Jacques Chessex

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Jacques Chessex en 2009.

Jacques Chessex (1934 - 2009) est un écrivain, poète et peintre suisse.

L’Ogre, 1973[modifier]

Assis à l’autre bout de la table, Jean Calmet écoutait avec répugnance les bruits de bouche de son père occupé à manger. Ces chuintements, ces succions le dégoutaient comme un aveu sale. On parlait peu, les frères et les sœurs s’observaient, la mère mangeait très vite (…) Le docteur mâchait et déglutissait sans arrêt, mais son regard implacable se posait sur chacun des siens (…) et Jean Calmet se désespérait d’être une fois de plus transpercé par ces yeux tout-puissants qui le fouillaient et le devinaient.
  • L’Ogre, Jacques Chessex, éd. Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1973  (ISBN 978-2-246-11143-6), chap. I, p. 16


Le Vampire de Ropraz, 2007[modifier]

Quand je suis venu habiter Ropraz, en mai 1978, la tombe de Rosa Gilliéron était encore intacte dans l’allée du cimetière que longe le chemin de ma maison (…) La tombe de Rosa a été désaffectée il y a dix ans, lors du réaménagement du cimetière.


Pardon mère, 2008[modifier]

Souvent j’ai eu le temps. C’était quand ma mère vivait. J’étais désagréable avec elle, ingrat, méchant, je me disais : j’aime ma mère. Elle le sait ou elle finira bien par le savoir. J’ai le temps. Elle et moi, l’un quant à l’autre, nous avons le temps. Le temps de quoi ? Moi, de lui prouver que je l’aime et que je mérite son amour. Elle, de reconnaître mon amour d’elle et de me le dire.
  • Pardon mère, Jacques Chessex, éd. Éditions France Loisirs, 2009  (ISBN 978-2-298-05825-3), chap. I, p. 9


Le temps passait, je le savais, mais je croyais ma mère immortelle. Non, rien ne presse (…) Ma mère est immortelle, elle est solide, volontaire, avisée de sa santé, je sais trop qu’un jour elle mourra, en attendant j’ai le temps.
  • Pardon mère, Jacques Chessex, éd. Éditions France Loisirs, 2009  (ISBN 978-2-298-05825-3), chap. I, p. 11


Hosanna, 2013[modifier]

J’ai assisté hier à l’enterrement de mon voisin. Le service funèbre avait lieu à quatorze heures à l’église du bourg, au-dessus de la route de Berne, que j’habite depuis trente ans. J’y étais très en avance. Il y avait déjà beaucoup de monde, des gens debout sur l’esplanade en face d’un paysage qui me saisit, chaque fois que je le vois de cet endroit beau et fin.


Le dur désert des protestants, cet après-midi-là, je le ressentais une nouvelle fois sur mon banc dans cette église où je tendais l’oreille au prêche du premier pasteur, le Français, qui appelait la miséricorde divine sur notre petite assemblée et entreprenait l’éloge du mort.


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