Sony Labou Tansi
Apparence
Sony Labou Tansi est le nom de plume de Marcel Ntsoni, né à Kimwenza (ex Congo belge) en et mort à Brazzaville (République du Congo) le . Romancier, poète, et dramaturge, il est l’auteur d’une douzaine de pièces de théâtre et de six romans dont La Vie et demie et Les Sept Solitudes de Lorsa Lopez.
Citations
[modifier]La vie et demie, 1979
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Moi qui vous parle de l'absurdité de l'absurde, moi qui inaugure l'absurdité du désespoir – d'où voulez-vous que je parle sinon du dehors ? A une époque où l'homme est plus que jamais résolu à tuer la vie, comment voulez-vous que je parle sinon en chair-mots-de-passe ?
- La vie et demie, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, coll. « Points », 1998 (ISBN 2-02-035306-7), partie Avertissement, p. 9 (lire en ligne)
Des amis m'ont dit : « Je ne saurai jamais pourquoi j'écris. » Moi par contre je sais : j'écris pour qu'il fasse peur en moi.
- La vie et demie, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, coll. « Points », 1998 (ISBN 2-02-035306-7), partie Avertissement, p. 9 (lire en ligne)
Une nation n'a pas de parents, pour la simple raison qu'elle doit naître tout les jours. La nation doit naître de chacun de nous, autrement pourquoi voulez vous que ça soit une nation ? La nation ne peut pas venir des illusions de deux ou trois individus, quelque soit la bonne volonte de ceux-ci.
- La vie et demie, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1979 (ISBN 9782020353069), p. 175
L'état honteux, 1981
[modifier]il y avait sur le grand plat les deux jambes et la tête de Maman Nationale, les jambes étaient croisées et dans les orbites étaient enfoncés deux gros poivres rouges et sur un morceau de carton écrit à l’encre rouge, on lisait : « Qui se sert de sa hernie périra par sa hernie ! » Lopez regarda les morceaux et pleura- C’est honteux la mort..
- L'état honteux, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1981 (ISBN 9782020058537), p. 143
Puis vint ce jour honteux, matin de la nation où il invite mes collègues et tous les Européens de maman, […] il invita le pape et consorts, […] il les servait en murmurant cette chose qu’ils n’entendaient pas ou que certains entendaient sans comprendre : prenez et mangez, ceci est Vauban .»
- L'état honteux, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1981 (ISBN 9782020058537), p. 156
L’Anté-peuple, 1983
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Quand une femme est belle et que vous refusez de la trouver belle — dites-vous qu’il y a une anguille sous cœur.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie I, p. 15
L’homme n’est pas beau que lorsqu’il connaît le prix du choix.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie IV, p. 52
Les hommes, tous les hommes, finissent par tomber dans le piège de la beauté.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie VII, p. 73
Ce n’est pas le nombre de mouches qui fait la quantité du caca.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie VII, p. 76
Tant qu’on respire, on est vivant.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie X, p. 97
L’homme vient au monde pour aimer et passer : aimer tout en passant.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie X, p. 97
C’est les lâches qui prennent la mort pour une solution.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie X, p. 101
Nous sommes au pays de la lutte. Il faut oser vaincre. Il faut oser marcher. Ou crever.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie X, p. 106
Au monde, nous y venons, parfois ensemble, mais chacun a son chemin.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie X, p. 109
Qui mange matin évite de bâiller à l’enterrement.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie XI, p. 133
Parfois la plus grande chose qu’on puisse faire au monde passe par sa propre peau.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie XIII, p. 154
Ce monde-ci est fou. Il n’y a que les papiers qui raisonnent, qui pensent, qui respirent.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie XIII, p. 161
Le pouvoir absolu assure absolument le déséquilibre social.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie XIV, p. 164
Le ciel, c’est sans doute loin, très loin. Mais l’enfer, au moins l’enfer, si nous marchons encore, nous l’atteindrons.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie XIV, p. 165
C’est quand les hommes descendent très bas qu’on a vraiment besoin de Dieu.
- L’Anté-peuple, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1983 (ISBN 978-2-7578-1671-4), partie XV, p. 181
Les Sept solitudes de Lorsa Lopez, 1985
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L'art c'est la force de faire dire à la réalité ce qu'elle n'aurait pu dire par ses propres moyens ou, en tout cas, ce qu'elle risquait de passer volontairement sous silence. Dans ce livre, j'exige un autre centre du monde, d'autres excuses de nommer, d'autres manières de respirer… parce que être poète, de nos jours, c'est vouloir de toutes ses forces, de toute son âme et de toute sa chair, face aux fusils, face à l'argent qui lui aussi devient un fusil, et surtout face à la vérité reçue sur laquelle nous, poètes, avons une autorisation de pisser, qu'aucun visage de la réalité humaine ne soit poussé sous le silence de l'Histoire.
- Les Sept solitudes de Lorsa Lopez, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, coll. « Points », 1994 (ISBN 2-02-022689-8), partie Avertissement, p. 11
Les larmes d’un homme sont pour une femme plus fortes que tous les vins du monde.
- Les Sept solitudes de Lorsa Lopez, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, coll. « Points », 1994 (ISBN 2-02-022689-8), chap. 2. Sarngata Nola, p. 79
Parfois nous agissons devant la vérité comme si nous étions capables de l'assassiner. Nous lui enfonçons toute la lame de notre impuissance. Mais elle nous montre ses dents et sa limpidité. Nous agissons comme si nous étions capables de négocier notre destin. A vrai dire, ni le temps ni la vérité ne sauraient être des nôtres : il convient de savoir que tout compte fait, nous sommes seuls au monde. Et la grande réalité de l'homme, c'est sa solitude infinie, jusqu'au tombeau.
- Les Sept solitudes de Lorsa Lopez, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, coll. « Points », 1994 (ISBN 2-02-022689-8), chap. 4. La Belle des Belles, p. 155
La philosophie c'est la science des malades, d'accord ! Mais comme nous sommes tous malades en ce monde malade, nous aurons toujours besoin d'un brin de philo.
- Les Sept solitudes de Lorsa Lopez, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, coll. « Points », 1994 (ISBN 2-02-022689-8), chap. 5. Nsanga-Norda, p. 176
Le Commencement des douleurs, 1995
[modifier]Notre seule notoriété au long des siècles, nous la devions aux orgies et aux bouffes, aux bacchanales monstres et daupagies invétérées.
- Le Commencement des douleurs, Sony Labou Tansi, éd. Seuil, 1995 (ISBN 978-2020257985), chap. Un grand trou dans le ciel, p. 37 (lire en ligne)
L’autre monde : écrits inédits, 1997
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Mes textes sont prétextes, notamment au pourquoi. ? Le point d’interrogation est la plus grande invention de l’homme, je pense[1].
- « Lettre à un étudiant mauritanien », dans L’autre monde : écrits inédits, Sony Labou Tansi [textes choisis et réunis par Nicolas Martin-Granel et Bruno Tilliette], éd. Revue noire, 1997 (ISBN 2-909571-28-9), chap. Mots, p. 49
[…] des labyrinthes incessants, voilà ce qu'est la création. Le temps aussi tient du labyrinthe. Comme la vie. Labyrinthes emmêlés, embrouillés…
- « Lettre à un étudiant mauritanien », dans L’autre monde : écrits inédits, Sony Labou Tansi [textes choisis et réunis par Nicolas Martin-Granel et Bruno Tilliette], éd. Revue noire, 1997 (ISBN 2-909571-28-9), chap. Mots, p. 49
Poèmes
[modifier]Entretiens
[modifier]La réalité est qu’en Afrique, les langues au pouvoir ont peur des langues non au pouvoir, c’est-à-dire de celles de la majorité bâillonnée […]. La langue fait peur quand elle est parlée par des gens à qui la parole est refusée.
- Locataires de la même maison, entretien avec Michèle Zalessky, Sony Labou Tansi, éd. Diagonales n° 9, 1981, p. 4-5
[…] les gens me lisent de façon orientée. On ne voit que la part de mon écriture qui crie. On ne voit pas celle qui écrit, celle qui, après le constat (amer), dit l'espoir.
- « Je ne suis pas à développer mais à prendre ou à laisser », Bernard Magnier (propos recueillis par), Notre Librairie, nº 79. Cinq ans de littératures africaines, 1979-1984, 1985, p. 5 (lire en ligne)
Lus au premier degré, mes livres sont pessimistes. Le conseil que je donne à ce moment-là, c'est de relire. Relire jusqu'au moment où le pessimisme se dissipe et s'en va. Mon culte de la vie ne me laisse pas une autre voix que celle du bouche à bouche avec la lucidité. On ne change pas les choses tant qu'on ne les a pas nommées, tant qu'on ne les a pas appelées par leur nom.
- « Je ne suis pas à développer mais à prendre ou à laisser », Bernard Magnier (propos recueillis par), Notre Librairie, nº 79. Cinq ans de littératures africaines, 1979-1984, 1985, p. 6 (lire en ligne)
[…] je suis moi-même, un peu, celui qui écrit : « Je suis ma plume et mon encre ». Ce qui signifie que j'écris pour être vivant, pour le demeurer. Le premier mot écrit, il y a environ 27 ans, a pour moi la même valeur que le dernier que j'écrirai. Je sais que je mourrai vivant. Tous les hommes devraient mourir vivant. C'est si beau. Les dimensions de la chose nommée vous dictent en quelque sorte votre propre taille.
- « Je ne suis pas à développer mais à prendre ou à laisser », Bernard Magnier (propos recueillis par), Notre Librairie, nº 79. Cinq ans de littératures africaines, 1979-1984, 1985, p. 7 (lire en ligne)
C’est pour remettre la dimension magique aux choses que j’écris, que je griffonne, que je gribouille.
- Sony Labou Tansi (propos recueillis par Dominique Papon), Les auteurs de la création, vol. 3 : « C’est pour remettre la dimension magique aux choses que j’écris », Michel Toutain et l’équipe vidéo du Festival international des Francophonies, Francophonies en Limousin (via vimeo.com), 1989 ((1:20) accéder en ligne)
[L'écriture] est un acte d’amour, je n’écris pas quand je suis fatigué, je n’écris pas quand je n’ai pas envie, j’écris souvent la nuit […]; pour moi c’est vraiment un acte d’amour, avec les mots bien sûr, mais les mots sont au départ des cadavres : moi je dis un mot qui est dans le dictionnaire c’est un cadavre et il faut lui prêter la vie […].
- Sony Labou Tansi (propos recueillis par Dominique Papon), Les auteurs de la création, vol. 3 : « C’est pour remettre la dimension magique aux choses que j’écris », Michel Toutain et l’équipe vidéo du Festival international des Francophonies, Francophonies en Limousin (vimeo.com), 1989 ((7:30) accéder en ligne)
Citations sur
[modifier]Tanella Boni
[modifier]- Voir le recueil de citations : Tanella Boni
Kossi Efoui
[modifier]- Voir le recueil de citations : Kossi Efoui

Considérez-vous que vous faites partie de ces auteurs « d'après Sony Labou Tansi » ?
Si nous avons une parenté avec Sony c’est que nous sommes tous allés boire à d'autres sources. J'avais déjà écrit ma première pièce avant de lire le théâtre de Sony. Je me suis dit : « Tiens, ça ne ressemble à rien. » Rien pour moi voulait dire tout ce que j’ai pu lire à travers ma culture scolaire. C'est la leçon que j’ai reçue de Sony : « Voyage, vas boire à d'autres sources ! » Ce qui me fait penser qu'il y a une famille d'esprit, c'est cela : nous qui sommes tous des enfants des Indépendances, avec toute l'ironie macabre que cela suppose, nous sommes tous allés boire ailleurs, à d'autres sources.
Si nous avons une parenté avec Sony c’est que nous sommes tous allés boire à d'autres sources. J'avais déjà écrit ma première pièce avant de lire le théâtre de Sony. Je me suis dit : « Tiens, ça ne ressemble à rien. » Rien pour moi voulait dire tout ce que j’ai pu lire à travers ma culture scolaire. C'est la leçon que j’ai reçue de Sony : « Voyage, vas boire à d'autres sources ! » Ce qui me fait penser qu'il y a une famille d'esprit, c'est cela : nous qui sommes tous des enfants des Indépendances, avec toute l'ironie macabre que cela suppose, nous sommes tous allés boire ailleurs, à d'autres sources.
- « Kossi Efoui : écrire c’est avancer masqué », dans L'Afrique noire et son théâtre : au tournant du XXe siècle, Sylvie Chalaye, éd. Presses universitaires de Rennes, 2001 (ISBN 2-86847-632-5), partie 2. Paroles d’auteurs, p. 81-82
Alain Mabanckou
[modifier]- Voir le recueil de citations : Alain Mabanckou
Véronique Tadjo
[modifier]- Voir le recueil de citations : Véronique Tadjo
« Une manière toujours plus neuve de venir au monde », c'est ça que je veux retenir de ton passage sur terre. […] Cela me fait encore rêver quand je lis ce que tu pensais avec sincérité : « Je ne blague pas, j'ai envie de coincer la terre entre deux mots, pendant longtemps. Et ça fait rigoler. Parce que le seul mot de la langue qui me séduise, c'est devenir. » […] Plus que jamais, nous avons besoin de penser neuf. De penser juste. De penser avec toi. Heureusement, tes livres sont là. Ta voix résonne.
- « Lettre de Véronique Tadjo », dans Paroles inédites, Sony Labou Tansi (dir. Bernard Magnier), éd. Théâtrales, 2005 (ISBN 2-84260-205-6), partie Lettres à Sony, p. 111
Notes et références
[modifier]- ↑ Voir aussi dans une lettre privée citée dans Nicolas Martin-Granel, « Roman et oralité », Cahiers d'études africaines, vol. 33, no132, 1993, p. 663 [texte intégral] : « Mes textes sont des prétextes, notamment des prétextes au pourquoi et au comment ? Le point d'interrogation est la plus grande invention de l'homme, je pense. »