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Léopold Sédar Senghor

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.
Léopold Sédar Senghor (1948).

Léopold Sédar Senghor est un poète et écrivain sénégalais, né le à Joal (Sénégal) et mort le à Verson (France). Il fut le premier président de la république du Sénégal.

Citations

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Chants d’ombre 1945

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Mes regrets, ce sont les toits qui saignent au bord des eaux, bercés par l’intimité des bosquets.


Au fond du puits de ma mémoire, je touche
Ton visage où je puise l’eau qui rafraîchit mon long regret.


Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages perdus.


Que je respire l'odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j'apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.


Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté !
J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux.
Et voilà qu'au cœur de l'Eté et de Midi, je te découvre,
Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle.


Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau
Délices des jeux de l'esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Éternel
Avant que le Destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.


Visage de l’aube du monde, ne t’ouvre pas comme un col tendre pour émouvoir ma chair.


Voici que meurt l’Afrique des empires – c’est l’agonie d’une princesse pitoyable.
  • Poèmes, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1984  (ISBN 2-02008816-9), partie Chants d’ombre, Prière aux masques, p. 23 (lire en ligne)


Nous sommes les hommes de la danse, dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur.
  • Poèmes, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1984  (ISBN 2-02008816-9), partie Chants d’ombre, Prière aux masques, p. 24 (lire en ligne)


Toute victoire dure l’instant d’un battement de cils qui proclame l’irréparable doublement.
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 60


Que vaste que vide la cour à l’odeur de néant Comme la plaine en saison sèche qui tremble de son vide.
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 72


Aux champs de la défaite si j’ai replanté ma fidélité, c’est que Dieu de sa main de plomb avait frappé la France.
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 75


Hosties noires, 1948

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Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous la glace et la mort
Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère de sang ?

Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
Je ne laisserai pas – non ! – les louanges de mépris vous enterrer furtivement.
Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France.

  • Paris, avril 1940.
  • « Poème liminaire », dans Poèmes, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1984  (ISBN 2-02008816-9), partie Hosties noires, p. 55 (lire en ligne)


Notre noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d’être son rythme et son cœur.
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 83


Tu ne m’entends pas quand je t’entends, telle la mère anxieuse qui oublie de presser le bouton du téléphone.
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 89


La mort nous attend peut-être sur la colline ; la vie y pousse sur la mort dans le soleil chantant.
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 92


Reconnais ton fils à l’authenticité de son regard, qui est celle de son cœur et de son lignage.
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 94


Peut-il voir le paradis perdu derrière l’horizon des temps fabuleux ?
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 105


Qui fera les travaux de honte si ce n’est ceux qui sont nés nobles ?
  • Chants d’ombre suivi de Hosties noires, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1945  (ISBN 978-2-02-001655-1), p. 121


Éthiopiques, 1956

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Jeunes filles aux gorges vertes, plus ne chantez votre Champion et plus ne chantez l'Élancé.
Mais je ne suis pas votre honneur, pas le Lion téméraire, le Lion vert qui rugit l'honneur du Sénégal.
Ma tête n'est pas d'or, elle ne vêt pas de hauts desseins
Sans bracelets pesants sont mes bras que voilà, mes mains si nues !
Je ne suis pas le Conducteur. Jamais tracé sillon ni dogme comme le Fondateur
La ville aux quatre portes, jamais proféré mot à graver sur la pierre.
Je dis bien : je suis le Dyâli.

  • Poèmes, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, coll. « Points », 1984  (ISBN 2-02008816-9), partie Éthiopiques, L’Absente, p. 110 (lire en ligne)
  • Poésie complète, Léopold Sédar Senghor, éd. CNRS, 2007  (ISBN 978-2271-06604-6), partie Éthiopiques, L’Absente, p. 235


Le pouvoir ne s'obtient sans sacrifice, le pouvoir absolu exige le sang de l’être le plus cher.


Ce n’est pas haïr que d’aimer son peuple.
Je dis qu'il n'est pas de paix armée, de paix sous l'oppression
De fraternité sans égalité. J’ai voulu tous les hommes frères.


La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre, 1953

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Il faut connaitre les dangers pour pouvoir éviter à temps.
  • La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (1953), Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji, éd. NEA/EDICEF, coll. « Afrique en poche », 1990  (ISBN 2-841-29832-9), p. 7


Prudence est mère de sûreté.
  • La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (1953), Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji, éd. NEA/EDICEF, coll. « Afrique en poche », 1990  (ISBN 2-841-29832-9), p. 35


Dans la vie, ceux qui ont doivent donner à ceux qui n’ont pas, ceux qui peuvent doivent faire pour ceux qui ne peuvent pas, et ceux qui savent doivent enseigner ceux qui ne savent pas.
  • La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (1953), Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji, éd. NEA/EDICEF, coll. « Afrique en poche », 1990  (ISBN 2-841-29832-9), p. 80


Pas de paix sans solitude et pas de bonheur sans paix.
  • La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (1953), Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji, éd. NEA/EDICEF, coll. « Afrique en poche », 1990  (ISBN 2-841-29832-9), p. 126


Bien réfléchir avant de parler est le meilleur moyen de trouver une réponse.
  • La Belle Histoire de Leuk-le-Lièvre (1953), Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji, éd. NEA/EDICEF, coll. « Afrique en poche », 1990  (ISBN 2-841-29832-9), p. 171


Liberté

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1, Négritude et humanisme, 1964

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La première fois que je vis un tableau de Pierre Soulages, ce fut un choc. Je reçus, au creux de l’estomac, un coup qui me fit vaciller, comme le boxeur, touché, qui soudain s’abîme. C’est exactement l’impression que j’avais éprouvée à la première vue d’un masque dan. Ce n’est pas hasard, les peintures de Soulages me rappellent, toujours, les sculptures, voire les peintures négro-africaines. C’est le même mépris de toute vaine élégance, qui ne va pas sans élégance, la même évidence qui s’impose, la même saisie du spectateur à la racine de la vie.
  • « Pierre Soulages » (1958), dans Liberté 1. Négritude et humanisme, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1964  (ISBN 2-02-002242-7), p. 232


De nouveaux Etats autonomes ou indépendants naissent en Afrique noire. Depuis dix ans, chaque année voit monter, au ciel, de nouvelles étoiles. En Amérique, le réveil a été sonné, depuis plus d'un quart de siècle, par des artistes et écrivains qui avaient fait le pèlerinage aux sources. Mais que font, que feront les peuples noirs de leur liberté retrouvée ? C'est l'évidence, une liberté sans conscience est pire que l'esclavage. L'esclave sait, au moins, son esclavage. L'impérialisme culturel, nous l'oublions trop souvent, est la forme la plus dangereuse du Colonialisme : il obscurcit la conscience.
  • « Éléments constructifs d'une civilisation d'inspiration négro-africaine », Présence Africaine, no24/25. Deuxième congrès des écrivains et artistes noirs (Rome : 26 mars - 1er avril 1959), 1959 [texte intégral] 
  • « Éléments constructifs d'une civilisation d'inspiration négro-africaine » (1959), dans Liberté 1. Négritude et humanisme, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1964  (ISBN 2-02-002242-7), p. 282


[…] le mot « poétique » indique une volonté de thématisation, qui n’est pas dans les intentions de Pierre Soulages. Celui-ci se défend d’être un théoricien. Des nombreuses conversations que j'ai eues avec lui, je n'ai jamais pu lui arracher une théorie de sa peinture, encore moins de la peinture. Tout au plus, consent-il à vous dire comment il procède et avec quels instruments. Poussé au bout de ses retranchements, Soulages confesse qu'en commençant un tableau, il n'a pas, en tête, une idée, qu'il transposerait sur la toile. Il ajoute, parfois, qu'il est simplement mu par le besoin de peindre, qu'il se laisse guider par sa main, plus exactement par son bras. Faisons la part de la modestie: de la pudeur. Il reste que nous avons, là, un fil conducteur pour comprendre non pas la poétique, mais la poésie de Pierre Soulages : la nature intime de ses tableaux. Mon ami Césaire m'a dit qu'il en était ainsi de lui-même: devant la feuille blanche, il ne savait quel poème y naîtrait ; le poème se faisait, s'ordonnait en s'écrivant. C'est une seconde indication. Si je réfléchis à la nature intime des tableaux de Soulages, à leur dénominateur commun, je ne peux trouver que le mot de poésie.
  • Les cahiers du musée de poche, janvier 1960.
  • « La poésie de Pierre Soulages » (1960), dans Liberté 1. Négritude et humanisme, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1964  (ISBN 2-02-002242-7), p. 300


2, Nation et voie africaine du socialisme, 1971

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L'enseignement visera, avant tout, en Afrique noire, à donner une culture à la fois indigène et française, car je pense que toute civilisation résulte d'un métissage.
  • Assemblé nationale, 21 mars 1946.
  • « L’enseignement base de l’évolution des peuples » (1946), dans Liberté 2. Nation et voie africaine du socialisme, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1971  (ISBN 2-02-002304-0), p. 14


3, Négritude et civilisation de l’universel, 1977

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« […] quel coup de tonnerre, soudain, que celui de Frobenius !… Toute l'histoire et toute la préhistoire de l'Afrique en furent illuminées – jusque dans leurs profondeurs. »
Nul mieux que Frobenius ne révéla l'Afrique au monde et les Africains à eux-mêmes. Je ne saurais mieux faire que de dire ici, les leçons que nous avons tirées de la lecture de l'œuvre de Frobenius, et surtout de ses deux ouvrages fondamentaux, traduits en français : Histoire de la Civilisation africaine et Le Destin des Civilisations. Quand je dis « nous », il s'agit de la poignée d'étudiants noirs qui, dans les années 1930, au Quartier latin, à Paris, lancèrent, avec Aimé Césaire, l'Antillais, et Léon Damas, le Guyanais, le mouvement de la Négritude. J'ai encore devant moi, en ma possession, l'exemplaire d'Histoire de la Civilisation africaine, à la troisième page de laquelle, après la couverture, Césaire a inscrit : « décembre 1936 ». […] quel coup de tonnerre, soudain, que celui de Frobenius !… Toute l'histoire et toute la préhistoire de l'Afrique en furent illuminées – jusque dans leurs profondeurs. Et nous portons encore, dans notre esprit et dans notre âme, les marques du Maître, comme des tatouages exécutés aux cérémonies d'initiation dans le bois sacré.
  • « Les leçons de Leo Frobenius », dans Leo Frobenius 1873/1973 : une anthologie, Franz Steiner Verlag, (SUDOC 017518385), p. VII.
  • « Les leçons de Leo Frobenius », dans Liberté 3. Négritude et civilisation de l’universel, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1977  (ISBN 2-02-004660-1), p. 398


Il y a des artistes, tel Picasso, dont le génie est de créer et détruire sans fin. Soulages est de ceux, comme l'a montré James Johnson Sweeney, qui approfondissent le monde qu'ils ont crée, qui l'épanouissent en multipliant leur modèle pour le recréer et le varier sans fin. « Sans fin », je dis : jusqu'à la mort, avec laquelle tout grand artiste est confronté sa vie durant – pour prévaloir contre elle.
  • « La puissance créatrice de Pierre Soulages », Éthiopiques, no2, 1975 , discours prononcé le 29 novembre 1974 lors de l’inauguration de l’exposition au musée dynamique de Dakar.
  • « La puissance créatrice de Pierre Soulages », dans Liberté 3. Négritude et civilisation de l’universel, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1977  (ISBN 2-02-004660-1), p. 553


Ce qu'exprime la peinture de Soulages, avec une rare puissance, c'est l'homme dans la fraîcheur intégrale de l'é-motion : l'homme, saisi par une de ces forces vitales qui meuvent l'univers. L'émotion avant sa cristallisation en sentiment, en idée. Et c'est pour exprimer cet ineffable phénomène humain que Soulages a créé un nouveau monde par un art nouveau. Et que cet art soit frère de l'art négro-africain, non par imitation mais par nature, nous ne serons pas les derniers à nous en réjouir.
  • « La puissance créatrice de Pierre Soulages », Éthiopiques, no2, 1975 .
  • « La puissance créatrice de Pierre Soulages », dans Liberté 3. Négritude et civilisation de l’universel, Léopold Sédar Senghor, éd. Seuil, 1977  (ISBN 2-02-004660-1), p. 560


Éducation et culture, 2014

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Je me rappelle encore le moment précis où se révéla à moi votre grand ethnologue Leo Frobenius dans la traduction française de ses ouvrages intitulés Histoire de la Civilisation africaine et Le Destin des Civilisations. Ce fut – les mots ne sont pas forts – un éclat, un saisissement, dans les ténèbres où nous nous débattions. Toutes les idées confuses qui s'agitaient dans nos têtes, à nous jeunes militants de la Négritude, et qui cherchaient leur expression, trouvèrent soudain une colonne vertébrale. Au moment que l'on déniait aux Négro-Africains toute culture, voire toute civilisation, un grand savant et philosophe de l’Occident déclarait que les Nègres étaient « civilisés jusqu'à la moelle des os ! »
  • Remise du diplôme de Docteur honoris causa, université de Munich, 6 mai 1977.
  • « Pour un nouvel ordre culturel mondial » (1977), dans Éducation et culture, Léopold Sédar Senghor (textes inédits réunis par A. Raphaël Ndiaye et Doudou Joseph Ndiaye), éd. Fondation Léopold Sédar Senghor/Présence africaine, 2014  (ISBN 978-2-7087-0880-8), p. 137


Ce n'est pas dans les solennelles déclarations publiques, si souvent emphatiques, à une universalité hypocrite, parce qu'incolore, que réside la possibilité du dialogue réel entre les hommes et les cultures; c'est dans un effort patient et soutenu « d'accord conciliant », où chaque peuple, mesurant l'orgueil d'être différent au bonheur d'être ensemble, apportera sa contribution à l'édification de la Civilisation de l'Universel.
  • « Pour un nouvel ordre culturel mondial » (1977), dans Éducation et culture, Léopold Sédar Senghor (textes inédits réunis par A. Raphaël Ndiaye et Doudou Joseph Ndiaye), éd. Fondation Léopold Sédar Senghor/Présence africaine, 2014  (ISBN 978-2-7087-0880-8), p. 143


Citations rapportées

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Vous, les mathématiciens, vous faites de la poésie des sciences.
  • Phrase reprise par Cédric Villani comme titre de son livre Les mathématiques sont la poésie des sciences
  • Les mathématiques sont la poésie des sciences, Cédric Villani, éd. Flammarion, 2018, p. 16


Citations sur

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Tanella Boni

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Voir le recueil de citations : Tanella Boni
Il y a ceux qui, depuis toujours, n'arrivent pas à choisir entre Césaire et Senghor. Il y a ceux qui le placent sur un piédestal comme un Dieu parmi les hommes. Il y a, et ils sont nombreux, ceux qui se défendent d'être "senghoriens" mais ne tarissent pas d'éloges à l'égard de l'homme illustre. Voilà comment nous nous déplaçons à l'ombre de Senghor. Pour ou contre Senghor, l'ombre plane toujours. Et puis, combien de pères fondateurs, en Afrique, ont-ils marqué leur pays et leur peuple du sceau de la pensée, des arts et lettres, de la culture en général ?
  • « Senghor, le siècle avait six ans… », Africultures, 2002 [texte intégral] .
  • « Senghor, le siècle avait six ans… », dans La diversité du monde : réflexions sur l'écriture et les questions de notre temps, Tanella Boni, éd. L’Harmattan, 2010  (ISBN 978-2-296-10348-1), partie Escales littéraires et artistiques, p. 190


Aimé Césaire

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Voir le recueil de citations : Aimé Césaire
Ami, je crois que nous le fûmes du premier jour où nous nous rencontrâmes. C'était, je m'en souviens, par un jour de l'automne parisien. Le décor : la montante rue Saint-Jacques et l'austère bâtisse du lycée Louis-le-Grand. Je suis débarqué, il y a à peine quinze jours, de mon île natale et viens m'inscrire dans cette classe préparatoire que dans notre jargon nous appelions l'hypokhâgne; un peu perdu, un peu ahuri dans ce milieu sévère, voire rébarbatif. Et puis, tout à coup, le monde s'éclaire comme d'un sourire, un jeune homme vient à moi, c'est un Africain, un Sénégalais. Il vient avec toute l'aisance d'un ancien de la maison. Au moins, me disais-je, celui-là, c'est un « carré » ou un « cube ». Nul besoin d'attendrir ce « carré » ou ce « cube », il me tend la main, me prend par les épaules, et, de sa voix d'une très particulière mélodie, me dit : « Alors, mon frère, d'où viens-tu ? » Vous avez deviné que mon interlocuteur s'appelait Léopold Sédar Senghor, et qu'il fut mon cicérone dans le labyrinthe du savoir et de la montagne Sainte-Geneviève.
  • Discours, mairie de Fort-de-France, 13 février 1976
  • Léopold Sédar Senghor : genèse d'un imaginaire francophone ; suivi d'un entretien avec Aimé Césaire, Jean-Michel Djian, éd. Gallimard, 2005  (ISBN 2-07-077601-8), p. 242 (lire en ligne)


« 

je n'aurai garde d'oublier la parole
du dyali
[…]
tu dis dyali
et Dyali je redis
le diseur d'essentiel
le toujours à redire[1]

 »
[…] c'est un grand poète, un vrai poète, un poète africain. Je lui ai dédié un poème et le mot qui m'est venu spontanément c'est "Dyâli"[1] autrement dit "le diseur de parole", le "poète", comme il s'appelle lui-même "le maître de langue". Je le lui ai envoyé et cela l'a beaucoup ému. Le Dyali c'est aussi celui qui montre le chemin. Nos vies vont s'écrouler, comme le pont de lianes, mais il y a ce qui a été fait, ce qui a été dit, ce qui a été montré, et ce qui continue à montrer le chemin aux autres.
  • « C'est par le poème que nous affrontons la solitude : une interview avec Aimé Césaire », Charles H. Rowell, Callaloo, nº 38, 1989, p. 50-52 (lire en ligne)


T'en souvient-il, Léopold, de ces fiévreuses années où dans le monde de l'avant-guerre, à l'âge où l'on se forme et l'on peut rêver sa vie, nos cœurs et nos esprits cherchaient à démêler les fils d'une histoire universelle où la page africaine restait vide, et où l'on déniait à l'homme noir le droit à l'humanisation ? Nous avons alors vécu près de dix ans sans jamais nous quitter, échangeant nos réflexions, échangeant nos livres, nous disputant, concevant ensemble l'avenir que notre jeunesse nous promettait d'embraser par notre feu commun : la parole poétique.
  • « Lettre à l’ami[2] », Aimé Césaire, dans Présence Senghor: 90 écrits en hommage aux 90 ans du poète-président, Collectif, éd. Unesco, 1997  (ISBN 978-92-3-203473-1), p. 39 (lire en ligne)


Léopold, tu restes pour moi le frère fondamental, celui qui a apporté au jeune déraciné que j'étais quand tu m'as ouvert les bras au lycée Louis-le-Grand, en ce jour de septembre 1931, la clé de moi-même : l'Afrique, les Afriques, Notre Afrique avec sa philosophie et son humanisme profond.
  • « Lettre à l’ami », Aimé Césaire, dans Présence Senghor: 90 écrits en hommage aux 90 ans du poète-président, Collectif, éd. Unesco, 1997  (ISBN 978-92-3-203473-1), p. 40 (lire en ligne)


  • Léopold Sédar Senghor : genèse d'un imaginaire francophone ; suivi d'un entretien avec Aimé Césaire, Jean-Michel Djian, éd. Gallimard, 2005  (ISBN 2-07-077601-8), partie Rencontre avec Aimé Césaire. Fort-de-France, automne 2005, p.  (lire en ligne)
    Cette source est trop vague : les champs page doivent être renseignés. Conformément à notre Charte, si des références précises ne sont pas données, la citation devra être retirée de la page.


Souleymane Bachir Diagne

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Voir le recueil de citations : Souleymane Bachir Diagne
Lorsqu'on remonte les sources, qu'on pèse les influences pour repérer les idées dont elle est la synthèse, on découvre bien sûr d'abord que la pensée de Léopold Sédar Senghor, sa philosophie de l'Africanité, c'est aussi les philosophies au milieu desquelles il a vécu et pensé […]. La négritude, ainsi que Senghor a baptisé sa philosophie, c'est l'Afrique et sa diaspora, c'est le mouvement de la Harlem Renaissance, c'est aussi Sartre, c'est Bergson, c'est Lévy-Bruhl, c'est Marx et Engels, c'est Frobenius, c'est Picasso, c'est Teilhard de Chardin et d'autres. C'est, d'un mot, une manière de faire (théoriquement) flèche de tout bois. […] Mais au foyer de toutes ces directions où verse la pensée, l'intuition première, quelle est-elle ? C'est, d'un mot, qu'il y a une vérité de l'art africain et qui est philosophie.
  • Léopold Sédar Senghor : l'art africain comme philosophie, Souleymane Bachir Diagne, éd. Riveneuve, 2019  (ISBN 978-2-36013-549-3), chap. Introduction, p. 12-13


Véronique Tadjo

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Voir le recueil de citations : Véronique Tadjo
Senghor s’est toujours réclamé de ses sources africaines. […] Ce qui me touche particulièrement dans sa poésie, c’est tout ce qui a trait au royaume d’enfance : « Paradis, mon enfance africaine… » (Chants d’ombre). C’est la clé de la poésie senghorienne. Remonter aux sources ancestrales, s’enraciner dans la culture africaine pour se projeter dans l’avenir. Le royaume d’enfance, c’est la fibre poétique, l’histoire, les rites ordonnés, la relation à la parole organisée. C’est l’époque où chaque chose avait sa place.
  • « C’est le rite du recommencement », Véronique Tadjo, dans Présence Senghor: 90 écrits en hommage aux 90 ans du poète-président, Collectif, éd. Unesco, 1997  (ISBN 978-92-3-203473-1), p. 222 (lire en ligne)


Je me réclame de la négritude. Nous sommes tous nés de Senghor et de Césaire. Comment pourrait-il en être autrement puisque je me suis nourrie de cette poésie, de son ferment, de son rêve d’avenir ? C’est elle qui m’a montré le chemin de l’espoir et de la revendication.
  • « C’est le rite du recommencement », Véronique Tadjo, dans Présence Senghor: 90 écrits en hommage aux 90 ans du poète-président, Collectif, éd. Unesco, 1997  (ISBN 978-92-3-203473-1), p. 223-224 (lire en ligne)


Du chant de Senghor, je retiendrai la force d’avoir cru, la pure envie d’espérer et le désir de faire. Rien n’est plus vrai. Senghor s’est habillé de poésie, il en a fait sa raison d’être. Il a écrit toute sa vie sans jamais remettre en question son emprise sur sa vie.
  • « Senghor ou la force de croire », Véronique Tadjo, dans Mémoire Senghor : 50 écrits en hommage aux 100 ans du poète-président,, Collectif, éd. Unesco, 2006  (ISBN 978-92-3-204046-6), p. 170 (lire en ligne)


Le poète a pour mission de reconstruire la vie, de faire renaître la cité de ses cendres. À travers le geste premier, l’émotion entière, non fabriquée. « Ceux qui sont morts ne sont jamais partis ! », écrivait Birago Diop. Senghor rejoint le poète de Souffles en avançant qu’il n’y a pas de frontière entre les morts et les vivants, entre le présent et l’avenir.
  • « Senghor ou la force de croire », Véronique Tadjo, dans Mémoire Senghor : 50 écrits en hommage aux 100 ans du poète-président,, Collectif, éd. Unesco, 2006  (ISBN 978-92-3-204046-6), p. 172 (lire en ligne)


Notes et références

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  1. 1,0 et 1,1 « Dyâli », poème publié dans Éthiopiques, 48-49 ,1988. Repris notamment dans Aimé Césaire (édition établie par Daniel Maximin et Gilles Carpentier), La Poésie, Seuil, (1re éd. 1994) (ISBN 978-2-02-085767-3), « Comme un malentendu de salut… (recueil inédit) », p. 499-500 et dans Senghor 2007, Introduction. Ouverture : Deux saluts à Senghor, p. XV-XVI.
  2. Texte repris partiellement dans Mémoire Senghor : 50 écrits en hommage aux 100 ans du poète-président, Unesco, 2006 (ISBN 978-92-3-204046-6) [lire en ligne], p. 29-30 ; et intégralement dans Senghor 2007, p. XVI-XVIII.

Voir aussi

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