Nelly Arcan

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Nelly Arcan (5 mars 197324 septembre 2009) est une écrivaine québécoise née à Lac-Mégantic, en Estrie. C'est pendant ses études en littérature qu'elle trouve l'inspiration pour son premier roman ; la prostitution, à laquelle elle s'adonne alors pour subsister, tiendra lieu de canevas pour Putain (2001). S'y trouvent déjà tous les thèmes qui définiront bientôt son univers : l'obsession corporelle, la commercialisation des corps, les rapports sexuels et amoureux, la morbidité… Adepte de l'autofiction, Arcan s'en détache par la suite avec la publication d'À ciel ouvert (2007). Elle ne s'en éloignera cependant jamais bien loin puisque son dernier roman, Paradis, clef en main (2009), renferme une dimension autobiographique dont le décès de l'auteure — par pendaison — ne peut que témoigner.

Folle (2004)[modifier]

D'avoir prévu ma mort depuis l'âge de quinze ans ne m'a protégée de rien cet hiver-là; j'étais comme mon grand-père qui est mort à cent un ans dans des grimaces de défi lancé au monde invisible qui voulait s'en emparer. Au dernier moment dans sa chambre d'hôpital où enfants et petits-enfants l'entouraient, il s'est relevé en hurlant, il s'est accroché les doigts tordus par la rage au bras de mon père en fixant le plafond. Plus tard mon père a dit qu'en expirant il avait eu l'air d'un exorcisé, il a dit que mon grand-père avait peut-être trompé toute la famille en proférant la parole du Diable et non celle de Dieu.
  • Folle, Nelly Arcan, éd. Éditions du Seuil, 2004, p. 126


Sur un mur de mon appartement j'ai planté un énorme clou pour me pendre. Pour me pendre je mélangerai de l'alcool et des calmants et pour être certaine de ne pas m'endormir avant de me pendre, je me soûlerai debout sur une chaise, je me soûlerai la corde au cou jusqu'à la perte de conscience. Quand la mort viendra, je ne veux pas être là.
  • Folle, Nelly Arcan, éd. Éditions du Seuil, 2004, p. 144


Paradis, clef en main (2009)[modifier]

On a tous déjà pensé à se tuer. Au moins une fois, au moins une seconde, le temps d'une nuit d'insomnie ou sans arrêt, le temps de toute une vie […] La vie est parfois insupportable. C'est ainsi. Ça vient, ça prend à la gorge, et ça passe. Dans le meilleur des cas. Il y a des gens pour lesquels ces pensées ne passent pas. Elles se coincent dans l'embrayage. Elles s'imposent, elles s'impriment, elles les suivent pas à pas, dans leur dos, elles les attendent à chaque tournant, elles regardent par-dessus l'épaule dès le réveil jusqu'au soir, elles les traquent jusque dans leurs rêves.
  • Paradis, clef en main, Nelly Arcan, éd. Coups de tête, 2009, p. 7-8


Les hommes sont plus pudiques qu'on le croit. Pour les faire rougir, il suffit de les surprendre, il suffit qu'ils ne soient pas les instigateurs.
  • Paradis, clef en main, Nelly Arcan, éd. Coups de tête, 2009, p. 58-59


Je ne veux pas laisser à la vie le plaisir de me gruger encore, une fois mort, de faire joujou avec mon corps en le décomposant, en se l'appropriant, en l'ingérant pour former une autre vie, même végétale, même minérale.
  • Paradis, clef en main, Nelly Arcan, éd. Coups de tête, 2009, p. 154


En arrêtant le temps, le corps emmagasine les années qu'il ne vit pas. Un jour, il casse et toutes les années sortent d'un coup. Les années ne sont pas annulées, elles ne font que se presser contre la porte […] Une fois sorties, elles se vengent de n'avoir pas eu droit de cité […] elles affluent, elles rattrapent le temps perdu.
  • Paradis, clef en main, Nelly Arcan, éd. Coups de tête, 2009, p. 187-88