Langue d'oc

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Dans les Cévennes, vers 1910[modifier]

Mais si grand-mère me défendait de parler la langue d'oc, elle se trompait elle-même souvent et me l'enseignait sans y prendre garde. Rien que dans sa petite cuisine sombre (...) combien d'objets ne savait-elle désigner qu'avec les mots du pays! Elle avait beau ne vouloir se servir que du français, le vieux parler roman se mêlait sans cesse à la trame de ses phrases. Ces phrases même obéissaient à une syntaxe étrange. Elles ressemblaient tantôt aux phrases des écritures et des psaumes, dans leur vieille construction du XVIe siècle, noble et hardie et, tantôt, elles gardaient le mouvement de cette langue que grand-mère voulait m'interdire.
  • Suite Cévenole, André Chamson, éd. Plon, 1968, partie Les quatre éléments, chap. Le pouvoir des mots, p. 500


Dans nos vallées, si la langue de la prière et de la méditation était le français, la langue du travail était restée le parler d'oc. Je l'entendais partout où s'élevait une muraille, contre la ligne pure des fils à plombs, partout où tournaient les métiers en dévidant l'éclair de la soie, partout où sonnait l'acier d'une pioche, où grinçaient des souliers cloutés, où s'élevaient des voix d'hommes.

Dans nos vieux pays on est fidèle à cet antique langage. Qu'un voyageur passe et tous parleront en français devant lui. Mais qu'il s'éloigne un peu et chacun reviendra à la vieille chanson. Il sera le seul à ne pas l'avoir entendue.

  • Suite Cévenole, André Chamson, éd. Plon, 1968, partie Les quatre éléments, chap. Le pouvoir des mots, p. 506