Thomas Bernhard

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Thomas Bernhard.

Thomas Bernhard, né le 9 février 1931 et mort le 12 février 1989, est un écrivain, romancier et dramaturge, autrichien.

Les Mange-pas-cher, 1980[modifier]

Nous connaissons en fait presque uniquement des gens défigurés par la nature et donc par leur malheur qui se sont résignés, et de très rares seulement dont nous pouvons dire que leur malheur les a conduits au triomphe, au triomphe de l'esprit[…]

  • Les Mange-pas-cher (1980), Thomas Bernhard (trad. Claude Porcell), éd. Gallimard, coll. « Folio », 2005  (ISBN 978-2-07-034802-2), p. 42


Une fois né, il avait dû se détacher de ce qu'il est convenu d'appeler les parents et de toute cette humanité qui colle à ces parents, peu à peu, mais avec cohérence et pour finir définitivement, pour ne pas être obligé de ressentir devant sa propre tête une honte mortelle.

  • Les Mange-pas-cher (1980), Thomas Bernhard (trad. Claude Porcell), éd. Gallimard, coll. « Folio », 2005  (ISBN 978-2-07-034802-2), p. 73


C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres et par là être détruit et anéanti.

  • Les Mange-pas-cher (1980), Thomas Bernhard (trad. Claude Porcell), éd. Gallimard, coll. « Folio », 2005  (ISBN 978-2-07-034802-2), p. 87


Nous ne devons pas nous livrer totalement à l'infirme, capituler devant l'infirme, nous devons nous affirmer face à lui, même si nous devons nous réfugier dans l'abjection.

  • Les Mange-pas-cher (1980), Thomas Bernhard (trad. Claude Porcell), éd. Gallimard, coll. « Folio », 2005  (ISBN 978-2-07-034802-2), p. 98


[…] il y avait déjà longtemps qu'il n'y avait plus de livres qui pussent le sauver, il n'y avait plus que des phrases isolées de Novalis par exemple, de Montaigne, de Spinoza, de Pascal, auxquelles il était obligé de temps en temps de se raccrocher pour ne pas être obligé de sombrer.

  • Les Mange-pas-cher (1980), Thomas Bernhard (trad. Claude Porcell), éd. Gallimard, coll. « Folio », 2005  (ISBN 978-2-07-034802-2), p. 115


Le Neveu de Wittgenstein, 1982[modifier]

Le psychiatre est le plus incompétent des médecins, et il est toujours plus près du crime sadique que de la science.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 17


[…] les têtes qui nous sont la plupart du temps accessibles sont inintéressantes, nous n'en tirons guère plus que si nous nous trouvions en compagnie de pommes de terre hypertrophiées, qui, plantées sur des corps souffreteux affublés de vêtements d'un goût discutable, traîneraient une existence piteuse, mais hélas pas du tout pitoyable.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 42


Les malades ne comprennent pas les bien-portants, tout comme, inversement, les bien-portants ne comprennent pas les malades, et ce conflit est très souvent un conflit mortel, que le malade, en fin de compte, n'est pas de taille à affronter, mais, bien entendu, pas davantage le bien-portant, qu'un tel conflit, souvent, rend malade.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 65


Accepter un prix, cela ne veut rien dire d'autre que se laisser chier sur la tête parce qu'on est payé pour ça. J'ai toujours ressenti ces remises de prix comme la pire humiliation qu'on puisse imaginer, et pas comme un honneur. Car un prix est toujours décerné par des gens incompétents qui veulent vous chier sur la tête, et qui vous chient copieusement sur la tête quand on accepte leur prix en mains propres.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 90


[…] les êtres qui ont vraiment été importants dans notre vie peuvent se compter sur les doigts d'une seule main, et, bien souvent, cette main se révolte contre la perversité que nous mettons à vouloir consacrer toute une main à compter ces êtres, là où, si nous sommes sincères, nous nous en tirerions probablement sans un seul doigt.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 108


Je ne me supporte pas moi-même, et, moins encore, une meute de gens comme moi.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 114


Comme quatre-vingt-dix pour cent de l’humanité, je voudrais au fond toujours être là où je ne suis pas, là d’où je viens de m’enfuir. […] Je fais partie de ces êtres qui au fond ne supportent pas un endroit sur terre et ne sont heureux qu’entre les endroits d’où ils partent et vers lesquels ils se dirigent.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 117


Nous évitons ceux qui sont marqués par la mort […]

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 121


Les mourants rentrent la tête dans les épaules et ne veulent plus rien avoir à faire avec les vivants, qui ne songent pas à la mort.

  • Le Neveu de Wittgenstein (1982), Thomas Bernhard (trad. Jean-Claude Hémery), éd. Gallimard, coll. « Du monde entier », 1985  (ISBN 2-07-070200-6), p. 130


Maîtres anciens, 1985[modifier]

Quand nous écoutons les guides, nous entendons tout de même toujours le bavardage sur l'art qui nous tape sur les nerfs, l'insupportable bavardage sur l'art des historiens d'art […]

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 14


Tout de même les gens ne vont au musée que parce qu'on leur a dit qu'un homme cultivé doit y aller, pas par intérêt, les gens ne s'intéressent pas à l'art, quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l'humanité, en tout cas, ne s'intéresse pas le moins du monde à l'art […]

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 14


C'est seulement lorsque nous nous sommes rendu compte, à chaque fois, que le tout et la perfection n'existent pas, que nous avons la possibilité de continuer à vivre.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 37


Les professeurs abîment les élèves, voilà la vérité, depuis des siècles […]

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 43


[…] les professeurs ne sont pas seulement les empêcheurs et les destructeurs dans le domaine de l'art, les professeurs ont toujours été, dans l'ensemble, les empêcheurs de vivre et d'exister, au lieu d'apprendre la vie aux jeunes gens, de leur déchiffrer la vie, de faire en sorte que la vie soit pour eux une richesse en vérité inépuisable de leur propre nature, ils la leur tuent, ils font tout pour la tuer en eux.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 45


L'État pense, les enfants sont les enfants de l'État, et agit en conséquence, et depuis des siècles il exerce son action dévastatrice. C'est en vérité l'État qui engendre les enfants, il ne naît que des enfants de l'État, voilà la vérité. Il n'y a pas d'enfant libre, il n'y a que l'enfant de l'État, dont l'État peut faire ce qu'il veut, l'État met les enfants au monde, on fait seulement croire aux mères qu'elles mettent les enfants au monde, c'est du ventre de l'État que sortent les enfants, voilà la vérité.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 48


Les hommes que nous voyons sont des victimes de l'État, et l'humanité que nous voyons n'est rien d'autre que la mangeaille de l'État, donnée à manger à l'État qui devient de plus en plus glouton.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 50


L'humanité est un gigantesque État qui, soyons sincères, à chaque réveil nous donne la nausée.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 51


Je déteste les hommes, mais ils sont en même temps mon unique raison de vivre.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 85


Les gens falsifient tout, ils falsifient jusqu'à l'enfance qu'ils ont eue. Ils disent, j'ai eu une belle enfance, et ils n'ont tout de même eu que l'enfer.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 87


L'enfance est le trou noir où l'on a été précipité par ses parents et d'où l'on doit sortir sans aucune aide.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 89


Presque tous les enfants ont des parents amers, c'est pourquoi tous les parents ont l'air si amer.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 90


L'admiration est plus facile que le respect, que l'estime, l'admiration est le propre de l'imbécile[…]

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 101


Dès mon enfance je l'ai évitée, la masse, j'ai détesté la foule, le rassemblement de gens, cette concentration de grossièreté et d'étourderie et de mensonge. Autant nous devrions aimer chacun en particulier, me dis-je, autant nous détestons la masse.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 110


La faim culturelle de l'humanité civilisée est énorme, la perversité qui se cache là-dedans, universelle.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 149


Faire des cadeaux est une habitude épouvantable, naturellement contractée par mauvaise conscience et, très souvent aussi, par la peur commune de la solitude […]

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 163


Nous haïssons les gens et nous voulons tout de même vivre avec eux, parce que c'est seulement avec les gens et parmi eux que nous avons une chance de continuer à vivre et de ne pas devenir fous.

  • Maîtres anciens (1985), Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1988  (ISBN 2-07-038390-3), p. 237


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