Marc-Antoine Girard de Saint-Amant

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Marc-Antoine Girard, sieur de Saint-Amant, (nommé simplement, la plupart du temps, Saint-Amant), né à Grand-Quevilly le 30 septembre 1594 et mort à Paris le 29 décembre 1661, est un poète baroque français.

Elegie sur ce qu'on avait mal imprimé ma Solitude[modifier]

Hélas quand je vous vois, mes Vers mes chers Enfants,
Vous que l'on a trouvés, si beaux si triomphants,
Errer parmi le monde en plus triste équipage
Qu'un prince mal aisé qui marcherait sans page,
Quand je vois vos pieds nus, vos membres mutilés,
Et vos attraits sans pair flétris et désolés,
Par l'avare désir d'un infâme libraire,
Qui sous l'espoir du gain pour chanter, me fait braire,
J'avoue en la douleur de ma tendre amitié,
Que j'ai de votre état une extrême pitié,
Ou plutôt qu'en tel point j'ai peine à reconnaître
Vous voyant si changés que je vous ai fait naître.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 1


Et que si vous teniez le maraud d'imprimeur
Qui recueille en mes sens la bilieuse humeur,
Vous lui feriez danser à l'ombre d'une échelle,
Le branle qu'on prépare au gens de La Rochelle[.]
Pour moi je lui promets tant de coups de bâton,
Si jamais sur son dos je puis prendre le ton,
Qu'il croira que du ciel, qu'à sa perte j'oblige,
Il pleuvra des cotrets*, par un nouveau prodige.

  • cotrets = petits fagots
  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 2


Ah je m'aperçois bien que malgré ma raison
Qui voulait que mes vers gardassent la maison,
Sans se prostituer aux yeux du populaire,
Il faudra qu'à la fin je me force à lui plaire.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 3


La Débauche[modifier]

Nous perdons le temps à rimer,
Amis, ne faut plus cheminer,
Voici Bacchus qui nous convie
A bien mener une autre vie ;
Laissons là ce fat d'Appolon,
Chions dedans son violon,
Nargue du Parnasse et des muses,
Elles sont vieilles et camuses ;

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 151


Bacchus ! Qui vois notre débauche,
Par ton saint portrait que j'ébauche
En m'enluminant le museau
De ce trait que je bois sans eau
Par ta couronne de lierre,
Par la splendeur de ce grand verre,(...)
Par le doux chant de tes orgies,
Par l 'éclat des trognes rougies,
Par table ouverte à tout venant,
Par le bon Carême prenant, (…)
Par tes cloches qui sont tes pots,
Par tes soupirs qui sont tes rots,(...)
Par ta grosse garce Ariane,
Par le vieillard monté sur l'âne,
Par les satyres tes cousins,
Par la fleur des plus beaux raisins,(...)
Par ce jambon couvert d'épices,
Par ce long pendant de saucisse,
Par la majesté de ce broc,
Par masse, toc, cric et croc,
Par cette olive que je mange,
Par ce gai passeport d'orange,
Par ce vieux fromage pourri ;
Bref, par Guillot, ton favori,
Reçois nous dans l'heureuse troupe,
Des francs Chevaliers de la Coupe,
Et pour te montrer divin
Ne la laisse jamais sans vin.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 153-154


La Berne[modifier]

Excroqueuse de gringuenaude,
Avec ton nez à chiquenaude,
Où pend pour enseigne un morneau,
Que ton gros cocu, Jean le veau,
Avale en guise d'huître verte,
Alors qu'il lèche à gueule ouverte
Ton chien de groin, qui sent plus fort
Que les couilles d'un âne mort.
Il faut enfin que je te tire
Les poignants traits d'une satire,
Dont le style goinfre et moqueur
T'aille percer jusques-au cœur.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 175


La gazette du Pont-Neuf[modifier]

Mon cher Boisrobert, que je prise
Plus que ma houppelande grise,
Quand l'hiver avec ses glaçons
Sans fièvre donne des frissons,
Je viens d'arriver tout à l'heure
De la ville où Philis demeure.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 181


J'ai vu notre fou de poète
Avecque ses yeux de chouette,
Sa barbe en feuille d'artichaut,
Et son nez en pied de réchaud.
Il est d'une humeur plus fantasque
Que le son d'un tambour de basque.
Vous le voyez sur le Pont-Neuf,
Tout barbouillé de jaune d'œuf,
Depuis sept jusqu'à onze
Faire la cour au roi de bronze

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 183


J'ai bien d'autres choses à dire
Qui nous fournirons de quoi rire (…),
Cependant ma plume énervée,
Pour mettre fin à la corvée,
Et n'ennuyer point le Lecteur
Après avoir dit, Serviteur,
Te supplie en rodomontade,
De prendre en gré cette boutade,
Sinon, ton cul n'est pas trop loin,
Le papier vaut mieux que du foin.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 185


L'enamouré[modifier]

Je me fais friser tous les jours,
On me relève la moustache,
Je n'entrecoupe mes discours
Que de rots d'ambre et de pistache :
J'ai fait banqueroute au petun*,
L'excès de vin m'est importun
Dix pintes par jour me suffisent,
Encore, ô falotte beauté
Dont les regards me déconfisent,
Est-ce pour boire à ta santé.

  • J'ai abandonné le tabac
  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 201


Sonnets et poèmes divers[modifier]

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d'espérance,
Car l'un n'est que fumée, et l'autre n'est que vent.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 208


Pour me donner un nom qui me soit convenable,
Cloris, ton jugement est plus que raisonnable,
Quand tu viens m'appeler un miroir à putains

Je n'en refuse point le titre ni l'usage,
Il est vrai, je le suis, tes propos sont certains,
Car tu t'es bien souvent mirée en mon visage.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 210


Vous avez le museau d'un vieux limier qui lape,
L'œil d'un cochon rôti, le poil d'un loup marin,
La chair d'un aloyau lardé de romarin,
Et l'embonpoint d'un gueux que réclame Esculape.

Vous portez comme un cul longue barbe au menton,
Votre corps est plus sec que le son d'un toton,
Vous berçâtes jadis l'aïeul de Mélusine ;

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 211


Ô manger précieux! délice de la bouche
Ô doux reptile herbu, rampant sur une couche
Ô beaucoup mieux que l'or, chef-d'œuvre d'Apollon!
Ô fleur de tous les fruits! ô ravissant melon !
Les hommes de la cour seront gens de parole,
Les bordels de Rouen seront francs de vérole,
Sans vermine et sans gale on verra les pédants,
Les preneurs de petun auront de belles dents, (...)
Les chantres du Pont-Neuf diront des Haut Mystères,
(…)
Pour amasser des biens avare je serai,
Pour devenir plus grand mon cœur j'abaisserai,
Bref, ô melon succrin, pour t'accabler de gloire,
Des faveurs de Margot je perdrai la mémoire,
Avant que je t'oublie, et que ton goût charmant
Soit biffé des cahiers du bon gros Saint-Amant.

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 242-243


Quand ces pirates impudents,
Bacchus, te montrèrent les dents,
N'est-il pas vrai que ta vengeance
Ordonna pour son plus grand fléau,
Que cette misérable engeance
Ne boirait plus jamais que de l'eau ?

O quel sévère châtiment !
Boire de l'eau, Dieu quel tourment !

  • Les œuvres du sieur de Saint-Amant, Saint-Amant, éd. Jean Boulley, 1642, p. 193


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