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Nicole Krauss

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Nicole Krauss en 2019.

Nicole Krauss est une romancière américaine née le à New York.

Citations[modifier]

L'histoire de l'amour, 2005[modifier]

Et maintenant, à la fin de ma vie, c'est à peine si je peux faire la différence entre ce qui est réel et ce que je crois. Par exemple, cette lettre dans ma main — je la sens entre mes doigts. Le papier est lisse, sauf aux pliures. Je peux la déplier, et la replier. Aussi sûr que je suis assis ici maintenant, cette lettre existe.

Et pourtant.

Dans mon coeur, je sais que ma main est vide.
  • L'histoire de l'amour, Nicole Krauss (trad. Bernard Hoepffner), éd. Gallimard, coll. « Folio », 2008  (ISBN 978-2-07-035561-7), p. 429-430


La grande maison, 2010[modifier]

Vous imaginez ce qu'ils auraient fait avec un tel bureau ? Ils auraient fondu dessus, tels des vautours sur une carcasse de lion - quel feu de joie, du bois pour plusieurs jours -, et je me mis à glousser pour de bon, tout fort, en me rongeant les ongles et en souriant largement à ce pauvre bureau démesuré qui avait bien failli être réduit en cendres mais qui s'était hissé à la hauteur de Lorca, ou tout au moins de Daniel Varsky, et se trouvait désormais abandonné aux mains de gens tels que moi. Tandis qu'il était là, voûté, sous le plafond, je passai mes doigts sur sa surface balafrée et levai un bras pour caresser les boutons de ses nombreux tiroirs, car maintenant que je le voyais sous un jour différent, l'ombre qu'il projetait était presque  séduisante, Allons, semblait-il me dire, tel un géant maladroit qui tend la patte, et la petite souris saute dedans et ils s'en vont ensemble par les champs et par les coteaux, par monts et par vaux.
  • La grande maison, Nicole Krauss (trad. Paule Guivarch), éd. Points, 2012  (ISBN 978-2-7578-2823-6), p. 285


Forêt obscure, 2017[modifier]

De l'autre côté de la vitre, les nuages semblaient galoper, sinon, rien ne me paraissaît étrange ni déplacé. Au contraire, tout, dans la maison - chaque tasse, chaque table, chaque chaise, chaque vase -, avait l'air à sa place. Et même à sa place exacte, comme cela arrive rarement, parce que la vie a l'art de s'imposer au monde inanimé, poussant sans cesse les objets un peu à gauche ou à droite. Avec le temps, ce déplacement finit par devenir visible : le tableau sur le mur est soudain de travers, les livres on reculé au fond de l'étagère; et nous passons alors une grande partie de notre temps, machinalement, souvent inconsciemment, à remettre ces objets au bon endroit. Nous aussi nous aimerions nous imposer à l'inanimé dont nous nous plaisons à penser qu'il nous est soumis. Mais en réalité, c'est la puissance et la dynamique irrésistibles de la vie que nous désirons maîtriser et avec lesquelles nous sommes aux prises dans un rapport de force où nous serons toujours les perdants.
  • Forêt obscure, Nicole Krauss (trad. Paule Guivarch), éd. Points, 2019  (ISBN 978-2-7578-7563-6), p. 55


Être un homme, 2020[modifier]

Un plan après l'autre, un croquis après l'autre, il faisait plier la nature. La nature, disait-il, n'est pas un collier de pâquerettes, ce n'est pas un lit de roses. La nature n'est qu'ingratitude. Mais il n'essaya jamais de la dompter, il ne lui ôta jamais ses griffes ni son venin. c'était là son secret, ce qui le distinguait de tous les autres : il la faisait seulement plier, il ne la brisait jamais. C'était là son génie, ce fut aussi la cause de sa chute. Il laissait à la nature sa violence, et un jour, et un jour, la nature se retourna contre lui et l'anéantit.
  • Être un homme, Nicole Krauss (trad. Paule Guivarch), éd. Points, 2020, p. 170


Citations rapportées[modifier]

Le titre de ce livre La grande maison m’est venu tout seul, sans savoir à quoi il faisait référence. Ce n’est qu’après que je me suis souvenue de l’histoire juive de cette grande maison qui fut brûlée à Jérusalem, détruite pour toujours. Puis cette maison fut reconstruite de mémoire par ceux qui l’avaient connue… J’aime l’idée que chacun porte, dans sa mémoire, un fragment de souvenir de ce que fut cette maison.


Citations sur[modifier]

Chez Nicole Krauss l'écriture a le pouvoir de sauver des vies. Chez elle, c'est le seul moyen de combler le vide, de partager un héritage personnel ou collectif et de le transmettre pour ne pas l'oublier. Ce qu'elle dessine dans « La Grande Maison », de sa plume sensible et intuitive, ce n'est rien de moins qu'un plaidoyer pour la littérature. « Les livres, dit-elle, sont une invitation à pénétrer dans l'intimité d'un autre jusqu'à devenir cet autre. En nous inculquant l'empathie, ils nous ouvrent des horizons infinis. »


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