Pourquoi lire ?

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Pourquoi lire ? est un essai de Charles Dantzig publié en 2010.

Un livre n'est pas fait pour les lecteurs, il n'est même pas fait pour son auteur, il n'est fait pour personne. Il est fait pour être. Un livre fait pour les lecteurs les prend pour un public.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 27


Et quel atroce caprice est la lecture, atroce pour les auteurs ! Tout ce qui périt de talents par défaut de lecture ! Les bons lecteurs, on devrait les enfermer pour lire ! On leur verserait un salaire et ils ne feraient que ça, sauver la littérature en la lisant ! 24 ans !
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 28


Ce n'est pas nous dans les livres qui nous font juger que les livres sont bons, c'est le talent. Ce n'est pas aux personnages, aux idée qu'on veut ressembler. On veut ressembler au talent.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 29


On ne lit pas un livre pour une histoire, on lit un livre pour danser avec son auteur.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 46


La seule question à se poser devant un chef d'œuvre, c'est : ferait-il brûler la bibliothèque d'Alexandrie ? Si on ne pense pas à le faire, c'est qu'il est bonasse et rien à craindre. Si on y pense, c'est qu'il y a des soupçons sur sa vulgarité.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 57


Oui, on lit par protestation contre la vie. La vie est très mal faite. On y rencontre sans arrêt des gens inutiles. Elle est pleine de redites. Ses paysages sont interminables. Si elle se présentait chez un éditeur, la vie serait refusée.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 107


Lire est déraisonnable. Il y a des choses bien plus importantes, disent les importants. C'est vrai. Et, le sachant, nous continuons en sifflotant ces lectures qui nous privent de la gloriole et de la fortunette.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 134


Ah, ce que j'aurai pu aimer les livres. Leur forme, leur odeur, leur promesse. Et pourtant, quelle forme banale, et parfois quelle odeur déplaisante, quelle déception. Tant pis. Car enfin, de cet objet somme toute si commun, noir sur blanc, mouche sur laid, surgit, d'autres fois, un monde. Et voilà pourquoi la lecture n'est pas contre la vie. Elle est la vie, une vie plus sérieuse, moins violente, moins frivole, plus durable, plus orgueilleuse, moins vaniteuse, avec souvent toutes les faiblesses de l'orgueil, la timidité, le silence, la reculade. Elle maintient, dans l'utilitarisme du monde, du détachement en faveur de la pensée.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 241


Et quand l'objet en papier aura disparu, pour la satisfaction douloureuse des amers qui diront : je l'avais prédit, nous répondrons : et alors ? Nous ne lisons plus sur les rouleaux de Rome, seuls quelques érudits savent qu'ils ont existé, et la littérature romaine demeure, en partie. Plus noirs que ces amers, on dira que l'informatisation servira encore mieux les puissants, qui pourront ranger l'humanité dans des appartements toujours plus petits, puisque plus besoin de bibliothèque et tout dans iPad, et que, un jour quand cela sera réduit à un tout petit point rouge, il clignotera fébrilement, puis hoquetant de moins en moins, il, s'éteindra.

Ne lisant plus, l'humanité sera ramenée à l'état naturel, parmi les animaux. Le tyran universel, inculte, sympathique, doux, sourira sur l'écran en couleurs qui surplombera la terre.
  • Pourquoi lire ?, Charles Dantzig, éd. Grasset, 2010, p. 244