Sei Shônagon

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Dame Sei Shonagon

Dame Sei Shōnagon (清少納言, Sei Shōnagon?, ~965-10??) est une femme de lettres japonaise qui a écrit vers l'an 1000 ce qui est considéré comme une des œuvres majeures de la littérature japonaise et mondiale et parfois comme la première forme romancée.

Sei Shōnagon est un nom nyōbō. Sei (清) vient du nom de clan Kiyowara (清原) et Shōnagon était le titre d'un poste gouvernemental. Son vrai nom demeure inconnu, même si Nagiko Kiyowara est un nom possible. En tant que fille de Kiyowara no Motosuke, elle appartient à la cour de l'empereur Ichijō et elle devient en 991 dame de compagnie de l'impératrice Teishi.

Son œuvre majeure s'intitule Notes de chevet (Makura no sōshi), un texte inclassable, annonçant, dans la littérature « moderne », le fragment. C'est une collection de listes, de poésies, de complaintes et d'observations glanées tout au long de son séjour à la cour durant l'Époque de Heian. Dans le Makura no sōshi, Sei Shōnagon inaugure un genre nouveau, une sorte de journal qui mélange anecdotes et réflexions où l'auteur donne libre cours à son esprit.

C'est un témoignage primordial sur la vie et la pensée au Japon (vu du "haut" de la société !) au tournant des deux millénaires.

Citations[modifier]

Choses qui font naître un doux souvenir du passé

Les roses trémières desséchées.
Les objets qui servirent à la fête des poupées.
Un petit morceau d'étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d'un costume, et que l'on découvre dans un livre où il était resté, pressé.
Un jour de pluie, où l'on s'ennuie, on retrouve les lettres d'un homme jadis aimé.
Un éventail chauve-souris de l'an passé.

  • (Un éventail chauve-souris : éventail d'été, souvent sorti pour les fêtes)
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007  (ISBN 9782070705337), p. 60


La fleur du poirier est la chose la plus vulgaire et la plus déplaisante qui soit au monde. On ne la garde pas volontiers près des yeux, et l'on ne se sert pas d'un rameau de poirier pour y attacher même un futile billet.

Quand on voit le visage d'une femme qui manque d'attrait, c'est à la fleur de poirier qu'on l'assimile, et, en vérité, à cause de sa couleur, cette fleur paraît sans agrément.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 71-72


Le Censeur [sous-chef des chambellans] (…) affirme souvent : « Même si une femme avait les yeux en long dans le visage, des sourcils lui couvrant le front, et un nez écarté en travers, je pense qu'on pourrait l'aimer si elle avait la bouche bien faite, le dessous du menton et le cou jolis, et si elle n'avait pas une vilaine voix ».
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 83


C'est très détestable lorsqu'un jeune homme bien né appelle une personne d'un rang inférieur en disant le nom de cette femme comme une chose dont il a l'habitude.

Même s'il connaît ce nom, il convient qu'il le prononce comme s'il avait oublié, par mégarde, la moitié des syllabes.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 87


Choses rares

Un gendre loué par son beau-père.
Une bru aimée par sa belle-mère.
Une pince à épiler, d'argent, qui arrache bien.
Un serviteur qui ne médit pas de son maître.
Une personne sans la moindre manie, sans infirmité, supérieure au physique comme au moral, et qui reste sans défaut, alors qu'elle vit dans le monde.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 96


Toute la nuit, nous entendons marcher, devant les chambres, des gens chaussés de souliers. De temps en temps, les pas s'arrêtent : on frappe à quelque porte, d'un doigt seulement, et il est amusant de se dire que malgré cela, la dame qui habite cette chambre a bien reconnu tout de suite, à sa manière de frapper, celui qui est là.

Parfois, les coups durent très longtemps, et pourtant la dame garde le silence. L'homme pense sans doute qu'elle est endormie. Elle en a du regret ; le bruit d'un corps qui bouge quelque peu, le bruissement d'une étoffe font savoir au visiteur ce qui en est. La dame entend distinctement agiter son éventail.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 97-98


Quand le Capitaine sous-chef des chambellans arriva, j'ouvris la demi-jalousie de la face orientale, et je le priai d'approcher. Il s'avança, magnifique, portant un manteau de cour d'une superbe couleur de cerisier, avec une doublure dont la nuance et le lustre avaient un charme indicible. Sur son pantalon à lacets, couleur de vigne très foncée, on voyait, brodées çà et là, des branches de glycine, plus grandes que nature. La teinte et l'éclat de son vêtement de dessous écarlate paraissaient splendides, et, dessous encore, de nombreux vêtements blancs et violet clair étaient mis l'un sur l'autre.
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 107


L'Empereur possédait une flûte appelée « Non, je ne l'échangerai pas ».

Aux instruments qui appartiennent au Souverain, aux harpes, aux flûtes, à tous, on a donné des noms étranges. Pour les guitares, on les appelle par exemple : « Au-dessus du mystère », « Le pâturage des chevaux », « Le dessus du puits », « Le pont sur la rivière Wei », « Sans nom ». Les harpes japonaises se nomment : « L'œil mourant », « La chaudière à sel », « Les deux percées ». J'ai entendu aussi des noms tels que «(…) « Le petit dragon d'eau », (…), « Un coup sur un clou », « Deux feuilles »…

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 132


Choses qui donnent une impression de chaleur

L'habit de chasse que porte le chef de l'escorte impériale.
Une étole faite de morceaux divers.
Le lieutenant de la garde du corps qui surveille les concours d'archers et de lutteurs, et qui escorte le Souverain.
Une personne très grasse, qui a beaucoup de cheveux.
Les sacs dans lesquels on met les harpes.
Un chanoine, en prière au sixième ou au septième mois, qui fait ses pieux exercices à midi.
Ou encore, au même moment, un forgeron qui travaille le cuivre

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 167


Choses sans valeur

Un grand bateau, à sec dans une baie, à marée basse.
Le temps qu'une femme dont la chevelure est courte met à se peigner après avoir ôté ses faux cheveux.
Un grand arbre renversé par le vent et couché sur le sol, les racines en l'air.
Le dos du lutteur qui se retire après avoir été battu.
Un homme sans grande autorité qui réprimande un serviteur.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 168


Choses embarrassantes

On appelle une personne, et une autre se présente, croyant que c'était elle qu'on demandait. La chose est encore plus désagréable lorsqu'on apporte un cadeau.
(…)
Quelqu'un vous raconte, en sanglotant, une histoire pitoyable ; on l'écoute avec une sincère compassion. Cependant, il se trouve justement qu'on ne peut verser une larme. On se compose le visage comme si l'on était près de pleurer, on prend un air de circonstance ; mais tout cela ne change absolument rien !

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 169


Choses qui ne servent plus à rien,
mais qui rappellent le passé.

Une natte à fleurs, vieille, et dont les bords usés sont en lambeaux.
Un paravent dont le papier, orné d'une peinture chinoise, est abîmé.
Un pin desséché, auquel s'accroche la glycine.
Une jupe d'apparat blanche, dont les dessins imprimés, bleu fonçé, ont changé de couleur.
Un peintre dont la vue s'obscurcit.
(…)
Un homme qui fut autrefois le héros élégant de nombreuses aventures amoureuses, maintenant vieux et décrépit.
Dans le jardin d'une jolie maison, un incendie a brûlé les arbres. L'étang avait d'abord gardé son aspect primitif ; mais il a été envahi par les lentilles d'eau, les herbes aquatiques.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 210-211


La musique de l'orgue à bouche paraît merveilleuse. On aime à l'écouter, par exemple, lorsqu'on se promène en voiture au clair de lune. Cependant, l'instrument est encombrant et la manière dont on s'en sert est déplaisante. Quelle figure a celui qui en joue ! Mais à ce propos, il faut dire qu'avec la flûte traversière, également, il y a bien des façons de souffler qui n'embellissent pas le musicien.
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 232


Choses qui sont bonnes quand elles sont grandes

(…) Les yeux des hommes. Quand ils sont petits, on dirait des yeux de femme ; mais, d'autre part, s'ils paraissent aussi gros qu'une cruche de métal, ils seraient effrayants.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 237


Choses qui doivent être courtes

Le fil pour coudre quelque chose dont on a besoin tout de suite
Un piédestal de lampe
Les cheveux d'une femme de basse condition. Il est bon qu'ils soient gracieusement coupés court..
Ce que dit une jeune fille.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 238


Quand j'aperçois un encrier malpropre, poudreux, un bâton d'encre que l'on a frotté sans soin et usé d'un seul côté, cela me fait une impression désagréable. Je déteste également voir une personne prendre, avec une pince de bambou, un bâton d'encre qui a beaucoup servi.
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 243-244


Gens qui prennent des airs savants

Les enfants d'aujourd'hui, à trois ans.
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 252


Ceux (…) qui déclarent le coucou inférieur au rossignol me paraissent incapables de sentiment, et tout à fait détestables.

Le rossignol ne chante pas la nuit, et c'est grand dommage. Tout ce qui chante la nuit est ravissant. Il est vrai qu'il n'en est pas ainsi pour les enfants.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 257


Il peut arriver qu'un homme, à dessein, ne châtie pas son langage, et se serve, à l'ocasion, d'une expression tout à fait commune. On ne trouve pas cela mal ; mais on méprise les gens qui emploient les tournures défectueuses de leur parler provincial.
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 284


Ah ! La maison
Où les sourcils que forment les feuilles des saules,
En s'étalant
Avec présomption,
Déshonorent le visage du printemps !

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 294


Gens qui imitent ce que font les autres

Les gens qui bâillent.
Les enfants.
Les gens de peu, lorsqu'ils sont impudents.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 298


Je vis un jour une jeune fille de dix-huit ou dix-neuf ans, dont la superbe chevelure, aussi longue qu'elle-même était grande, semblait abondante jusqu'à l'extrémité. Cette jeune fille était gracieusement potelée, son teint resplendissait de blancheur. On voyait qu'elle avait un charmant visage ; mais elle souffrait d'une terrible rage de dents. Les cheveux qui retombaient sur son front étaient tout trempés de larmes. Sans même faire attention au désordre de sa chevelure, elle appuyait sa main contre sa joue rouge, et, dans cette posture, elle était ravissante.
  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 308


Choses désagréables à voir

Quelqu'un dont l'habit a la couture du dos tirée sur le côté.
(…)
Les gens qui amènent des enfants chez des personnes auxquelles ils font seulement de rares visites.
Un jeune garçon portant un pantalon et chaussé de hautes sandales ; mais cela, c'est à présent la mode !
Une femme maigre, laide, ayant la peau brune, qui porte une perruque.
Une pareille femme qui fait la sieste avec un homme barbu et décharné. Quel joli spectacle croyaient-ils donc offrir en s'étendant ainsi en plein jour ? Si c'était la nuit, il n'y aurait rien à redire ; alors, les gens ne peuvent apercevoir votre figure ; ils sont d'ailleurs tous couchés, on n'a donc pas besoin de rester sur pied de crainte qu'ils ne vous trouvent laid en vous voyant dormir.
Si tous ceux qui ne sont pas beaux se levaient de bon matin, cela vaudrait mieux pour les yeux des gens.

  • Notes de chevet (~995-1005), Sei Shōnagon (trad. André Beaujard), éd. Gallimard / Unesco, 2007, p. 317-318


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