Le Roi des aulnes

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Il existe une fiche de références pour cette œuvre :
Le Roi des aulnes.

Le Roi des aulnes est un roman de Michel Tournier, nommé d'après le titre d'une ballade de Goethe (Erlkönig). Paru en 1970, il a obtenu le Prix Goncourt la même année.
Le réalisateur allemand Volker Schlöndorff en a donné une adaptation cinématographique en 1996.

Citations[modifier]

Écrits sinistres d'Abel Tiffauges[modifier]

Abel Tiffauges (6 janvier 1938) :
C'est cette idée de virilité – notion exclusivement féminine – qu'il faudrait autopsier. Donc, la virilité se mesure à la puissance sexuelle, et la puissance sexuelle consiste simplement à différer aussi longtemps que possible l'acte sexuel. Elle est affaire d'abnégation. Ce terme de puissance doit donc s'entendre dans son sens aristotélicien, comme le contraire de l'acte. Puissance sexuelle est tout l'inverse et comme la négation d'acte sexuel. Elle est l'acte promis, jamais tenu, indéfiniment enveloppé, retenu, suspendu. La femme est puissance, l'homme est acte. Et donc l'homme est naturellement impuissant, naturellement désaccordé aux lentes et végétatives maturations féminines.


Abel Tiffauges :
Il y a deux sortes de femmes. La femme-bibelot que l'on peut manier, manipuler, embrasser du regard, et qui est l'ornement d'une vie d'homme. Et la femme-paysage. Celle-là, on la visite, on s'y engage, on risque de s'y perdre. La première est verticale. La seconde horizontale. La première est volubile, capricieuse, revendicative, coquette. L'autre est taciturne, obstinée, possessive, mémorante, rêveuse.


Nestor (cité le 16 mars 1938) :
Il n'y a sans doute rien de plus émouvant dans la vie d'un homme que la découverte fortuite de la perversion à laquelle il est voué.


Abel Tiffauges :
En vérité notre société a la justice qu'elle mérite. Celle qui correspond au culte des assassins qui fleurit à la lettre à chaque coin de rue, sur les plaques bleues où sont proposés à l'admiration publique les noms des hommes de guerre les plus illustres, c'est-à-dire des tueurs professionnels les plus sanguinaires de notre histoire.


Abel Tiffauges :
Il reprochait aux bons pères – pasteurs de jeunes garçons par profession pourtant – d'ignorer qu'un enfant n'est beau que dans la mesure où il est possédé, et qu'il n'est possédé que dans la mesure où il est servi. L'Enfant Jésus sur les épaules de Christophe est à la fois porté et emporté. C'est là tout son rayonnement. Il est enlevé de vive force, et très humblement et péniblement soutenu au-dessus des flots grondants. Et toute la gloire de Christophe est d'être à la fois bête de somme et ostensoir. Dans la traversée du fleuve, il y a du rapt et de la corvée.


Abel Tiffauges :
Je ne crois pas que les enfants aient un sens esthétique très développé. On ferait d'étranges découvertes, je pense, si l'on s'avisait d'enquêter parmi eux pour savoir ce qu'ils entendent par beau et laid. Mais la plupart sont sensibles au prestige de la force, et plus encore à celui d'une force secrète, magique, celle qui sait peser sur les points faibles de la grise réalité pour la faire céder par pans entiers et l'obliger à livrer les trésors qu'elle cache.


Abel Tiffauges :
La sainteté est le fait de l'individu solitaire et sans pouvoir temporel.


Abel Tiffauges :
Il est établi que d'un conseil ministériel, d'un conclave, d'une conférence internationale au sommet se dégage une odeur de charogne qui fait fuir même les vautours les plus blasés. À un niveau plus modeste, un conseil d'administration, un état-major, la réunion d'un corps constitué quelconque sont autant de ramassis crapuleux qu'un homme moyennement honnête ne saurait fréquenter.


Abel Tiffauges :
L'amour – prôné in abstracto – est persécuté avec acharnement dès qu'il revêt une forme concrète, prend corps et s'appelle sexualité, érotisme. Cette fontaine de joie et de création, ce bien suprême, cette raison d'être de tout ce qui respire est poursuivi avec une hargne diabolique par toute la racaille bien-pensante, laïque et ecclésiastique.


Abel Tiffauges (13 mai 1938) :
L'une des inversions malignes les plus classiques et les plus meurtrières a donné naissance à l'idée de pureté.
La pureté est l'inversion maligne de l'innocence. L'innocence est amour de l'être, acceptation souriante des nourritures célestes et terrestres, ignorance de l'alternative infernale pureté-impureté. De cette sainteté spontanée et comme native, Satan a fait une singerie qui lui ressemble et qui est tout l'inverse : la pureté. La pureté est horreur de la vie, haine de l'homme, passion morbide du néant. Un corps chimiquement pur a subi un traitement barbare pour parvenir à cet état absolument contre nature. L'homme chevauché par le démon de la pureté sème la ruine et la mort autour de lui. Purification religieuse, épuration politique, sauvegarde de la pureté de la race, nombreuses sont les variations sur ce thème atroce, mais toutes débouchent avec monotonie sur des crimes sans nombre dont l'instrument privilégié est le feu, symbole de pureté et symbole de l'enfer.


Abel Tiffauges (30 octobre 1938) :
L'école devrait prendre garde qu'à force de craindre que les enfants ne souffrent d'une quelconque inadaptation, elle n'en fasse tout à coup des suradaptés.
Le suradapté est heureux dans son milieu, « comme un poisson dans l'eau ». Et aussi bien le poisson est typiquement suradapté à l'eau. Ce qui veut dire que son bonheur est d'autant plus fragile qu'il est plus complet. Car si l'eau devient trop chaude, ou trop salée, ou si son niveau baisse... Alors, il vaut mieux être simplement et même médiocrement adapté à l'eau, comme le sont les animaux amphibies, lesquels ne sont tout à fait heureux ni dans l'humide, ni dans le sec, mais s'accommodent moyennement de l'un et de l'autre.


Abel Tiffauges :
L'enfant de douze ans a atteint un point d'équilibre et d'épanouissement insurpassable qui fait de lui le chef-d'œuvre de la création. Il est heureux, sûr de lui, confiant dans l'univers qui l'entoure et qui lui paraît parfaitement ordonné. Il est si beau de visage et de corps que toute beauté humaine n'est que le reflet plus ou moins lointain de cet âge. Et puis, c'est la catastrophe. Toutes les hideurs de la virilité – cette crasse velue, cette teinte cadavérique des chairs adultes, ces joues râpeuses, ce sexe d'âne démesuré, informe et puant – fondent ensemble sur le petit prince jeté à bas de son trône. Le voilà devenu un chien maigre, voûté et boutonneux, l'œil fuyant, buvant avec avidité les ordures du cinéma et du music-hall, bref un adolescent.
Le sens de l'évolution est clair. Le temps de la fleur est passé. Il faut devenir fruit, il faut devenir graine. Le piège matrimonial referme bientôt ses mâchoires sur le niais. Et le voilà attelé avec les autres au lourd charroi de la propagation de l'espèce, contraint d'apporter sa contribution à la grande diarrhée démographique dont l'humanité est en train de crever. Tristesse, indignation. Mais à quoi bon ? N'est-ce pas sur ce fumier que naîtront bientôt d'autres fleurs ?


Abel Tiffauges [sur le pape Pie XII] :
Je ne sais qui est ce Pacelli. Il se prénomme Eugène, comme Weidmann dont on instruit le procès. Et puis j'ai vu sa photo dans les journaux : c'est la momie de Ramsès II en plus sec, en moins humain. Exactement l'anti-pasteur ravagé par tous les démons de la Pureté que requièrent les temps apocalyptiques qui approchent.


Abel Tiffauges (7 mai 1939) :
Par la photographie, l'infini sauvage devient un infini domestique.


Abel Tiffauges :
Ni tabac ni alcool désormais. Les enfants ne fument, ni ne boivent.


Abel Tiffauges :
Comment ai-je été assez fou pour croire que cette société exécrée laisserait vivre et aimer en paix un innocent caché parmi la foule ?


Abel Tiffauges :
Le code pénal. Quelle lecture ! La société déculottée exhibe ses parties les plus honteuses, ses obsessions les plus inavouables.


Abel Tiffauges :
Qu'est-ce qu'une petite fille ? Tantôt petit garçon « manqué », comme on dit, plus souvent encore petite femme, la petite fille proprement dite n'est nulle part. C'est d'ailleurs ce qui donne aux écolières un air si gentiment comique : ce sont des femmes naines. Elles trottinent sur leurs courtes jambes en balançant les corolles de leurs jupettes que rien ne distingue – sinon la taille – des vêtements des femmes adultes. C'est vrai aussi de leur comportement. J'ai souvent vu des fillettes très jeunes – trois ou quatre ans – avoir à l'égard des hommes une attitude très typiquement et comiquement féminine, sans équivalent dans la conduite des petits garçons à l'égard des femmes. Alors pourquoi les petites filles puisqu'il n'y a pas de petites filles ?
Je crois que la petite fille n'existe pas en effet. C'est un mirage de symétrie. En vérité la nature ne sait pas résister aux sollicitations de la symétrie. Parce que les adultes sont hommes ou femmes, elle a cru nécessaire que les enfants fussent jeunes garçons ou fillettes. Mais la fillette n'est qu'une fausse fenêtre, du même ordre fallacieux que les tétons des hommes ou la seconde cheminée de certains grands paquebots.


L'Ogre de Kaltenborn[modifier]

Emilie Netta :
La vie et la mort, c'est la même chose. Celui qui hait ou craint la mort, hait ou craint la vie. Parce qu'elle est fontaine inépuisable de vie, la nature n'est qu'un grand cimetière, un égorgeoir de tous les instants.


Abel Tiffauges :
Une douceur mortelle les prend aux tripes, mouille leur regard, les immobilise par une fascination exquise et vénéneuse qui s'appelle : le patriotisme.


Abel Tiffauges :
Pour scandaleuse qu'elle puisse paraître au premier abord, l'affinité profonde qui unit la guerre et l'enfant ne peut être niée. [...] Je me demande si la guerre n'éclate pas dans le seul but de permettre à l'adulte de faire l'enfant, de régresser avec soulagement jusqu'à l'âge des panoplies et des soldats de plomb.


Abel Tiffauges :
Sur la ligne qui va de l'animal à l'homme, l'enfant se situe ainsi au-delà de l'adulte et doit être considéré comme suprahumain, surhumain.


Abel Tiffauges :
Admirable ambiguïté de la phorie qui veut qu'on possède et maîtrise dans la mesure où l'on sert et s'abnie !


Abel Tiffauges :
À l'opposé des fesses des adultes, paquets de viande morte, réserves adipeuses, tristes comme les bosses du chameau, les fesses des enfants vivantes, frémissantes, toujours en éveil, parfois haves et creusées, l'instant d'après souriantes et naïvement optimistes, expressives comme des visages.


L'Astrophore[modifier]

Abel Tiffauges :
Un grand soleil rouge s'est levé tout à coup devant ma face. Et ce soleil était un enfant.
Un ouragan vermeil m'a jeté dans la poussière, comme Saul sur le chemin de Damas, foudroyé par la lumière. Et cet ouragan était un jeune garçon.


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