Crime
Le crime désigne la catégorie des infractions les plus graves, catégorie plus ou moins vaste suivant les pays et systèmes juridiques. Le terme provient du latin crimen, qui signifie en latin classique « l'accusation » ou le « chef d'accusation » puis, en bas latin, « faute » ou « souillure ».
[modifier] Enseignement
[modifier] Cours d'histoire philosophique de la pensée
[modifier] Michel Foucault, Les Anormaux — Cours au Collège de France, 1974-1975
Selon une tradition que vous trouvez chez Montesquieu, mais qui remonte au XVIe siècle, au Moyen Âge et au droit romain aussi, le criminel et la fréquence surtout des crimes représentent, dans une société, comme la maladie du corps social. C'est la fréquence de la criminalité qui représente une maladie, mais la maladie de la collectivité, la maladie du corps social. Fort différent est le thème, pourtant analogue en superficie, que vous voyez pointer à la fin du XVIIIe siècle, et dans lequel ce n'est pas le crime qui est la maladie du corps social, mais le criminel qui, en tant que criminel, pourrait bien en effet être un malade. Ceci est dit, en toute clarté, à l'époque de la Révolution française, dans les discussions qui ont lieu vers 1790-91, au moment où l'on élaborait le nouveau Code pénal.
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Les Anormaux, Michel Foucault, éd. Gallimard Le Seuil, coll. Hautes Etudes, 1999 (ISBN 2-02-030798-7), Cours du 29 janvier 1975, p. 84
[...] la grille d'intelligibilité qui a été posée par Freud à la névrose est celle de l'inceste. Inceste : crime des rois, crime du trop de pouvoir, crime d'Oedipe et de sa famille. C'est l'intelligibilité de la névrose. Après a suivi la grille d'intelligibilité de la psychose, avec Melanie Klein. Grille d'intelligibilité qui s'est formée à partir de quoi ? Du problème de la dévoration, de l'introjection des bons et des mauvais objets, du cannibalisme non plus crime des rois, mais crime des affamés.
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Les Anormaux, Michel Foucault, éd. Gallimard Le Seuil, coll. Hautes Etudes, 1999 (ISBN 2-02-030798-7), Cours du 29 janvier 1975, p. 96
[modifier] Littérature
[modifier] Nouvelle
[modifier] Edgar Allan Poe, Nouvelles Histoires extraordinaires, 1857
— Ce vieux homme, — me dis-je à la longue, — est le type et le génie du crime profond. Il refuse d'être seul. Il est l'homme des foules.
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Nouvelles histoires extraordinaires (1857), Edgar Allan Poe (trad. Charles Baudelaire), éd. Gallimard, coll. Folio Classiques, 2006 (ISBN 978-2-07-033897-9), L'homme des foules, p. 110
[modifier] Prose poétique
[modifier] André Breton/Philippe Soupault, Les Champs Magnétiques, 1919
« Tu sais que ce soir il y a un crime vert à commettre. Comme tu ne sais rien, mon pauvre ami. Ouvre cette porte toute grande, et dis-toi qu'il fait complètement nuit, que le jour est mort pour la dernière fois. »
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« Les Champs Magnétiques partie I La Glace sans tain », André Breton/Philippe Soupault, Littérature, nº 8, Octobre 1919, p. 10
[modifier] Robert Desnos, Pénalités de l'enfer, 1922
Je marche dans le chemin des forêts vierges tracé par la bordure du trottoir. Ce serait un crime que de piétiner ces ombres silencieuses, capables, au surplus, de mauvais desseins. Le Courrier de Lyon a volé mes cantiques aux lames du parquet sur lesquelles je nage voluptueusement vers des terres inconnues. Au moment suprême où je me noie je ferme à demi les yeux, les traits de mon visage descendent vers mon nombril. Je ressemble alors à ce petit gros Monsieur qui porte une lanterne en guise de nom.
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« Pénalités de l'enfer », Robert Desnos, Littérature Nouvelle Série, nº 4, Septembre 1922, p. 10
[modifier] Robert Desnos, Deuil pour deuil, 1924
Et la belle violette donc ! la belle violette aux cheveux roux, à la belle voilette, au lobe des oreilles écarlate, mangeuse d'oursins, et dont les crimes prestigieux ont lentement déposé des larmes d'un sang admirable et admiré des cieux entiers sur sa robe, sur sa précieuse robe.
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La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 132
Un fossoyeur s'assied sur une tombe [...]. D'une taupinière à ses pieds sort une lumière verdâtre qui ne l'étonne guère, lui, habitué au silence, à l'oubli et au crime et qui ne connaît de la vie que le doux bourdonnement qui accompagne la chute perpendiculaire du soleil au moment où, serrées l'une contre l'autre les aiguilles de la pendule fatiguées d'attendre la nuit appellent inutilement du cri fatidique douze fois répété le violet défilé des spectres et des fantômes retenus loin de là, dans un lit de hasard, entre l'amour et le mystère, au pied de la liberté bras ouverts contre le mur.
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La liberté ou l'amour ! suivi de Deuil pour deuil (1924), Robert Desnos, éd. Gallimard, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), p. 137
[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924
Je suis dépossédé des racines de l'or, assurément, mais je tiens les fils de la tempête et je garde les cachets de cire du crime.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 1, p. 32
Dans une seule goutte il y a le passage d'un pont jaune par des roulottes lilas, dans une autre qui la dépasse sont une vie légère et des crimes d'auberge.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 4, p. 38
On dispose d'une grande variété de crimes passionnels indéfiniment capables d'émouvoir les Amis de la Variante. C'est le nom que nous nous donnons parfois, les yeux dans les yeux, à la fin d'une de ces après-midi où nous ne trouvons plus rien à nous partager.
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Poisson soluble (1924), André Breton, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1996 (ISBN 2-07-032917-8), partie 7, p. 46
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Les gardiens des Tuileries virent ce couple extraordinaire parler avec animation puis s’éloigner par la rue du Mont-Thabor. Une chambre d’hôtel leur donna asile. C’était le lieu poétique où le pot à eau prend l’importance d’un récif au bord d’une côte échevelée, où l’ampoule électrique est plus sinistre que trois sapins au milieu de champs vert émeraude un dimanche après-midi, où la glace mobilise des personnages menaçants et autonomes. Mobiliers des chambres d’hôtel méconnus par les copistes surannés, mobiliers évoquateurs de crime ! Jack l’éventreur avait en présence de celui-ci exécuté l’un de ces magnifiques forfaits grâce auxquels l’amour rappelle de temps à autre aux humains qu’il n’est pas du domaine de la plaisanterie.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), III. Tout ce qu'on voit est d'or, p. 26
[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948
Vivre avec de tels hommes
On tuait de si près que le monde s'est voulu meilleur. Brumaire de mon âme jamais escaladé, qui fait feu dans la bergerie déserte ? Ce n'est plus la volonté elliptique de la scrupuleuse solitude. Aile double des cris d'un million de crimes se levant soudain dans des yeux jadis négligents, montrez-nous vos desseins et cette large abdication du remords !
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Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Vivre avec de tels hommes, p. 45
[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958
Travaux du poète
Elle rôde, s'insinue, s'approche, s'éloigne, revient sur la pointe des pieds et, si je tends la main, disparaît — une Parole. Je n'aperçois que sa crête orgueilleuse : Cri. Christ, cristal, crime, Crimée, critique, Christine, critère ?
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Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — X, p. 56
[modifier] Roman
[modifier] Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820
— Partez, être maudit, et ne nous troublez pas. Partez, maudit et pour maudire !
— Je pars vainqueur et pour vaincre, répondit Melmoth avec un triomphe sauvage et féroce. Malheureux ! Ce sont vos vices, vos passions et vos faiblesses qui font de vous mes victimes. Jetez sur vous le blâme et non sur moi. Héroïques dans le crime mais lâches dans le désespoir, vous vous mettriez à genoux à mes pieds pour que vous soit conférée la terrible immunité qui me permet en cet instant de traverser vos rangs : chaque cœur humain m'accompagne de sa malédiction, pourtant nulle main n'ose me toucher !
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Melmoth — L'homme errant (1820), Charles Robert Maturin (trad. Jacqueline Marc-Chadourne), éd. Phébus, coll. Libretto, 1996 (ISBN 978-2-85-940553-3), Histoire des amants, p. 591
[modifier] Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit, 1936
C'est le roman qui pousse au crime bien pire que l'alcool…
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Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline, éd. Gallimard Folio, 1952 (ISBN 2070376923), p. 306 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Leonardo Sciascia, Le Jour de la chouette, 1961
— Mettons tout de même les choses sur un autre plan. Un procès a-t-il jamais révélé qu'il existe une association criminelle appelée mafia, à laquelle on puisse attribuer en toute certitude la commande et l'exécution d'un crime ? A-t-on jamais trouvé un document, un témoignage, une preuve quelconque établissant un rapport certain entre un fait criminel et ce qu'on appelle la mafia ? Si ce rapport n'existe pas, et en admettant que la mafia existe, moi je peux vous le dire : c'est une société de secours mutuels secrets, au même titre que la franc-maçonnerie. Pourquoi n'attribuez-vous pas certains crimes à la franc-maçonnerie ? Il y a tout autant de preuves que la franc-maçonnerie se livre à des actes criminels qu'il y en a contre la mafia...
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Le Jour de la chouette, Leonardo Sciascia (trad. Juliette Bertrand), éd. Flammarion, coll. GF, 1986 (ISBN 978-2-0807-0461-0), p. 102
[modifier] Psychologie
[modifier] Catherine Azoulay, Processus de la schizophrénie, 2002
Freud (1912) a envisagé la manie comme « une fête du moi » en l'apparentant au repas totémique des primitifs, c'est-à-dire avec le crime originel de l'humanité, le meurtre du père et sa consommation rituelle.
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Processus de la schizophrénie (2002), Catherine Azoulay/Catherine Chabert/Jean Gortais/Philippe Jeammet, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2002 (ISBN 2-10-004780-9), chap. II « Approche psycho-pathologique et clinique de la schizophrénie (Catherine Azoulay) », 1. Formes et caractéristiques de la schizophrénie, p. 82
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