Perversion

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En psychopathologie la perversion est concernée par différentes orientations se traduisant d'une part par des actes spécifiques, comme ce sera le cas dans les perversions sexuelles, et un caractère pathologique répondant à une propension à la manipulation d'autrui.

Sommaire

[modifier] Histoire

[modifier] Catherine Salles, Les bas-fonds de l'Antiquité, 1982

L'image du Romain vautré dans la débauche appartient aux clichés éculés. Nous savons que la « paix romaine », instaurée par l'établissement de l'Empire, a favorisé au contraire un retour à la vie familiale, aux vertus domestiques, dans la plupart des régions contrôlées par la puissance romaine. Cela n'empêche pas que, pour une frange de la population, la « dolce vita » ne consiste plus à vouloir toujours davantage de raffinements dans le plaisir, les distractions, mais à rechercher la volupté parmi ceux que la société rejette, les marginaux, les exclus, dont certains deviennent les « vedette » de la vie élégante à Rome. L'encanaillement de la noblesse, c'est la suprême perversion de ceux qui ne savent quel sens donner à leur vie.

  • Les bas-fonds de l'Antiquité (1982), Catherine Salles, éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2004 (ISBN 2-228-89817-1), partie 2. Le monde latin — La ville, chap. 12. La « vie inimitable », p. 290


[modifier] Littérature

[modifier] Prose poétique

[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Travaux du poète

J'écoute les pas étouffés de l'aurore qui s'insinue par les fentes, fille maigre et perverse qui jette une lettre pleine d'insinuations et de calomnies.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — VII, p. 53


[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961

Il apprit le langage des aliments savants, la texture des soies de l'Orient, le vol des oiseaux les plus intrépides, la pensée des sages, la mode de digestion des volcans. Et il se lassa. Il se lassa des femmes, des paysages semés de guerriers aux cris de chats, des insectes, de lui-même, du reste. Il tenta bien de ranimer son enthousiasme défaillant par toutes sortes de perversions persuasives mais la délicate ampleur de son libre pénis était dorénavant sans saveur pour lui.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 49


[modifier] Roman

[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923

La matière est neuve. On a coutume de faire, en littérature, les fillettes semblables à l'idée que s'en doit créer un professionnel de la séduction : un mélange adroit de vices et de chasteté, de pudeurs perverses et d'ignorances lascives. Je me garde bien d'affirmer que cette image soit fausse, car elle fut illustrée au naturel et orne parfois les faits divers de presse. Mais enfin, je la crois artificielle et suggérée par toute une série d'écrits, dont la chasteté n'est qu'une perversion, d'ailleurs foncièrement malsaine, il y a ici des jeunes filles pures, énergiques et saines. Cela ne les met pas, on le verra, à l'abri des convoitises mâles, mais donne à leur défense un valeur éthique et hautaine qu'il me plaît d'opposer également aux triomphes des séductrices insolentes et aux défaites des caractères amorphes.
J'ai mis cela dans un décor sanglant et destructif parce que j'ai pensé qu'il fallait moralement placer à l'échelle vraie ces aventures tragiques ; puisqu'elles sont quotidiennes au point que nul ne les remarque en temps normaux. Pourtant...


[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

Amour, seul amour qui sois, amour charnel, j'adore, je n'ai jamais cessé d'adorer ton ombre vénéneuse, ton ombre mortelle. Un jour viendra où l'homme saura te reconnaître pour son seul maître et t'honorer jusque dans les mystérieuses perversions dont tu t'entoures.


[modifier] Psychanalyse

[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989

Le Champ de la perversion narcissique

Dans le chapitre VI du rapport « Les paradoxes des schizophrènes », P.-C. Racamier (1978) conclut par cette phrase (qui est tout un programme) : « Nous nous sommes déjà demandé de quelle perversion la psychose schizophrénique est l'envers, sans doute pouvons-nous désormais répondre à cette question, ancienne comme les premières découvertes de S. Freud : la schizophrénie est l'envers d'une perversion narcissique. »

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Séduction narcissique, p. 26


Racamier insiste sur la perversion de la pensée dans les familles des schizophrènes, consistant dans une ambiguïté insoutenable, une logique « élastique » qui se plie et se déplie aux contingences externes comme le reflet de ces mêmes inter-relations (pseudo-mutuelles et superficielles), dont les membres de la famille ont une perception contradictoire ou paradoxale. Ils se disent solidaires et unis, alors qu'ils ne le sont pas. La logique paradoxale offre un camouflage parfait à la perversion narcissique [...]. Si par hasard leur véracité est mise en doute par quelqu'un, celui-ci pourrait se voir désigné comme fou.

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Séduction narcissique, p. 26


Diversité et étendue de la perversion narcissique

Nous avons [...] trouvé que les deuils, la régression due à la cure, potentialisent l'émergence de ces mouvements pervers narcissiques que nous situons tantôt comme des mécanismes de défense contre la détresse, tantôt comme des résidus pervers enkystés dans le moi, jadis très actifs et qui reviennent en force.

  • Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie Conclusions, chap. Diversité et étendue de la perversion narcissique, p. 177


[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010

Libertinage, le plaisir et la joie

Peut-être est-ce l'obsession de l'ennui dans le premier cas et l'orientation vers le simulacre dans le second qui signe la différence entre libertinage et perversion en groupe ? Il s'agit, respectivement, de se divertir pour amadouer la morosité ou de se dissimuler et simuler pour mieux orchestrer la manipulation et la prise de la proie.

  • Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie I. Libertinage, le plaisir et la joie, chap. Les libertins sont-ils des pervers ?, Enveloppe mondaine, p. 17


Libertinage et prédation

Sont employées des techniques de disqualification [...] comme l'imposition de dilemmes insolubles ; ou plus complexes comme les contraintes paradoxales ; ou plus simplement comme le désaveu actif de la valeur et de la pertinence de la pensée et de la perception d'autrui. La jouissance perverse éclate lorsque le sujet sait sa proie trébuchante et plus tard lorsqu'il la voit défaite par la disqualification qu'elle a subie.

  • Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie II. Libertinage et prédation, chap. Psychopathologie du prédateur et de sa famille, La naissance du concept de prédation morale, p. 120


[modifier] Psychologie

[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980

Les paradoxes des schizophrènes

De même qu'il n'y a pas de névrose sans échec du refoulement, il n'y a pas de psychose sans échec du déni ; que le déni « réussisse », et c'est la perversion (Freud, 1927).

  • Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 2. De plusieurs constantes psychotiques, Où l'on oppose l'anticonflictualité des schizophrènes à l'intraconflictualité des névroses, p. 66


[modifier] Paul-Claude Racamier, Pensée perverse et décervelage, 1992

Sources et trajets

On ne saura jamais assez que l’aberration du fonctionnement mental n’est pas l’apanage des psychotiques. Et quant à leur capacité (si souvent célébrée) de troubler la pensée d’autrui, ils sont loin d’en détenir le privilège.
D’autres qu’eux, baignant dans le confort psychique, passant pour normaux et se tenant pour supernormaux, sont beaucoup plus experts en décervelage ; car le décervelage est l’apanage le plus redoutable de la pensée perverse. Des intrications étranges et souvent secrètes se trament entre psychose et perversion, dans un jeu diabolique où les psychotiques perdent presque à tous les coups.

  • Pensée perverse et décervelage, 1992, Sources et trajets, dans [1], paru Trait pour trait Mouvement de travail et de recherche autour de la psychanalyse, Paul-Claude Racamier.


[modifier] Psychologie

[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005

Introduction

Pour le psychopathologue, le terme « perversion » recouvre à la fois un type d'acte, une conduite sexuelle (perversion sexuelle), un caractère pathologique, un mode de relation à l'autre teinté de manipulation. Par extension, le terme « perversion » peut concerner aussi des sujets qui n'ont pas de comportements sexuels inhabituels, mais un mode de jouissance reposant sur la souffrance, l'humiliation, l'instrumentation de l'autre : registre de la perversion « morale » ou « narcissique » qui procéderait d'un noyau commun à toutes les perversions. Ce sont alors la domination et la disqualification du moi d'autrui qui sont cherchées.


Histoire des perversions

A côté de l'avènement des Lumières et de la Raison, le XVIIe siècle français est marqué par une tentative d'exclusion de ce qui ne correspond pas à la raison et la morale sociale. Cette politique du Grand Renfermement vise tous les indésirables : mendiants, vagabonds, voleurs, fous, simples d'esprits, débauchés et filles de joie sont réunis dans des lieux de détention (Hôpitaux Généraux) où la question du médical et du soin est secondaire. Petit à petit la médecine s'introduit dans ces prisons où le péché, la folie, la misère et la dangerosité des pauvres sont imaginairement et matériellement associés. Il y a bien une différence entre ces catégories (folie et débauche ne sont pas synonymes), mais elles sont associées dans des représentations négatives. La folie, comme Foucault l'a relevé, est pensée comme synonyme de Déraison, menace intérieure à la Raison, et provenant de l'animalité perverse.


La conception de la névrose comme négatif de la perversion est liée à l'hypothèse de composantes excessives subissant le refoulement, détournées de leur but, et dirigées « sur d'autres voies jusqu'au moment où elles s'extériorisent sous la forme de symptômes morbides » dans la névrose. Sa formule ne signifie pourtant pas que la perversion soit le positif de la névrose : le névrosé refoule ce que le pervers met en acte. Elle révélerait donc une sexualité « déculturée » puisque non marquée par le refoulement, non « névrotisée » par l'éducation et la culture. L'acte pervers est ainsi un « acte partiel » par où l'objet est rabaissé au rang « d'objet partiel » sur lequel s'exerce une « pulsion d'emprise », non sexuelle, archaïque, proche du besoin d'étayage et qui ne s'unit que secondairement à la sexualité.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie I. Histoire des perversions, chap. 4. La rupture freudienne, 4.1 Le point de vue psychogénétique, p. 14


Caractéristiques des perversions

La perversion correspond à une mise en actes dans laquelle : a) une composante partielle du plaisir préliminaire devient le moteur de l'orgasme et non pas ce qui permet l'augmentation de l'excitation, b) un acte est séparé de son enchaînement et prend la place du tout (le fait de voir le partenaire par exemple). L'acte pervers se caractérise donc par son aspect partiel (par rapport à l'acte sexuel dit normal), aspect que l'on retrouve à propos de l'objet et de la pulsion.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.1 Les conceptions freudienne, p. 39


La perversion est en relation avec une fixation exclusive à un mode de satisfaction sexuelle infantile que le sujet devrait dépasser. Tout se passe comme si le pervers ne pouvait atteindre un stade de développement sexuel dans lequel les pulsions sont unifiées et visent un objet sexuel total, c'est-à-dire l'Oedipe dont les effets normativants n'existent pas chez lui. Mais dans certains textes (Pour introduire le narcissisme), Freud évoque la notion de « choix d'objet narcissique » (sur le modèle de soi-même) à propos du pervers.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.1 Les conceptions freudienne, p. 39


Le processus pervers est en relation avec le fantasme de castration. Dans toutes les perversions, il y a déni de l'absence de pénis de la mère, c'est-à-dire de la différence des sexes et, donc, du fantasme de castration. Ce déni entraîne un clivage, séparation du moi entre deux attitudes opposées, l'une admet la réalité de la différence des sexes, l'autre l'ignore.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.1 Les conceptions freudienne, p. 40


Même si Lacan n'a pas consacré de séminaire ou de texte à la « structure perverse », son oeuvre a représenté une des sources de cette formule. Par « structure perverse », il faut concevoir un type de discours totalement distinct de celui de la névrose (hystérie ou obsessionnelle) et celui de la psychose (délirante principalement). Cette structure est intelligible à partir de l'Oedipe, pivot de la conception lacanienne du Sujet. La structure perverse est caractérisée par l'affirmation et la démonstration (cf. notamment les textes de Sade) par le sujet, que seule la loi impérative de son désir propre importe et qu'elle prime sur la loi du désir de l'autre.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes b) Structure perverse ?, p. 49


La structure perverse a pour particularité une reconnaissance de la loi et de la castration, mais sur le mode original du déni de la réalité du sexe de l'autre ou de son narcissisme (la loi existe puisque le pervers la transgresse et jouit de cette transgression). Cette position de contestation relève d'un clivage du moi qui permet la coexistence de deux représentations psychiques contradictoires qui fonctionnent sans s'influencer mutuellement : l'absence et la présence du phallus chez la femme.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes b) Structure perverse ?, p. 49


Pour Lacan, le pervers oppose à la castration une face qui reconnaît le manque structurel de l'objet du désir, mais aussi, et simultanément, une face, relevant de l'imaginaire, qui affirme l'existence de cet objet que le sujet ne peut que vouloir. C'est l'importance accordée par le pervers au fantasme et à l'imaginaire en général, au détriment du symbolique, qui constitue la source de l'acte pervers et de la quête de jouissance, position psychique qui tient à l'échec de la structuration oedipienne. En effet, l'accès à l'Oedipe fait que le sujet renonce à l'objet primordial, renoncement qui inaugure la possibilité du désir supposant l'existence du désir de l'autre. La perversion, avatar de l'angoisse de la castration, réalise par le déni de la castration maternelle un fragile équilibre entre une reconnaissance de la différence des sexes et une jouissance, dans le défi et la transgression, qui s'affranchit du désir de la mère pour le père.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes b) Structure perverse ?, p. 49


Pour R.J Stoller (1975), la perversion est une forme érotique de la haine. Elle est liée à un trouble de l'identité sexuelle (du développement de la masculinité) issu de trois formes d'hostilité : la colère de devoir abandonner le bien-être primordial (dyade mère-enfant, prime enfance), la peur de ne pas arriver à échapper à l'emprise maternelle, et le besoin de vengeance vis-à-vis de la mère qui a provoqué cette situation. Pour lui la première identification de l'homme est féminine, l'identification masculine se faisant dans un second temps ; l'homme abandonne la position protoféminine au moment de la séparation-individuation. Aussi, la perversion est-elle un des aléas de cette phase, l'enjeu étant la projection de la haine. Il établit la perversion comme meurtre de la mère perçue comme une menace à l'identité sexuelle de l'homme. L'acte place alors le pervers dans une position triomphale de vainqueur, « triomphe illusoire à répéter à l'infini », qui explique la compulsion de répétition.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 3. Invariants psychopathologiques, 3.1 L'Oedipe et la castration b) Problématiques pré-oedipiennes du pervers, p. 51


Perversions narcissiques

Les termes « perversion » et « perversité » portent à confusion. Si la perversion renvoie, en clinique, à des conduites agies, la perversité a trait à un contenu moral, comme la cruauté d'un sujet, son plaisir à faire, consciemment, du mal à autrui. Ainsi la perversité est associée à la perfidie, à la malignité, autant d'attitudes qui impliquent une dimension de profit narcissique et évoquent tant la perversion sexuelle que la perversion narcissique.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie IV. Perversions narcissiques, chap. 1. Pourquoi l'extension du terme ?, 1.2 Perversion/perversité ; séduction sexuelle/narcissique, p. 102


[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006

La relation d'emprise (cadre psychanalytique)

La perversion est une activité de nature auto-érotique qui a pour condition le déni du statut de sujet chez le partenaire (F. Pasche, 1983). La perversité au contraire est de nature destructrice et vise la réalité psychique de l’autre qui est agressé (Ey, 1989).
Pour Racamier, la « pensée perverse » doit s’entendre au sens de la perversité, et non de la perversion érogène.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.


La conduite perverse se distingue de la conduite psychopathique par son excellente adaptation à la réalité. Le pervers est même, comme on dit souvent, « sur-adapté » aux conditions sociales.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Le pervers narcissique ne peut ni percevoir ni élaborer ses conflits internes. Il ne peut se défendre de ses propres pulsions de mort, pulsions destructrices, qu’en les assouvissant, c’est-à-dire en les projetant à l’extérieur, sur un autre. La perversion apparaît ainsi comme un aménagement défensif contre la psychose ou contre la dépression. Contrairement au sadique, le pervers ne jouit pas directement de la souffrance de l’autre mais de ce qu’il puise en l’autre et de sa mise en échec. Il exerce sur l’autre son emprise, projection de sa propre souffrance, de manière non consciente. Il ne ressent pas la violence infligée à l’autre, ni sa souffrance.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [4], paru Textes Psy, Cédric Roos.


La relation d’emprise dans la perversion est « de nature essentiellement spéculaire, duelle donc non médiatisée », elle se développe entièrement dans l’imaginaire ; l’autre est aliéné, rendu étranger à lui même. Il doit être soumis, n’exister que pour être frustré en permanence ; il faut le paralyser, l’empêcher de penser afin qu’il ne prenne pas conscience du processus. Cet assujettissement permet finalement au pervers d’éviter d’entrer en relation avec cet autre dont la différence le terrifie : par ce processus il maintient l’autre à distance, dans les limites qui ne lui paraissent pas dangereuses. S’il ne veut pas être envahi par l’autre, il lui fait subir pourtant ce qu’il ne veut pas subir lui-même en l’étouffant et en le maintenant à disposition (Hirigoyen, 1998).

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [5], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Dans la problématique perverse, il y a captation et neutralisation du désir, alors que dans les problématiques obsessionnelle et paranoïaque, le désir est néantisé par une opération de destruction. Dans tous les cas, quelque soit le mode opératoire, il s’agit d’atteindre l’autre comme sujet désirant et par là de nier sa singularité et sa spécificité, de gommer toute différence.

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Economie psychique de la relation d'emprise, dans [6], paru Textes Psy, Cédric Roos.


Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise

Dans une manœuvre perverse, le but est de déstabiliser l’autre et de le faire douter de lui-même et des autres. [...] Pour ne pas se laisser impressionner, il faut que le partenaire n’ait aucun doute sur lui-même et sur les décisions à prendre, et ne tienne pas compte des agressions (Hirigoyen, 1998).

  • La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [7], paru Textes Psy, Cédric Roos.


[modifier] François Marty, Les grands concepts de la psychologie clinique, 2008

Les pulsions

C’est dans Trois essais sur la théorie de la sexualité que Freud (1915) introduit la notion de pulsion dans sa dimension psychanalytique. La façon dont la sexualité et ses troubles sont envisagés par la médecine à la fin du XIXe siècle est fondée sur l'idée d'une indépendance entre psychisme et sexualité et sur l'idée que les comportements sexuels sont innés et gouvernés par l'instinct ; de ce fait les « aberrations sexuelles » sont des déviations de l'instinct liées à la « dégénérescence », explication universelle de l'époque à toute pathologie psychiatrique. La façon dont Freud relie le sexuel à l'ensemble du fonctionnement du psychisme, à travers la notion de pulsion précisément, inverse complètement la perspective. A la base des perversions il y a quelque chose que tous les hommes ont en partage, « les racines innées de la pulsion sexuelle » (Freud, 1915) que « les influences de l'existence » feront varier dans leur forme et dans leur intensité.

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