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Laurent Schwartz (mathématicien)

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Laurent Schwartz à Nizza en 1970.

Laurent Moïse Schwartz est un mathématicien français, né le 5 mars 1915 à Paris où il est mort le 4 juillet 2002.

Citations

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Un mathématicien aux prises avec le siècle, 1997

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J'avais en effet — et j'ai toujours d'ailleurs — l'esprit lent. Il me faut du temps pour saisir les choses parce que j'éprouve le besoin absolu de les comprendre à fond. Si je répondais le premier aux questions du professeur, j'avais parfaitement conscience que c'était parce qu'il posait des questions dont je connaissais plus ou moins déjà la réponse.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 1. La révélation des mathématiques, p. 34


Progressivement, je nageais dans l'océan de ces êtres, sans le moindre effort — mais avec une immense volupté. J'étais si excité que je parcourais fébrilement ma chambre, parlant tout seul, parfois très fort, et, me penchant, au comble de la jubilation, au-dessus de la cour de notre maison, pour crier, par exemple, « Faisceaux de cercles orthogonaux ». Les voisins me croyaient évidemment un peu fou, mais cela m'était égal. Mes parents se contentaient de me faire des timides observations.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 1. La révélation des mathématiques, p. 52


La disparition d'une compétition par trop féroce me semble nécessaire. Celle-ci n'est bénéfique que sous la forme adoucie de la « saine émulation » qui conduit chacun à donner le meilleur de soi-même. Elle devient franchement nuisible et l'on doit s'en méfier comme la peste lorsqu'elle dresse un obstacle à la collaboration scientifique.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 2. Normalien et amoureux, p. 74


La science allemande s'effondra brutalement sous les coups du nazisme. La fuite des libéraux répugnant à soutenir le régime vint amplifier l'exil des savants juifs. Cette cassure est partiellement à l'origine de la science américaine. Recevant le flux immense des savants allemands, celle-ci ne tarda pas à devenir la première du monde. Du reste, de nombreuses universités d'Amérique Latine ou du Canada bénéficièrent aussi de l'arrivée de ces mathématiciens allemands ou européens.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 2. Normalien et amoureux, p. 80


Je croyais à l'œuvre civilisatrice de la France auprès des populations lointaines d'Afrique. Soudain, j'allais découvrir une réalité tout autre. Non pas celle des nombreux progrès, notamment médicaux, que les grands empires avaient certes introduits dans les colonies, mais celle de l'impitoyable oppression qu'ils exerçaient sur les populations, des emprisonnements arbitraires, des exécutions, des massacres.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 2. Normalien et amoureux, p. 83


Les vers de Du Bellay "heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage" m'ont toujours laissé rêveur. Ulysse et moi nous serions fort bien passés de cette interminable odyssée.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 2. Normalien et amoureux, p. 90-91


L'analyse et les probabilités, que je considère d'ailleurs comme très proches l'une de l'autre, ont articulé ma vie de recherche.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 2. Normalien et amoureux, p. 95


Si jamais la civilisation devait disparaître de la surface de la terre, son tombeau aura été la guerre de 1914-1918.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 3. Trotskiste, p. 100


Le social-démocrate allemand Rudolf Hilferding, célèbre pour son livre Das Finanz-Kapital, s'était réfugié en France en 1933. Après la défaite, son ami le mathématicien Lipan Bers - de qui je tiens l'histoire -, réfugié juif sorti de Lituanie en 1939, au prix d'énormes difficultés et qui avait obtenu un visa américain en 1940, tenta vainement de le persuader de partir comme lui. « Non, lui répondait invariablement Hilferding, il serait impensable que la France me livre. » Il fut livré et exécuté.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 3. Trotskiste, p. 109


On peut comparer la classification mathématique de Bourbaki à l'immense révolution introduite par Linné avec son Systema naturae en 1758, dans la classification des êtres vivants, animaux et végétaux. Embranchements, classes, ordres, familles, genres, espèces, sous-espèces, qui permettent à chaque degré de situer un être déterminé, succèdent au capharnaüm qui régnait parmi les animaux et les végétaux.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie I. Années de jeunesse, chap. 4. Un chercheur dans la guerre, p. 162


Je suis d'ailleurs profondément convaincu d'avoir été, par ma seule personne, par mes activités acharnées et débordantes, une facteur non négligeable de la paix en Algérie, tandis que dans un même temps j'œuvrais à la modernisation de l'École polytechnique. Un facteur, rien d'autre, mais plus qu'une goutte d'eau dans l'océan.
  • Un mathématicien aux prises avec le siècle, Laurent Schwartz, éd. Odile Jacob, 1997  (ISBN 2-7381-0462-2), partie III. Au cœur du combat politique, chap. 10. L'engagement algérien, p. 420


Citations rapportées

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Pour faire des découvertes, le mathématicien est obligé de renverser tous les tabous. Trouver quelque chose en mathématiques, c'est vaincre une inhibition et une tradition. C'est une révolution qui a quelque chose à voir avec la chute du mur de Berlin. Soudain, on se dit : ça ne va plus, il faut que je change... Au début, c'est assez difficile, mais, dès que l'on a commencé, on s'aperçoit que le changement est libérateur. Je crois que le public ne sait pas assez cela : il se représente trop les mathématiques comme quelque chose de figé ou d'achevé.
  • Pour voir clair, Michel Broué, éd. Seuil, janvier 2024  (ISBN 978-2--02-153683-6), chap. 1 - La levée du grand voile, p. 28


Citations sur

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Mon ami et père de cœur Laurent Schwartz souffrait, dans les dernières années de sa vie, du syndrome de Charles Bonnet : sans que cela influe sur son intelligence ni sur ses capacités intellectuelles, il avait des hallucinations extrêmement précises et souvent inattendues, telle la présence, assis sur son canapé, d'un officier SS en grand uniforme dont il pouvait donner une description précise (« ah ! je te préfère toi à celui que tu as chassé ! » m'a-t-il déclaré en riant un jour où j'arrivais chez lui). Il disait que, boulevard de Port-Royal, il y avait deux catégories d'arbres : ceux à travers lesquels il passait sans problème, et ceux qu'il valait mieux contourner ; pour les distinguer, il tentait de les toucher.


Liens externes

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