Jean-Bernard Pouy

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Jean-Bernard Pouy au Festival international du roman noir de Frontignan, juin 2007

Jean-Bernard Pouy, né le 2 janvier 1946 à Paris, est un écrivain français de roman noir, directeur de collections.

La Belle de Fontenay[modifier]

Et puis la retraite, je ne voulais pas vraiment que ça signifie se retirer, aller à l'envers, revenir à son point de départ. Moi, mon point de départ, c'était une balle de fusil dans la tête. Alors... La retraite, c'était tout simplement l'arrêt tant attendu d'un esclavage relatif et moderne. C'est tout. Pas l'arrêt du plaisir. Pas celui de la vie.
  • La Belle de Fontenay, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard, collection Série Noire, 1992  (ISBN 2-07-049290-7), p. 33


Un départ de manif. Je connaissais ça par cœur. Je n'entendais pas les amorces de slogans déjà marmonnés par toute cette petite foule mais le bruissement général me faisait du bien, me procurait comme un plaisir oublié. Des jeunes qui vont au charbon, même s'ils ne savent pas trop quoi défendre, s'ils ont de bonnes bouilles, des visages qui espèrent, c'est toujours dangereux, c'est toujours des esprits prêts à aller de l'avant.
  • La Belle de Fontenay, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard, collection Série Noire, 1992  (ISBN 2-07-049290-7), p. 58


L'écran c'est mis à nouveau à scintiller et là c'était "Charlot fait une cure". Je suis resté, ne pouvant plus ôter mes yeux de l'écran, c'est bien sûr le cinéma que je préfère, le cinéma sourd-muet, celui qui n'a jamais eu besoin de paroles. Rire, innocemment, m'a fait du bien, j'ai toujours préféré les premiers films de Chaplin, là où il est si méchant qu'il en devient presque anar.
  • La Belle de Fontenay, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard, collection Série Noire, 1992  (ISBN 2-07-049290-7), p. 73


Je me suis occupé de la terre. Un boulot de base. Essentiel pour l'âme.
  • La Belle de Fontenay, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard, collection Série Noire, 1992  (ISBN 2-07-049290-7), p. 146


Suzanne et les ringards[modifier]

Bientôt, ils s'injecteront du débouche-lavabo, pour tester les trous que ça peut faire dans leur identité.
  • Suzanne et les ringards, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard, collection Folio policier, 2000  (ISBN 2-07-041553-8), p. 86


Il faudrait qu'elle aille chez les Papous pour trouver quelque chose de pas pareil. La France est morne. Les gens sont assez laids, pas vraiment laids, éteints. Ce n'est pas étonnant qu'ils soient si intérressés par la vie du grand monde, leur vie semble si lasse. Merde, il n'ont qu'à faire un effort.
  • Suzanne et les ringards, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard, collection Folio policier, 2000  (ISBN 2-07-041553-8), p. 125


J'ai tout observé, tout, rien, de petites choses, des drames insoupçonnés, la claque qui arrive, méchante, dans la gueule du moutard qui traîne, le rire ventral de l'adolescente qui se fait embarquer sur la mobilette de son marlou, le mimile qui se fait engueuler par sa grosse parce qu'il a renversé son vin chaud, les deux homos qui ne se parlent plus, l'un regardant les militaires qui passent, les couples où le mec la boit, sa nana, et la tripote, le flic qui, sans son flingue, mesurerait cinq centimètres de moins, les touristes qui parlent fort, sùrs de ne pas être compris, les intellos du coin qui se frisent les tifs, bref, du spectacle, de la marchandise, de l'import-export, je te donne tu me prends.
  • Suzanne et les ringards, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard, collection Folio policier, 2000  (ISBN 2-07-041553-8), p. 165


Train perdu wagon mort[modifier]

D'autres personnes étaient descendues. Je ne savais pas si elles se dégourdissaient les jambes ou bien si c'étaient des explorateurs mettant, avec peur et précaution, le pied sur une terre inconnue. Ils avaient l'air dépité, râlant, se plaignant. Très vite, j'ai compris: les portables ne passaient pas, c'était coupé, brouillé ou autre. Ca les déstabilisait totalement. Un pan évident de la modernité pratique leur était enlevé. Pour eux c'était comme le début de la fin. Ne plus pouvoir communiquer, c'était redevenir seul. L'île déserte, Robinson, tout ça , des jours et des jours à guetter l'horizon dans l'espoir de voir apparaître une voile ou une fumée.
  • Train perdu wagon mort, Jean-Bernard Pouy, éd. Roman Noir, points n°1897, 2003  (ISBN 2-915034-07-9), p. 23


Personne n'avait rien remarqué, les zincs étaient banalisés, camouflés, opérationnels. Là résidait la modernité des engins de guerre. Avant, il y avait des couleurs, des drapeaux, des insignes. Maintenant, c'est plus honnête, tout est couleur de douleur, de mort, de peur, voire de chiasse.
  • Train perdu wagon mort, Jean-Bernard Pouy, éd. Roman Noir, points n°1897, 2003  (ISBN 2-915034-07-9), p. 29


C'était bon signe; en cas de crise grave, il est réconfortant de vérifier que les gens, naturellement, se regroupent encore en bandes, en syndicats, en réseaux. Face à la noirceur et à la dureté du monde moderne, ils comprennent au moins qu'il est désormais impossible de rester seul. Que le retrait hautain ou désespéré, la solitude forcenée, le château d'ivoire, toutes ces conneries, eh bien c'est la mort annoncée...
  • Train perdu wagon mort, Jean-Bernard Pouy, éd. Roman Noir, points n°1897, 2003  (ISBN 2-915034-07-9), p. 29


La petite écuyère a cafté[modifier]

La Stout. Le pain buvable des Irlandais.
  • La petite écuyère a cafté, Jean-Bernard Pouy, éd. Librio n°206, 2000  (ISBN 2-277-30206-6), p. 43


Cécile se marra franchement. De ce rire que l'on a quand on est nu au fond d'un lit, au petit matin et que le partenaire fait l'imbécile avec les croissants du petit déjeuner.
  • La petite écuyère a cafté, Jean-Bernard Pouy, éd. Librio n°206, 2000  (ISBN 2-277-30206-6), p. 56


Question musique, Gabriel en était un peu resté aux années soixante-dix mais les punks l'avaient toujours fascinés. L'énergie, le son, le manque total de compromissions, et une approche scientifique des capacités auditives humaines.
  • La petite écuyère a cafté, Jean-Bernard Pouy, éd. Librio n°206, 2000  (ISBN 2-277-30206-6), p. 68


Ce crétin de Stendhal[modifier]

La Survie, ça a du bon, quelquefois. On revient à l'essentiel.
  • Ce crétin de Stendhal, Jean-Bernard Pouy, éd. Les petits polars du Monde, 2012  (ISBN 978-2-36156-055-3), p. 23


Spinoza encule Hegel[modifier]

Souvent, ces infos, ces flashes, ces conseils-ordres étaient écrits par des miliciens et des petits militaires, aussi cela avait besoin d'un sérieux coup de patine. J'ai donc travaillé dans l'adverbe conséquent et l'adjectif terrifiant. A chacun son boulot. Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que des sautes d'humeur. Proverbe.
  • Spinoza encule Hegel, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio policier n°127, 2012  (ISBN 978-2-07-040962-4), p. 24


Cinq bières, deux rhum[modifier]

Gabriel aimait bien les Twingo. Il avait l'impression de conduire un gros crapaud. Sans attendre qu'un 38 tonnes lui fasse la bise pour le transformer en Prince... Il s'acheta trois cartes IGN 25 000e de la région, le GPS de ceux qui savent lire, et hardi petit.
  • Cinq bières, deux rhum, Jean-Bernard Pouy, éd. Baleine n°261, 2009  (ISBN 978-2-8421-9460-4), p. 64


Ça, c'était le comble. La première fois qu'un type remerciait le Poulpe pour lui avoir balancé des renseignements. Le monde à l'envers. C'était vrai qu'on était à quelques encablures de la Belgique. Ce petit pays dont tous se moquent mais qui a appris au monde qu'on pouvait tout à fait bien vivre sans gouvernement.
  • Cinq bières, deux rhum, Jean-Bernard Pouy, éd. Baleine n°261, 2009  (ISBN 978-2-8421-9460-4), p. 73


On ne dira jamais assez que le rock and roll, n'importe lequel, apaise les nerfs. Il remarqua quelques vieux comme lui, à peine la quarantaine, mais pas beaucoup, qui hochaient la tête et tapaient des pieds pour oublier le travail, la famille, le prochain bulletin de vote et la prostate.
  • Cinq bières, deux rhum, Jean-Bernard Pouy, éd. Baleine n°261, 2009  (ISBN 978-2-8421-9460-4), p. 80


Plein tarif[modifier]

Il y avait deux rames où s'étaient retrouvés les gens de couleur, comme par hasard, bien que les autres disaient que c'étaient eux qui avaient fait sécession. Les gauchistes avaient bien essayé de faire respecter le mélange, l'intégration, le métissage, mais s'y étaient cassé le moral. Guettos à l'intérieur des ghettos, mise en abyme.
  • Plein tarif, Jean-Bernard Pouy, éd. Mille et une nuits, 1994  (ISBN 2-910233-58-8), p. 22


Moi aussi, je vivais un sentiment bizarre. L'inéluctabilité. On allait se faire massacrer la gueule. Et cette assurance, à l'inverse de me faire peur, me redonnait des forces extraordinaires et une énergie que je n'avais jamais ressentie comme ça. Il n'y avait plus de questions à se poser. On avait perdu d'avance. Ça empêchait l'angoisse, ça supprimait la peur de la douleur physique. J'ai pensé à toutes ces histoires d'armée, genre Camerone, ou fort Alamo, à tous ces mecs coincés qui ne semblent plus rien craindre. Comme si, de la défaite obligatoire, naissait l'impunité. Et un certain courage. Dans mes bagarres de banlieue, j'avais appris que c'est le premier coup qui fait mal, après, on ne sent plus rien, on se défend et c'est tout.
  • Plein tarif, Jean-Bernard Pouy, éd. Mille et une nuits, 1994  (ISBN 2-910233-58-8), p. 32


H4Blues[modifier]

Moi, à cinquante-six ans bien tassés, j'ai de plus en plus envie de ne corriger qu'une chose: le monde. Les fautes morales sont comme des fautes d'orthographe, ou de grammaire. Ou plutôt comme des fautes de ponctuation. On ne sait plus respirer et prendre son temps pour exposer, on manque de virgules, de points-virgules et de deux points. Il ne m'a l'air de connaître que le point final, le monde.
  • H4Blues, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard "série noire n°2680", 2003  (ISBN 2-07-042629-7), p. 12


J'ai fait mon théatre conjugal. Dans l'ordre, montrer un peu de peine et d'angoisse, et ne pas trop se réjouir de ce départ. Mais ne pas en faire trop pour la laisser libre et confiante. En somme, comprendre, subir et rassurer. C'est-à-dire faire l'adulte, quoi.
  • H4Blues, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard "série noire n°2680", 2003  (ISBN 2-07-042629-7), p. 32


La jeune fille rousse qui s'emmerdait devant son Macintosh m'a regardé, fiévreuse, comme si j'étais l'acheteur potentiel. Elle a foncé dans l'arrière-boutique, semant derrière elle une odeur de carte bleue.
  • H4Blues, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard "série noire n°2680", 2003  (ISBN 2-07-042629-7), p. 38


Le film était nul. Un truc amerloquain avec des bagnoles qui explosent toutes les deux minutes devant les nibards siliconés de femmes flics assez improbables. Avec des confrontations psychologiques à faire changer Piaget de métier. Bref, c'était quand même délicieux, surtout au moment où le terroriste international fait un vol plané dans l'acide en fusion en criant: mort au Capital!
  • H4Blues, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard "série noire n°2680", 2003  (ISBN 2-07-042629-7), p. 47


Je me méfiait, enquêter équivalait à se formater une douce paranoïa, où tout peut faire sens, où la clef des énigmes se cache dans n'importe quel insignifiant détail.
  • H4Blues, Jean-Bernard Pouy, éd. Gallimard "série noire n°2680", 2003  (ISBN 2-07-042629-7), p. 84


1280 âmes[modifier]

Un livre, qu'on lit tout seul, c'est autre chose. C'est déjà un travail incroyablement compliqué qui se fait au millième de seconde. D'abord, on décrypte des signes cabalistiques qu'on transforme en sons et, de syllabes en mots, de mots en phrases, on repère du sens. Et tout ça en parlant. En parlant d'une façon muette. Dans sa tête, on joue, on fait toutes les voix, et puis on imagine le décor et la musique, on crée les images. Tout ça en un millième de seconde. C'est pas du boulot ça?
  • 1280 âmes, Jean-Bernard Pouy, éd. Points "roman noir n°P949", 2011  (ISBN 978-2-7578-2376-7), p. 57


Rouler dans cette bagnole, c'était comme un rêve, vingt tonnes de tôle autour de toi, un moulin de B29 sous le capot et l'interdiction de dépasser le 90. Une vague impression de l'inexorable. Un goût du pullman à roulette. Les Blues Brothers sans les accidents. Le même bruit de moteur que la caisse de James Taylor, dans Two-Lane Blacktop, sans doute un des plus beaux films de l'histoire du cinéma.
  • 1280 âmes, Jean-Bernard Pouy, éd. Points "roman noir n°P949", 2011  (ISBN 978-2-7578-2376-7), p. 90


La clef des mensonges[modifier]

Faut croire que même dans les moments les plus ardus, ceux qui emplissent la tête et ne laissent plus une seule case de libre, il y a quand même une partie du cerveau qui continue à réfléchir, analyser, soupeser, calculer. Car, en un instant, tout devenait très clair.
  • La clef des mensonges, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier n°543, 2009  (ISBN 978-2-07-037963-7), p. 41


J'étais en prison. Prisonnier de ma liberté. Libre de mes mouvements et ne sachant pas quoi faire de toute cette liberté. Prisonnier de cette décision imbécile que je n'avais d'ailleurs pas encore prise totalement.
  • La clef des mensonges, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier n°543, 2009  (ISBN 978-2-07-037963-7), p. 60


C'était terrible, de n'être tout à coup que responsable de soi. Mais c'était une impression agréable, forte, inquiétude et angoisse, estomac tordu, boule dans la gorge, mais, loin derrière, une joie tapie, pas une joie d'ailleurs, plutôt une satisfaction.
  • La clef des mensonges, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier n°543, 2009  (ISBN 978-2-07-037963-7), p. 131


Les jeunes ne peuvent pas savoir ça. Les jambes, pour eux, ça marche tout seul. Sauf si ça casse. Mais, un vieux, il doit aussi faire l'effort constant de leur dire, dans un recoin de son cerveau: allez! Encore un pied devant l'autre! Encore une fois! C'est gagné! Ce n'est pas cette fois que!
  • La clef des mensonges, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier n°543, 2009  (ISBN 978-2-07-037963-7), p. 142


L'estomac me brûle. Les intestins aussi. J'avais complètement oublié cette partie de moi, preuve que la purge m'avait fait un bien énorme, m'avait lavé de toute cette boue accumulée. J'ai juré que, si je m'en sortais, je recommencerais cette opération de temps en temps pour me remettre le corps à neuf. Pour dédramatiser toutes ces histoires d'excréments. En fait, on passe la moitié de notre temps à avoir faim, à bouffer, et l'autre à évacuer cette masse qui nous encombre.
  • La clef des mensonges, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier n°543, 2009  (ISBN 978-2-07-037963-7), p. 154


Larchmütz 5632[modifier]

Et puis il serait temps que tu fasses ton éducation. Il n'y a que l'art qui sauve le monde. Et Caravage était un mauvais garçon. Il a passé plus de temps dans des tavernes louches que devant son chevalet.
  • Larchmütz 5632, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio policier n°193, 2001  (ISBN 978-2-07-041711-7), p. 137


...tu sais , on n'a, humainement, qu'un truc à faire, continuer à être purs, donc obtenir une explication, pourquoi on nous a menti, pourquoi on ne nous dit pas la vérité, seule la vérité, merde, est révolutionnaire, on ne peut rien construire si on démarre par des embrouilles et des mensonges. Nous sommes partie prenante de ce qui peut arriver au monde, il faut tout nous dire, nous ne sommes pas que des jouets dangereux...
  • Larchmütz 5632, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio policier n°193, 2001  (ISBN 978-2-07-041711-7), p. 170


-Y a un concert de Little Bob à Mont-de-Marsan, demain soir.

-Qu'est-ce que tu veux que ça me foute?

-Little Bob, c'est la dignité du rock depuis plus de vingt ans.
  • Larchmütz 5632, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio policier n°193, 2001  (ISBN 978-2-07-041711-7), p. 137


Les compagnons du veau d'or[modifier]

... le nerf de la guerre audiovisuelle n'était plus le fric, n'était plus vraiment le pouvoir, mais le mensonge. Tout le monde mentait. C'était le mensonge qui rapportait et c'était le mensonge qui maintenait au pouvoir.


La récup'[modifier]

Il pleuvait dense. Un vrai rideau de douche. Régulier. Têtu. Trempant. J'adorais. Ceux qui n'aiment pas la pluie ne méritent pas de prononcer des verbes comme arroser, mouiller, liquider. Même les Russes savent ça. Jusqu'à preuve du contraire la pluie n'entre pas sous la peau. Tout se sèche , à force. Avec un bon feu et une serviette.
  • La récup', Jean-Bernard Pouy, éd. Points "roman noir n°P2219", 2008  (ISBN 978-2-7578-1332-4), p. 39


J'aime bien les Roms. De vrais artistes. Fini les poules. Je me souvenais du cinéaste gitan qui voulait , lors du passage à l'an 2000, rendre , en pleins Champs-Elizées, les milliers de poules qu'on les accusait d'avoir volées. Ils vivent maintenant avec leur temps , eux aussi. Ils barbotent de la modernité. Surtout eux. Et puis je les aime parce que, justement , tout le monde s'en méfie. Pur esprit de contradiction.
  • La récup', Jean-Bernard Pouy, éd. Points "roman noir n°P2219", 2008  (ISBN 978-2-7578-1332-4), p. 82


Je goûtais la plus belle des lumières, celles des petits matins d'hiver ensoleillés et glacés. Peut être qu'il faut avoir froid pour remarquer la netteté des contours, la présence discrète des couleurs, leur équilibre parfait, leur soudaine évidence.
  • La récup', Jean-Bernard Pouy, éd. Points "roman noir n°P2219", 2008  (ISBN 978-2-7578-1332-4), p. 142


La beauté n'existe plus dans le secret. Un signe extérieur de richesse est toujours un signe évident de sagesse. A moins que vous soyez particulièrement tordu. Un dingue total.
  • La récup', Jean-Bernard Pouy, éd. Points "roman noir n°P2219", 2008  (ISBN 978-2-7578-1332-4), p. 166


Le Merle d'Arthur Keelt[modifier]

Qu'importe l'extérieur puisque le conducteur, qui se dit en italien "autista", est dans un monde hystérico-hermétique. Les péninsulaires auraient ils compris que, pour l'homme au volant, le reste n'existe pas car il fait partie d'un autre monde, un pauvre monde à l'arrêt?.
  • Le Merle d'Arthur Keelt, Jean-Bernard Pouy, éd. L'Atalante, 2002  (ISBN 2-84172-203-1), p. 61


Calibre 16mm[modifier]

Car, çà y était, le virus avait refait son apparition. C'était sans doute, à l'époque, une posture, mais pour nous, le seul cinéma c'était celui-là. Un cinéma définitivement éloigné du roman et de la littérature et se rapprochant drastiquement de la poésie et de l'Art. Le Septième. Pas de raison. Un plaisir visuel et total. Et nous étions prêts à tout gober. Du conceptuel à l'abstrait.


Toutes ces journées passées dans l'atelier sombre et enfumé ont été bousculantes. Des tas d'images me revenaient, dans le désordre, mais c'était un retour tonitruant dans mon adolescence tartive, où rien n'avait la triste importance d'aujourd'hui, où tout était impatience, curiosité et cette joie si particulière d'avoir l'impression de faire partie de l'avant-garde.


Et pourtant, je ne pouvais pas vraiment préciser ce qui me manquait, par rapport à Paris. Le bruit, peut-être, ce fond sonore qui nous emplit depuis toujours et que l'on entend plus, comme si c'était le fracas permanent que faisait notre cerveau. Ici, dans la campagne montargoise, il y avait un silence si épais qu'il m'empêchait de dormir. J'entendais tout, même le blaireau qui, en pleine nuit, pétait dans la forêt. Mais me manquait surtout ce qui, à Paris, me rapprochait en fait de tous ces films que j'avais aimés et que je redécouvrais. Cet incessant papillonnement d'images, souvent floues, mal cadrées, ces scènes et séquences qui se succèdent à toute vitesse, ces lumières toujours chageantes et différentes, ce manque absolu de sens, cette bande-son radicalement bordélique, ça c'était Paris.


Nous avons brûlé une sainte[modifier]

En fait, les hors-la-loi croyaient toujours ne pas faire d'erreur, ou bien en faire de non importantes. Fausse idée, la police est une mouche. Elle pond partout et les larves donnent toujours d'autres mouche.
  • Nous avons brûlé une sainte, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio policier, 2001  (ISBN 2-07-041963-0), p. 146


Le rouge et le vert[modifier]

A Nogent, j'ai pris un taxi. Pas d'autres moyens. Pas de bus. Tout pour la bagnole. Ça aussi, ce n'est pas près de changer. La bagnole, c'est l'essence, l'essence c'est le pétrole et le pétrole c'est la guerre.
  • Le rouge et le vert, Jean-Bernard Pouy, éd. Série Noire Gallimard, 2005  (ISBN 2-07-030516-3), p. 76


Jusqu'à preuve du contraire, ce sont des intellectuels qui gouvernent, qui saccagent le monde, qui chient leurs stratégies clinquantes et dévastatrices de "sherpas", qui commandent les armées et envoient au casse-bonbons justement des gens qui n'en sont pas, des intellectuels. Et j'avais bien peur que, dans le grand nombre d'humanistes raisonnablement utopistes ne souhaitant plus la guerre, le profit, le dédain et la peur, refusant l'esclavage et surtout le pouvoir, ne confondant plus la valeur d'usage et la valeur d'échange, ne croyant plus au spectacle de la marchandise, l'on en trouvât au moins onze, une chiée, pour mettre le monde à feux et à sang, pour prendre la parole à la place de ceux qui, en tant que non-intelligents,n'en ont pas le droit.
  • Le rouge et le vert, Jean-Bernard Pouy, éd. Série Noire Gallimard, 2005  (ISBN 2-07-030516-3), p. 84


L'homme à l'oreille croquée[modifier]

Je me suis levé. J'ai été regarder machinalement qu'est ce que c'était ce rock qui passait pour la troisième fois. "Too young to love me", Little Bob Story. Ah oui un groupe du Havre. Son chanteur, c'est Marguerite Duras avec un cuir et des lunettes noires.
  • L'homme à l'oreille croquée, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier, 2019  (ISBN 978-2-07-285076-9), p. 52


Le stop, c'est vraiment nul. On à l'air con, on se trempe, on a l'air de mendier. Dire que ça a été un sport de jeunes. ça me dépasse. Peut être qu'on croyait encore à un monde où tout le monde aide tout le monde. Maintenant les autos te rasent et, la nuit, te roulent dessus sans s'arrêter. Y'a des stoppeurs qui ont des pancartes. Une fois avec mon père, à la sortie de Nantes, on en a vu un qui avait un bout de carton avec, écrit dessus: Pékin. Il n'est pas vraiment arrivé, j'avais dit. Arrive t'on jamais quelque part? avait finement émis mon pater. La seule fois où je l'avais vu philosopher.
  • L'homme à l'oreille croquée, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier, 2019  (ISBN 978-2-07-285076-9), p. 72


- Gast! Il faut beaucoup de fatigue pour être pauvre...
  • L'homme à l'oreille croquée, Jean-Bernard Pouy, éd. Folio Policier, 2019  (ISBN 978-2-07-285076-9), p. 52


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