Langage tangage ou Ce que les mots me disent

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Langage tangage ou Ce que les mots me disent (1985) est le supplément que Michel Leiris écrivit pour son Glossaire. Il prend la forme d'un lexique et est suivi d'un essai où l'auteur tente d'expliquer sa « propension un peu iconoclaste à démantibuler le langage » ainsi que la « délivrance » que constitue l'écriture.

Citations[modifier]

Pour moi, mes gribouillis ou gribouillages, plutôt Gribouilleries ou Gribouillades, qui ne me libèrent pour un temps de l'idée oppressante de la mort que grâce, précisément, aux parenthèses qu'elles creusent dans ma vie momentanément suspendue [...] et à mon passage sur un plan de déjà-mort ou plus-tout-à-fait-vie, façon en somme de prendre les devants : sur-le-champ me faire mourir un peu pour oublier que plus tard je mourrai trop.


Sans doute ne faut-il, si l'on cherche en tant qu'écrivain à faire acte d'intelligence plénière (joignant donc à la justesse de vue la sensibilité), ni débiter ce qui n'est qu'un ensemble d'informations ou de raisonnements, ni être le comptable de ses mots comme qui craint de par trop se livrer, ni crier en furieux ou en égaré, mais parler d'une voix qui, sans appareil pesant, donne à entendre ce qu'elle veut qu'on entende et, par ses inflexions plutôt que par des arguments mis en avant, amène à croire aux vérités humaines [...] qu'elle énonce [...].


Peut-être est-ce quand la mort – ou quelque chose qui lui ressemble – est un jeu que les mots jouent de la façon la plus vivante ? Ou est-ce, à l'inverse, quand les mots jouent jusqu'à se désarticuler que le lecteur ou auditeur plonge dans un abîme mortel à quelque degré ?


Je savais aussi que c'était en parlant de moi – de ce qui m'était malgré tout le plus proche et me concernait le plus directement – que j'avais chance de parler le mieux.


La Règle du jeu : dont les quatres tomes, si longs à rédiger que leur établissement m'occupa depuis les approches de l'âge mûr jusqu'à un point déjà avancé de ma vieillesse, illustrent à merveille cette ironie : avoir prétendu écrire pour arriver à mieux vivre et n'avoir au bout du compte mené à peu près rien d'autre qu'une vie d'écrivain.


Pas de plaisir d'écrire si, sachant d'avance ce que l'on a à dire et n'ayant pas à inventer la manière de le dire, on procède à coup sûr.


Justifier, trouver dans la rationalisation (gage de sérieux) une excuse à ce que je suis, voilà l'une de mes tendances constantes, et l'une des pires.


Ne pas mourir [...], être repris par quelques autres, du moins quant à mes paroles dont je supporte mal qu'elles soient appelées à s'évanouir, voilà sans doute le grand motif qui me reste de publier des livres.


L'idée du futur passage à zéro ne me tourmentant plus (je le constate) quand je suis en train d'écrire et que l'angoisse mineure de l'artisan inquiet de bien faire se substitue à mon angoisse majeure, je suis tout près de croire que la plupart de mes ouvrages littéraires tendaient à une délivrance de ce genre.


À ma propension un peu iconoclaste à démantibuler le langage avec ces jeux de mots se mêlait, utopiquement, l'espérance d'aboutir parfois à un langage moins arbitraire, en connexion authentique avec les choses dont sa mission est de nous parler.


Être sur cette planète c'est être un Petit Poucet qui s'emploierait de son mieux à égrener ses cailloux mais n'échapperait pas à l'ogre.


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Langage tangage.