Proto-Indo-Européens

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Les Proto-Indo-Européens (PIE) sont, selon la thèse la plus communément admise, un peuple ancien qui aurait diffusé sa langue, sa culture, ses codes et ses croyances à la plupart des peuples d'Europe actuelle (albanais, grecs, latins, celtes, germains, baltes et slaves) — à l'exception des peuples de langues caucasiennes, ouraliennes, altaïques et basque —, ainsi qu'à certains peuples d'Asie (Indiens, Iraniens, Arméniens).

Citations[modifier]

Nikolaï Sergueïevitch Troubetskoï, 1936[modifier]

Mais pour expliquer le caractère régulier des correspondances phoniques, il n'est point besoin de recourir à l'hypothèse d'une origine commune pour les langues de ce groupe, puisqu'on trouve la même régularité lors d'emprunts massifs d'une langue à une autre, non apparentées [...].
On peut tout aussi bien envisager une évolution inverse, à savoir que les ancêtres des branches indo-européennes étaient à l'origine dissemblables, et que ce n'est qu'avec le temps que, à force de contacts constants, d'influences réciproques et d'emprunts, ils se sont sensiblement rapprochés sans pour autant devenir identiques.
  • « Réflexions sur le problème indoeuropéen. », Nikolaï Sergueevitch Troubetzkoy (trad. Patrick Sériot), dans N. S. Troubetzkoy. L'Europe et l'Humanité. Écrits linguistiques et paralinguistiques., Patrick Sériot, éd. Madarga, Liège, 1996, p. 212-213


Jean-Paul Demoule[modifier]

Aucune théorie reposant sur l'hypothèse indo-européenne n'est étayée sur des faits. En l'absence de traces indiscutables d'un peuple originel, il est donc permis de douter de son existence. Le modèle indo-européen, dans sa forme centrifuge et diffusioniste simpliste, apparaît en réalité d'abord comme une construction idéologique, autrement dit un mythe. [...] Il n'est pas exclu qu'un hardi peuple originel soit parti un jour de quelque part pour répandre partout sa langue et ses valeurs. Mais rien ne le démontre non plus, ni dans le champ de la linguistique, ni dans celui de l'archéologie, ni dans celui de la mythologie, ni dans celui de l'anthropologie physique. S'il peut un jour être rendu compte des ressemblances constatées, ce sera certainement dans le cadre d'un modèle très complexe, où s'intriqueront phénomènes de diffusions, de mélanges, d'acculturations, de convergences, etc. Le problème du modèle diffusioniste-centrifuge, ce n'est pas seulement sa simplicité naïve ; c'est aussi sa longue histoire.


L'indo-européanisme tient une place importante dans l'imaginaire racial des extrêmes droites, en particulier en Allemagne. Thème dominant de la Nouvelle Droite contemporaine, cette construction à prétention scientifique n'est que le véhicule de la quête infernale de la pureté de la race. [...] Le modèle indo-européen n'est pas neutre, et le nazisme, comme l'extrême droite en général, en sont le débouché naturel.
  • Jean-Paul Demoule, juillet 1999, dans Destin et usages des Indos-Européens, paru Mauvais temps, N°5, juillet 1999.


Juste un mot sur la paléogénétique (biologique), car certains se sont précipités pour expliquer que désormais, depuis les analyses publiées en 2015 (Haack et al. ; Allentoft et al.), « tout était résolu » en faveur, justement, de l’hypothèse steppique. Sauf que, plus les analyses s’accumulent, plus la situation se complique. Ainsi la composante génétique dite steppique est maintenant mâtinée de caucasien (du Caucase) sinon d’anatolien. La culture campaniforme, uniforme au 3ème millénaire sur toute l’Europe occidentale et centrale, comprend pourtant au moins deux populations d’origine génétique entièrement différente. A l’autre bout du monde, on vient de montrer qu’en Océanie un courant d’immigration a adopté la langue de ceux qui étaient déjà là (McColl et al. 2018). Etant donné les enjeux (de capital symbolique et tout autant de budget), nos collègues généticiens ont souvent tendance à généraliser – même si on peut les comprendre. Cela ne disqualifie en rien la paléogénétique, dont je suis partie prenante pour d’autres programmes de recherche, mais doit appeler à la prudence. On doit en particulier prendre garde à ne pas assimiler « langue », « peuple » et « gènes », sauf à retomber dans les errements de la craniométrie du 19ème siècle.


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