Laurent Lafforgue

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Laurent Lafforgue.

Laurent Lafforgue (né le 6 novembre 1966 à Antony) est un mathématicien français, lauréat de la médaille Fields en 2002.

Citations[modifier]

Toute manifestation de la vie dans une discipline intellectuelle et dans ce que nous appelons nos créations, toute fécondité, est louange de Dieu, et comme telle, elle reçoit une bénédiction immédiate : le sentiment de la beauté qui nous saisit et qui, comme a écrit John Keats dans un vers célèbre, est source de joie pour toujours.


L'exigence d'objectivation implique une descente en soi-même en même temps qu'elle est oubli de soi et de tout ce qui n'est pas raison et fin de son désir. Elle se résout et se dissout dans l'objectivation d'une vérité en connaissance, par la médiation du langage, de la parole et de l'écriture. Elle est aussi figure de la gestation et de l'enfantement, puisqu'elle pousse l'esprit à se concentrer jusqu'à faire germer la vérité en connaissance et à expulser celle-ci hors de lui-même en l'exprimant par le langage. Mais, bien que l'exigence intellectuelle d'objectivation soit une manifestation de la vie dans l'ordre de l'esprit, elle ne donne pas la vie.


Le passage du Christ par la mort a été rendu possible par son acceptation « que la volonté du Père soit faite et non la Sienne. » Bien que cela soit un grand mystère, tout chercheur de vérité sait d’expérience que tout nouveau pas sur le chemin de la vérité suppose que, après un long combat, sa volonté se rende et accepte d’être brisée. Il faut l’épreuve de l’échec et de la souffrance ressentie quand tous les assauts paraissent avoir été tentés en vain, pour que l’entendement du sujet connaissant renonce à plier le réel à ses fantaisies et accepte de laisser pénétrer en soi un peu de la lumière de la vérité.


Il ne m’appartient certes pas de donner la foi à ceux de nos contemporains qui ne l’ont pas reçue. En revanche, je crois pouvoir appeler chacun à prêter une grande attention, exempte de mépris et de haine, à la tradition chrétienne et à la tradition juive. Cela fait partie du souci de la vérité et, d’autre part, cela est particulièrement important en matière d’éducation et d’école. Le lien entre transcendance et immanence qui fut noué dans les traditions juive et chrétienne a en effet permis la naissance et le développement de modèles d’éducation dont notre société laïque a hérité, et dont il n’est pas sûr qu’elle puisse se passer.


Je fais l’hypothèse que, par exemple, c’est l’identification de la vérité et du chemin dans la personne du Christ qui a engendré l’Université : cette étrange institution née de l’Église latine médiévale et dont aucun équivalent ne fut inventé dans nulle autre civilisation. Une institution vouée à la transmission des savoirs, mais aussi à leur recherche jamais lassée, et donc au dépassement inévitable de tous ses acquis. Une institution qui repose sur un rapport des savoirs à la vérité à la fois transcendant et immanent : transcendant puisque la vérité est toujours au-­delà des savoirs, immanent puisque les savoirs pavent le chemin des chercheurs et que, dans la personne du Christ, le chemin est vérité. Ce rapport est perdu dans l’encyclopédisme : celui­-ci situe la vérité dans les savoirs, jusqu’au moment où leur expansion continue persuade les héritiers de l’encyclopédisme qu’il n’est point de vérité.


Pour ma part, je ne pense pas qu’il soit possible de déterminer ce qui doit être enseigné dans les années les plus décisives si, au moins implicitement, on n’est pas habité par une vision de ce pour quoi l’homme est fait, de sa nature et du sens de sa présence dans le monde.
Le contenu de tous les enseignements et l’existence même de l’école c’est­-à­-dire d’une institution vouée à l’instruction, me paraissent reposer non pas sur une pluralité de telles visions possibles, indifféremment interchangeables, mais sur une unique intuition fondamentale : l’homme est fait pour la vérité, sa nature la plus profonde est qu’il est capable de vérité, le sens de sa présence dans le monde est que le monde tel qu’il existe est pour lui chemin de vérité.


Puisque c’est le même Dieu qui est le Créateur de toutes choses et qui aime chacun d’entre nous d’un amour comme il n’y en a pas de plus grand, comment ne pas conclure que toutes choses non seulement sont en lien avec l’absolu mais aussi qu’aucune n’est indifférente pour nos vies, qu’il existe un rapport entre le secret de nos vies et toutes les choses qui nous apparaissent, et que ce rapport est fondé en Dieu ?