Prison
Apparence

Citations
[modifier][...] Dedans ou dehors, si la résistance à l’exploitation unit les êtres, refuser le sexisme et la place prévue par d’autres pour elles dans la société trace une sorte de trait d’union entre les femmes. Mais celles qui sont ou qui ont été en prison excitent la curiosité, les fantasmes. Elles sont un peu sorcières et se sentent sœurs.
- « Fleury brûle-t-elle », Hellyette Bess, brochure Y'a du baston dans la taule, 2010, p. 40 (lire en ligne)
[...] Le rôle de la prison est de remodeler les individus afin de les faire rentrer dans des moules préfabriqués, pour créer des quidams passifs acceptant l’état des choses sans idée de les modifier. Pour les femmes, en 1984, et probablement encore aujourd’hui à des nuances près, elle visait à façonner des femmes fidèles à l’image traditionnelle : des fées du logis, bonnes épouses et mères de famille. Fleury est alors un étrange pensionnat de jeunes filles, avec des règlements rigides souvent incompréhensibles et des exigences extrêmes. Une tentative de complète infantilisation. On n’y retrouve pas la brutalité des prisons d’hommes, les tabassages y sont rares, la violence y prend des formes plus insidieuses. Le travail de la Pénitentiaire est de culpabiliser les femmes, de leur faire accepter le châtiment qui mène à la rédemption.
- « Fleury brûle-t-elle », Hellyette Bess, brochure Y'a du baston dans la taule, 2010, p. 40 (lire en ligne)
[...] le fait que le roman noir devienne le lieu imaginaire où la prison est niée par l'idée d'un plaisir obscur et souverain, garanti par l'enfermement, prend une valeur révolutionnaire qui déjoue cependant une fois encore tout ancrage historique. Comme si là contre tout espoir, la sensibilité plurielle offrait à chacun de déterminer inconsciemment son espace, au plus loin de la cité et de son ordre, là où l'écume naît indifféremment de la décomposition ou de l'effervescence de la vie.
- Les châteaux de la subversion, Annie Le Brun, éd. Garnier Frères, coll. « Folio Essais », 1982 (ISBN 2-07-032341-2), partie III, Sans lieu ni date, p. 222
La faim, la nudité, la maladie, l'affliction, l'abandonnement, maux dont le moindre seroit [sic] capable dans le monde de faire le désespoir des hommes, sont autant de fléaux qui fondent à la fois sur chaque misérable qui entre dans la prison.
- Sermons choisis de Lingendes, Castillon, et Fromentières, Jean-Louis de Fromentières, éd. Brajeux, 1830, p. 287-288 (lire en ligne)
Ce qui rend les misères de la prison encore plus grandes en un sens, c’est quand elles tombent sur des innocents ou sur des malheureux.
- Sermons choisis de Lingendes, Castillon, et Fromentières, Jean-Louis de Fromentières, éd. Brajeux, 1830, p. 288-289 (lire en ligne)
Si la prison supposoit [sic] nécessairement le crime, que penserions-nous des prophètes et des martyrs ?
Ce qui rend les misères de la prison encore plus grandes en un sens, c’est quand elles tombent sur des innocents ou sur des malheureux.
- Sermons choisis de Lingendes, Castillon, et Fromentières, Jean-Louis de Fromentières, éd. Brajeux, 1830, p. 289 (lire en ligne)
On voit tous les jours de nouveaux Pharaons, je veux dire des âmes insensibles, dures, barbares, qui retiennent en captivité de peuple de Dieu, et des gens contre-lesquels on n'a point d’autre reproche à faire que celui de leur indigence, de leur impuissance où ils sont de payer leurs dettes. On voit tous les jours de nouveaux Putiphars, je veux dire des jaloux et des furieux, qui font précipiter dans des cachots des Josephs qui ne sont coupable qu’à cause qu’on les croit tels.
- Sermons choisis de Lingendes, Castillon, et Fromentières, Jean-Louis de Fromentières, éd. Brajeux, 1830, p. 290-291 (lire en ligne)
Encore, s’il n’y avoit [sic] que le corp qui souffrît en prison, quelque touchante que fût la misère des prisonniers, ce ne seroit [sic] pas néanmoins la dernière et la plus redoutable : mais, hélas ! L’âme est si étroitement liée au corps en cette vie qu’elle se ressent presque nécessairement de toutes ses infortune.
- Sermons choisis de Lingendes, Castillon, et Fromentières, Jean-Louis de Fromentières, éd. Brajeux, 1830, p. 291 (lire en ligne)
Qui recule devant un simple regard ne peut résister devant la prison, à fortiori devant les armes.
Citation choisie pour le 22 mars 2022.
[S]i en prison on est libre et à l’école on ne l’est pas, c’est donc que l’école est pire que la prison !
- Le roman de Beyrouth, Alexandre Najjar, éd. Pocket, 2005, p. 281
Gérard Pirlot et Jean-Louis Pedinielli
[modifier]A côté de l'avènement des Lumières et de la Raison, le XVIIe siècle français est marqué par une tentative d'exclusion de ce qui ne correspond pas à la raison et la morale sociale. Cette politique du Grand Renfermement vise tous les indésirables : mendiants, vagabonds, voleurs, fous, simples d'esprits, débauchés et filles de joie sont réunis dans des lieux de détention (Hôpitaux Généraux) où la question du médical et du soin est secondaire. Petit à petit la médecine s'introduit dans ces prisons où le péché, la folie, la misère et la dangerosité des pauvres sont imaginairement et matériellement associés. Il y a bien une différence entre ces catégories (folie et débauche ne sont pas synonymes), mais elles sont associées dans des représentations négatives.
- Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. « 128 Psychologie », 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie I. Histoire des perversions, chap. 1. Avant la psychiatrie, p. 14
Nicolas Ruff
[modifier]Je sais ce qu'est la détention. J'y vais depuis dix ans. C'est un lieu que je déteste. La défense n'a pas le monopole de l'aversion de la prison. Quand je requiers, j'ai tout ça en tête et je me dis que je dois assumer toutes les conséquences de ce que je vais dire.
- Dans son réquisitoire lors du procès de l'affaire Jubillar
- « Réquisitoire au procès Jubillar : retour aux faits », Pascale Robert-Diard, Le Monde (ISSN 0395-2037), nº 25130, 17 octobre 2025, p. 10 (lire en ligne)
Le pire des malheurs en prison […] c'est de ne pouvoir fermer sa porte.
- Le Rouge et le Noir, Stendhal, éd. le Divan, 1927, t. 2, chap. XLIV, p. 471
Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, c'est en prison que l'homme juste est à sa place.
- La désobéissance civile (1849), Henry David Thoreau (trad. Jacques Mailhos), éd. Gallmeister, coll. « Totem », 2017 (ISBN 978-2-35178-607-9), p. 20
- Codex Forster III, 10 v.
- Carnets, Léonard de Vinci [édition présentée et annotée par Pascal Brioist / Texte établi par Edward MacCurdy, traduit de l’italien par Louise Servicen, préface de Paul Valéry], éd. Gallimard, coll. « Quarto », 2019 (ISBN 978-2-07-284486-7), chap. XLVI. Notes personnelles, p. 1354
Puisqu’un être humain ne peut sortir du temps à moins d’être tué, l’effet de la prison, c’est de rendre le temps des détenus aussi pénible, aussi désagréable que possible. Le temps de prison doit être dur, comme une mort métaphorique, une épreuve, l’état crépusculaire d’une mort en vie.
- Suis-je le gardien de mon frère ? [Brothers and Keepers] (1984), John Edgar Wideman (trad. Marianne Guénot), éd. Gallimard, coll. « Folio », 1999 (ISBN 9782070406913), p. 70