Léonora Miano
Apparence

Léonora Miano, née le à Douala (Cameroun), est une écrivaine franco-camerounaise d'expression française. Elle fut Lauréate du Grand prix littéraire de l'Afrique noire en 2011.
Citations
[modifier]Contours du jour qui vient, 2006
[modifier]Tels des astres éteints, 2008
[modifier]Toi, la terre qui n’existe pas. Toi, le creux dans lequel tous projettent leur néant. Ils te rêvent de loin, se créent en toi un espace à dominer, à sublimer, à façonner, à mépriser, à révérer, à sauver. Aucun ne saisit véritablement ton épaisseur, ta densité.
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Pocket, 2010 (ISBN 978-2-266-19375-7), chap. Intro : Come Sunday, p. 13
Terre. Mère. Entends comme on te fixe. Sens comme on te pétrifie. On prétend célébrer ton éternité. Mais l’éternité, on n’y prend pas assez garde, ne vient qu’après la vie.
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Pocket, 2010 (ISBN 978-2-266-19375-7), chap. Intro : Come Sunday, p. 14
Je t’appréhende de la seule manière qui vaille : du dedans. Je touche alors ce qu’il me faut savoir de toi. Une amorce de vérité. Tu es ma chair. C’est de ta glaise que je suis faite. C’est la couleur que tu m’as donnée qui me vaut d’être ce que je suis. Une errante. Un point suspendu.
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Pocket, 2010 (ISBN 978-2-266-19375-7), chap. Intro : Come Sunday, p. 15
Citation choisie pour le 28 décembre 2021.
Endimanché et grave. Il exerçait son droit d’autochtone héréditaire. Il votait pour dire son refus de partager avec tous ces métèques son héritage de culture et de bon goût. Après les élections, le monde ne changeait pas. Il y avait toujours autant de couleurs. Rien à faire pour retourner vers jadis. Après que la souche avait voté, on ne se remettait pas à danser la bourrée .
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Plon, 2008 (ISBN 978-2259206280), p. 22
Ce n’était pas la misère qui poussait au départ. Dans le monde entier, des millions de miséreux restaient sur leur sol de naissance. Ceux qui venaient jusqu’ici étaient mus par un désir plus intime. Souvent difficile à circonscrire par le verbe.
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Plon, 2008 (ISBN 978-2259206280), p. 44
Le Nord ne disait jamais que parmi ceux qui cherchaient la vie, beaucoup restaient sur le Continent. Bien souvent, ils ne passaient la frontière que pour s’arrêter dans le pays voisin. Il leur fallait seulement un espace vierge où déployer l’énergie que la terre natale écrasait. Il comprenait mieux que personne le sentiment de liberté qu’on pouvait éprouver à vivre là où on n’avait pas de passé. C’était comme renaître. Délesté des pesanteurs, on était face à soi-même. Contrairement à ce qui se disait dans les journaux, cela pouvait se révéler salutaire d’être étranger quelque part. De loin, on perdait de vue les défauts du pays. On n’en voyait que les qualités. On les sublimait. Le pays devenait ce paradis où on irait couler des vieux jours tranquilles quand on n’aurait plus rien à prouver. Plus rien à lui prouver.
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Plon, 2008 (ISBN 978-2259206280), p. 44
Ce n’était pas la pauvreté qui alignait les candidats au départ en longues rangées mobiles dans le désert. Même s’ils l’ignoraient. Il y avait quelque chose de plus profond. Parfois, une sensibilité particulière. La plupart du temps, une blessure inguérissable. Quelque chose qu’on ne pardonnait pas au pays.
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Plon, 2008 (ISBN 978-2259206280), p. 45
Le racisme véritable, pour Amandla, consistait en deux choses : le pouvoir de détruire l’autre, la mise en œuvre de cette capacité.
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Plon, 2008 (ISBN 978-2259206280), p. 97
La rupture est en nous, que l'Histoire a posée à la frontière. Les mondes s'y touchent, mais refusent la jonction. Ils se méprisent, se combattent, nous somment de choisir notre camp. Il nous faut trouver comment être ce peuple du milieu. L'amour n'était pas, dans les mouvements de notre conception. Et nous sommes là, vivants malgré nous. Du long de la frontière qui est notre destinée, nous ne devrions pas avoir à choisir. Nous devrions nous dresser, pour brandir notre science : le meilleur de l’un et l’autre monde. Là où poussent nos racines, nos branches ne sont pas[1]. Là où s’étendent nos branches, il n’y a pas de limite. En principe. Il n’en est pas ainsi, puisque les mondes en nous se touchent, et demeurent disjoints. Qui dit que nous ne sommes pas entrés dans l'Histoire, quand c’est de trop la connaître qui déchire et qui brûle ?
- Tels des astres éteints, Léonora Miano, éd. Plon, 2008 (ISBN 978-2-259-20628-0), chap. Outro : Come Sunday, p. 402 (lire en ligne)
La saison de l'ombre, 2013
[modifier]Le rêve est un voyage en soi, hors de soi, dans la profondeur des choses et au-delà.
- La saison de l'ombre, Léonora Miano, éd. Grasset & Fasquelle, coll. « Pocket », 2013 (ISBN 978-2-266-24877-8), p. 15
Il est dangereux de répondre à un appel dont on ne sait, avec certitude, de qui il émane.
- La saison de l'ombre, Léonora Miano, éd. Grasset & Fasquelle, coll. « Pocket », 2013 (ISBN 978-2-266-24877-8), p. 21
Révéler son nom à quelqu'un, c'est lui confier une part précieuse de soi-même, se dénuder devant lui.
- La saison de l'ombre, Léonora Miano, éd. Grasset & Fasquelle, coll. « Pocket », 2013 (ISBN 978-2-266-24877-8), p. 81
Tout ce qui vit abrite un esprit. Tout ce qui vit manifeste la divinité.
- La saison de l'ombre, Léonora Miano, éd. Grasset & Fasquelle, coll. « Pocket », 2013 (ISBN 978-2-266-24877-8), p. 118
Ce qui existe naturellement ne devient bon ou mauvais qu'au contact d'une volonté.
- La saison de l'ombre, Léonora Miano, éd. Grasset & Fasquelle, coll. « Pocket », 2013 (ISBN 978-2-266-24877-8), p. 152
C'est d'être nommé qui fait exister ce qui vit.
- La saison de l'ombre, Léonora Miano, éd. Grasset & Fasquelle, coll. « Pocket », 2013 (ISBN 978-2-266-24877-8), p. 153
Crépuscule du tourment, 2016
[modifier]On a beau écouter, on n’entend que ce qui est au fond de soi.
- Crépuscule du tourment, Léonora Miano, éd. Pocket, 2016 (ISBN 978-2-266-27310-7), chap. I, p. 9
C’est à l’ombre que s’épanouissent certaines douleurs. C’est dans le silence que fleurissent ces obsessions qui deviennent le moteur et le tracé de nos existences.
- Crépuscule du tourment, Léonora Miano, éd. Pocket, 2016 (ISBN 978-2-266-27310-7), chap. I, p. 10
La confiance est un risque à ne pas prendre, et la chance, un animal rusé qui s’attrape au lasso après qu’on l’a traqué de nuit, de jour, au péril de sa propre vie.
- Crépuscule du tourment, Léonora Miano, éd. Pocket, 2016 (ISBN 978-2-266-27310-7), chap. I, p. 11
Certaines questions ne sont pas abordées avec les enfants, mais rien ne leur interdit de tendre l’oreille.
- Crépuscule du tourment, Léonora Miano, éd. Pocket, 2016 (ISBN 978-2-266-27310-7), chap. I, p. 23
On aime bien dire que ce sont les autres, les auteurs de nos actes, les responsables de nos choix, on aime bien refuser d'être libres.
- Crépuscule du tourment, Léonora Miano, éd. Pocket, 2016 (ISBN 978-2-266-27310-7), chap. III, p. 183
Rouge impératrice, 2019
[modifier]L'autre langue des femmes, 2021
[modifier]Prenons l'exemple de la société bassa du Cameroun, dans laquelle la femme mariée pouvait avoir un amant, lequel était connu de son époux. L'amant dont le rôle n'était que de choyer la femme et de lui donner du plaisir, n'était pas le rival de l'époux. Il couvrait de cadeaux sa belle, lui apportait le produit de sa chasse, bâtissait pour abriter leurs amours un lieu à l'écart, par respect pour le mari. L'amant n'avait aucune autorité sur la femme, et ne devait en aucun cas la brutaliser.
- L'autre langue des femmes, Léonora Miano, éd. Grasset, 2021 (ISBN 9782246824633), chap. Femmes de pouvoir, p. 48
Les aventures de la foufoune, 2024
[modifier]Suivant une inspiration connue d'elle seule, la déesse ouvrit les jambes, glissa une main, la gauche, entre ses cuisses monumentales. Se caressant la vulve, l'ètre suprême se fit jouir. L'abondance de son plaisir créa fleuves, lacs et rivières.
- Les avantures de la foufoune, Léonora Miano, éd. Seuil, 2024, chap. La foufoune des premiers temps, p. 12
Les types qu'on vient breaker ouvertement les soirs de grandes chaleur, ce n'est pas pour en faire des amants réguliers, ce sont des oiseaux de passage.
- Les avantures de la foufoune, Léonora Miano, éd. Seuil, 2024, chap. La foufoune amoureuse mais voilà, il n'était pas né quand Thriller est sorti et ce n'est pas tout..., p. 29
je veux une étreinte cosmique, des ébats telluriques.
- Les avantures de la foufoune, Léonora Miano, éd. Seuil, 2024, chap. La foufoune révolutionnaire, p. 111
Entretiens et émissions
[modifier]Toute vérité romanesque est partiale, partielle, parcellaire.
- « Leonora Miano : l'Afrique a besoin d'entendre un discours de responsabilité, même si cela déplaît », Paul Yange, grioo.com, 23 mai 2006 (lire en ligne)
Le problème des populations africaines subsahariennes et de descendance afro n'est plus ce qu'ils ont subi à cause de la couleur ; c'est surtout qu'ils ont été infériorisés pour leur couleur.
- « Léonora Miano "Tels des astres éteints" ou les désastres éteints », Wandat Nicot, Amina, juillet 2008 (lire en ligne)
C'est cinq cents ans de mémoire africaine dont nous ne parlons pas suffisamment, alors que nous avons beaucoup de choses à dire et de figures à sauver.
- « Le nouveau roman de Léonora Miano La saison de l'ombre », François Zoomevele Effa, Amina, novembre 2013 (lire en ligne)
Quand on parle de cette disparition du monde connu, on ne dit jamais que d'autres l'ont vécu avant. Et ces autres qui l'ont vécu avant, ils ont une bonne nouvelle pour vous : on n'en meurt pas de la disparition du monde connu, on invente autre chose.
- Léonora Miano, Ce soir au jamais, France 2, 8 novembre 2013 (accéder en ligne)
Je viens du Cameroun, et ce n’est pas parce que j’ai la citoyenneté française que je cesse d’appartenir à l’Afrique, je lui appartiens de manière inconditionnelle et définitive, ce n’est pas une question de citoyenneté, l’Afrique est ma matrice.
- Léonora Miano, 24 avril 2014, dans Léonora Miano : « J’appartiens à l’Afrique de manière inconditionnelle », Clarisse Juompan.
Il ne me semble pas devoir définir mon Afrique. Définir, ce serait réduire. J’examine les drames du continent, ses désirs parfois contradictoires, les passions tristes qui l’entravent encore, ses blessures non cicatrisées, sa difficulté à se libérer des forces intérieures et extérieures qui l’oppressent. Et je suis habitée par des Afriques multiples : anciennes ou actuelles, résilientes et créatives, enracinées dans leur patrimoine culturel, leurs spiritualités, leur art de vivre, conscientes des mutations qu’il leur faut apprivoiser pour se recréer.
- Réponse à la question : « Vous dites appartenir à l’Afrique de « manière inconditionnelle ». Comment définiriez-vous « votre » Afrique ? »
- « Leonora Miano : “C’est à partir de ce qu’ils sont que les Subsahariens se réinventeront”[2] », Chantal Cabé (propos recueillis par), La Vie, août 2020 (lire en ligne)
Je déplore la tendance du féminisme à vouloir tout étiqueter, tout coloniser
- « Léonora Miano : “Je déplore la tendance du féminisme à vouloir tout coloniser” », Juliette Cerf, Télérama, 21 septembre 2021 (lire en ligne)
Citations rapportées
[modifier]il n’y a pas de noirs en Afrique
- « “Afropea. Utopie post-occidentale et post-raciale”, de Léonora Miano », Hannah Attar, Philosophie Magazine, 6 octobre 2020 (lire en ligne)
La parole qui vient de l’Occident est tellement puissante qu’elle ne permet pas aux autres de penser en leurs propres termes.
- Léonora Miano, Plus on est de fous, plus on lit!, Marie-Louise Arsenault, Radio Canada, 16 novembre 2021
Citations sur
[modifier]Miano est une auteure qui donne avant tout une voix à la femme, dont seule la focalisation semble digne de dépeindre le réel, à condition qu’on refuse son bâillonnement. Son monde est conduit par le discours des femmes, véritables pythies africaines, même lorsqu’il ne sert qu’à témoigner de la toute puissance criminelle des hommes.
- « Le « tiers-espace » de Léonora Miano romancière afropéenne », Sylvie Laurent, Cahiers d'Études africaines (ISSN 1777-5353), 2011, p. 769 (lire en ligne)
Notes et références
[modifier]- ↑ Évocation de Là où poussent mes racines de La Rumeur (album Du cœur à l'outrage) (cf. la « liste des chansons mentionnées ou évoquées dans la narration », p. 408).
- ↑ Entretien publié dans L’Atlas des Afriques, hors série La Vie/Le Monde no32, 2020.