Kossi Efoui
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Kossi Efoui est un écrivain, dramaturge et chroniqueur togolais francophone. Il est né le à Anfoin, au Togo.
Citations
[modifier]Le Carrefour, 1990
[modifier]Le Poète : Il y en a de moins en moins de nos jours, des égarés qui cherchent. Par contre, il y a de plus en plus de guides, de phares. J'en ai vu, moi, des phares. Il y en avait un, tout petit, clignotant, qui se prenait pour l'œil de l'univers. J'en ai vu un tout haut perché et qui ne donnait aucune lumière mais il donnait le vertige. Il y en avait un, prestigieux, éclatant, qui interpellait tout le monde : « Venez, venez, je vous donne la lumière. » Mais ceux qui y sont allés sont revenus aveuglés… par la lumière. Il y en avait tellement à se prendre pour des spécimens rares que ça ne fait même plus sérieux. Tenez, on ne distingue même plus le roi de son bouffon…
- Le Carrefour, Kossi Efoui, éd. L’Harmattan (Théâtre Sud, 2), 1990 (ISBN 2-7384-0701-3), chap. Le Carrefour (texte intégral), p. 72
La Femme : Eh oui, c'est bien toi. Les mêmes yeux qui insistent pour voir, la même bouche qui demande à longueur de joumée : « Pourquoi ceci ? Pourquoi cela? » […] Je savais qu'un jour tu t'en irais. Que tu ne t'habituerais jamais à vivre dans l'impasse. Tu n'es pas né sous le signe du caméléon comme la plupart ici. Tu n'as jamais appris à te confondre avec le décor. Ta peau encaisse mal cette grisaille. (Elle lui prend la main et lit dans sa paume.) Tu es né pour tisser ta toile et pour demeurer nu. Signe de l'araignée. Tu es né à la nudité. La nudité de ta vérité.
- Le Carrefour, Kossi Efoui, éd. L’Harmattan (Théâtre Sud, 2), 1990 (ISBN 2-7384-0701-3), chap. Le Carrefour (texte intégral), p. 75
L’Entre-deux rêves de Pitagaba, 2000
[modifier] L'idée même d'un théâtre africain, si elle n'est pas en permanence interrogée, continuera d'entretenir un malaise, fruit de l'amalgame entre la question légitime de l'authenticité d'une oeuvre et celle, suspecte, de l'authenticité culturelle.
- « Le Théâtre de ceux qui vont venir demain[1] », dans L'entre-deux rêves de Pitagaba, conté sur le trottoir de la radio, Kossi Efoui, éd. Acoria, 2013 (ISBN 978-2-35572-112-0), p. 7 (lire en ligne)
Lorsque les référents d'une critique bien intentionnée autorisent à dire que tel spectacle n'est pas africain, ou que tel auteur gagnerait à être moins occidentalisé, on est tenté de répondre : « à partir de combien de plumes au cul la chose est-elle crédible ? » À moins que ce ne soit pas à partir d'un degré supposé de régression au stade oral. Un instant peut-être pour réentendre le hurlement de Fanon : « Ma couleur n'est pas dépositaire de valeurs essentielles[2]. »
- « Le Théâtre de ceux qui vont venir demain », dans L'entre-deux rêves de Pitagaba, conté sur le trottoir de la radio, Kossi Efoui, éd. Acoria, 2013 (ISBN 978-2-35572-112-0), p. 8 (lire en ligne)
La Fabrique de cérémonies, 2001
[modifier]Au moment de me lever pour partir, au moment de disputer mes fesses au canapé d'un coup de rein définitif, j'ai vu l'homme faire pivoter son fauteuil et ce mouvement a suffi pour que je suspende mon geste, attendant encore je ne sais quoi. Cette impression d'oublier quelque chose. Et soudain j'ai su qu'il me manquait de voir les mains de l'homme, ces mains restées sous le bureau pendant toute la conversation. (Peut-être n'en avait-il pas du tout. Comment faire confiance à un recruteur dont on n'a pas vu l'ombre d'une main ?).
- La Fabrique de cérémonies, Kossi Efoui, éd. Le Seuil, 2001 (ISBN 2-02-047299-6), chap. 1. Buste : fragment d’un personnage, p. 23 (lire en ligne)
Le style, ça se fabrique. Le talent, c’est des foutaises. Définition du style selon un vieux proverbe masaï : Aussi folle que soit la bête, qui sait la débiter saura la vendre.
- La Fabrique de cérémonies, Kossi Efoui, éd. Le Seuil, 2001 (ISBN 2-02-047299-6), chap. 1. Buste : fragment d’un personnage, p. 35 (lire en ligne)
L'ombre des choses à venir, 2011
[modifier]- L'ombre des choses à venir, Kossi Efoui, éd. Seuil, 2011 (ISBN 978-2-02-099097-4), p. (lire en ligne)
- Cette source est trop vague : les champs page doivent être renseignés. Si des références précises ne sont pas données, la citation devra être retirée de la page.
Entretiens
[modifier]Considérez-vous que vous faites partie de ces auteurs « d'après Sony Labou Tansi » ?
Si nous avons une parenté avec Sony c’est que nous sommes tous allés boire à d'autres sources. J'avais déjà écrit ma première pièce avant de lire le théâtre de Sony. Je me suis dit : « Tiens, ça ne ressemble à rien. » Rien pour moi voulait dire tout ce que j’ai pu lire à travers ma culture scolaire. C'est la leçon que j’ai reçue de Sony : « Voyage, vas boire à d'autres sources ! » Ce qui me fait penser qu'il y a une famille d'esprit, c'est cela : nous qui sommes tous des enfants des Indépendances, avec toute l'ironie macabre que cela suppose, nous sommes tous allés boire ailleurs, à d'autres sources.
Si nous avons une parenté avec Sony c’est que nous sommes tous allés boire à d'autres sources. J'avais déjà écrit ma première pièce avant de lire le théâtre de Sony. Je me suis dit : « Tiens, ça ne ressemble à rien. » Rien pour moi voulait dire tout ce que j’ai pu lire à travers ma culture scolaire. C'est la leçon que j’ai reçue de Sony : « Voyage, vas boire à d'autres sources ! » Ce qui me fait penser qu'il y a une famille d'esprit, c'est cela : nous qui sommes tous des enfants des Indépendances, avec toute l'ironie macabre que cela suppose, nous sommes tous allés boire ailleurs, à d'autres sources.
- « Kossi Efoui : écrire c’est avancer masqué[3] », dans L'Afrique noire et son théâtre : au tournant du XXe siècle, Sylvie Chalaye, éd. Presses universitaires de Rennes, 2001 (ISBN 2-86847-632-5), partie 2. Paroles d’auteurs, p. 81-82
- Afrique : paroles d'écrivains, Eloïse Brezault, éd. Mémoire d'encrier, 2010 (ISBN 978-2-923713-20-5), p. 148-164
Citations sur Kossi Efoui
[modifier]Sylvie Chalaye
[modifier]- Voir le recueil de citations : Sylvie Chalaye
Le Carrefour, le texte de Kossi Efoui qui remporte le Grand Prix du 16e Concours théâtral interafricain en 1989 passe alors pour une provocation. Voilà une pièce qui soudain ne semble plus rien avoir d'africain. Les personnages n'ont pas de couleur, on ne sait pas où se passe la situation et les dialogues ne respectent plus la rigueur classique.
- Afrique noire et dramaturgies contemporaines : Le Syndrome Frankenstein, Sylvie Chalaye, éd. Théâtrales/Francophonies en Limousin, 2004 (ISBN 978-2-842-60161-4), chap. Génération « alien », p. 84-85 (lire en ligne)
L'identité du théâtre de Kossi Efoui est celle d'un Arlequin déchu qui ne cesse de ravauder les morceaux de son costume.
- Afrique noire et dramaturgies contemporaines : Le Syndrome Frankenstein, Sylvie Chalaye, éd. Théâtrales/Francophonies en Limousin, 2004 (ISBN 978-2-842-60161-4), chap. Se recoudre une figure de complexité, p. 97
Notes et références
[modifier]- ↑ « Le Théâtre de ceux qui vont venir demain », Notre librairie, « Créateurs africains à Limoges », 1993, p. 40-41 [lire en ligne].
- ↑ « Ma peau noire n’est pas dépositaire de valeurs spécifiques » (Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs).
- ↑ Propos recueillis en juin 2000. Publié dans Théâtre/Public, 158, mars-avril 2001 et repris sous le titre « Kossi Efoui : le « marronnage » de l’écrivain » dans Afrique noire et dramaturgies contemporaines : le syndrome Frankenstein, 2004 (ISBN 2-84260-161-0), p. 33-38, disponible sur Internet Archive.