Synagogue de Doura Europos

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Vue isométrique de la synagogue dans l'îlot L7 de Doura Europos.

La synagogue de Doura Europos est un édifice de culte juif découvert dans la ville antique de Doura Europos, située sur l'Euphrate, en Syrie orientale. Détruite en 256 ap. J.-C., ses vestiges ont conservé un ensemble unique de fresques narratives bibliques qui ont bouleversé, depuis leur découverte en 1932, la connaissance de l'art juif.

L'importance de la synagogue dans l'histoire de l'art[modifier]

Joseph Gutmann[modifier]

Découverte il y a quarante ans dans ce que Michel Rostovtzeff a appelé la « Pompéi du désert syrien », la synagogue du IIIe s. à Doura-Europos a défié avec succès les théories savantes stéréotypées et bien établies. Bien qu'elle ne soit pas aussi connue ni autant mise en avant que les Manuscrits de la Mer Morte, la synagogue n'en a pas moins des implications révolutionnaires de grande importance pour tous les étudiants de l'histoire, de la religion et de l'art antiques. Premier monument d'art juif à avoir jamais été mis au jour, elle contient les plus anciens cycles d'images bibliques connus. Des décors figurés d'une complexité et d'une surface comparables n'apparaissent pas dans l'art chrétien avant le Ve s.
  • (en) Discovered forty years ago in what Mikhail Rostovtzeff called "The Pompei of the Syrian Desert", the third-century Dura-Europos synagogue has successfully challenged stereotyped and well-established scholarly theories. Although not as well-known or as widely publicized as the Dead Sea Scrolls, the synagogue, nonetheless, has revolutionary implications of great importance to all students of ancient history, religion and art. The first major Jewish artistic monument ever to be unearthed, it contains the earliest known significant continuous cycle of biblical images. Figural decoration of similar complexity and extensiveness does not appear in Christian art until the fifth century.
  • Joseph Gutmann, historien de l'art, sur l'importance de la synagogue dans l'histoire de l'art.
  • The Dura-Europos synagogue, A Reevaluation (1932-1972), Joseph Gutmann (éd.), éd. American Academy of Religion, 1973, p. 8


Carl Herman Kraeling[modifier]

Ici nous voyons dans une lumière nouvelle le front commun que le christianisme et le judaïsme tinrent contre le paganisme, et la relation entre l'art juif et l'art chrétien.
  • (en) Here we see in a new light the common front which Christianity and Judaism held against paganism, and the relationship between Jewish and Christian art.
  • Carl Herman Kraeling, théologien et historien, sur l'importance de la synagogue dans l'histoire de l'art.
  • The Synagogue, The Excavations at Dura-Europos, C. H. Kraeling, éd. Yale U. P., 1956, p. 8


La découverte archéologique[modifier]

Clark Hopkins[modifier]

Le signal fut donné et les meilleurs de nos piocheurs dégagèrent la couche de terre qui masquait le mur ouest. Comme une couverture ou une série de couvertures, la terre tomba et révéla des images, des fresques, de couleurs éclatantes, étonnantes ; si fraîches qu'elle semblaient avoir été peintes un mois auparavant.
  • (en) The signal was given and the best of our pickmen undercut the blanket of dirt concealing the west wall. Like a blanket or a series of blankets the dirt fell and revealed pictures, paintings, vivid in color, startling ; so fresh it seemed they might have been painted a month before.
  • Clark Hopkins, l'un des archéologues de Doura Europos, sur l'instant de la découverte des fresques.
  • « The excavations of the Dura synagogue paintings », Joseph Gutmann (éd.), The Dura-Europos synagogue, A Reevaluation (1932-1972), 1973, p. 15-16


C'était comme dans un rêve ! Dans l'espace infini du ciel bleu clair et du désert gris et vide, un miracle se produisait, une oasis de peintures surgissait de la terre monotone.
  • (en) It was a scene like a dream ! In the infinite space of clear blue sky and bare gray desert, there was a miracle taking place, an oasis of painting springing up from the dull earth.
  • Clark Hopkins, l'un des archéologues de Doura Europos, sur l'instant de la découverte des fresques.
  • « The excavations of the Dura synagogue paintings », Joseph Gutmann (éd.), The Dura-Europos synagogue, A Reevaluation (1932-1972), 1973, p. 16


Nous nous tenions ensemble dans un silence muet et un étonnement complet. Quelqu'un passant là par hasard et voyant les peintures émerger soudain de terre aurait été étonné. S'il avait été un archéologue de l'Antiquité classique, sachant combien les peintures qui ont survécu depuis l'époque classique sont peu nombreuses, il aurait été encore beaucoup plus émerveillé. Mais s'il avait été un spécialiste de la Bible ou un étudiant de l'art antique, et qu'on lui avait dit que l'édifice était une synagogue, et que les peintures étaient des scènes de l'Ancien Testament, il ne l'aurait tout simplement pas cru. Cela ne se pouvait pas ; il n'y en avait absolument aucun précédent, et il ne pouvait y en avoir. L'injonction sévère des Dix Commandements contre la fabrication d'images sculptées aurait été suffisante pour lui donner raison.
  • (en) We stood together in mute silence and complete astonishment. A casual passerby witnessing the painting suddenly emerging from the earth would have been astonished. If he had been a Classical archaeologist, with the knowledge of how few paintings had survived from Classical times, he would have been that much more amazed. But if he were a biblical scholar or a student of ancient art and were told that the building was a synagogue and the paintings were scene from the Old Testament, he simply would not have believed it. It could not be ; there was absolutely no precedent, nor could there be any. The stern injunction in the Ten Commandments against the making of graven images would be sufficient to prove him right.
  • Clark Hopkins, l'un des archéologues de Doura Europos, sur le choc de la découverte des fresques.
  • The Discovery of Dura-Europos, Clark Hopkins, éd. Bernard Goldman, 1979, p. 131


Nombre des détails des peintures originales furent rendus plus clairs sur les copies, et là où une dégradation postérieure s'était produite, les copies avaient préservé les lignes et les couleurs originales visibles avant qu'elles ne s'estompent. Une étude attentive des fragments, où les couleurs originales étaient les mieux conservées dans leurs nuances d'origine, fut d'une aide précieuse pour réaliser les copies. Pour étudier aujourd'hui la combinaison de la couleur, des détails et du dessin, on trouvera les copies meilleures que les originaux. Bien entendu, l'un complète l'autre, et les deux sont indispensables.
  • (en) Many of the details of the original paintings were brought out in greater clarity in the copies, and where subsequent fading has occurred, the copies have preserved the original lines and colors visible before the fading. Careful study of fragments, where original colors were best preserved in their original shades, was of valuable assistance in making the copies. To study the combination of color, detail, and design today, one will find the copies better than the originals. Of course, one supplements the other, and both are indispensable.
  • Clark Hopkins, sur l'importance des copies des fresques réalisées in situ par Herbert Gute.
  • The Discovery of Dura-Europos, Clark Hopkins, éd. Bernard Goldman, 1979, p. 208


La découverte et l'étude de la synagogue dans le contexte politique des années 1930-1940[modifier]

André Grabar[modifier]

Émerveillé par les peintures murales de ce monument insigne, j'en ai entrepris une étude plus approfondie, tandis que, autour de moi, commençait le dénigrement systématique et les persécutions des Juifs.
  • André Grabar, sur les circonstances politiques de l'étude de la synagogue.
  • L'art de la fin de l'Antiquité et du Moyen Âge, A. Grabar, éd. Collège de France, 1968, p. vol. 2, 687.


Gabriel Millet[modifier]

Et ce monument précieux, unique, mérite de retenir l'attention de tous les hommes à la pensée haute qui regardent comme le bien suprême la dignité de la personne humaine et en trouvent la sauvegarde dans le respect d'une loi de justice.
  • Gabriel Millet, dans l'introduction à la première publication systématique des fresques par R. Du Mesnil du Buisson.
  • Les Peintures de la Synagogue de Doura-Europos 245-256 ap. J.-C., R. Du Mesnil du Buisson, éd. Institut pontifical, 1939, p. xxiv


La synagogue aujourd'hui[modifier]

Annabel Jane Wharton[modifier]

Le printemps dernier, j'ai reçu la permission de photographier n'importe quel objet dans le musée, exceptées les fresques de la synagogue. Un tel refus pourrait, bien sûr, être attribué aux micropolitiques institutionnelles avec lesquelles tous les historiens de l'art sont familiers. Je pense néanmoins que cet exemple d'images voilées est plus probablement attribuable aux macropolitiques étatiques. Bien qu'elles restent accessibles sur demande, la présence des fresques de la synagogue n'est annoncée nulle part. Même dans les guides étrangers, la synagogue elle-même est censurée dans le plan des galeries du musée. Il y a de bonnes raisons pour cela. Les Israéliens et les Syriens sont en état de guerre depuis qu'Israël a été introduit en Orient par l'Occident en 1948. Par conséquent, la production juive n'est pas célébrée en Syrie.
  • (en) Last Spring, I was given permission to photograph anything in the Museum, except the Synagogue frescoes. Such a denial could, of course, be ascribed to the micropolitics of institutions with which all art historians are familiar. However, I think that this instance of veiled images is more likely attribuable to the macropolitics of the state. Though accessible upon request, the presence of the Synagogue frescoes in the museum is nowhere announced. Even in foreign guide books, the Synagogue itself is censored in the plans of the museum's galleries. There are good reasons for this. The Israelis and Syrians have been in a state of war since Israel was introduced in the East by the West in 1948. Consequently, Jewish production is not celebrated in Syria.
  • Annabel Jane Wharton, historienne de l'art, sur la relative inaccessibilité des fresques de la synagogue au musée de Damas.
  • « The Synagogue of Dura Europos : Contexts, Subtexts, Intertexts », A. J. Wharton, Art History 17 (1), 1994, p. 1-25


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