Michel Henry

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Michel Henry est un philosophe et écrivain français, auteur de nombreux essais, né à Haiphong (Viêt Nam) le 10 janvier 1922 et décédé le 3 juillet 2002 à Albi (France).

L'Essence de la manifestation, 1963[modifier]

Ce qui se sent sans que ce soit par l'intermédiaire d'un sens est dans son essence affectivité.
  • L'Essence de la manifestation, Michel Henry, éd. PUF, 1963, t. 2, § 52, p. 577


L'affectivité a déjà accompli son œuvre quand se lève le monde.
  • L'Essence de la manifestation, Michel Henry, éd. PUF, 1963, t. 2, § 54, p. 604


La souffrance forme le tissu de l'existence, elle est le lieu où la vie devient vivante, la réalité et l'effectivité phénoménologique de ce devenir.
  • L'Essence de la manifestation, Michel Henry, éd. PUF, 1963, t. 2, § 70, p. 828


La puissance du sentiment est le rassemblement édificateur, l’être saisi par soi, son embrasement, sa fulguration, est le devenir de l’être, le surgissement triomphant de la révélation. Ce qui advient, dans le triomphe de ce surgissement, dans la fulguration de la présence, dans la Parousie et, enfin, quand il y a quelque chose plutôt que rien, c’est la joie.
  • L'Essence de la manifestation, Michel Henry, éd. PUF, 1963, t. 2, § 70, p. 831


Mais la joie n'a rien au sujet de quoi elle puisse être joyeuse. Loin de venir après la venue de l'être et de s'émerveiller devant lui, elle lui est consubstantielle, le fonde et le constitue.
  • L'Essence de la manifestation, Michel Henry, éd. PUF, 1963, t. 2, § 70, p. 831


Marx I. une philosophie de la réalité, 1976[modifier]

Le marxisme est l'ensemble des contresens qui ont été faits sur Marx.
  • Marx I. une philosophie de la réalité, Michel Henry, éd. Gallimard, coll. « Nrf », 1976, p. 9


Parce que la pratique est subjective, la théorie qui est toujours la théorie d’un objet, ne peut atteindre la réalité de cette pratique, ce qu’elle est en elle-même, sa subjectivité précisément, mais seulement se la représenter, de telle manière que cette représentation laisse hors d’elle l’être réel de la pratique, l’effectivité du faire. La théorie ne fait rien.
  • Marx I. une philosophie de la réalité, Michel Henry, éd. Gallimard, coll. « Nrf », 1976, p. 353


Marx II. une philosophie de l'économie, 1976[modifier]

Comment le capital trouve sa substance et son essence dans le travail vivant, de telle manière qu’il provient exclusivement de lui, ne peut se passer de lui, ne vit que pour autant qu’il puise à chaque instant sa vie dans celle du travailleur, vie qui devient ainsi la sienne, c’est ce qu’exprime à travers toute l’œuvre de Marx le thème du vampire. « Le capital est du travail mort qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage ».
  • Marx II. une philosophie de l’économie, Michel Henry, éd. Gallimard, coll. « Nrf », 1976, p. 435


Marx certes était athée, « matérialiste », etc. Mais chez un philosophe aussi, il convient de distinguer ce qu’il est de ce qu’il croit être. Ce qui compte, ce n’est d’ailleurs pas ce que Marx pensait et que nous ignorons, c’est ce que pensent les textes qu’il a écrits. Ce qui paraît en eux, de façon aussi évidente qu’exceptionnelle dans l’histoire de la philosophie, c’est une métaphysique de l’individu. Marx est l’un des premiers penseurs chrétiens de l’Occident.
  • Marx II. Une philosophie de l’économie, Michel Henry, éd. Gallimard, coll. « Nrf », 1976, p. 445

L'Amour les yeux fermés, 1976[modifier]

Le spectacle de la beauté qui s'incarne dans un être vivant est infiniment plus émouvant que celui de l'œuvre la plus grandiose.
  • L'Amour les yeux fermés, Michel Henry, éd. Gallimard, 1976, p. 48


« Voyez-vous, deux forces dirigent le monde, l'amour et le ressentiment. Parce qu'à l'égard de ce qui est supérieur, il y a précisément deux façons de se conduire : l'amour, qui nous meut vers lui, nous ouvre à lui et nous transforme en sa substance; le ressentiment qui refuse de reconnaître sa valeur, la rabaisse afin d'y substituer sa propre bassesse. »
  • L'Amour les yeux fermés, Michel Henry, éd. Gallimard, 1976, p. 280


La Barbarie, 1987[modifier]

La culture est l'ensemble des entreprises et des pratiques dans lesquelles s'exprime la surabondance de la vie, toutes elles ont pour motivation la « charge », le « trop » qui dispose intérieurement la subjectivité vivante comme une force prête à se prodiguer et contrainte, sous la charge, de le faire.
  • La Barbarie, Michel Henry, éd. Grasset, 1987, p. 172


La barbarie est une énergie inemployée.
  • La Barbarie, Michel Henry, éd. Grasset, 1987, p. 177


Ce n'est donc pas l'autoréalisation que l'existence médiatique propose à la vie, c'est la fuite, l'occasion pour tous ceux que leur paresse, refoulant leur énergie, rend à jamais mécontents d'eux-mêmes d'oublier ce mécontentement.
  • La Barbarie, Michel Henry, éd. Grasset, 1987, p. 244


Voir l'invisible. Sur Kandinsky, 1988[modifier]

La peinture fait l’économie du langage. C’est ce que nous enseigne la peinture abstraite et c’est ce qui lui confère sa capacité d’expression. Si en effet la couleur ne se rapporte pas aux sentiments de notre âme par une relation externe mais trouve en eux son être véritable – ce qu’elle est en tant que sensation pure, en tant qu’expérience pure – alors elle n’a pas même à traduire, à la manière d’un moyen, ce contenu abstrait de notre vie invisible, elle coïncide avec celle-ci, elle est son pathos, sa souffrance, son ennui, sa déréliction ou sa joie.
  • Voir l'invisible. Sur Kandinsky, Michel Henry, éd. François Bourin, 1988, p. 127


Si une communication s’instaure entre l’œuvre et le public, c’est sur le plan de la sensibilité, par les émotions et les modifications immanentes de celle-ci : elle n’a donc que faire des mots, des représentations collectives, idéologiques ou scientifiques, de leurs formulations critiques, intellectuelles, littéraires ou autres, de tout ce qu’on appelle culture. Elle est totalement indépendante de cette culture-là. C’est pourquoi elle s’adresse à l’ensemble des hommes « privés de culture », elle est populaire en ce sens premier qu’elle reconduit chaque être humain à ce qu’il porte de plus essentiel en lui : à sa capacité de sentir, de souffrir et d’aimer.
  • Voir l'invisible. Sur Kandinsky, Michel Henry, éd. François Bourin, 1988, p. 128


Nous regardons pétrifiés, immobiles eux aussi ou évoluant lentement sur le fond d’un firmament nocturne, les hiéroglyphes de l’invisible. Nous les regardons : des forces qui sommeillaient en nous et attendaient depuis des millénaires, depuis le commencement, obstinément, patiemment, les forces qui éclatent dans la violence et le rutilement des couleurs, qui déroulent les espaces et engendrent les formes des mondes, les forces du cosmos se sont levées en nous, elles nous entraînent hors du temps dans la ronde de leur jubilation et ne nous lâchent pas, elles n’arrêtent pas – parce que même elles ne pensaient pas qu’il fût possible d’atteindre « un tel bonheur ». L'art est la résurrection de la vie éternelle.
  • Voir l'invisible. Sur Kandinsky, Michel Henry, éd. François Bourin, 1988, p. 244


Phénoménologie matérielle, 1990[modifier]

La communauté est une nappe affective souterraine et chacun boit la même eau à cette source et à ce puits qu'il est lui-même – mais sans le savoir, sans se distinguer de lui-même, de l'autre ni du Fond.
  • Phénoménologie matérielle, Michel Henry, éd. PUF, 1990, p. 178


Du communisme au capitalisme. Théorie d'une catastrophe, 1990[modifier]

Aucune abstraction, aucune idéalité n'a jamais été en mesure de produire une action réelle ni, par conséquent, ce qui ne fait que la figurer.
  • Phénoménologie matérielle, Michel Henry, éd. Odile Jacob, 1990, p. 144


Quand ce qui ne sent rien et ne se sent pas soi-même, n'a ni désir ni amour, est mis au principe de l'organisation du monde, c'est le temps de la folie qui vient, car la folie a tout perdu sauf la raison.
  • Phénoménologie matérielle, Michel Henry, éd. Odile Jacob, 1990, p. 220


C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, 1996[modifier]

Naître, ce n’est pas venir dans le monde. Naître, c’est venir dans la vie.
  • C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Michel Henry, éd. Seuil, 1996, p. 79


J'entends à jamais le bruit de ma naissance.
  • C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Michel Henry, éd. Seuil, 1996, p. 283


Mais quand donc ce bouleversement émotionnel qui ouvre le vivant à sa propre essence se produit-il et pourquoi ? Nul ne le sait. L’ouverture émotionnelle du vivant à sa propre essence ne peut naître que du vouloir de la vie elle-même, comme cette re-naissance qui lui donne d’éprouver soudain sa naissance éternelle. L’Esprit souffle où il veut.
  • C'est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme, Michel Henry, éd. Seuil, 1996, p. 291


Incarnation. Une philosophie de la chair, 2000[modifier]

Car notre chair n'est rien d'autre que cela qui, s'éprouvant, se souffrant, se subissant et se supportant soi-même et ainsi jouissant de soi selon des impressions toujours renaissantes, se trouve, pour cette raison, susceptible de sentir le corps qui lui est extérieur, de le toucher aussi bien que d'être touché par lui. Cela donc dont le corps extérieur, le corps inerte de l'univers matériel, est par principe incapable.
  • Incarnation. Une philosophie de la chair, Michel Henry, éd. Seuil, 2000, p. 8


Aucun objet n'a jamais fait l'expérience d'être touché.
  • Incarnation. Une philosophie de la chair, Michel Henry, éd. Seuil, 2000, p. 295


Ma chair n’est donc pas seulement le principe de la constitution de mon corps objectif, elle cache en elle sa substance invisible. Telle est l’étrange condition de cet objet que nous appelons un corps : il ne consiste nullement en ces espèces visibles auxquelles on le réduit depuis toujours ; en sa réalité précisément il est invisible. Personne n’a jamais vu un homme, mais personne n’a jamais vu non plus son corps, si du moins par « corps » on entend son corps réel.
  • Incarnation. Une philosophie de la chair, Michel Henry, éd. Seuil, 2000, p. 221


Notre chair porte en elle le principe de sa manifestation, et cette manifestation n’est pas l’apparaître du monde. En son auto-impressionnalité pathétique, en sa chair même, donnée à soi en l’Archi-passibilité de la Vie absolue, elle révèle celle-ci qui la révèle à soi, elle est en son pathos l’Archi-révélation de la Vie, la Parousie de l’absolu. Au fond de sa Nuit, notre chair est Dieu.
  • Incarnation. Une philosophie de la chair, Michel Henry, éd. Seuil, 2000, p. 373


Paroles du Christ, 2002[modifier]

La vie est incréée. Étranger à la création, étranger au monde, tout procès conférant la Vie est un procès de génération.
  • Paroles du Christ, Michel Henry, éd. Seuil, 2002, p. 107


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