La Danse de Gengis Cohn

Citations « La Danse de Gengis Cohn » sur Wikiquote, le recueil de citations libre
Aller à : navigation, rechercher

La Danse de Gengis Cohn est un roman de Romain Gary, écrit en 1967 et publié par Gallimard.

Partie 1 : Le dibbuk[modifier]

Chapitre I : Je me présente[modifier]

   Mon nom est Cohn, Gengis Cohn. Naturellement, Gengis est un pseudonyme : mon, vrai prénom était Moïché, mais Gengis allait mieux avec mon genre de drôlerie. Je suis un comique juif et j'étais très connu jadis, dans les cabarets yiddish : d'abord au Schwarze Schickse de Berlin, ensuite au Motke Ganeff de Varsovie, et enfin à Auschwitz.


Lorsque la police avoue son impuissance, je me sens tout regaillardi : il y a de l'espoir.


Chapitre III : Je tiens à préciser un point d'histoire[modifier]

Le rire est le propre de l'homme.


À Berlin, nous avons en ce moment un rabbin – il est venu de Londres – le rabbin David Weiz. Eh bien, il a confié au journal anglais que ce qui le surprend et l'attriste un peu, c'est, je cite, – « cette façon qu'ont les Berlinois de le montrer du doigt et de rire de lui lorsqu'il sort de la synagogue et rentre à la maison, tout le long du chemin ». Vous voyez que je n'invente rien et que notre devoir à nous autres, comiques juifs – tous les six millions – est de rester là, à faire rigoler les Allemands jusqu'à ce qu'ils disposent enfin d'armes plus puissantes que le rire.


Chapitre IV : Le rire est le propre de l'homme[modifier]

C'est assez curieux, les chefs-d'œuvres, vous ne trouvez pas ? Vous ne trouvez pas qu'ils ont quelque chose de dégueulasse ? Je dis ça comme ça, à propos de bottes. Mettez-vous dans un trou qu'on vous aura fait creuser en famille, regardez les mitrailleuses et pensez à la Joconde. Vous verrez que ce sourire... Tfou. Ignoble.


   Lorsque Hitler avait ordonné l'extermination des romanichels, on dit que de très nombreux tzigoïner avaient eux-mêmes tué leurs femmes et leurs enfants, volant ainsi les SS de l'unique satisfaction qu'ils pouvaient puiser de leur contact avec une race inférieure. Les tziganes volent tout, c'est bien connu.


Nous savons que Dieu n'est pas inaccessible à la pitié. Il a ses moments de distraction, comme tout le monde : parfois, il oublie un homme, et ça fait une vie heureuse.


Chapitre IX : Schwarze Schickse[modifier]

La différence entre les Allemands héritiers d'une immense culture et les Simbas incultes, c'est que les Simbas mangeaient leurs victimes, tandis que les Allemands les transformaient en savon. Ce besoin de propreté, c'est la culture.


Chapitre XI : Un cœur simple[modifier]

Il est permis d'avoir de l'idéal, des aspirations et de se donner beaucoup de mal pour essayer de les réaliser. On peut attendre le messie, chercher le sauveur, l'homme providentiel, le surhomme, sans se faire traiter de tous les noms. Ou alors, il n'y a qu'à dire que l'humanité est une frigide et une détraquée, condamnée à l'échec. Car enfin, il n'y a pas que l'Allemagne qui rêve, désire, attend, essaie, échoue, recommence, essaie toujours et n'aboutit jamais. On peut avoir le goût de l'absolu, de la possession totale – de la solution finale, si vous voulez – sans jamais y parvenir, mais sans se décourager. L'espoir, c'est ça qui compte.


Chapitre XII : Le retour aux sources[modifier]

[...] le renouveau a toujours été d'abord un retour aux sources.


Chapitre XIII : Elle est au-dessus de mes moyens[modifier]

Les jeunes, ils sont venus au monde avec la bombe atomique, ils ont des soleils dans les yeux ! Pour eux, vos camps d'extermination, ça fait pedzouille ! Ils en ont assez de bricolages ! Ils en ont soupé de nos bricoles juives, de nos petits pipis ! Cessez donc de vous accrocher à votre magot, à votre petit capital de souffrance, d'essayer de vous rendre plus intéressant que les autres. Les privilégiés, les peuples élus, il n'y en aura bientôt plus. Ils sont deux milliards, mon ami. Alors, qui cherchez-vous à impressionner, avec vos six millions ?


Chaptitre XVII : On nous l'avait caché[modifier]

   – Lily ? Mais elle ne rêve que de paix.
   – C'est le rêve le plus sanglant, vous devriez le savoir.


Chapitre XVIII : Il lui faut un homme providentiel[modifier]

[...] les envoyés spéciaux anglais sont particulièrement excités, vous pensez bien, ils n'ont que ça en tête, les atrocités allemandes. Les bombardements de Londres, ils ne nous les ont jamais pardonnés. Vingt après, le Sunday Times a encore la hutzpé de publier un supplément illustré sur « l'antisémitisme en Allemagne ». Quel antisémitisme ? Il ne reste que trente mille Juifs vivants en Allemagne, vous croyez que c'est avec ça qu'on peut se refaire, se redonner une idéologie ?


J'ai froid dans le dos. Je sens soudain qu'un danger terrible plane sur ceux de ma race : des nazis qui ne seraient pas antisémites. Vous imaginez un peu le mal que ça peut nous faire, un Hitler qui ne serait pas du tout contre les Juifs, au contraire, qui serait seulement contre les nègres ? Les Allemands ont failli nous avoir. Heureusement qu'ils étaient racistes.


Partie 2 : Dans la forêt de Geist[modifier]

Chapitre XXI : La princesse de légende[modifier]

Mais je vais vous dire quelque chose, entre nous, dans le plus grand secret : Dieu n'est pas un homme.
   Chut.


Chapitre XXII : Un couple parfait[modifier]

Dieu, on connaît ses limites, ça ne va jamais très loin, mais avec les hommes, c'est illimité, ils sont capables de tout.


Chapitre XXIII : Frère Océan[modifier]

   Je me souviens soudain que de la souffrance du Christ, des milliers de salopards ont tiré de très belles œuvres. Ils s'en sont régalés. Même en descendant plus bas, je me rappelle que des cadavres de Guernica, Picasso a tiré Guernica et Tolstoï a bénéficié de la guerre et de la paix pour son Guerre et Paix. J'ai toujours pensé que si on parle toujours d'Auschwitz, c'est uniquement parce que ça n'a pas encore été effacé par une belle œuvre littéraire.


Chapitre XXIV : Tous des impuissants[modifier]

   — C'est là tout le secret. L'absolu, ça ne se mange pas avec les doigts.


Chapitre XXV : Le bouc[modifier]

Mon oncle, Anathole Cohn de Lodz, qui est mort dans son lit, m'avait beaucoup étonné parce qu'à ses derniers instants, il s'était mis à rire. Je lui avais demandé ce qu'il avait. « Mes enfants, quand je pense que moi, un pauvre Juif sans éducation, je vais avoir le sort de Jules César ! »


Chapitre XXVIII : Encore les natures d'élite[modifier]

La nature, je ne sais pas si vous le savez, vit d'espoir. Elle cache une très grande attente dans son sein. Hé oui, elle est un peu rêveuse, elle aussi, elle ne perd pas courage. Elle compte y parvenir, un jour. Y revenir plutôt. Le retour au paradis, à l'Éden de ses débuts. Elle compte beaucoup sur l'homme pour cela. Sur sa disparition, je veux dire.


Chapitre XXIX : Schwarze Schikse[modifier]

Je me demande si ce n'est pas ça, le vrai, le très grand amour : deux êtres qui ne se rencontrent pas.


Partie 3 : La tentation de Gengis Cohn[modifier]

Chapitre XXXIX : Le bouquet[modifier]

« Les nègres sont très fiers, Moshelé, m'avait-il expliqué. Seulement, avec leur peau noire, on voit tout de suite qu'ils sont différents. Alors, évidemment, les autres, ceux qui savent bien qu'ils sont des hommes à part entière, se sentent insultés, humiliés et envieux, et ils tuent parfois un noir pour forcer les autres à capituler et à accepter la fraternité, les obliger à devenir des hommes à part entière. Cette idée que les noirs sont différents, il y a des blancs que ça rend fou d'envie, ils ne peuvent pas accepter l'idée que certains ont eu la chance d'y couper.


Vous pouvez également consulter les articles suivants sur les autres projets Wikimédia :

Article sur Wikipédia.