Jules Laforgue

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Jules Laforgue.

Jules Laforgue, né à Montevideo le 16 août 1860 et mort dans le 7e arrondissement de Paris le 20 août 1887, était un poète français. Connu pour être un des inventeurs du Vers libre, il mêlait en une vision pessimiste du monde mélancolie, humour et familiarité du style parlé.

Les Complaintes[modifier]

Dans l'orgue qui par déchirements se châtie,
Croupir, des étés, sous des vitraux, en langueur ;
Mourir d'un attouchement de l'Eucharistie,
S'entrer un crucifix maigre et nu dans le cœur ?

  • « Complainte propitiatoire à l'inconscient », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 41


Je la suivis illuminé !
Yeux désolés, bouche ingénue,
Pourquoi l'avais-je reconnue,
Elle, loyal rêve mort-né ?

  • « Complainte de la bonne défunte », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 56


Des berceaux fienteux
Aux bières de même,
Bons couples sans gêne,
Tournez deux à deux.

  • « Complainte de l'orgue de Barbarie », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 59


 C’était un très-au vent d’octobre paysage,
Que découpe, aujourd’hui dimanche, la fenêtre,
Avec sa jalousie en travers, hors d’usage,
Où sèche, depuis quand ! une paire de guêtres
Tachant de deux mals blancs ce glabre paysage.

  • « Complainte d'un autre dimanche », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 61


Cinq arbres en proie à de mesquines rafales
Qui marbrent ce ciel crû de bandages livides.

  • « Complainte d'un autre dimanche », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 61


   Blasé, dis-je ! En avant,
Déchirer la nuit gluante des racines,
A travers maman, amour tout d’albumine,
Vers le plus clair ! vers l’alme et riche étamine
            D’un soleil levant !

— Chacun son tour, il est temps que je m’émancipe,
Irradiant des Limbes mon inédit type !

  • « Complainte du fœtus de poète », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 62


Permettez, ô sirène,
Voici que votre haleine
Embaume la verveine ;
C'est l'printemps qui s'amène !

- Ce système, en effet, ramène le printemps,
Avec son impudent cortège d'excitants.

  • « Complainte des printemps », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 72



Automne, automne, adieux de l’Adieu !
La tisane bout, noyant mon feu ;
Le vent s’époumone
A reverdir la bûche où mon grand cœur tisonne.
Est-il de vrais yeux ?
Nulle ne songe à m’aimer un peu.

  • « Complainte de l'automne monotone », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 74



Je t’expire mes Cœurs bien barbouillés de cendres ;
Vent esquinté de toux des paysages tendres !

Où vont les gants d’avril, et les rames d’antan ?
L’âme des hérons fous sanglote sur l’étang.

Et vous, tendres
D’antan?

  • « Complainte de l'ange incurable », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 76


Sais-tu bien, folle pure, où sans châle tu vas?
— Passant oublié des yeux gais, j’aime là-bas...

  • « Complainte de l'ange incurable », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 76


Hurler avec les loups, aimer nos demoiselles,
Serrer ces mains sauçant dans de vagues vaisselles !

  • « Complainte de l'ange incurable », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 77


Jupes des quinze ans, aurores de femmes,
Qui veut, enfin, des palais de mon âme ?

  • « Complainte du pauvre Chevalier-Errant », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 82


Dis, veux-tu te vêtir de mon Être éperdu ?

  • « Complainte des formalités nuptiales », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 84


Sa bouche ! à moi, ce pli pudiquement martyr
Où s'aigrissent des nostalgies de nostalgies !

  • « Complainte des consolations », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 90


Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Filons, en costume,
Présider là-haut !
Ma cervelle est morte.
Que le Christ l'emporte !
Béons à la Lune,
La bouche en zéro.

  • « Complainte de Lord Pierrot », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 93


Bons vitraux, saignez impuissants
Aux allégresses hosannahlles
Des orgues lâchant leurs pédales,
Les tuyaux bouchés par l'encens !
     Car il descend ! il descend !

  • « Complainte des cloches », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 109


Le vent jusqu'au matin n'a pas décoléré.
Oh ! ces quintes de toux d'un chaos bien posthume.

  • « Complainte des grands pins dans une villa abandonnée », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 111


Mesdames et Messieurs,
Vous dont la mère est morte,
C'est le bon fossoyeux
Qui gratte à votre porte

       Les morts
     C'est sous terre ;
     Ça n'en sort
       Guère.

  • « Complainte de l'oubli des morts », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 117


.Notez, d'un trait égal,
Au livre de la caisse,
Entre deux frais de bal :
Entretien tombe et messe.

       C'est gai,
     Cette vie ;
     Hein, ma mie,
       Ô gué ?

  • « Complainte de l'oubli des morts », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 118


Quand t'ai-je fécondée à jamais ? Oh ! ce dut
Être un spasme intéressant ! Mais quel fut mon but ?

  • « Complainte du temps et de sa commère l'espace », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 127


Ma complainte n'a pas eu de commencement,
Que je sache, et n'aura nulle fin ; autrement,
Je serais l'anachronisme absolu. Pullule
Donc, azur possédé du mètre et du pendule !

  • « Complainte du temps et de sa commère l'espace », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 128


Mon cœur est un lexique où cent littératures
Se lardent sans répit de divines ratures.

  • « Complainte-litanies de mon Sacré-cœur. », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 135


Convalescent au lit, ancré de courbatures,
Je me plains aux dessins bleus de ma couverture,

Las de reconstituer dans l'art du jour baissant
Cette dame d'en face auscultant les passants :

Si la Mort, de son van, avait chosé mon être,
En serait-elle moins, ce soir, à sa fenêtre ?...

  • « Complainte d'une convalescence en mai », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 139


Maintenant ! pourquoi ces complaintes ?
Gerbes d'ailleurs d'un défunt Moi
Où l'ivraie art mange la foi ?
Sot tabernacle où je m'éreinte
À cultiver des roses peintes ?
Pourtant ménage et sainte-table !
Ah ! ces complaintes incurables,
             Pourquoi ? pourquoi ?

  • « Complainte des complaintes », dans Les Complaintes et les premiers poèmes (1885), Jules Laforgue, éd. Gallimard, coll. « Poésie », 1979, p. 145



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