La Mort Heureuse

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La Mort heureuse est un essai rédigé par Albert Camus en 1937, publié en 1971, après la mort de Camus. Il est antérieur au cycle de l'absurde, avec L'Étranger (roman, 1942), Caligula (pièce de théâtre, 1944) et Le Malentendu, mais il en révèle déjà les éléments fondateurs.


Dans l'édition de 2010, Agnès Spiquel apporte des éclairages sur la genèse de l’œuvre :

Même si Meursault s'affirme heureux dans la dernière page, ce qu'il a cherché toute sa vie, c'est la vérité plus que le bonheur. En écrivant Noces, en même temps que La Mort Heureuse, Camus a définitivement compris que les deux sont indissociables.


Citations[modifier]

Première partie : La mort naturelle[modifier]

L'absurde et la prise de conscience[modifier]

[.] l'absurde consentement que vous apportez à la pauvreté.


Vous savez. Un homme se juge toujours à l'équilibre qu'il sait apporter entre les besoins de son corps et les exigences de son esprit. Vous, vous êtes en train de vous juger, et salement, Meursault. Vous vivez mal. En barbare.


Il n'y a qu'une chose dont on puisse parler : la justification qu'on apporte à sa vie.


M'appliquer à l'impersonnalité, voilà ce qui m'occupait. Ne pas être heureux, "contre".


Connaître les limites de son corps, c'est ça la vraie psychologie.


Je suis [. e]xtrême dans le malheur, démesuré dans le bonheur, je ne sais pas dire. [.] Chaque fois que je songe à ce cheminement de douleur et de joie en moi, je sais bien, et avec quel emportement, que la partie que je joue est la plus sérieuse, la plus exaltante de toutes. [.] Aujourd'hui, [.] j'ai compris qu'agir et aimer et souffrir c'est vivre en effet, mais c'est vivre dans la mesure où l'on est transparent et accepte son destin, comme le reflet unique d'un arc-en-ciel de joies et de passions qui est le même pour tous.


Vous resterez seul un jour, voilà tout. [dit Zagreus]


Toute la bassesse et la cruauté de notre civilisation se mesure à cet axiome stupide que les peuples heureux n'ont pas d'histoire.


Ne prenez au tragique que le bonheur.


La révolte et sa prise de conscience[modifier]

Je suis en état de révolte, et ça c'est mauvais.


Meursault sentait bien que sa révolte était la seule chose vraie en lui et que le reste était misère et complaisance.


L'argent[modifier]

[.] chez certains êtres d'élite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l'argent n'est pas nécessaire au bonheur. C'est bête, c'est faux, et dans une certaine mesure, c'est lâche. [.] pour un homme bien né, être heureux ça n'est pas compliqué. Il suffit de reprendre le destin de tous, non pas avec la volonté de renoncement, comme tant de faux grands hommes, mais avec la volonté du bonheur.


Seulement il faut du temps pour être heureux. Beaucoup de temps. Le bonheur lui aussi est une longue patience. Et dans presque tous les cas, nous usons notre vie à gagner de l'argent, quand il faudrait, par l'argent, gagner son temps. [.] Avoir de l'argent, c'est avoir du temps. [.] Être ou devenir riche, c'est avoir du temps pour être heureux quand on est digne de l'être. [.] tout être ayant le sens, la volonté et l'exigence du bonheur avait le droit d'être riche. L'exigence du bonheur me paraissait ce qu'il y a de plus noble au cœur de l'homme. A mes yeux, tout se justifiait par elle. Un cœur pur y suffisait.


Deuxième partie : La mort consciente[modifier]

Éléments[modifier]

A se sentir si loin de tout et même de sa fièvre, à éprouver si clairement ce qu'il y a d'absurde et de misérable au fond des vies les mieux préparées, [.] se levait devant lui le visage honteux et secret d'une sorte de liberté qui naît du douteux et de l'interlope.


[.] enfoncé un peu plus dans l'abandon, sa volonté de bonheur le guidait un peu moins. [.] Il avait cependant le sentiment confus d'un manque et c'était cela qu'il attendait obscurément.


Il faut un minimum d'inintelligence pour parfaire une vie dans le bonheur.


Il rejoignait ainsi une vie à l'état pur. [.] A ce point où l'esprit nie l'esprit il touchait sa vérité et avec elle sa gloire et son amour extrême.


Le contraire d'un idéaliste c'est trop souvent un homme sans amour.


[.] l'argent est un des moyens les plus sûrs e les plus rapides pour conquérir sa dignité.


On ne naît pas fort, faible ou volontaire. On devient fort, on devient lucide.


La mort d'un Autre[modifier]

Un homme était étendu sur le trottoir. [.]La tête du mort baignait dans son sang. [.]Le cœur vide et le ventre serré, [l]a révolte [de Meursault] éclatait. [.] En lui s'élargissait un grand lac de solitude et de silence sur lequel courait le chant triste de sa délivrance.


Le temps[modifier]

Il savait maintenant que c'était à sa volonté de bonheur de prendre le pas. [.] Il comprenait que c'était au temps qu'il fallait s'accorder, qu'avoir son temps était à la fois la plus magnifique et la plus dangereuse des expériences.


Il n'avait pas encore détaché son temps d'une carcasse d'habitudes qui lui servaient de points de repère.


Pas plus que le bonheur surhumain, il n'entrevoyait d'éternité hors de la courbe des journées. Le bonheur était humain et l'éternité quotidienne.


La solitude[modifier]

[.] il était en face de la solitude tant souhaitée.


La joie[modifier]

Camus décrit sur des pages entières la joie de contempler et de participer au Monde...

Tu fais la joie de mes yeux et tu ne sais pas ce que cette joie peut avoir de place dans mon cœur.


La complexité[modifier]

[Marthe] [.] mais c'est la première fois que ce qu'il y a eu entre nous ma rendue triste et heureuse à la fois. [Meursault prend conscience :] Elle l'avait accepté tel qu'il était et l'avait enlevé à beaucoup de solitude. Il avait été injuste. Dans le même temps où son imagination et sa vanité lui avaient accordé trop de prix, son orgueil ne lui en avait pas donné assez. Il éprouvait par quel paradoxe cruel nous nous trompons toujours deux fois sur les êtres que nous aimons, à leur bénéfice d'abord et à leur désavantage ensuite.


La vie choisie[modifier]

Lécher sa vie comme un sucre d'orge, la former, l'aiguiser, l'aimer enfin. Là était sa passion. Cette présence de lui-même à lui-même, son effort désormais était de la maintenir devant tous les visages de sa vie,même au prix d'une solitude qu'il savait maintenant si difficiles à supporter. Il ne trahirait pas.


A simuler quelques recommencements, à prendre conscience de sa vie passée, il avait défini en lui ce qu'il voulait et ce qu'il ne voulait pas être. [.] Il allait très vite, décidé à profiter de sa lancée pour s'installer dans une vie qui par la suite ne lui demanderait plus d'efforts, pour accorder sa respiration au rythme profond du temps et de la vie.


Le bonheur[modifier]

Il reconnut en lui cette faculté d'oubli qui n'appartient qu'à l'enfant, au génie et à l'innocent. Innocent, bouleversé par la joie, il comprit enfin qu'il était fait pour le bonheur.


Ne renonce jamais, Catherine. Tu as tant de choses en toi et la plus noble de toutes, le sens du bonheur. N'attends pas seulement la vie d'un homme. C'est pour cela que tant de femmes se trompent. Mais attends-la de toi-même.


Le bonheur impliquait un choix et à l'intérieur de ce choix, une volonté concertée, et lucide. [.] Non pas avec la volonté du renoncement, mais avec la volonté du bonheur.


L'erreur [.] c'est de croire qu'il faut choisir, qu'il faut faire ce qu'on veut, qu'il y a des conditions du bonheur. Ce qui compte seulement, tu vois, c'est la volonté du bonheur, une sorte d'énorme conscience toujours présente. [.] Ce qui importe c'est une certaine qualité du bonheur. Je ne puis goûter le bonheur que dans la confrontation tenace et violente qu'il soutient avec son contraire. [.] Si je suis heureux c'est grâce à ma mauvaise conscience... [.] Oui, je suis humainement heureux.


Tant de soirs semblables [.] lui fit mesurer le chemin parcouru de l'espoir à la conquête.


Meursault [.] sentit alors combien le bonheur est près des larmes, tout entier dans cette silencieuse exaltation où se tissent l'espoir et le désespoir mêlés d'une vie d'homme. Conscient et pourtant étranger, dévoré de passion et désintéressé, Meursault comprenait que sa vie même et son destin s'achevaient là et que tout son effort serait désormais de d'arranger de ce bonheur et de faire face à sa terrible vérité.


La mort[modifier]

On ne vit pas plus ou moins longtemps heureux. On l'est. Un point, c'est tout. Et la mort n'empêche rien - c'est un accident du bonheur en ce cas.


Le regard lucide qu'il tenait sur sa vie était celui d'un homme. [.] et ce choix que dans l'homme crée le destin il avait fait dans la conscience et le courage. Là était tout son bonheur de vivre et de mourir.


Car lui avait rempli son rôle, avait parfait l'unique devoir de l'homme qui est seulement d'être heureux. [.] Le bonheur était qu'il fût.


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