurent, dans l'espace, les revues de vulgarisation géographique. C'est surtout cette histoire qui connaît le succès dans les médias et se vend aux kiosques des gares. la fonction sociale qu'elle remplit n'est ni négligeable ni innocente, au même titre que les reportages de Paris-Match sur la famille de Monaco ou les catalogues des agences de tourisme. Aux yeux des historiens, cette histoire anecdotique, qui s'intéresse aux vies privées des princes d'antan, aux crimes restés obscurs, aux épisodes spectaculaires, aux coutumes étranges, ne mérite pas grand intérêt. L'histoire médiatique n'est pas disqualifiée par ses méthodes, qui peuvent parfaitement respecter les règles de la critique, mais par ses questions, qui sont futiles.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 88


Tous les historiens, il est vrai, ne sont pas engagés, mais l'intérêt professionnel de l'historien pour l'évolution de la collectivité constitue un facteur favorable à l'engagement qui est probablement plus fréquent dans la corporation que dans l'ensemble de la population de même niveau culturel. Ce qui ne préjuge pas du sens de l'engagement - on trouve des historiens dans tous les camps - et ne le rend pas automatique : on trouve de grands historiens qui ont précisément choisi de ne pas s'engager pour se consacrer intégralement à l'histoire. Ce fut le choix des Annales.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 93


Chapitre 5 : Le temps de l'histoire[modifier]

La mémoire, comme l'histoire, travaille un temps déjà écoulé. La différence réside dans la mise à distance, dans l'objectivation. Le temps de la mémoire, celui du souvenir, ne peut jamais être entièrement objectivé, mis à distance, et c'est ce qui fait sa force : il revit avec une charge affective inévitable. Il est inexorablement infléchi, modifié, remanié en fonction des expériences ultérieures,qui l'ont investi de significations nouvelles. Le temps de l'histoire se construit contre celui de la mémoire. Contrairement à ce qu'on écrit souvent, l'histoire n'est pas une mémoire. [...] Le registre froid et serein de la raison remplace celui, plus chaud et plus tumultueux, des émotions. Il ne s'agit plus de revivre mais de comprendre.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 113-114


De même que la géographie découpe l'espace en régions pour pouvoir l'analyser, l'histoire découpe le temps en périodes. Mais tous les découpages ne se valent pas : il faut en trouver qui aient un sens et identifient des ensembles relativement cohérents.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 114


Chapitre 6 : Les concepts[modifier]

Les concepts de l'histoire [...] sont construits par une série de généralisations successives, et définis par l'énumération d'un certain nombre de traits pertinents, qui relèvent de la généralité empirique, non de la nécessité logique.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 129


[...] une crise : le terme désigne un phénomène relativement violent et soudain, un changement subit, un moment décisif, mais toujours pénible ou douloureux.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 129


Les concepts sont ainsi des abstractions auxquelles les historiens comparent la réalité, sans l'expliciter toujours. Ils raisonnent en fait sur l'écart entre les modèles conceptuels et les réalisations concrètes.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 134


Les historiens français ne font pas toujours un usage rigoureux des concepts, car leur tradition historiographique ne les y invite pas. La tradition germanique, plus philosophique, est sur ce point différente et il n'est pas rare en Allemagne de voir un livre d'histoire commencer par un chapitre entièrement consacré à justifier les concepts que l'auteur utilisera. Par souci d'éviter les répétitions et application des règles scolaires de la rédaction, les historiens français utilisent parfois plusieurs mots pour désigner la même réalité. Ils disent indifféremment État et gouvernement, parfois même pouvoir, alors que ces mots sont des concepts différents.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 136


La conceptualisation opère une mise en ordre du réel historique, mais une mise en ordre relative et toujours partielle, car le réel ne se laisse jamais réduire au rationnel ; il comporte toujours une part de contingence, et les particularités concrètes troublent nécessairement le bel ordre des concepts. [...] la conceptualisation met un certain ordre dans le réel, mais un ordre imparfait, incomplet et inégal.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 137


L'histoire ne cesse d'emprunter des concepts aux disciplines voisines : elle passe son temps à couver des œufs qu'elle n'a pas pondu.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 137


Chapitre 7 : L'histoire comme compréhension[modifier]

En fait, la complexité de l'histoire comme pratique renvoie à la complexité même de son objet.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 147


Pour qu'un homme individuel intéresse l'histoire, il faut qu'il soit, comme on dit, représentatif, c'est-à-dire représentatif de beaucoup d'autres, ou alors qu'il ait eu sur la vie et le destin des autres une influence vérifiable, ou encore qu'il fasse ressortir, par sa singularité même, les normes et les habitudes d'un groupe en un temps donné.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 148


La distinction entre expliquer et comprendre a beaucoup servi, et plus d'une copie de baccalauréat en a donné une version affadie.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 152


Pour formuler une loi, le physicien fait abstraction de toutes les conditions concrètes dans lesquelles se produit le phénomène, pour ne retenir qu'une situation expérimentale, abstraitement réduite à quelques paramètres. Mais, en dehors de l'espace artificiel du laboratoire, il n'y a que des faits singuliers. La pomme, dont la chute fut pour Newton l'occasion de formuler la théorie de la gravitation, n'est tombée qu'une fois, et la loi de la pesanteur n'explique pas qu'elle soit tombée précisément au moment où Newton se reposait à l'ombre du pommier. Or il n'est pas toujours possible de maîtriser tous les paramètres, d'où les aléas de la technique : la fusée Ariane décollera probablement sans problème lors de son prochain lancement, mais on ne peut exclure qu'un chiffon soit resté dans une canalisation... Les lancements d'Ariane ont une histoire.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 154


Il ne suffit pas que les faits se placent en ordre chronologique pour qu'il y ait histoire, il faut qu'il y ait influence des uns sur les autres.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 155


Que l'histoire ne soit pas une science n'implique pas qu'elle soit affaire d'opinion et que les historiens disent ce qu'ils veulent. Entre la science et la simple opinion, entre un savoir et une « petit idée », il existe des modes de connaissance rigoureux qui prétendent à une vérité.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 155


[...] une des raisons du succès de l'histoire dans le grand public : aucune compétence spécifique n'est requise du lecteur pour pénétrer dans un livre d'histoire.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 159


[...] l'historien comprend à travers ses pratiques sociales. Cependant l'historien n'a qu'une vie, dont il passe de longs moments dans les bibliothèques ou les archives. Il ne peut être successivement ministre, moine, chevalier, banquier, paysan, prostituée ; il ne peut connaître successivement la guerre, la famine, la révolution, la crise, les découvertes,. Il est donc obligé de s'appuyer sur l'expérience d'autrui. Cette expérience sociale indirecte, par procuration en quelque sorte, passe par les récits d'amis, de relations, de témoins.
  • Douze leçons sur l'histoire, Antoine Prost, éd. Seuil, coll. « Points », 1996  (ISBN 978-2-02-028546-9), p. 160-161


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