Jean-Claude Michéa

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Jean-Claude Michéa

Jean-Claude Michéa (né en 1950) est un écrivain et professeur de philosophie français.

Les Intellectuels, le Peuple et le Ballon rond, 1998[modifier]

Signaler l'intérêt philosophique d'un livre qui célèbre le football a en effet toutes les chances d'apparaître comme une provocation déplacée à une époque où le mépris des sentiments et des passions populaires est devenu un métier et passe pour une vertu.
  • Les intellectuels, le peuple et le ballon rond, Jean-Claude Michéa, éd. Climats, coll. « Sisyphe », 2003, p. 11


Préface à l'édition française de Culture de masse ou culture populaire de Christopher Lasch, 2001[modifier]

La croyance au caractère conservateur de l'ordre économique et libéral [], depuis trente ans, n'a cessé de conduire mécaniquement la plupart des militants de gauche, à tenir l'adoption a priori de n'importe quelle posture modernisatrice ou provocatrice — que ce soit sur un plan technologique, moral ou autre — pour un geste qui serait toujours, et par définition, « révolutionnaire », et « anti-capitaliste » ; terrible confusion qui, il est vrai, a toujours eu l'incomparable avantage psychologique d'autoriser ceux qui s'y soumettaient, à vivre leur propre obéissance à l'ordre industriel et marchand comme une modalité exemplaire de la « rebel attitude ».
  • Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l'impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Jean-Claude Michéa, éd. Flammarion, coll. « Champs essais », 2006, p. 178—179


Impasse Adam Smith, 2002[modifier]

Depuis Adam Smith, en effet, l'hypothèse capitaliste — à savoir l'idée que le libre-échange généralisé représente le meilleur fondement possible de l'harmonie sociale — repose sur un pari théorique dont les économistes officiels, à partir des travaux de Léon Walras, s'efforçaient d'obtenir la validation mathématique. Or, au début des années soixante-dix, on a pu démontrer — notamment grâce aux recherches de Nash et de Debreu sur les conditions d'équilibre du marché[1] — que ce pari était illusoire et, par conséquent, que l'hypothèse libérale n'avait finalement constitué, dans l'histoire des idées, qu'une parenthèse ingénieuse et historiquement féconde, mais purement métaphysique.
  • Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l'impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Jean-Claude Michéa, éd. Flammarion, coll. « Champs essais », 2006, p. 33


De nos jours, la pire des illusions que puisse entretenir un militant de gauche, c'est donc de continuer à croire que ce système capitaliste qu'il affirme combattre, constitue par essence, un ordre conservateur, autoritaire et patriarcal, dont l'Église, l'Armée et la Famille définiraient les piliers fondamentaux.
  • Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l'impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Jean-Claude Michéa, éd. Flammarion, coll. « Champs essais », 2006, p. 41


L'Empire du moindre mal, 2007[modifier]

Comme chacun peut le constater, là où les sociétés totalitaires s'en tenaient au principe simpliste, et coûteux en vies humaines, du parti unique, le capitalisme contemporain lui a substitué, avec infiniment plus d'élégance (et d'efficacité), celui de l'alternance unique.
  • L'Empire du moindre mal, Jean-Claude Michéa, éd. Climats, coll. « Sisyphe », 2007, p. 125


Une solution beaucoup plus simple est, évidemment, d'adopter la posture schizophrénique de la droite traditionnelle qui, selon le mot du critique américain Russel Jacoby, « vénèrent le marché tout en maudissant la culture qu'il engendre » (et dont le pendant idéologique exact est cette gauche contemporaine qui n'affirme combattre la logique du Marché – de moins en moins, il est vrai – que pour se prosterner avec enthousiasme devant la culture qu'il engendre).
  • L'Empire du moindre mal, Jean-Claude Michéa, éd. Climats, coll. « Sisyphe », 2007, p. 134


L'importance traditionnellement accordée par les anarchistes au problème de l'éducation des individus (aussi bien familiale que scolaire) – de même que leur sensibilité constante aux dimensions morales et psychologiques de l'activité politique – n'a rien qui doive étonner. Et dans la mesure où le refoulement de ces questions fondamentales est à l'origine de toutes les mésaventures du mouvement révolutionnaire, depuis la bureaucratisation inévitable de ses organisations jusqu'à ses dérives totalitaires les plus prévisibles, l'anarchisme apparaît moins comme un courant politique parmi d'autres que comme une propédeutique morale à toute révolution possible (ou, si l'on veut, comme une « métapolitique »), si du moins on entend par révolution [...] l'institution, par les classes jusque-là dominées, d'une société libre, égalitaire et décente.
  • L'Empire du moindre mal, Jean-Claude Michéa, éd. Climats, coll. « Sisyphe », 2007, p. 171-172


La Double pensée, 2008[modifier]

Concentrer son attention sur les seuls méfaits de l'« État raciste et policier » (comme si nous vivions en Corée du Nord, et que le gouvernement sarkozyste ne représentait qu'une forme rajeunie de l'État pétainiste) procure, en effet, des bénéfices secondaires beaucoup trop importants pour ne pas être psychologiquement suspects. Car cette admirable vigilance « antifasciste » ne présente pas seulement l'avantage de transformer instantanément ses zélés pratiquants en maquisards héroïques ; seraient-ils par ailleurs sociologues appointés par l'État, stars du show-biz, maîtres de conférences à la Sorbonne ou pensionnaires attitrés du cirque médiatique. Elle les dispense surtout d'avoir à s'interroger, pendant tout ce temps, sur leur degré d'implication personnelle dans la reproduction quotidienne du mode de vie capitaliste ; autrement dit sur leur propre rapport au monde de la consommation et à sa contre-culture « subversive » officielle.
  • La Double pensée, Jean-Claude Michéa, éd. Flammarion, coll. « Champs », 2008, p. 120


Citations rapportées[modifier]

Le Complexe d'Orphée, la Gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, 2011[modifier]

Si la logique du capitalisme de consommation est de vendre n'importe quoi à n'importe qui, il lui est en effet indispensable d'éliminer un à un tous les obstacles culturels ou moraux (tous les « tabous », dans la novlangue libérale et médiatique) qui pourraient s'opposer à la marchandisation d'un bien ou d'un service. Le libéralisme économique intégral (officiellement défendu par la droite) porte donc en lui la révolution permanente des mœurs (officiellement défendue par la gauche), tout comme cette dernière exige, à son tour, la libération totale du marché.
  • Citation de Jean Claude Michéa, Le Complexe d'Orphée, la Gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, climats, 2011.


Notes[modifier]

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