Raymond Abellio

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Raymond Abellio (né le 11 novembre 1907 à Toulouse et mort le 26 aout 1986 à Nice) est un homme de lettres français.

Citations[modifier]

Seuls les faibles me demandent encore ma chaleur. Ils veulent s’y assoupir. Mais ils se trompent sur moi, ils me prennent pour l’enfant que j’ai été. Je n’ai plus de chaleur disponible, je la change toute. Éternels voleurs d’énergie, enfants adultérins de Prométhée, profanateurs du feu dont ils ne dérobent que la fumée charbonneuse ! J’appelle forts ceux qui ne me demandent rien, mêlant à la mienne leur lumière, qui est la même.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 24


Je ne me réclame d’aucun drapeau, d’aucune cause. Indestructible, tout me touche. Immobile, tout m’atteint. Je frémis sans bouger. Jusqu’où va ma pensée, je ne sais. Ce frémissement même, qu’ébranle-t-il, jusqu’où porte-t-il sa vibration secrète ? Le monde n’est plus qu’un éternel été, mais sans soleil.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 30


Que pourrais-je aujourd’hui regretter ? Ce n’est pas un moindre sort que d’être appelé à explorer les extrêmes, surtout si l’on doit y trouver le désert.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 187


L’homme ne devient réellement homme et ne connaît sa seconde naissance, la seule qui soit vraiment la sienne, que lorsque tous les objets s’éloignent de lui, – et je n’en excepte surtout pas ceux de l’art et ceux de l’amour, – et que cessant de leur confier son embryon de conscience, mais au contraire le retenant à soi, devenant conscient de sa conscience même dans sa forme pure, vidée, désappliquée de tout objet, il se met à cultiver en lui-même ce génitif intensificateur qui le fait entrer, par le seul et vrai recommencement radical, dans un monde entièrement nouveau d’existence, où les objets d’ailleurs ne sont pas perdus mais transfigurés.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 35


L’homme est toujours supérieur à son milieu, il porte même en lui quelque chose qui transcende l’espace et le temps et l’en affranchit : on est bien forcé aujourd’hui de recommencer à croire à l’invisible et, si l’on y croit l’homme est un être d’avant le temps.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 90


Aujourd’hui, dans un siècle voué au raisonnement et qui a inventé la pensée pour tous, les gens ne savent plus supporter le silence, et ils sont emportés par le fleuve des mots de convention, dont chaque individu, paradoxalement, mésuse à sa façon sous la forme opaque d’un bavardage universel qui n’exprime rien de réel et procède même d’une véritable schizophrénie collective. Il conviendra, bien entendu, de dégager le sens positif de cette schizophrénie, car elle en a forcément un, et de voir comment et pourquoi, par quel "progrès", on passe par exemple de l’hébétude de mon grand-père maternel à l’excitation verbeuse de l’homme d’aujourd’hui, stimulé et drogué par l’information.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 94


[…] il m’arrive de penser que la terre où je marche, plus sensible que nous mais voilée à nos yeux par notre poussière, s’est imprégnée dans ses profondeurs, des siècles durant, de ces images ignorées de nous, et qu’un jour peut-être des hommes au regard rénové ou munis d’instruments étranges sauront les lire et se pencheront, pensifs, sur elles. A quelques dizaines de mètres à peine de l’avenue à grand trafic, ces lieux sont tranquilles, presque déserts. Rien n’y bouge, on y respire un air immobile, le même, semble-t-il, depuis des siècles. Mais nos yeux ne savent pas reconnaître les signes enfouis.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 131


Tel fut l’un des effets de ma seconde naissance : les hommes ne m’apparaissent plus que comme les serviteurs inutiles d’une histoire écrite de toute éternité et qu’ils vivent sans la comprendre […].
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. II, partie Les Militants, 1927-1939, p. 132


L’odeur de M. L qui imprégnait ma peau se mêlait à l’air vif qui emplissait mes poumons. Est-ce la misère ou la grandeur de l’homme qu’il puisse mettre en balance tout le malheur du monde et le souvenir d’une nuit d’amour ?
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. II, partie Les Militants, 1927-1939, p. 316


Qu’est-ce qui force l’homme à ouvrir les yeux sinon le besoin de vertige ?
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. I, partie Un faubourg de Toulouse, 1907-1927, p. 208


Toute politique décadente multiplie sans fin le nombre des lois.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1971, t. II, partie Les Militants, 1927-1939, p. 16


Un jour, devenue arbre, la tige tient par elle-même, elle aperçoit avec étonnement, à côté d’elle, cet étranger qu’elle fut. C’est du jour où elle s’en délivre qu’elle apprend l’existence de ce porteur, de ce mainteneur du sens. Elle est devenue ce sens lui-même.
  • Ma dernière mémoire, Raymond Abellio, éd. Gallimard, 1975, t. II, partie Les Militants, 1927-1939, p. 126


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