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Leïla Slimani

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Leïla Slimani à la Foire du livre de Francfort, en Allemagne, en 2017.

Leïla Slimani, née le 3 octobre 1981 à Rabat au Maroc, est une journaliste et femme de lettres franco-marocaine. Elle a notamment reçu le prix Goncourt 2016 pour son deuxième roman, Chanson douce.

Citations

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Dans le Jardin de l'ogre, 2014

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Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée toute entière. Qu'on lui pince les seins, qu'on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d'un ogre.
  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 13-14


Adèle a fait un enfant pour la même raison qu'elle s'est mariée. pour appartenir au monde et se protéger de toute différence avec les autres. En devenant épouse et mère, elle s'est nimbée d'une aura de respectabilité que personne ne peut lui enlever. Elle s'est construit un refuge pour les soir d'angoisse et un repli confortable pour les jours de débauche.
  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 39


On a trouvé une fille géniale pour les garder. C'est une africaine très sympa. Elle parle bien français... Oui, elle a des papiers. Sans papiers, ça ne me dérange pas pour le ménage ou pour des petits travaux, mais pour mes enfants, jamais. Ce serait irresponsable, non ? Le seul truc, c'est qu'elle fait ramadan et moi ça me dépasse. On ne peut pas garder des enfants avec la faim au ventre... Non, tu as raison, ce n'est pas raisonnable. Mais je me dis qu'elle va s'en rendre compte et arrêter d'elle-même.
  • Simone, la maîtresse de maison, parle de la gardienne de ses enfants dans une réunion mondaine.
  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 65


Six euros quatre-vingt-dix. Tous les jours, elle réunit six euros quatre-vingt-dix, et achète un test de grossesse. C'est devenu une obsessions. Chaque matin, au réveil, elle se rend dans la salle de bain, fouille au fond d'une trousse où elle a caché le paquet rose et blanc, et fait pipi sur la petite languette. Elle attend cinq minutes. Cinq minutes d'angoisse véritable et pourtant totalement irrationnelle. Le test est négatif.
  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 100


Ses obsessions la dévorent. Elle n'y peut rien. Parce qu'elle requiert des mensonges, sa vie demande une épuisante organisation, qui lui occupe l'esprit tout entier. Qui la ronge.
  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 102


C'est le moment qu'elle préfère.
Celui qui précède le premier baiser, la nudité, les caresses intimes. Ce moment de flottement où tout est encore possible et où elle est maîtresse de la magie.

  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 109


Tu croyais quoi, hein ? Que tu pourrais t'en sortir ? Que je ne rendrai jamais compte de rien ? On finit toujours par payer pour ses mensonges, tu sais. Et toi, tu vas payer. Je vais engager le meilleur avocat de Paris, je vais tout te prendre, il ne te restera rien.
  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 164


- Je vais aller à son enterrement. Je vais y aller seule. Richard ne peut pas quitter la clinique et puis il trouve que Lucien est trop jeune pour affronter la mort. En fait il n'a même pas proposé de m'accompagner. Je vais y aller. Seule.
- Vous en voulez à Richard de vous abandonner en ces circonstances ?
- Oh non, répond-elle doucement. Je m'en réjouis.

  • Dans le Jardin de l'ogre., Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2014  (ISBN 978-2-070-46818-8), p. 198


Chanson douce, 2016

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Couverture originale du livre Chanson douce
(...) si elle se remettait à travailler, ils seraient dans la tranche de salaire la plus vicieuse : trop riches pour accéder en urgence à une aide et trop pauvres pour que l’embauche d’une nounou ne représente pas un sacrifice. C’est finalement la solution qu’ils ont choisie, après que Paul a affirmé : «En comptant les heures supplémentaires, la nounou et toi vous gagnerez à peu près la même chose. Mais enfin, si tu penses que ça peut t’épanouir... » Elle a gardé de cet échange un goût amer. Elle en a voulu à Paul.


Les squares, les après-midi d'hiver, sont hantés par les vagabonds, les clochards, les chômeurs et les vieux, les malades, les errants, les précaires. Ceux qui ne travaillent pas, ceux qui ne produisent rien. Ceux qui ne font pas d'argent.


Cette lubie de Louise, cette phobie de jeter la nourriture, commence par les faire rire. La nounou racle les boites de conserve, elle fait lécher les pots de yaourt aux enfants. Ses employeurs trouvent cela ridicule et touchant.


On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours du monde. Ils en devient la sureté, la noirceur, mais n'en veulent rien savoir.


Le Pays des autres

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La guerre, la guerre, la guerre, 2020

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Couverture de l'édition originale du livre Le pays des autres
Dans les lettres qu'elle écrivait à sa sœur, Mathilde mentait. Elle prétendait que sa vie ressemblait aux romans de Karen Blixen, d'Alexandra David-Néel, de Pearl Buck. Dans chaque missive, elle composait des aventures où elle se mettait en scène, au contact de populations indigènes tendres et superstitieuses. Elle se décrivait , portant bottes et chapeaux, altière sur le dos d'un pure-sang arabe.
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), t. 1, p. 28


La coiffure d'Aïcha lui valait les moqueries les plus humiliantes. Au milieu de la cour, on ne voyait qu'elle. Silhouette menue, visage d'elfe et chevelure énorme, explosion de mèches blondes et rêches qui, quand le soleil tapait, lui faisaient une couronne dorée.
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), p. 71


Un jour Aïcha lui avait parlé de l'école et Rabia en avait été toute retournée. Comme elle plaignait Aïcha ! Elle imaginait le pensionnat comme une espèce de prison où des adultes criaient en français sur des enfants tétanisés.


Une fois seule, Tamo se mit au travail. Elle fit un mélange de plantes, dosa minutieusement chaque ingrédient et versa dessus de l'eau bouillante. sous les yeux ébahis d'Aïcha, elle pétrit la pâte odorante et elle dit : «Il faut chasser les mauvais esprits». Elle déshabilla Mathilde, qui ne réagissait pas, et elle enduit de mixture ce grand corps blanc dont la pâleur l'éblouit.
  • Tamo, la domestique algérienne de la famille, tente de soigner la crise de paludisme de la maîtresse de maison avec un onguent de sa composition.
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), t. 1, p. 143


Omar haïssait son frère autant qu'il haïssait la France. La guerre avait été sa vengeance, son moment de grâce. Il avait fondé beaucoup d'espoir sur ce conflit et il avait pensé qu'il en sortirait doublement libre. Son frère serait mort et la France serait vaincue.
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), p. 211


Elle haïssait ce frère qui lui interdisait tout, qui la traitait de putain et qui lui avait, à plusieurs reprises, craché au visage. Mille fois, elle avait souhaité sa mort et avait maudit le Seigneur de devoir vivre sous le règne d'un homme aussi brutal.
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), t. 1, p. 273


Les temps ont changé. Vous n'avez pas à embrasser le même destin que celui de votre mère. Vous pourriez devenir quelqu'un, une avocate, une professeure, une infirmière. Ou même une aviatrice !
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), t. 1, p. 283


J'ai cru en ce pays, comme un illuminé croit en Dieu, sans poser que question.
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), t. 1, p. 294


Pour retrouver Omar, il fallait suivre l'odeur du sang.
  • Le Pays des autres : La guerre, la guerre, la guerre, Leïla Slimani, éd. Gallimard, 2020  (ISBN 978-2-07-288799-4), t. 1, p. 330


Regardez-nous danser, 2022

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Un jour, on était un enfant . Et puis on devenait un homme. On entendait :«Un homme ne fait pas ça» ou bien «Tu es un homme maintenant, comporte-toi comme tel». Il avait été un enfant et à présent il ne l'était plus, aussi brutalement que cela, sans que rien ne lui soit expliqué.
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 45


Hassan II, roi du Maroc, sur les billets de 50 dirhams
Il parle de ton père comme si son visage était imprimé sur les billets de banque et pas celui du roi. Il lui obéit comme un chien, comme le troufion qu'il est et qu'il sera toujours.
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 78


(...) le brouillard se dissipa et le ciel, d'un bleu impossible, jamais vu, apparut. Il avait absorbé tout le bleu du monde et ne restait plus à l'océan que le vert et le gris.
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 147


Il (le roi Hassan II) a fait cette déclaration : «Il n'y a pas de danger aussi grave pour l'État que celui d'un prétendu intellectuel. Il aurait mieux valu que vous soyez des illettrés.» Le ton était donné.
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 159


L'alcool, la danse, les mouvements langoureux et cette botte sur la poussière de la Lune, tout cela monte à la tête de cette jeunesse qui braille en français et en arabe sur la terrasse. Ils hurlent comme les meutes de loups au fond des forêts. Dans vingt ans, dans trente ans, dans un siècle même, on parlera encore de ce jour où l'homme a posé un pied sur la Lune.
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 167


Il ressemblait à un personnage de film. Un chef indien ou un prêtre vaudou. Une entité imaginaire en tous cas.
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 199


«Ce qui ne se voit pas n'existe pas.»
Si on lui demandait en quoi consistait son travail, il lui suffisait de répondre ça. Faire disparaître ce qui ne peut être vu. Engloutir , effacer, étouffer, ensevelir. Voiler. Ériger des murs. Creuser des trous. Omar était maître dans l'art de l'enfouissement et du secret. Personne ne savait aussi bien que lui opposer un silence opaque et tranquille à ceux qui posaient des questions.

  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 230


Les insurgés du putsch de Skhirat arrêtés par les troupes loyalistes

Vous allez voir ce que vous allez voir.
Les condamnés ça s'exécute en place public, en place de Grève, au milieu de la foule. Quel intérêt de couper une tête ou de fusiller si le peuple n'y assiste pas ?

  • Au sujet des exécutions des putschistes (13 juillet 1971)
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 279


Tandis qu'elle auscultait ses patientes, elle élaborait le menu qu'elle servirait à ses invités. Sur une ordonnance elle écrivit «mousse de saumon» à la place d'une marque de pilule.
  • Regardez-nous danser, le Pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2023  (ISBN 978-2-073-00371-3), t. 2, p. 349


J'emporterai le feu, 2025

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« Mia, va-t'en et ne rentre pas. […] Ne garde pas de force pour le retour et nage aussi loin que tu peux. […] Ma fille, tu devras penser comme une femme en cavale, car c'est la nostalgie, toujours, qui perd les criminels en fuite. Un anniversaire, un enterrement ou juste le mal du pays. La nostalgie les fait revenir et ils s'en mordent les doigts. Il faudrait, non pas retourner à Ithaque, mais te trouver une île comme celle des Lotophages, une île pour oublier de revenir, pour ne même pas en éprouver l'envie. […] Ces histoires de racines, ce n'est rien d'autre qu'une manière de te clouer au sol, alors peu importent le passé, la maison, les objets, les souvenirs. Allume un grand incendie et emporte feu. Je ne te dis pas au revoir, ma chérie, je te dis adieu. Je te pousse de la falaise, je lâche la corde et je te regarde nager. Mon amour, ne transige pas avec la liberté, méfie-toi de la chaleur de ta propre maison. » Et là, il lui tendrait le livre. Elle poserait le paquet sur ses genoux. « Merci papa. » Lentement, elle déchirerait le papier : La vie est ailleurs. « Tu aimeras Kundera, j'en suis sûr. »
  • J'emporterai le feu. Le pays des autres, Leïla Slimani, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2026  (ISBN 978-2-07-313381-6), t. 3, p. 252-253


Le Parfum des fleurs la nuit, 2021

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Les gens disaient : "Il n'y a pas de fumée sans feu". Or, il y a des feux qui brûlent longtemps sans qu'aucune fumée ne s'échappe du foyer. Il y a des flammes qui s'épanouissent en secret. Et puis il y a des fumées noires et poisseuses qui salissent tout, qui étouffent les cœurs, qui repoussent au loin les amis et le bonheur. Des fumées dont on passe des années à chercher de quels feux elles proviennent. Et que parfois on ne trouve jamais.
  • Le parfum des fleurs la nuit, Leïla Slimani, éd. Stock, 2021, p. 28-29


La question féminine est une question spatiale. On ne peut comprendre la domination dont les femmes sont l'objet sans étudier la géographie, sans prendre la mesure de la contrainte qui est imposée à leur corps par le vêtement, par les lieux, par le regard des autres.
  • Le Parfum des fleurs la nuit, Leïla Slimani, éd. Stock, 2021, p. 81


Assaut contre la frontière, 2025

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(...) la littérature réhumanise l'Autre, même si l'Autre nous est présenté comme un ennemi.


Entretiens

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Je suis née avec la nationalité française et je me suis toujours sentie 100 % française et 100 % marocaine, donc je n’ai jamais eu de problème par rapport à ça. Le regard de l’autre, je m’en fiche complètement. Je ne me laisse pas enfermer dans des identités. Ce serait un peu malvenu de ma part de me plaindre alors que c’est beaucoup plus une souffrance pour des gens qui sont nés en France, qui ont des noms maghrébins, et qui sont constamment ramenés à leur identité maghrébine. Pour moi, c’est différent. J’ai une “vraie” double nationalité, une vraie double appartenance. Donc, que les gens me ramènent à mon identité marocaine, eh bien tant mieux, je suis marocaine.
  • « Leïla Slimani: “Je suis entrée chez Gallimard par moi-même” », Leïla Slimani (propos recueillis par Thomas Savage), Tel Quel, 3 novembre 2016 (lire en ligne)


Je suis persuadée aussi, en tant que Marocaine et parce que je l'ai vu dans mon pays comme dans tout le monde arabe, des pays où en moyenne on lit six minutes par jour, où il y a deux cent quatre-vingt millions d'illettrés, des pays où on a empêché pendant des années la lecture — en raison des politiques construites par des dictateurs ayant décidé que les gens ne devaient pas lire parce que lire, c'est dangereux, ça fat que les gens finissent par se soulever contre vous —, je suis persuadée, donc, que le lecteur est un citoyen plus fort, que la lectrice est une femme plus forte.
  • Comment j'écris : conversation avec Éric Fottorino, Leïla Slimani, éd. de l'Aube, coll. « Le 1 en livre », 2018 (publication), 25 janvier 2017 (date de l'entretien), p. 13


Je crois que lire, pour les femmes du monde entier, c'est très important parce qu'une femme qui lit, c'est une femme qui s'émancipe, c'est une femme qui s'affranchit, c'est une femme qui a droit à un moment de solitude — comme le dit Virginia Woolf. La chambre à soi, ce n'est pas seulement pour écrire des livres, c'est aussi pour en lire. Aujourd'hui encore, dans de nombreuses parties du monde, beaucoup de femmes n'ont simplement pas la possibilité d'être seules, de s'isoler et d'avoir un moment pour lire. Ces moments-là, je pense, nous construisent en tant que citoyens libres et nous permettent d'avoir une vision du monde affranchie du discours de l'autre, de la doxa, de l'opinion.
  • Comment j'écris : conversation avec Éric Fottorino, Leïla Slimani, éd. de l'Aube, coll. « Le 1 en livre », 2018 (publication), 25 janvier 2017 (date de l'entretien), p. 13


Souvent, ce que les gens ne mesurent pas, et que je ne mesurais pas avant d'écrire, c'est l'état de concentration que demande l'écriture. Je trouve que c'est la chose la plus fascinante quand on en sort, cet état intense et si particulier de concentration […]. Cette force de concentration est parfois dure à porter. En même temps, elle est extraordinaire parce que vraiment indispensable, car elle nous permet d'habiter véritablement ce moment de création.
  • Comment j'écris : conversation avec Éric Fottorino, Leïla Slimani, éd. de l'Aube, coll. « Le 1 en livre », 2018 (publication), 25 janvier 2017 (date de l'entretien), p. 17


Articles

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Si les romans ne changent pas le monde, ils modifient substantiellement la vision que l’on en a. Ils la questionnent, l'affinent, ils interrogent ce que l'homme sait du fait d'être.
  • « Une armée de plume », Leïla Slimani, Le 1 hebdo, nº 40, 19 janvier 2015, p. 3 (lire en ligne)


Citations sur

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Sur Le Parfum des fleurs de la nuit

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Ce texte là, est son meilleure texte. C'est un texte dans lequel pour la première fois, elle fend l'armure, et au travers de la dialectique imposée par le projet, celle de l'enfermement et du rapport entre dedans et dehors, elle raconte l'histoire de son affranchissement. Comment elle était une petite fille condamnée à la bienséance, à la convenance, à comme elle le dit très bien «rester à sa place» et comment depuis l'enfance, elle a un goût pour la liberté, la sauvagerie, la nuit et comment elle a réussi à faire cet affranchissement et ce qu'elle dit est, je trouve, très osé !
  • Olivia de Lamberterie (propos de), LIVRES - Les 14 coups de cœur du Masque & la Plume à déguster sous le soleil cet été, FRANCE INTER, 16 juin 2021 (accéder en ligne)


Liens externes

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