Violence
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La violence est l’utilisation de la force physique pour déformer une personne ou un objet.
Éthologie [modifier]
Konrad Lorenz, L'agression : une histoire naturelle du mal, 1969 [modifier]
Aucun homme normal n'irait jamais à la chasse aux lapins pour son plaisir, s'il devait tuer le gibier avec ses dents et ses ongles, en atteignant ainsi la réalisation émotionnelle complète de ce qu'il fait en réalité.
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(fr) L'agression : une histoire naturelle du mal (1969), Konrad Lorenz (trad. Vilma Fritsch), éd. Flammarion, coll. Champs, 1983 (ISBN 978-2-0812-3498-7), chap. XIII, p. 234
Littérature [modifier]
Écrit intime [modifier]
Paul Klee, Journal, 1957 [modifier]
7-12-1901. Deux lettres et deux cartes sont en route vers le Nord qui ne supposent point de réponse. Je veux savoir rompus la plupart des fils qui me rattachent à naguère. Peut-être est-ce là l'indice d'une commençante maîtrise. Je me sépare de ceux qui m'avaient enseigné. Ingratitude de l'élève ! Que me reste-t-il alors ? Rien que l'avenir. Je m'y apprête avec violence. Je n'avais pas beaucoup d'amis et dès que j'exige de l'amitié intellectuelle je suis à peu près abandonné.
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Journal (1957), Paul Klee, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1959 (ISBN 978-2-246-27913-6), Journal II, p. 85
Essai [modifier]
Léon Bloy, Sur la tombe de Huysmans, 1913 [modifier]
Les Représailles du Sphinx
La forme littéraire de Huysmans rappelle ces invraisemblables orchidées de l’Inde qui font si profondément rêver son des Esseintes, plantes monstrueuses aux exfoliations inattendues, aux inconcevables floraisons, ayant une manière de vie organique quasi animale, des attitudes obscènes ou des couleurs menaçantes, quelque chose comme des appétits, des instincts, presque une volonté.
C’est effrayant de force contenue, de violence refoulée, de vitalité mystérieuse. Huysmans tasse des idées dans un seul mot et commande à un infini de sensations de tenir dans la pelure étriquée d’une langue despotiquement pliée par lui aux dernières exigences de la plus irréductible concision. Son expression, toujours armée et jetant le défi, ne supporte jamais de contrainte, pas même celle de sa mère l’Image, qu’elle outrage à la moindre velléité de tyrannie et qu’elle traîne continuellement, par les cheveux ou par les pieds, dans l’escalier vermoulu de la Syntaxe épouvantée.
Après cela, qu’importe la multitude des contradictions ou des erreurs qui tapissent, à la manière d’anormales végétations, le fond d’un livre où se déverse, comme dans la nappe d’un golfe maudit, tout l’azur de l’immense ciel ?
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Sur la tombe de Huysmans, Léon Bloy, éd. Paris, coll. Collection des Curiosités littéraires, 1913, Avant la Conversion : Les Représailles du Sphinx, p. 19
Nouvelle [modifier]
Renée Vivien, La Dame à la Louve, 1904 [modifier]
Les Soeurs du silence
Comme un nid d’aigle, la pieuse demeure se blottissait parmi les rochers. Les passants craignaient la violence de ses parfums. Jadis, le souffle inexorable des fleurs d’oranger avait fait mourir une vierge.
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La Dame à la Louve, Renée Vivien, éd. Alphonse Lemaire, 1904, Les Soeurs du silence, p. 54
Roman [modifier]
Isaac Asimov, Fondation, 1951 [modifier]
La violence est le dernier refuge de l'incompétence.
- (en) Violence is the last refuge of the incompetent.
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Fondation (1951), Isaac Asimov (trad. Jean Rosenthal), éd. Denoël, 1999 (ISBN 2-20724911-5), p. 75
Médias [modifier]
Presse [modifier]
Jacques Abeille, Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques, 1964 [modifier]
Les représentations imaginaires oscillent précisément entre ces deux pôles : des représentations « Sadiennes » avec accumulation de détails d'une violence à peine supportable alternant régulièrement avec des bouffées de la tendresse la plus ineffable qui révèle l'objet de mon amour dans toute sa pureté et dans toute sa souveraineté. Evidemment cette succession de représentations constitue un rythme qui va se précipitant jusqu'à une synthèse finale.
Ce rythme, tout comme la forme de cette synthèse même, échappent à mon contrôle. Il m'est possible de stimuler les représentations mais ni de les provoquer, ni de les éviter, ni même de les inhiber.
[...] Seules les forces vives de l'imagination constituent la sauvegarde de mon amour.
Elles orchestrent à elles seules cette généreuse synthèse. Se succédant régulièrement — imbriquées l'une dans l'autre — mouvement de l'amour.
- Réponse de Jacques Abeille à l'interrogation suivante : Comment se caractérisent vos représentations imaginaires dans l'acte d'amour ? Justifient-elles un jugement de valeur ? Sont-elles spontanées ou volontaires ? se succèdent-elles dans un ordre fixe ? Lequel ? — Il est clairement question d'une enquête initiée par la revue surréaliste La Brèche en décembre 1964.
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« Premières réponses à l'enquête sur les représentations érotiques », Jacques Abeille, La Brèche, nº 7, Décembre 1964, p. 84
Mémétique [modifier]
Howard Bloom, Le principe de Lucifer : une expédition scientifique dans les forces de l'histoire, 2001 [modifier]
La seule vertu qui distingue les familles d'aristocrates des nôtres est une plus grande volonté de la part de leurs ancêtres à faire usage de la violence.
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(fr) Le principe de Lucifer : une expédition scientifique dans les forces de l'histoire (1997), Howard Bloom (trad. Aude Flouriot), éd. Le jardin des livres, 2001 (ISBN 2-914569-03-3), p. 283
Philosophie de la religion [modifier]
Benoît XVI, Lors du discours aux représentants du monde scientifique à l'université de Rattisbonne, 2006 [modifier]
Celui qui veut conduire quelqu'un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste, et non pas de recourir à la violence.
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Benoît XVI, 12 septembre 2006, Rattisbonne, dans discours aux représentants du monde scientifique à l'université de Rattisbonne, paru 1391, Manuel II Paléologue : Dialogue sur le christianisme et l’islam avec un érudit perse, en 1391 à Ankara.
Citation choisie citation du jour pour le 2 juillet 2011.
Psychanalyse [modifier]
Charles Baudouin, L'Oeuvre de Jung et la psychologie complexe, 1963 [modifier]
Jung distingue, pour un auteur, deux manières de créer : la manière psychologique et la manière visionnaire. De la première, le roman dit psychologique, où les faits s'enchaînent selon des suites de mobiles compréhensibles, est l'exemple le plus simple. Dans la seconde, les images surgissent avec la violence impérieuse et l'apparente incohérence de certains rêves.
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L'Oeuvre de Jung et la psychologie complexe (1963), Charles Baudouin, éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2002 (ISBN 2-228-89570-97), partie I. Idées directrices, chap. IV. Prométhé et Epiméthée, Psychologie et poésie, p. 136
Psychologie [modifier]
Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953 [modifier]
En des jours extrêmement anciens, avant que la civilisation eût beaucoup évolué, on considérait l'instinct féminin comme purement animal. Le soin farouche avec lequel la mère veillait sur ses petits et la violence de son désir du mâle pendant la saison des accouplements étaient alors les caractéristiques les plus marquées de la femme comme de la bête. Au fur et à mesure que la civilisation progressa, les femmes commencèrent à ressentir un sentiment qui ressemblait à ce que nous appelons amour et la déesse des femmes se dégagea peu à peu de sa nature animale. On la représenta sous les traits d'une femme, mais la sauvagerie de son instinct féminin n'était pas loin.
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Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. III. Premières représentations de la déesse lune, p. 80
Marie Anaut, La Résilience — Surmonter les traumatismes, 2003 [modifier]
Le parcours de vie des personnes résilientes nous montre que la première étape du processus de résilience peut passer par des comportements inadéquats, voire à connotation délinquante ou asociale (comme certaines formes d'addictions, par ex.) ou le recours à des modalités défensives à allure pathologique. On peut considérer qu'il s'agit de mécanismes défensifs de survie qui contribuent à l'adaptation lors de la phase 1 (Anaut, 2008). C'est ainsi que certain enfants maltraités utilisent le clivage, ou le refuge dans une bulle psychique protectrice, pour se préserver et supporter la violence ou les carence extrêmes.
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La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 3. Articulations théoriques de la résilience, chap. 4. Approches psychodynamiques et processus intrapsychiques, 4.4 Les phases du processus psychique de la résilience, p. 84
Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005 [modifier]
Caractéristiques des perversions
Sur le plan clinique, le pervers se signale par son absence de conflictualisation apparente, de culpabilité, la faiblesse de l'élaboration psychique (capacité de mettre en mots), la difficulté d'utiliser la parole comme voie de décharge de l'excitation, l'importance de la décharge des pulsions, la mise en acte, le fonctionnement par clivage, le fait que les scénarios de mise en acte sont infiltrés d'éléments de scènes primitives violentes et sadiques où la mère est ressentie comme ayant un rôle actif.
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Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 3. Invariants psychopathologiques, p. 50
Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006 [modifier]
Définitions
La psychanalyste Hirigoyen décrit les situations de harcèlement moral comme une « prédation », c’est-à-dire un « acte qui consiste à s’approprier la vie ». Elle utilise les termes « agresseur » et « agressé », car il s’agit bien, même si elle est occulte, d’une violence avérée qui tend à s’attaquer à l’identité de l’autre et à lui retirer toute individualité. Elle qualifie en outre l’agresseur de « pervers », ce qu’elle associe à la notion d’abus : « ...cela débute par un abus de pouvoir, se poursuit par un abus narcissique au sens ou l’autre perd toute estime de soi, et peut aboutir parfois à un abus sexuel. »
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Définitions, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.
[...] pour simplifier la lecture, tout en soulignant la possibilité de réaction de chacun des individus engagés dans une relation d’emprise, nous retiendrons les termes d’instigateur et de victime de la relation d’emprise : ces mots ne recouvrent pas entièrement la violence de la relation mais ils soulignent la possibilité de s’en défendre. L’instigateur promeut un type de relation que la victime doit pouvoir repérer et rejeter.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Définitions, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Pour Bergeret, l’objet visé par la « violence fondamentale », qui est sous-tendue par la pulsion d’emprise, a un statut à la fois d’authenticité et d’imprécision : l’imprécision porte sur l’identité secondaire donc génitale de l’objet (pas encore de précision sur la différence anatomique entre les sexes) et sur l’absence d’établissement complet de l’identité primaire de cet objet. L’objet est vécu comme menaçant l’intégrité du moi ; il est pensé selon une « dialectique binaire » : « zéro ou un », c’est-à-dire « moi ou rien », « l’autre ou moi », rapprochant l’autre du statut zéro. « Un seul a le droit de survivre au niveau des instincts d’autoconservation. »
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Définitions : Névrose obsessionnelle et sadisme, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
[L’acteur émetteur] est empreint d’idées fixes, soumis à des répétitions, des types de comportement destinés à redresser tout ce qui semble différent de lui. Le déni total et le refus de reconnaissance de l’identité de l’autre montre chez celui qui est violent, un désir de modeler et de rendre son partenaire conforme, jusqu’à le briser pour le faire devenir comme il doit être : c’est-à-dire semblable à l’image qu’il a du monde (Perrone et Nannini, 1997).
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique), dans [4], paru Textes Psy, Cédric Roos.
[...] il existe une différence fondamentale entre le pervers narcissique et le psychopathe : la violence psychopathique est impulsive, liée à une irritabilité et une agressivité permanentes ; elle peut éclater n’importe où, n’importe quand, en dépit des lois, et sans aucune limite. Le pervers narcissique dispose lui d’un meilleur contrôle émotionnel que le psychopathe ; plus manipulateur, il exerce sa violence insidieusement, ce qui lui permet de préserver son image dans la société, et souvent même d’occuper des postes de pouvoir. Sa violence est instrumentale, dirigée vers un but précis, au mépris de l’ordre et des lois.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [5], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Le pervers narcissique ne peut ni percevoir ni élaborer ses conflits internes. Il ne peut se défendre de ses propres pulsions de mort, pulsions destructrices, qu’en les assouvissant, c’est-à-dire en les projetant à l’extérieur, sur un autre. La perversion apparaît ainsi comme un aménagement défensif contre la psychose ou contre la dépression. Contrairement au sadique, le pervers ne jouit pas directement de la souffrance de l’autre mais de ce qu’il puise en l’autre et de sa mise en échec. Il exerce sur l’autre son emprise, projection de sa propre souffrance, de manière non consciente. Il ne ressent pas la violence infligée à l’autre, ni sa souffrance.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [6], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Lorsque l’objet de l’emprise est vidé de sa substance, abattu par la violence qui lui est infligée, lorsque, réduit à l’état d’ustensile, il n’a plus rien d’enviable, le pervers le délaisse pour un autre. Le pervers narcissique prend à tous mais ne doit rien à personne. Pour Racamier, il s’agit de faire taire cette « envie prédatrice et tenaillante » décrite par M. Klein, « qui s’exerce avec virulence envers tout ce qui est capable de dispenser richesse psychique et créativité, à commencer par le sein maternel ».
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [7], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Sur le plan social, l’obsessionnel est conformiste, respectueux des convenances et des lois. Sur le plan personnel, il se montre exigeant, dominateur, intolérant, égoïste et avare ; il redoute les débordements émotionnels et apparaît froid et peu démonstratif. Ayant besoin de tout maîtriser, il ne supporte chez l’autre aucune singularité. Sa violence s’exerce par la contrainte et par la force, pour contrôler, modifier ou freiner tout ce qui lui est extérieur. N’usant pas de la violence physique par peur des sanctions plus que par intérêt pour autrui, sa destructivité intervient au quotidien par une pression et un contrôle incessants.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise L'obsessionnel : détruire l'autre parce qu'il est différent, dans [8], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Le paranoïaque prend le pouvoir par la force, tandis que le pervers utilise d’abord la séduction puis la force si la séduction n’agit plus. S’il arrive au paranoïaque d’user de violence, c’est dans un mouvement de décompensation : l’autre doit être détruit parce qu’il est dangereux. Il faut l’attaquer pour s’en protéger. Quel que soit la modalité de la violence, il en attribuera néanmoins toujours la responsabilité à l’autre, gardant de lui-même une image flatteuse, se considérant comme irréprochable alors que les autres sont mauvais. Chez le paranoïaque, comme chez l’obsessionnel, le désir est donc annihilé par une action destructrice.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le paranoïaque : attribuer à l'autre ses propres défaillances, dans [9], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Les sciences cognitives nous apprennent pourtant qu’il ne s’agit probablement pas seulement d’une manifestation de masochisme ou de la jouissance d’être victime mais d’une altération des moyens de défense par une agression passée (cf. infra, l’impuissance apprise). La soumission apparente de la victime n’est pas qu’un symptôme : c’est une stratégie adaptative et de survie dans une relation où l’opposition frontale à l’agresseur semble entraîner l’aggravation de la violence. Lorsqu’un individu apprend par expérience qu’il est incapable d’agir sur son environnement pour le transformer en sa faveur, il devient physiologiquement incapable d’entreprendre quelque modification que ce soit.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de la victime d'une relation d'emprise, dans [10], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Modèle systémique
En principe, tout individu majeur ayant les capacités suffisantes pour une vie autonome est le garant de sa propre sécurité. S’il n’en assure pas la responsabilité, il stimule les aspects non contrôlables et violents de l’autre et ainsi entretient une interaction à caractère violent (Perrone et Nannini).
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle systémique : La violence, phénomène interactionnel, dans [11], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Les relations humaines sont ainsi décrites comme un système transactionnel dans lequel chaque individu est responsable de sa propre sécurité et doit mettre en œuvre les moyens de se préserver. S’il laisse béantes ses défenses, il s’expose à la violence d’autrui.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle systémique : La violence, phénomène interactionnel, dans [12], paru Textes Psy, Cédric Roos.
[...] la violence n’est pas inhérente à certains individus : chacun porte en soi une part de violence, qui peut émerger, dans tel contexte ou relation, selon des manifestations ou des modalités diverses. Il existe en chaque individu un équilibre entre violence et non violence, ce ne sont pas des états qui s’excluent l’un l’autre. Cette violence intrinsèque peut s’exprimer de deux façons : sur le mode de l’agressivité, force de construction et de défense, servant à définir et à protéger son espace personnel ; ou sur le mode de l’agression, force de destruction de soi et de l’autre, qui menace et rend confuses les limites interindividuelles. La violence est ici définie comme : « toute atteinte à l’intégrité physique et psychique de l’individu qui s’accompagne d’un sentiment de contrainte et de danger. »
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle systémique : La violence, phénomène interactionnel, dans [13], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise
Quoi qu’elle fasse, la victime d’une relation d’emprise sera toujours pour l’initiateur de la violence un objet de haine et de mépris. La victime ne peut rien faire pour modifier la relation et doit accepter son impuissance. Il faut donc qu’elle ait une image suffisamment bonne d’elle-même pour que les agressions répétées qu’elle subit ne remettent pas en cause son identité.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [14], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Conclusion
Si les différentes pulsions qui régissent le moi sont déséquilibrées, la pulsion d’emprise peut l’emporter sur le fonctionnement du sujet, le portant alors à agir en ne suivant que ses propres désirs, au détriment de ceux d’autrui. La relation d’emprise représente le paroxysme de cette façon d’agir qui, par la force ou la séduction, interdit à l’autre toute différence et tout désir. C’est le propre des personnalités perverses, obsessionnelles et paranoïaques de ne fonctionner exclusivement que dans ce mode d’interaction foncièrement violent qui dénie à l’autre le simple droit d’exister et qui s’apparente à un meurtre psychique.
La violence n’est cependant pas inhérente à certains types de personnalités. Ainsi, tout sujet peut-il transitoirement utiliser ce mode de fonctionnement tyrannique, dans un mouvement de défense notamment, mais il sera rapidement refreiné par l’émergence d’un sentiment de culpabilité issu du surmoi et lié à la transgression de l’interdit fondamental du meurtre.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Conclusion, dans [15], paru Textes Psy, Cédric Roos.
François Marty, Les grands concepts de la psychologie clinique, 2008 [modifier]
L'inconscient
La « pulsion de mort », au sens le plus restreint, rend compte de la clinique du vide, de la mort psychique, du désinvestissement, de la désobjectalisation, du narcissisme primaire absolu, mais aussi de la compulsion de répétition, de la réaction thérapeutique négative. Elle détermine les phénomènes de déliaison, de déchaînement des affects, de rupture des enchaînements de pensée, de désorganisation. Elle trouve son élaboration par intrication avec les pulsions de vie, ne serait-ce que sous forme de pulsions destructrices, de violence, de sado-masochisme.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 2. La théorie freudienne de l'inconscient, p. 14
Lorsqu'il est impossible de créer une [...] expérience nouvelle de satisfaction, les investissements en emprise s'amoncellent sur l'objet qui se refuse. Une forme de folie d'emprise peut se développer conduisant à des actions qui peuvent être d'une violence destructrice considérable si l'équivalent d'une expérience de satisfaction ne vient pas l'arrêter.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 4. Les dysfonctionnements pulsionnels, p. 36