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Paul Veyne

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Paul Veyne, né à Aix en Provence le 13 juin 1930, est un historien français spécialiste de la Rome antique.

Comment on écrit l'histoire, 1971

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Les historiens racontent des événements vrais qui ont l'homme pour acteur ; l'histoire est un roman vrai.
  • Comment on écrit l'histoire (1971), Paul Veyne, éd. Seuil, coll. « Points histoire », 1971, p. 10


Le quotidien et l'intéressant, 1995 (entretiens avec C. Darbo-Peschanski)

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Sociologiquement parlant, une religion est une vérité imposée par des convaincus à des indifférents ; elle n'est pas un besoin de la nature humaine en général.
  • Le quotidien et l'intéressant (1995), Paul Veyne (entretiens avec C. Darbo-Peschanski), éd. Les Belles Lettres, coll. « Pluriel », 1995, p. 90-91


Les idées générales ne sont ni vraies, ni fausses, ni justes, ni injustes, mais creuses.
  • Le quotidien et l'intéressant (1995), Paul Veyne (entretiens avec C. Darbo-Peschanski), éd. Les Belles Lettres, coll. « Pluriel », 1995, p. 217


Quand notre monde est devenu chrétien, 2007

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Ce n'est pas le monothéisme qui peut rendre redoutable une religion, mais l'impérialisme de sa vérité.
  • Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. « Idées », 2007, p. 40


(…) dans les cerveaux, affects et idées ne sont pas au même étage.
  • Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. « Idées », 2007, p. 53


Une religion est une des composantes d’une civilisation, elle n’en est pas la matrice, même si elle a pu quelque temps lui servir de désignation conventionnelle, être son nom de famille : "la civilisation chrétienne". L’Occident passe pour avoir avoir cultivé ou préconisé l’humanitarisme, la douceur, plus que l’ont fait d’autres civilisations et il devrait cette douceur à l’influence chrétienne qui aurait adouci les mœurs. Cette idée n’est ni vraie ni fausse, je le crains, car les rapports entre une croyance et le reste de la réalité sociale se révéleront beaucoup moins simples. On me saura gré de ne pas brandir l’Inquisition et les Croisades et de me borner, pour garder les pieds sur terre, à citer quatre lignes de Marc Bloch : la loi du Christ "peut être comprise comme un enseignement de douceur et de miséricorde, mais, durant l’ère féodale, la foi la plus vive dans les mystères du christianisme s’associa sans difficulté apparente avec le goût de la violence.
  • Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. « Idées », 2007, p. 250


Notre Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’homme, de la liberté de penser, de la liberté sexuelle, du féminisme, du socialisme ou de la réduction des inégalités. Toutes choses qui sont étrangères et parfois opposées au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne, elle, prêchait l’ascétisme, qui nous est sorti de l’esprit, l’amour du prochain (vaste programme, resté vague) et nous enseignait de ne pas tuer ni voler, mais tout le monde le savait déjà. Tranchons le mot : l’apport du christianisme à l’Europe actuelle, qui compte toujours une forte proportion de chrétiens, se réduit presque à la présence de ceux-ci parmi nous. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, notre modernité pourrait nommer Kant et Spinoza…
  • Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. « Idées », 2007, p. 256-257


Répétons qu'une religion, n'étant pas une essence transhistorique, ne peut être une matrice, une racine, et devient en partie ce que son temps la fait être.
  • Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. « Idées », 2007, p. 262


Se réclamer d’un Livre saint (ou du sens qu’une époque lui prête) n’est qu’un facteur historique parmi d’autres. Aucune société, aucune culture, avec son fourmillement et ses contradictions, n’est fondée sur une doctrine. De l’entrecroisement confus de facteurs de tout espèce qui composent une civilisation, la partie qui semble émerger est la religion, ou encore les grands principes affichés, parce que c’est la partie audible, lisible, langagière d’une civilisation, la partie qui saute aux yeux et aux oreilles et d’après laquelle on est porté à la caractériser et à la dénommer. On parle donc de civilisation chrétienne de l’Occident, on attribue son humanitarisme au christianisme. […] la religion n’est qu’un facteur parmi bien d’autres […] vouloir privilégier tel ou tel facteur, est un choix partisan et confessionnel. De plus, en notre siècle, les Églises ont une influence plus réduite dans les sociétés sécularisées. Le christianisme y est enraciné, il n’en est pas pour autant la racine ; encore moins le représentant de ces sociétés devenues différentes de lui, sauf lorsqu’il s’en inspire. L’Europe n’a pas de racines, chrétiennes ou autres, elle s’est faite par étapes imprévisibles, aucune de ses composantes n’étant plus originales qu’une autre. Elle n’est pas préformée dans le christianisme, elle n’est pas le développement d’un germe, mais le résultat d’une épigénèse. Le christianisme également du reste.
  • Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne, éd. Albin Michel, coll. « Idées », 2007, p. 265-266


Palmyre. L’irremplaçable trésor, 2015

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Pourquoi un groupe terroriste saccage-t-il les monuments inoffensifs d'un lointain passé (ou les met-il en vente) ? Pourquoi détruire cette Palmyre qui était classée par L'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité ? Et pourquoi tant de massacres, parmi lesquels le supplice, la torture, la décapitation, le 18 août 2015, de l'archéologue palmyrénien Khaled al-Assaad auquel est dédié ce livre ?

  • Palmyre. l’irremplaçable trésor, Paul Veyne, éd. Albin Michel, 2015  (ISBN 978-2-226-31511-3), p. 10


Malgré mon âge avancé, c'était mon devoir d'ancien professeur et d'être humain de dire ma stupéfaction devant ce saccage incompréhensible et d'esquisser un portrait de ce que fut la splendeur de Palmyre qu'on ne peut plus désormais connaître qu'à travers les livres.

  • Palmyre. l’irremplaçable trésor, Paul Veyne, éd. Albin Michel, 2015  (ISBN 978-2-226-31511-3), p. 10


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