Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort

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Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, né à Clermont-Ferrand le 6 avril 1741 et mort à Paris le 13 avril 1794 est un poète et un moraliste français connu sous le nom de Chamfort.

Maximes et pensées[modifier]

Telle est la misérable condition des hommes, qu'il leur faut chercher, dans la société, des consolations aux maux de la nature, et, dans la nature, des consolations aux maux de la société. Combien d'hommes n'ont trouvé, ni dans l'une, ni dans l'autre, des distractions à leurs peines !

  • Maximes et pensées — Caractères et anecdotes (1970), Chamfort, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 1970, p. 45


L'estime vaut mieux que la célébrité, la considération vaut mieux que la renommée, et l'honneur vaut mieux que la gloire.

  • Maximes et pensées — Caractères et anecdotes (1970), Chamfort, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 1970, p. 52


Les courtisans sont des pauvres enrichis par la mendicité.

  • Maximes et pensées — Caractères et anecdotes (1970), Chamfort, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 1970, p. 83


Sentir fait penser. On en convient assez aisément ; on convient moins que penser fasse sentir, mais cela n'est guère moins vrai.

  • Maximes et pensées — Caractères et anecdotes (1970), Chamfort, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 1970, p. 113


La plupart des livres d'à présent ont l'air d'avoir été faits en un jour avec des livres lus la veille.

  • Maximes et pensées — Caractères et anecdotes (1970), Chamfort, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 1970, p. 125


Marivaux disait que le style a un sexe et qu'on reconnaissait les femmes à une phrase.

  • Maximes et pensées — Caractères et anecdotes (1970), Chamfort, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 1970, p. 318


Les maximes, les axiomes sont, ainsi que les abrégés, l’ouvrage des gens d’esprit, qui ont travaillé, ce semble, à l’usage des esprits médiocres ou paresseux. Le paresseux s’accommode d’une maxime qui le dispense de faire lui-même les observations qui ont mené l’auteur de la maxime au résultat dont il fait part à son lecteur. Le paresseux et l’homme médiocre se croient dispensés d’aller au-delà, et donnent à la maxime une généralité que l’auteur, à moins qu’il ne soit lui-même médiocre, ce qui arrive quelquefois, n’a pas prétendu lui donner. L’homme supérieur saisit tout d’un coup les ressemblances, les différences qui font que la maxime est plus ou moins applicable à tel ou tel cas, ou ne l’est pas du tout. Il en est de cela, comme de l’histoire naturelle, où le désir de simplifier a imaginé les classes et les divisions. Il a fallu avoir de l’esprit pour les faire ; car il a fallu rapprocher et observer des rapports : mais le grand naturaliste, l’homme de génie, voit que la nature prodigue des êtres individuellement différents, et voit l’insuffisance des divisions et des classes, qui sont d’un si grand usage aux esprits médiocres ou paresseux.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 13


[…] En formant la raison de l’enfance, que faites-vous que de la préparer à voir plutôt l’absurdité des opinions et des mœurs consacrées par le sceau de l’autorité sacrée, publique, ou législative ; par conséquent, à lui en inspirer le mépris ?

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 14


On fait quelquefois dans le monde un raisonnement bien étrange. On dit à un homme, en voulant récuser son témoignage en faveur d’un autre homme : C’est votre ami. Eh ! morbleu, c’est mon ami, parce que le bien que j’en dis est vrai, parce qu’il est tel que je le peins. Vous prenez la cause pour l’effet, et l’effet pour la cause. Pourquoi supposez-vous que j’en dis du bien, parce qu’il est mon ami ? et pourquoi ne supposez-vous pas plutôt qu’il est mon ami, parce qu’il y a du bien à en dire ?

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 15


Veut-on avoir la preuve de la parfaite inutilité des tous les livres de morale, de sermons, etc.? Il n’y a qu’à jeter les yeux sur le préjugé de la noblesse héréditaire. Y a-t-il un travers contre lequel les philosophes, les orateurs, les poètes, aient lancé plus de traits satiriques, qui ait plus exercé les esprits de toute espèce, qui ait fait naître plus de sarcasmes ? Cela a-t-il fait tomber les présentations, la fantaisie de monter dans les carrosses ? cela a-t-il fait supprimer la place de Chérin ?

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 16


La philosophie, ainsi que la médecine, a beaucoup de drogues, très peu de bons remèdes, et presque point de spécifiques.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 16


La meilleure philosophie, relativement au monde, est d’allier, à son égard, le sarcasme de la gaîté avec l’indulgence du mépris.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 18


Dans les grandes choses, les hommes se montrent comme il leur convient de se montrer : dans les petites, ils se montrent comme ils sont.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 22


Qu’est-ce qu’un philosophe ? C’est un homme qui oppose la nature à la loi, la raison à l’usage, sa conscience à l’opinion, et son jugement à l’erreur.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 22


Il y a peu d’hommes qui se permettent un usage rigoureux et intrépide de leur raison, et osent l’appliquer à tous les objets dans toute sa force. Le temps est venu où il faut l’appliquer ainsi à tous les objets de la morale, de la politique et de la société, aux rois, aux ministres, aux grands, aux philosophes, aux principes des sciences, des beaux-arts, etc. : sans quoi, on restera dans la médiocrité.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 23


Les fléaux physiques et les calamités de la nature humaine ont rendu la société nécessaire. La société a ajouté aux malheurs de la nature. Les inconvénients de la société ont amené la nécessité du gouvernement, et le gouvernement ajoute aux malheurs de la société. Voilà l’histoire de la nature humaine.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 23


L’homme vit souvent avec lui-même, et il a besoin de vertu ; il vit avec les autres, et il a besoin d’honneur.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 23


Toutes les passions sont exagératrices ; et elles ne sont des passions, que parce qu’elles exagèrent.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 24


La plus perdue de toutes les journées est celle où l’on n’a pas ri.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 24


En apprenant à connaître les maux de la nature, on méprise la mort ; en apprenant à connaître ceux de la société, on méprise la vie.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. I (« Maximes générales »), p. 25


L’espérance n’est qu’un charlatan qui nous trompe sans cesse. Et, pour moi, le bonheur n’a commencé que lorsque je l’ai eu perdue. Je mettrais volontiers sur la porte du paradis, le vers que le Dante a mis sur celle de l’enfer : Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate

  • Le vers de Dante signifie « vous qui entrez ici, laissez toute espérance »
  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 26


L’homme pauvre, mais indépendant des hommes, n’est qu’aux ordres de la nécessité. L’homme riche, mais dépendant, est aux ordres d’un autre homme ou de plusieurs.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 26


Vivre est une maladie, dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures ; c’est un palliatif : la mort est le remède.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 28


Je ne conçois pas de sagesse sans défiance. L’écriture a dit que le commencement de la sagesse était la crainte de Dieu ; moi, je crois que c’est la crainte des hommes.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 29


[…] Les passions font vivre l’homme ; la sagesse le fait seulement durer.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 29


Celui-là fait plus pour un hydropique, qui le guérit de sa soif, que celui qui lui donne un tonneau de vin. Appliquez cela aux richesses.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 29


[…] plus on juge, moins on aime […]

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 31


Robinson dans son île, privé de tout, et forcé aux plus pénibles travaux pour assurer sa subsistance journalière, supporte la vie, et même goûte, de son aveu, plusieurs moments de bonheur. Supposez qu’il soit dans une île enchantée, pourvue de tout ce qui est agréable à la vie, peut-être le désœuvrement lui eût-il rendu l’existence insupportable.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 31


On est heureux ou malheureux par une foule de choses qui ne paraissent pas, qu’on ne dit point et qu’on ne peut dire.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 32


Préjugé, vanité, calcul : voilà ce qui gouverne le monde. Celui qui ne connaît pour règles de sa conduite, que raison, vérité, sentiment, n’a presque rien de commun avec la société. C’est en lui-même qu’il doit chercher et trouver presque tout son bonheur.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 33


Quand on a été bien tourmenté, bien fatigué par sa propre sensibilité, on s’aperçoit qu’il faut vivre au jour le jour, oublier beaucoup, enfin éponger la vie à mesure qu’elle s’écoule.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. II (« Suite des maximes générales »), p. 35


Qu’est-ce que la société, quand la raison n’en forme pas les nœuds, quand le sentiment n’y jette pas d’intérêt, quand elle n’est pas un échange de pensées agréables et de vraie bienveillance ? Une foire, un tripot, une auberge, un bois, un mauvais lieu et des petites-maisons ; c’est tout ce qu’elle est tour à tour pour la plupart de ceux qui la composent.

  • Maximes et pensées, Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort, éd. Larousse, 1928, chap. III (« De la société, des grands, des riches, des gens du monde »), p. 35


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