Paul Lafargue

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Paul Lafargue

Paul Lafargue (Santiago de Cuba le 15 janvier 1842 - Draveil le 26 novembre 1911) est un socialiste français, inspiré notamment par Proudhon et Karl Marx.

Le Droit à la paresse, 1880[modifier]

La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chrétienne, frappe d'anathème la chair du travailleur; elle prend pour idéal de réduire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au rôle de machine délivrant du travail sans trêve ni merci.

  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, Avant-propos, p. V


Les socialistes révolutionnaires ont à recommencer le combat qu'ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie; ils ont à démolir, dans les têtes de la classe appelée à l'action, les préjugés semés par la classe régnante;...

  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), partie Avant-propos, p. 42


Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit.

  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, chap. 1 (« Un dogme désastreux »), p. 7


Jéhovah, le dieu barbu et rébarbatif, donna à ses adorateurs le suprême exemple de la paresse idéale ; après six jours de travail, il se repose pour l'éternité.


Et les économistes s'en vont répétant aux ouvriers : Travaillez pour augmenter la fortune sociale ! et cependant un économiste, Destut de Tracy, leur répond : « Les nations pauvres, c'est là où le peuple est à son aise; les nations riches, c'est là où il est ordinairement pauvre. » [...] Mais, assourdis et idiotisés par leurs propres hurlements, les économistes de répondre : travaillez, travaillez toujours pour créer votre bien-être ! [...] Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous avez plus de raisons de travailler et d'être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste.

  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, chap. 2 (« Bénédictions du travail »), p. 20


Notre époque est, dit-on, le siècle du travail; il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption.

  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 73


Notre époque sera appelée l'âge de la falsification comme les premières époque de l'humanité ont reçu les noms d' âge de pierre, d' âge de bronze, du caractère de leur production.

  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 73


Ô idiots ! c'est parce que vous travaillez trop que l'outillage industriel se développe lentement.

  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 77


Pour forcer les capitalistes à perfectionner leurs machines de bois et de fers, il faut hausser les salaires et diminuer les heures de travail des machines de chaire et d'os. La preuve à l'appui ? C'est par centaine qu'on peut les fournir.

  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 77


... La Farce électorale. Devant les électeurs, à têtes de bois et oreilles d'âne, les candidats bourgeois vêtus en paillasses danseront la danse des libertés politiques, se torchant la face et la postface avec leurs programmes électoraux aux multiples promesses, et parlant avec des larmes dans les yeux des misères du peuple et avec du cuivre dans la voix des gloires de la France; et les têtes des électeurs de braire en chœur et solidement: hi han! hi han!

  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 83-84


Si, déracinant de son cœur le vice qui la domine et avalit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l'homme, qui ne sont que les droits de l'exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit du travail qui n'est que le droit de la misère, mais pour forger une loi d'airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jours, la Terre, la vieille terre, frémissant d'allégresse, sentirait bondir en elle un nouvelle univers... Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ?.

  • Le Droit à la paresse (1883), Paul Lafargue, éd. Le Temps des Cerises, 2002  (ISBN 2-84109-052-3), p. 85


Ô Paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines !

  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, chap. 4 (« À nouvel air, chanson nouvelle »), p. 49


Nos machines au souffle de feu, aux membres d'acier, infatigables, à la fécondité merveilleuse, inépuisable, accomplissent docilement d'elles-mêmes leur travail sacré, et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l'humanité, le Dieu qui rachètera l'homme des sordidae artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté.

  • Le Droit à la paresse, Paul Lafargue, éd. Oriol, 1883, Appendice, p. 54


La politique de la bourgeoisie, 1881[modifier]

Les lois et la justice n'existent que dans les sociétés qui ont le vol pour unique mobile; dans un société communiste, les lois et la justice n'ont pas de raison d'être.

  • in Gilles Candar, Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution: Ecrits 1880-1911, Paul Lafargue, éd. Éditions Tallandier, 2009, La politique de la bourgeoisie, p. 288


La bourgeoisie au pouvoir entend non seulement se servir des forces de la nation pour étendre son exploitation sur les pays non civilisés, et pour protéger les butins déjà acquis, mais encore pour mettre au pillage les caisses de l'État; c'est sous le gouvernement républicain que ce pillage est le plus cyniquement pratiqué.

  • in Gilles Candar, Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution: Ecrits 1880-1911, Paul Lafargue, éd. Éditions Tallandier, 2009, La politique de la bourgeoisie, p. 292


Au vainqueur, le butin ! L'éternel vaincu est la classe ouvrière.

  • in Gilles Candar, Jean-Numa Ducange, Paresse et Révolution: Ecrits 1880-1911, Paul Lafargue, éd. Éditions Tallandier, 2009, La politique de la bourgeoisie, p. 295


Le Programme du Parti Ouvrier, son histoire, ses considérants, ses articles, 1883[modifier]

« Une révolution seule - comme l'affirme les considérants du programme - permettra à la classe productive de s'emparer du pouvoir politique et de le faire servir à l'expropriation économique de la petite France capitaliste et à la socialisation des forces productives.
«Cette révolution inévitable ne sera déterminée ni par des déclamations à la dynamite, ni par d'héroïques folies individuelles, ni par colletages locaux avec la police, ni par prises d'armes partielles. Elle ne sera pas d'avantage conjurée ou retardée par les chinoiseries politico-économiques des meneurs du radicalisme et du possibilisme ou par les réformes ouvrières qui s'impôsent même à l'État bourgeois. Elle jailliera des complications fatales qu'élaborent le développement industriel de l'Europe et la concurrence agricole de l'Amérique et de l'Australie.
« S'il n'est pas donné, nous ne dirons pas seulement à aucun homme, mais à aucun parti, de précipiter ou de conjurer une révolution comme celle que porte dans ses flancs le XIXe siècle, un parti conscient de la transformation économique à accomplir pourra en prendre la direction.

  • Paresse et Révolution, Écrits 1880-1911 (22 oct. 1883 avec Jules Guesde dans Le Programme du Partie Ouvrier... (citation reprise dans Le Petit Sous en 1900), Paul Lafargue, éd. Tallandier, 2009  (ISBN 978-2-84734-631-2), chap. 3 - Combat politique, La doctrine révolutionnaire des sectaires, le Petit Sous, 15 oct. 1900, p. 333 (texte intégral sur Wikisource)


Articles de 1883[modifier]

Le nom de Marx pénètre pourtant en ce moment : on s'incline devant sa science, sa logique d'acier, même si on n'en a pas lu une ligne.

  • Paul et Laura Lafargue - Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, Jacques Macé, éd. L'Harmattan, 2003  (ISBN 978-2-7475-1488-0), chap. XI, Juin 1883 - Décembre 1883 ) Sainte-Pélagie, p. 93


Socialisme et patriotisme 1884[modifier]

Loin de s'exclure, patriotisme et internationalisme ne sont que deux formes, se complétant, du même amour de l'humanité.

  • PaulLafargue (1892, POF, p.15), Françoiys Larue-langlois, éd. Punctum, 2007  (ISBN 9-782351-160213), chap. III, Socialismes rivaux et socialismes alliés 1892-1984, p. 109


Karl Marx, Souvenirs personnels, 1890[modifier]

Tout en estimant que toute science doit-être cultivée pour elle-même et que, dans aucune recherche scientifique, on ne doit se soucier de ces conséquences éventuelles, il était cependant d'avis que le savant, s'il ne voulait pas s'abaisser lui-même, ne devait jamais cesser de participer activement à la vie publique et ne devait rester confiné dans son cabinet de travail ou dans son laboratoire, comme un ver dans son fromage, sans jamais se mêler à la vie et aux luttes politiques et sociales de ses contemporains

  • Souvenirss sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 4


La science ne doit pas être un plaisir égoïste: ceux qui ont la chance de pouvoir se consacrer aux études scientifiques doivent-être aussi les premiers à mettre leurs connaissances au service de l'humanité

  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 4


Il retrouvait dans les mathématiques supérieures le mouvement dialectique sous sa forme la plus logique en même temps que la plus simple.

  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 9


Une science n'était vraiment développée que quand elle pouvait utiliser les mathématiques

  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 9


« Une langue étrangère est une arme dans la lutte pour l'existence » (propos de Karl Marx)

  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. I, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 9


Marx et Engels ont réalisé, dans notre temps, l'idéal de l'amitié que dépeignent les poêtes de l'antiquité.

  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. II, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 20


Le Capital est devenu aujourd'hui en réalité, comme l'a dit le congrès de l'internationale, la Bible de la classe ouvrière

  • Souvenirs sur Marx (1935), Paul Lafargue et Wilhem Liebnknecht, éd. Éditions de Sandre, 2008  (ISBN 978-2-914958-84-4), chap. II, Karl Marx, Souvenirs personnels, p. 23


"L'Argent" de Zola, 1891-1892[modifier]

un idéaliste typique [...] ne se doute même pas que Marx, disciple de Hegel, était convaincu du développement dialectique des principes prétendus immuables, qu'il avait dépassé son maître et montré comment l'apparition et la transformation de ces principes dans le cerveau humain étaient étroitement liées au développement des rapports économiques. Mais [...] affirme que la nouvelle organisation sociale reposera sur les principes immuables de la justice et des droits reconnus et rendus à chacun ! Prenant pour modèle Karl Marx. [...] Or, Marx était fermement convaincu qu'il est vain de vouloir monter de toutes pièces une société, de même qu'il est impossible de créer un animal : ce sont les rapports économiques qui créent et développent les formes sociales qui y correspondent.

  • "L'Argent" de Zola (1891-1892), Paul Lafargue, éd. Sociales Internationales, 1936, p. 160 in Paul Lafargue - Critiques Littéraires


L'idéalisme et le matérialisme dans la conception de l'histoire, 1895[modifier]

La classe opprimée ne commence pas à formuler ses revendications au nom de la Justice et d'une Morale supérieures, mais au nom de celles qui ont cours ; les droits qu'elle réclame sont ceux que lui accorde la Justice accommodée aux intérêts de la classe opprimante.

  • « L'idéalisme et le matérialisme dans la conception de l'histoire. Réponse à la Conférence du citoyen Jean Jaurès. », Paul Lafargue, La Jeunesse socialiste, 1895, p. 1


ce qu'on méprisait à ces époques, c'est la vente du travail. L'homme qui vendait son travail, qui recevait un salaire, se dégradait au rang des esclaves, il se vendait comme esclave, il perdait sa dignité d'homme libre. Cette action dégradante est commise quotidiennement par les hommes libres de la société capitaliste. Les prolétaires de la main comme ceux de l'intelligence, n'ont qu'une unique préoccupation : se vendre, vendre leur travail manuel, vendre leur travail intellectuel, vendre la pensée, cette chose sacrée.

  • « L'idéalisme et le matérialisme dans la conception de l'histoire. Réponse à la Conférence du citoyen Jean Jaurès. », Paul Lafargue, La Jeunesse socialiste, janvier 1895, p. 1


Le prolétaire n'a et ne peut avoir qu'un idéal : vendre son travail le mieux possible. Un juste salaire pour une juste journée de travail est la devise des trade's unions de tous les travailleurs du monde. Le prolétaire ne se plaint que lorsqu'il ne peut vendre son travail à son juste prix. Et ce n'est que lorsque la classe ouvrière ne parvient pas à obtenir la dégradante et avilissante justice de la classe capitaliste, qu'elle commence à songer à la révolte.

  • « L'idéalisme et le matérialisme dans la conception de l'histoire. Réponse à la Conférence du citoyen Jean Jaurès. », Paul Lafargue, La Jeunesse socialiste, janvier 1895, p. 1


Le socialisme et les intellectuels, 1900[modifier]

Ce n'est pas dans le monde des intellectuels, avilis par un siècle d'oppression capitaliste, qu'il faut aller chercher des exemples de courage civique et de dignité morale.

  • « Le socialisme et les intellectuels », Paul Lafargue, Les bons caractères, 2004, p. 23


La race noire et le socialisme, 1901[modifier]

Les capitalistes des villes industrielles fomentent la guerre des races, en opposant les nègres aux grévistes blancs; comme dans les villes de France, les patrons entretiennent les haines nationales des ouvriers.


La haine intense contre la race noire, si utile aux intérêts capitalistes, a été sinon créée, du moins encouragée et développée par la religion chrétienne et la science bourgoise, ces deux servantes à tout faire de la classe régnante


L'Église a toujours autorisé toutes les infamies bourgeoises au nom de la volonté divine; aprés l'Église arrive la science, qui les consacre au non de la Justice et de la Vérité. Les savants bourgeois, juristes, économistes, anthropologistes et sociologues, sauf de très rares exceptions, ont été unanimes pour déclarer que les peuples barbares et sauvages, avec qui les bourgeois chrétiens, voleurs et assassin, venaient en contact, étaient inférieur et pouvaient être dépouillés et massacrés sans scrupules.


Le socialisme est le seul parti qui, dans l'histoire, reconnaît l'égalité des races et des sexes.


L'émancipation du travail n'est possible que par l'entente et l'union intime des opprimés du capital, sans distinction de sexe, de races et de nationalités.


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