Ivan Illich

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Ivan Illich
Ivan Illich

Ivan Illich (1926-2002) est un philosophe penseur de l'écologie politique et une figure importante de la critique de la société industrielle.

Une société sans école (1971)[modifier]

Le but qu'il faut poursuivre, qui est réalisable, c'est d'assurer à tous des possibilités éducatives égales. Confondre cet objectif et la scolarité obligatoire, c'est confondre le salut et l'Église. L'école est devenue la religion mondiale d'un prolétariat modernisé et elle offre ses vaines promesses de salut aux pauvres de l'ère technologique.
  • Une société sans école, Ivan Illich (trad. Gérard Durand), éd. Seuil, 1971, p. 27


L'école est l'agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu'elle est.
  • Une société sans école, Ivan Illich (trad. Gérard Durand), éd. Seuil, 1971, p. 185


La rareté des enseignants s'explique aussi par l'importance attribuée au « certificat de garantie », qui représente finalement une façon de manipuler le marché de l'emploi. Pour admettre, ou concevoir ce procédé, il faut que les esprits soient formés au mythe de l'école.
  • Une société sans école (1971), Ivan Illich, éd. Points, 2003, p. 34


Grâce à l'initiation de l'école, nous participons au mythe de la consommation illimitée. Ce mythe moderne se fonde sur la croyance selon laquelle le système de production fabrique un bon produit, et que, par conséquent, puisque valeur il y a, une demande va naître. L'école nous enseigne à croire que l'éducation est le produit de l'enseignement.
  • Une société sans école (1971), Ivan Illich, éd. Points, 2003, p. 71


Certains se croient révolutionnaires et sont encore victimes de l'école. Ils en viennent à envisager une «libération » que leur donnerait une institution. Il faut d'abord se libérer de l'école pour dissiper de telles illusions. Faudrait-il encore avoir recours à un plan directeur, à une nouvelle manipulation, pour découvrir que s'instruire s'accommode mal de l'instruction? La déscolarisation est notre responsabilité personnelle, et il revient à chacun de nous de trouver en lui la force nécessaire.
  • Une société sans école (1971), Ivan Illich, éd. Points, 2003, p. 85


L'état d'esprit d'un certain nombre d'éducateurs ressemble fort à celui des évêques après le dernier concile. Les programmes des écoles « nouvelles » ou « libérées » évoquent les liturgies des messes « folk » ou « rock ».
  • Une société sans école (1971), Ivan Illich, éd. Points, 2003, p. 87


La convivialité (1973)[modifier]

La surproduction industrielle d'un service a des effets seconds aussi catastrophiques et destructeurs que la surproduction d'un bien Nous voici confronté à un éventail de limites à la croissance des services d'une société : comme dans le das des biens, ces limites sont inhérentes au processus de croissance et donc inexorables.


J'appelle société conviviale une société où l'outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d'un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l'homme contrôle l'outil.


Une société qui définit le bien comme la satisfaction maximale du plus grand nombre de gens par la plus grande consommation de biens et de services industriels mutile de façon intolérable l'autonomie de la personne. Une solution politique de rechange à cet utilitarisme définirait le bien par la capacité de chacun de façonner l'image de son propre avenir.


Mais aujourd'hui nous pouvons concevoir des outils qui permettent d'éliminer l'esclavage de l'homme à l'égard de l'homme, sans pour autant l'asservir à la machine.


Conçue comme une entreprise industrielle, [la médecine] est aux mains de producteurs (médecins, hôpitaux, laboratoires pharmaceutiques) qui encouragent la diffusion des procédés de pointe coûteux et compliqués, et réduisent ainsi le malade et son entourage au statut de clients dociles.


Il est plus important pour une société post-industrielle de fixer des critères pour la conception de l'outillage – et des limites à la croissance – que de se donner des objectifs de production, comme c'est le cas aujourd'hui. En rendant le développement de la productivité obligatoire et systématique, notre génération menace l'humanité dans sa survie.


La crise écologique, par exemple, est traitée superficiellement lorsqu'on ne souligne pas que la mise en place de dispositifs antipolluants n'aura d'effets que si elle s’accompagne d'une diminution de la production globale. Autrement ces mesures transfèrent les ordures chez nos voisins, les réservent à nos enfants, ou les déversent sur le tiers monde.


Et un monopole radical s'établit quand les gens abandonnent leur capacité innée de faire ce qu'ils peuvent pour eux-mêmes et pour les autres, en échange de quelque chose de « mieux » que peut seulement produire pour eux un outil dominant. Le monopole radical reflète l'industrialisation des valeurs.


Dans le système actuel d'usure programmée à grande échelle, quelques centres de décision imposent l'innovation à l'ensemble de la société et privent les communautés de base de choisir leurs lendemains. De ce fait, l'outil impose l direction et le rythme de l'innovation. Un processus ininterrompu de reconstruction conviviale est possible à condition que le corps social protège le pouvoir des personnes et des collectivités de modifier et renouveler leurs styles de vie, leurs outils, leur milieu, autrement dit leur pouvoir de donner au réel une figure nouvelle.


L'expert ne représente pas le citoyen, il fait partie d'une élite dont l'autorité se fonde sur la possession exclusive d'un savoir non communicable ; mais en fait ce savoir ne lui confère aucune aptitude particulière à définir les bornes de l'équilibre de la vie. [...] Mais il faut une communauté politique d'hommes conscients de la force de leur raison, du poids de leur parole, du sérieux de leurs actes pour choisir, librement, l'austérité qui garantira leur propre vitalité.


Cette crise oblige l'homme à choisir entre des outils conviviaux et l'écrasement par la méga-machine, entre la croissance indéfinie et l'acceptation de bornes multidimensionnelles. La seule réponse possible consiste à reconnaître sa profondeur et à accepter le seul principe de solution qui s'offre : établir, par accord politique, une autolimitation.


La convivialité sera l’œuvre exclusive de personnes utilisant un outillage effectivement contrôlé. Les mercenaires de l'impérialisme peuvent empoisonner ou détruire une société conviviale, ils ne peuvent pas la conquérir.


Dans le miroir du passé (1994)[modifier]

Des corps qui nécessitent d'être convoyés quotidiennement, voilà qui était impensable il y a quelques générations. Lorsque nous sommes au volant ou prenons l'avion, nous parlons d'« aller quelque part ». Les manuels d'ingénierie emploient le terme d'« autolocomotion» lorsque nous nous servons de nos jambes et non de l'ascenseur. Estimant avoir droit à des béquilles hypermécanisées, nous nous sentons dépossédés si nous devons nous servir de nos pieds.
  • Œuvres complètes, Ivan Illich, éd. Fayard, 2013, t. 2, partie « Dans le miroir du passé. Conférences et discours, 1978-1990 », section « 12 ans après némésis médicale (1985) », p. 932


La perte des sens (2004)[modifier]

Désormais, le déclencheur le plus sensible du dégagement d'un crédit de recherche sur n'importe quel sujet, de la génétique à la climatologie, est la promesse que ses résultats contribueront à la santé.
  • La perte des sens (2004 [publication posthume]), Ivan Illich, éd. Fayard, 2012, partie « Société amortelle », p. 274


Citations rapportées[modifier]

[…] les moyens de production présentent des caractéristiques techniques qui rendent le contrôle impossible par le pouvoir politique. Seule une société qui admet la nécessité de coiffer certains aspects techniques de ses moyens de production est en mesure de faire des choix politiques.
  • Extrait de Conversando con I. Illich dans Cuadernos de pedagogía, p. 19 et 20
  • « Ivan Illich (1926-) », Marcela Gajardo, Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée, vol. XXIII nº 3-4, 1993, p. 5-6 (lire en ligne)


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