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Marie NDiaye

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Marie NDiaye (2013).

Marie NDiaye, née le 4 juin 1967 à Pithiviers dans le Loiret, est une femme de lettres française, ayant notamment remporté le prix Femina en 2001 pour Rosie Carpe, et le prix Goncourt en 2009 pour Trois Femmes puissantes.

Citations

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Le bon Denis, 2025

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Vois-tu, ma fille (elle eut un petit rire), les bons Denis meurent toujours après les autres et ce n'est pas que justice ! Ton père n'était pas bon, il est mort. Qu'est-ce qu'il en sera de moi ?
  • (fr) Le bon Denis, Marie NDiaye, éd. Mercure de France, 2025  (ISBN 978-2-7152-6622-3), chap. Chapitre 1, p. 33


Le bon Denis, vois-tu, ne s'entretenait jamais avec qui que ce soit, même un enfant, même un chien, sans être assuré que ce qu'il évoquait avait quelque chance d'intéresser. Le bon Denis n'aurait, lui, jamais manqué son suicide. Mais bien sûr étant le bon Denis, il n'aurait jamais eu le désir de mourir.
  • (fr) Le bon Denis, Marie NDiaye, éd. Mercure de France, 2025  (ISBN 978-2-7152-6622-3), chap. Chapitre 1, p. 34


Le peu que je savais de Denis, je consacrai les semaines suivantes à tenter de l'enrichir au travers d'une quête rêveuse, prudente, tâtonnante dans l'infinité du web.
  • (fr) Le bon Denis, Marie NDiaye, éd. Mercure de France, 2025  (ISBN 978-2-7152-6622-3), chap. Chapitre 1, p. 35


La sorcière, 2024

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Je retraçai alors rapidement les cinq années qui s'étaient écoulées depuis sa séparation avec mon père, je les comparai avec les trois décennies de paix et d'harmonie qu'avait durée leur mariage, je lui rappelai succinctement à quel point, le dimanche, ils avaient aimé tous les deux se promener ensemble au parc Montsouris et comme notre petit entourage familial avait souvent loué la calme permanence de leur union - n'était ce pas rigoureusement exact ?
  • La sorcière, Marie NDiaye, éd. Folio, 2024  (ISBN 978-2-07-304518-8), chap. Première partie, p. 83-84


Mes yeux se fermèrent, je somnolai quelques minutes. Lorsque je me réveillai, mes filles n'étaient plus là. Je parcourus le wagon, puis le train, et soucieuse, je revenais à ma place quand deux gros oiseaux vinrent frôler la vitre du compartiment. Ils s'éloignèrent, disparurent à ma vue. Puis ils revinrent, dans un piqué joyeux, frotter leur aile au carreau, et je leur souris soulagée. Ils me fixèrent d'un œil froid, malin - qui étais-je pour ces corneilles ? Qui étais-je encore pour mes filles, certes tendres envers moi mais déjà sorcières si accomplies qu'elles ne pouvaient certainement s'empêcher de ressentir, envers leur mère peu douée, une sorte d'indifférence condescendante ?
  • La sorcière, Marie NDiaye, éd. Folio, 2024  (ISBN 978-2-07-304518-8), chap. Seconde partie, p. 98-99


Au bout de quelques jours, il m'apparaissait que, si je désirais faire mon trou à l'Université Féminine, il me fallait trouver le moyen d'une technique indolore, qui contente mes étudiantes sans me vider de mes forces. C'est alors que je commençai à imaginer de toutes pièces ce que je présentais aux candides jeunes filles comme de sûrs éléments de leur vie passée ou à venir. J'inventais avec conviction, illuminant artificieusement mon regard des lueurs de la magie et m'astreignant à une bizarrerie de manières.

- Ainsi, me disais-je, il m'est plus aisé d'être une sorcière professionnelle et scélérate qu'une véritable.


Trois pièces - théâtre, 2019

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Délivrance

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Ma chérie,
Je sais que je ne devrai pas t'écrire de nouveau avant que tu aies répondu à ma dernière lettre mais, tu me connais (me connais-tu ? Rassure-moi à ce propos, je t'en prie), si je suis un être maladroit, abrupt parfois, s'il m'arrive de m'exalter inutilement et de formuler, dans cet état d'exaltation, des exigences preux et avisé, je suis aussi de ce dernier le cheval et le chien, tous deux vaillants, fidèles jusqu'à la mort affreuse, je suis aussi bien le minuscule oiseau qui trouve sa pitance dans le pli d'une oreille, je suis un époux à jamais amoureux, un père qui mourrait droit debout s'il surprenait dans l'œil de son enfant le reflet d'une honte à son endroit. Tu me causeras un plaisir immense si tu me réponds que tu sais cela.
  • (fr) Trois pièces, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 9782072841897), chap. Délivrance, p. 13


Vas-tu enfin m'écrire, ma chérie, seul trésor de mon âme ? Qu'ai-je fait pour me retrouver au cœur d'une telle solitude ?
  • (fr) Trois pièces, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 9782072841897), chap. Délivrance, p. 21


Berlin mon garçon

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RÜDIGER : Elle se disait qu'elle aurait aimé rejoindre les choucas qui nous écoutaient juste au-dessus sans éprouver le moindre intérêt pour ce que nous disions, qui nous écoutaient pourtant comme on écoute le vent dans les feuilles du tilleul, rien ne nous heurte ni ne nous blesse.
  • (fr) Trois pièces, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 9782072841897), chap. Berlin mon garçon, p. 67


Car j'entends la nuit ses soupirs caverneux, c'est de Berlin que souffle le vent chargé de ses pleurs, il pleure parfois à Berlin, il a peur et voudrait parfois renoncer à la gloire qu'il s'est promise.
  • (fr) Trois pièces, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 9782072841897), chap. Berlin mon garçon, p. 75


Honneur à Notre Élue

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SACHS : Tu es ébloui et tu deviens faible. C'est parce qu'ils devinent cette lâcheté qu'ils ne votent pas pour toi. Elle te captive à ton tour, elle qui n'est même pas d'ici !
  • (fr) Trois pièces, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 9782072841897), chap. Honneur à Notre Élue, p. 99


L'OPPOSANT : Nul parmi vous n'a encore réussi à s'élever au niveau de pénétration, de sagacité et de sympathie qu'exige la compréhension d'une telle femme. Et si nous ignorons à qui nous avons affaire, si nous ne sommes pas capables de la considérer qu'à travers le voile de notre dépit et de nos préjugés, autant nous séparer tout de suite et ne plus jamais nous revoir, autant abandonner tout espoir de prendre sa place dans quatre ans.
  • (fr) Trois pièces, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2019  (ISBN 9782072841897), chap. Honneur à Notre Élue, p. 101


Trois femmes puissantes, 2009

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Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable.
  • Première phrase du livre.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009, I, p. 11


Et quand elle lui eut demandé son nom et que la jeune fille, après un temps de silence (comme, songea Norah, pour enchâsser sa réponse dans une monture d'importance), eut déclaré : Khady Demba, la tranquille fierté de sa voix ferme, de son regard direct étonna Norah, l'apaisa, chassa un peu l'irritation de son cœur, la fatigue inquiète et le ressentiment.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, I, p. 23


Mais elle avait ignoré que le mal pouvait avoir un regard gentil, qu'il pouvait être accompagné d'une fillette exquise et prodiguer de l'amour - oh, c'est que l'amour de Jakob, impersonnel, inépuisable et vague, ne lui coûtait rien, elle le savait maintenant.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009, I, p. 33


Qui ayant connu une fois la tendresse peut de soi-même y renoncer ?
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2009, I, p. 35


Une onde de rage contre son père la traversa si violemment qu'elle en claqua des dents. Qu'avait-il fait de Sony ? Qu'avait-il fait d'eux tous ? Il était chez lui partout, installé en chacun d'eux en toute impunité et, même mort, continuerait de les tourmenter.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, I, p. 65


Elle était là, seule dans l'intense clarté d'une maison étrangère, assise sur une chaise dure et fraîche de métal poli, et son corps tout entier était au repos et son esprit était au repos pareillement. Elle comprenait ce qui s'était passé dans la maison de son père, elle comprenait les uns et les autres comme si elle s'était assise simultanément sur le ventre de chacun d'eux.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, I, p. 88


C'était son fils, Djibril, et il le reconnaissait entre tous les enfants. Par habitude ? Son cœur n'était qu'une mare de boue et tout s'y engloutissait dans un affreux chuintement.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, II, p. 232


[Elle] vit de l'autre côté de la haie le long cou et la petite tête délicate de sa voisine qui paraissait surgir du laurier comme une branche miraculeuse, un improbable surgeon pourvu d'yeux grands ouverts sur le jardin de Pulmaire et d'une bouche fendue en un calme et large sourire qui étonna fortement Pulmaire car elle ne se rappelait pas, cette Fanta, l'avoir jamais vue dans le contentement.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, II, p. 245


[L'aïeule] qui l'avait élevée et protégée et qui avait su reconnaître, bien qu'elle l'eût traitée avec rudesse, qu'elle était une petite fille particulière nantie de ses propres attributs et non une enfant parmi d'autres. De telle sorte qu'elle avait toujours eu conscience d'être unique en tant que personne et, d'une certaine façon indémontrable mais non contestable, qu'on ne pouvait la remplacer, elle Khady Demba, exactement, quand bien même ses parents n'avaient pas voulu d'elle auprès d'eux et sa grand-mère ne l'avait recueilli que par obligation- quand bien même nul être sur terre n'avait besoin ni envie qu'elle fût là.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, III, p. 254


A présent encore c'était quelque chose dont elle ne doutait pas- qu'elle était indivisible et précieuse, et qu'elle ne pouvait être qu'elle-même.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, III, p. 254


Elle se rappelait combien, petite fille, elle avait apprécié sa propre compagnie et que, lorsqu'elle souffrait d'isolement, ce n'était jamais seule avec elle-même mais au milieu d'autres enfants ou dans les nombreuses familles chez lesquelles elle avait travaillé comme domestique.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, III, p. 264


Elle était tranquille et vivante et jeune encore, elle était elle-même et son corps en pleine santé savourait de toutes ses fibres l'indulgente chaleur du petit matin et ses narines mobiles humaient avec gratitude les odeurs douceâtres venues de la mer qu'elle ne pouvait apercevoir mais dont elle entendait la rumeur juste au bas du boulevard, dont elle distinguait comme un déferlement de luminosité glauque dans le jour matinal, comme un reflet de bronze sur le bleu tendre du ciel.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, III, p. 266


C'est moi, Khady Demba, songeait-elle encore à l'instant où son crâne heurta le sol et où, les yeux grands ouverts, elle voyait planer lentement par-dessus le grillage un oiseau aux longues ailes grises- c'est moi, Khady Demba, songea-t-elle dans l'éblouissement de cette révélation, sachant qu'elle était cet oiseau et que l'oiseau le savait.
  • Trois femmes puissantes, Marie NDiaye, éd. Gallimard, 2009, III, p. 316


Rosie Carpe, 2001

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Rosie observa que les autres gosses ne portaient que des chaussettes imprimées et des chaussures de sport. Et son frère Lazare n'allait-il pas, comme elle maintenant, comprendre immédiatement qu'une petite existence qui débutait sous le signe de la bourgeoisie, maladroitement imitée (l'idée qu'elle s'en faisait de loin !), n'avait que peu de chances de se déployer naturellement vers la réussite, l'harmonie tranquille, l'équilibre des désirs et des moyens ?


Et, à présent, les parents étaient partis. Elle n'était pas venue leur montrer son enfant, songeant : " Pourquoi donner à Titi encore d'autres motifs de réparation, pourquoi lui présenter ceux dont il aura encore, plus tard, à se venger des mauvaises paroles ? "


Propos publics

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Les Inrocks : Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?
Marie NDiaye : Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux.


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