Plotin

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Plotin, en grec Πλωτῖνος, en latin Plotinus (205 - 270 apr. J.-C.), philosophe gréco-romain de l'Antiquité tardive, est le représentant principal du courant philosophique appelé « néoplatonisme ».

Citations rapportées de Plotin[modifier]

Tu étais déjà le Tout, mais parce que quelque chose s'est ajouté à toi en plus du Tout, tu es devenu moindre par cette addition même. Cette addition n'avait rien de positif (qu'ajouterait-on en effet à ce qui est Tout ?), elle était toute négative. En devenant quelqu'un, on n'est plus le Tout, on lui ajoute une négation. Et cela dure jusqu'à ce que l'on écarte cette négation. Tu t'agrandis donc en rejetant tout ce qui est autre que le Tout : si tu rejettes cela, le Tout te sera présent...Il n'a pas besoin de venir pour être présent. S'il n'est pas présent, c'est que tu t'es éloigné de Lui. S'éloigner, ce n'est pas le quitter pour aller ailleurs, car il est là ; mais c'est, alors qu'il est présent, se détourner de Lui.
  • « Ennéades, VI, 5, 12, 19 », dans Exercices spirituels et philosophie antique, Pierre Hadot, éd. Albin Michel, 2002, p. 57


Si l'on veut connaître l'essence d'une chose, il faut l'examiner en la considérant à l'état pur, car toute addition à une chose est un obstacle à la connaissance de cette chose. Examine-la donc en lui enlevant ce qui n'est pas elle-même, ou plutôt enlève toi-même tes tâches et examine-toi et tu auras foi dans ton immortalité.
  • « Ennéades, IV, 7, 10, 27 », dans Exercices spirituels et philosophie antique, Pierre Hadot (trad. Bréhier légèrement modifiée), éd. Albin Michel, 2002, p. 58


Sans la vertu, Dieu n'est qu'un mot.
  • « Ennéades, II, 9, 15 », dans Qu'est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot (trad. Bréhier légèrement modifiée), éd. Gallimard, Folio Essais, 1995, p. 13


Reviens à toi-même et regarde : si tu ne te vois pas encore toi-même beau, fais comme le sculpteur d'une statue qui doit devenir belle : il enlève, il gratte, il polit, il nettoie, jusqu’à ce qu'il fasse apparaître un beau visage dans la statue. Toi aussi, enlève tout ce qui est superflu, redresse tout ce qui est tortueux, nettoyant tout ce qui est sombre, rends-le brillant, et ne cesse de « sculpter » ta propre « statue » jusqu’à ce que resplendisse pour toi la divine splendeur de la vertu, jusqu’à ce que tu voies « la Sagesse, debout sur son socle sacré »…
  • « Ennéades, I 6, 9, 7 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 20


Chaque âme est et devient ce qu'elle regarde.
  • « Ennéades, IV, 3, 8, 15 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 22


Et, s'il faut avoir l'audace de dire avec plus de clarté ce qui me paraît juste contrairement à l'opinion des autres, notre âme non plus ne s'est pas enfoncée en sa totalité dans le sensible, mais il y a quelque chose d'elle qui demeure toujours dans le monde spirituel.
  • « Ennéades, IV, 8, 8, 1 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 32


Si nous avons en nous de si grandes choses, pourquoi n'en avons-nous pas conscience, pourquoi, la plupart du temps, restons-nous sans exercer ces activités supérieures ? Pourquoi certains hommes ne les exercent-ils jamais ? C'est que tout ce qui se trouve dans l'âme n'est pas conscient pour autant, mais que cela parvient à « nous » en parvenant à la conscience. Lorsqu’une activité de l'âme s'exerce sans rien communiquer à la conscience, cette activité ne parvient pas à l'âme totale. Il s'ensuit alors que « nous » ne savons rien de cette activité, puisque « nous » sommes liés avec la conscience, et que « nous » ne sommes pas une partie de l'âme, mais l'âme totale.
  • « Ennéades, V, 1, 12, 1 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 32, 33


Si Dieu était absent du monde, il ne serait pas non plus en vous.
  • « Ennéades, II, 9, 16, 25 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 45


[Dans ce monde des Formes], toutes choses surabondent et, en quelque sorte, bouillonnent. Il y a comme un flux de ces choses bouillonnantes de vie, un flux qui s'écoule d'une source unique, mais pourtant pas comme si elles provenaient d'un souffle ou d'une chaleur unique, mais plutôt comme s'il y avait une certaine qualité unique qui possèderait et conserverait en elle toutes les qualités, celle de la douceur, mêlée à celle du parfum, et le goût du vin uni aux vertus de tous les sucs et aux visions des couleurs et à tout ce que les sensations du toucher apprennent à connaître ; il s'y trouverait aussi toutes les sensations de l'audition, toutes les mélodies, tous les rythmes.
  • « Ennéades, VI, 7, 12, 22 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 51


Comment ce monde-ci pourrait-il exister s'il était séparé du monde spirituel ?
  • « Ennéades, II, 9, 16, 11 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 52


Tant que cette impression [qu’éprouvent les amants] se trouve dans quelqu'un qui s'arrête à la forme (tupos) sensible, celui-là n'éprouve pas encore l'amour. Mais lorsque, à partir de cette forme sensible, il produit lui-même en lui-même une forme non sensible dans la partie indivisible de son âme, alors l'amour prend naissance. Et si l'amant désire voir l'objet aimé, c'est seulement afin d'arroser cette forme non sensible qui se dessèche. Mais s'il prenait conscience du fait qu'il faut toujours aller au-delà, vers ce qui est plus « sans forme », c'est le Bien lui-même qu'il désirerait. Car ce qu'il a ressenti depuis le début, c'était à partir d'une faible lueur, l'amour de cette immense lumière.
  • « Ennéades, VI, 7, 33, 22 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 75


Chaque forme, par elle-même, n'est que ce qu'elle est. Mais elle devient objet de désir, lorsque le Bien la colore, en lui donnant la grâce en quelque sorte et en infusant l'Amour à ceux qui la désirent.
  • « Ennéades, VI, 7, 22, 5 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 78


L'âme aime le Bien parce que, dès l'origine, elle a été incitée par Lui à l'aimer. Et l'âme qui a cet amour à sa disposition n'attend pas que les beautés d'ici-bas la fassent se ressouvenir, mais, ayant en elle-même l'amour, même si elle ignore qu'elle l'a, elle cherche toujours, et, parce qu'elle veut s'élever vers le Bien, elle méprise les choses d'ici-bas ; voyant les belles choses qui sont dans l'univers sensible, elle n'a pas confiance en elles, parce qu'elle voit qu'elles sont dans des chairs, dans des corps, qu’elles sont souillées par le lieu où elles séjournent actuellement... Et lorsqu'elle voit que les belles choses d'ici-bas passent en s’écoulant, alors, désormais, elle sait de manière définitive que ces beautés reçoivent d'ailleurs ce qui chatoie sur elles. Après cela, l'âme s'élève là-haut, car elle est infatigable lorsqu'il s'agit de découvrir l'objet qu'elle aime et elle ne renonce pas avant de L'avoir saisi, à moins que quelqu'un peut-être lui arrache son amour.
  • « Ennéades, VI, 7, 31, 17 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 86-87


Il ne sert de rien de dire : « regarde vers Dieu », si l'on n'enseigne pas également comment on regarde ; qu'est-ce qui empêche en effet, pourrait-on dire, de regarder vers Dieu sans s'abstenir d'aucun plaisir et sans être maître de réprimer sa colère, se souvenant sans doute du mot « Dieu », et en même temps étant dominé par toutes les passions et ne faisant rien pour s'en délivrer ? Pourtant ce qui fait voir Dieu, c'est la vertu progressant vers la perfection et s’établissant dans l'âme avec la sagesse : car sans la vertu véritable, le Dieu dont on parle n'est qu'un mot.
  • « Ennéades, II, 9, 15, 28 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 114


Le style de philosophie que nous poursuivons, en plus de ses autres mérites, se fait connaître par la simplicité des mœurs jointe à la pureté de la pensée. Notre philosophie recherche la dignité, non l'arrogance : si elle nous donne confiance, c'est une confiance accompagnée de raison, de beaucoup de solide prudence et d'une très grande circonspection.
  • « Ennéades, II, 9, 14, 38 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 144


On peut connaître le caractère d'un homme lorsqu'on le regarde dans les yeux ou lorsque l'on considère certaines parties de son corps. On peut y lire les dangers qu'il court, et les moyens qu'il a d’y échapper.
  • « Ennéades, II, 3, 7, 9 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 156


Même ici-bas, sans que les hommes parlent, nous connaissons d’eux beaucoup de choses par les yeux. Mais, dans le monde spirituel, tout le corps est transparent, et chaque être est comme un œil ; il n'y a plus rien de caché ni de simulé, mais, avant qu'on ait parlé à un autre, celui-ci, vous voyant, vous connait tout entier.
  • « Ennéades, IV, 3, 18, 19 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 156


Celui qui se plaint de la nature du monde ne sait pas ce qu'il fait et jusqu’où va son audace. C’est qu'il ignore l'ordre continu des choses, des premières aux secondes, puis aux troisièmes, et ainsi de suite jusqu'au dernière, et il ne sait pas qu'il ne faut pas insulter des êtres parce qu'ils sont inférieurs aux premiers ; mais il faut accepter avec douceur la nature de tous les êtres.
  • « Ennéades, II, 9, 13, 1 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 160


La partie inférieure de l'âme sera comme un homme qui vit près d'un sage et qui profite de ce voisinage : ou bien il lui devient semblable ou bien il le respecte tellement qu'il n'ose rien faire de ce que l'homme de bien ne veut pas qu'il fasse. Il n'y aura donc pas de combat intérieur. Il suffit que soit présente la Raison ; la partie inférieure la respectera, en sorte que, si elle est troublée par quelque chose, c'est elle-même qui s’irritera de ne pas être restée en repos en présence de son maître, et c’est elle-même qui se reprochera sa faiblesse.
  • « Ennéades, I, 2, 5, 25 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 161


Meilleur on est, plus on est bienveillant envers toutes choses et envers les hommes.
  • « Ennéades, II, 9, 9, 44 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 163


Le Bien est plein de douceur, de bienveillance et de délicatesse. Il est toujours à la disposition de qui le désire.
  • « Ennéades, V, 5, 12, 33 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 163


Le sage s'occupe de son moi terrestre et il le supporte, aussi longtemps qu'il lui est possible, comme un musicien fait de sa lyre, tant qu'elle n'est pas hors d'usage. Si la lyre ne va plus, il change d'instrument ou il renonce à jouer de la lyre, il cesse de s'en servir, parce qu'il a maintenant autre chose à faire, sans la lyre. Il la laisse alors à terre. Il ne la regarde plus. Il chante sans s'accompagner d'un instrument. Et pourtant, ce n'est pas pour rien qu’au début, cet instrument lui fut donné. Bien souvent, il en a joué.
  • « Ennéades, I, 4, 16, 22 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 175


Nous sommes comme des critiques ignorants qui accusent un peintre de n'avoir pas mis de belles couleurs partout. Mais lui, il a mis à chaque endroit les couleurs qui lui convenaient. Les cités bien gouvernées ne sont pas celles qui sont composées d'égaux. C'est comme si l'on blâmait une pièce de théâtre parce que tous ses personnages ne sont pas des héros, mais qu'on y trouve un serviteur ou un homme grossier et mal embouché. Supprimez ces rôles inférieurs ! La pièce ne sera plus belle, parce qu'elle les exige pour être complète.
  • « Ennéades, III, 2, 11, 9 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 177


S'il en est qui sont sans armes, ceux qui sont bien armés les battent. Ce n'est pas à Dieu de combattre à la place de ceux qui ne veulent pas faire la guerre. La loi veut qu’à la guerre on trouve son salut dans la bravoure et non dans les prières. On n’obtient pas de récoltes en faisant des prières, mais en prenant soin de la terre ; et l'on est mal portant, si l'on néglige le soin de sa santé. Il ne faut pas se fâcher parce que les méchants ont une récolte plus belle, qu'ils soient seuls à cultiver la terre ou qu'ils la cultivent mieux... Si les méchants sont au pouvoir, c'est par la lâcheté de leur sujet : c'est justice, et le contraire serait injuste. Oui, la Providence divine ne doit pas faire que, nous, nous ne soyons rien. Si la Providence était tout, si elle était seule, elle n'aurait plus rien à faire, de quoi donc serait-elle Providence ?
  • « Ennéades, III, 2, 8, 35 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 178


L'épreuve du mal rend la connaissance du bien plus claire chez les êtres dont la puissance est trop faible pour pouvoir connaître purement le mal sans en faire l'expérience.
  • « Ennéades, IV, 8, 7, 15 », dans Plotin ou la simplicité du regard, Pierre Hadot (trad. Pierre Hadot), éd. Gallimard, Folio Essais, 1997, p. 178


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