Phèdre (Racine)

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Phèdre est une tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine créée le à Paris sous le titre Phèdre et Hippolyte. Racine n'adopta le titre de Phèdre qu'à partir de la seconde édition de ses Œuvres en 1687. La pièce comporte 1 654 alexandrins. Inspirée de la mythologie grecque, la pièce met en scène l'amour incestueux conçu par Phèdre, femme de Thésée, pour Hippolyte, fils de Thésée et d'une Amazone.

Citations[modifier]

Costume conçu par le costumier russe Léon Bakst pour le rôle de Phèdre joué par Ida Rubinstein en 1923. Collection privée.
Hippolyte à Théramène : La fille de Minos et de Pasiphaé.
  • Vers fameux pris comme le modèle de tout alexandrin et périphrase.
  • « Phèdre », dans Œuvres complètes, Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, t. I, acte I, scène 1, p. 822 (texte intégral sur Wikisource)


Hippolyte à Théramène : Si je la haïssais, je ne la fuirais pas.
  • « Phèdre », dans Œuvres complètes, Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, t. I, acte I, scène 1, p. 823 (texte intégral sur Wikisource)


Phèdre à Œnone : Tout m’afflige, et me nuit, et conspire à me nuire.


Phèdre à Œnone : Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !

  • « Phèdre », dans Théâtre complet (1677), Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 1982  (ISBN 2-07-037412-2), t. I, acte I, scène 3, p. 290, vers 253-254


L'actrice française Sarah Bernhardt dans le rôle de Phèdre en 1913.

Œnone : Aimez-vous ?
Phèdre : De l'amour j'ai toutes les fureurs.
Œnone : Pour qui ?
Phèdre : Tu vas ouïr le comble des horreurs.
J'aime… À ce nom fatal, je tremble, je frissonne.
J'aime…
Œnone : Qui ?
Phèdre : Tu connais ce fils de l'Amazone,
Ce prince si longtemps par moi-même opprimé.
Œnone : Hippolyte ! Grands dieux !
Phèdre : C'est toi qui l'as nommé.

  • « Phèdre », dans Théâtre complet (1677), Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 1982  (ISBN 2-07-037412-2), t. I, acte I, scène 3, p. 291, vers 258-26264


Phèdre : Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue.
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue :
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler.
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus, et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit tourments inévitables.

  • Phèdre évoquant son amour pour Hippolyte. Tout le passage s'inspire fortement du fragment 31 de la poétesse grecque Sappho.
  • « Phèdre », dans Théâtre complet (1677), Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 1982  (ISBN 2-07-037412-2), t. I, acte I, scène 3, p. 292, vers 273-278


Phèdre, tableau d'Alexandra Cabanel, 1880. Musée Fabre, Montpellier (France).

Phèdre : Oui, prince, je languis, je brûle pour Thésée :
Je l’aime, non point tel que l’ont vu les enfers,
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du dieu des morts déshonorer la couche ;
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
Tel qu’on dépeint nos dieux, ou tel que je vous vois.
Il avait votre port, vos yeux, votre langage ;
Cette noble pudeur colorait son visage,
Lorsque de notre Crète il traversa les flots,
Digne sujet des vœux des filles de Minos.
Que faisiez-vous alors ? pourquoi, sans Hippolyte,
Des héros de la Grèce assembla-t-il l’élite ?
Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors
Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?
Par vous aurait péri le monstre de la Crète,
Malgré tous les détours de sa vaste retraite :
Pour en développer l’embarras incertain,
Ma sœur du fil fatal eût armé votre main.
Mais non : dans ce dessein je l’aurais devancée ;
L’amour m’en eût d’abord inspiré la pensée.
C’est moi, prince, c’est moi, dont l’utile secours
Vous eût du labyrinthe enseigné les détours.
Que de soins m’eût coûtés cette tête charmante !
Un fil n’eût point assez rassuré votre amante :
Compagne du péril qu’il vous fallait chercher,
Moi-même devant vous j’aurais voulu marcher ;
Et Phèdre au labyrinthe avec vous descendue
Se serait avec vous retrouvée ou perdue.

  • Tirade fameuse de Phèdre évoquant indirectement son amour pour Hippolyte en lui parlant de son père Thésée.
  • « Phèdre », dans Théâtre complet (1677), Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 1982  (ISBN 2-07-037412-2), t. I, acte II, scène 5, p. 305-306, vers 634-662


Phèdre : Eh bien, connais donc Phèdre et toute sa fureur.

  • « Phèdre », dans Théâtre complet (1677), Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Folio classique », 1982  (ISBN 2-07-037412-2), t. I, acte II, scène 5, p. 306, vers 672


Hippolyte à Thésée : Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés ;
Et jamais on n'a vu la timide innocence
Passer subitement à l'extrême licence.
  • « Phèdre », dans Œuvres complètes, Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, t. I, acte IV, scène 2, p. 858 (texte intégral sur Wikisource)


Hippolyte à Thésée : Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur.
  • « Phèdre », dans Œuvres complètes, Jean Racine, éd. Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, t. I, acte IV, scène 2, p. 858 (texte intégral sur Wikisource)


À propos de Phèdre[modifier]

Roland Barthes, Sur Racine[modifier]

Il suffit de visiter aujourd'hui la Grèce pour comprendre la violence de la petitesse, et combien la tragédie racinienne, par sa nature « contrainte », s'accorde à ces lieux que Racine n'avait jamais vus : Thèbes, Buthrot, Trézène, ces capitales de la tragédie sont des villages. Trézène, où Phèdre se meurt, est un tertre aride, fortifié de pierrailles. Le soleil fait un extérieur pur, net, dépeuplé ; la vie est dans l'ombre, qui est à la fois repos, secret, échange et faute. Même hors de la maison, il n'y a pas de vrai souffle : c'est le maquis, le désert, un espace inorganisé.
  • Sur Racine (1960), Roland Barthes, éd. Seuil, coll. « Points Seuil Essais », 1963, p. 17


L'enjeu tragique est ici beaucoup moins le sens de la parole que son apparition, beaucoup moins l'amour de Phèdre que son aveu.
  • Sur Racine (1960), Roland Barthes, éd. Seuil, coll. « Points Seuil Essais », 1963, p. 115


Phèdre est son silence même : dénouer ce silence, c'est mourir, mais aussi mourir ne peut être qu'avoir parlé. Avant que la tragédie ne commence, Phèdre veut déjà mourir, mais cette mort est suspendue : silencieuse, Phèdre n'arrive ni à vivre ni à mourir : seule, la parole va dénouer cette mort immobile, rendre au monde son mouvement.
  • Sur Racine (1960), Roland Barthes, éd. Seuil, coll. « Points Seuil Essais », 1963, p. 116


Liens externes[modifier]

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