Hugo von Hofmannsthal

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Hugo von Hofmannsthal, né le 1er février 1874 à Vienne et mort le 15 juillet 1929 à Rodaun (Autriche), est un écrivain autrichien et un des fondateurs du Festival de Salzbourg.

Il fait partie du mouvement littéraire et artistique Jeune Vienne.

Avant le jour (choix de poèmes) (1990)[modifier]

Le vent de printemps court
Dans les allées désertes,
D'étranges choses passent
Avec lui dans un souffle.

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. Avant-printemps, p. 25


Nous sommes de la même étoffe que les songes,
Et les songes ouvrent les yeux, pareils
À de petits enfants sous des cerisiers.

De la cime desquels la source d'or pâle
De la pleine lune s'élève à travers la vaste nuit.
— Ce n'est pas autrement que surgissent nos songes.

Les voici, ils sont vivants comme unn enfant qui rit,
Aussi grands, qu'ils montent ou descendent dans l'air,
Que la pleine lune qui s'éveille à la cime des arbres.

Le plus intime de nous-même est livré au va-et-vient
De leurs mains de spectres qui tissent dans l'espace encombré.
Ils sont en nous, et ils ont vie à tout jamais.

Et trois font un : un homme, une chose, un songe.

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. Nous sommes de la même étoffe, p. 35


Et des enfants grandissent, et profonds sont leurs yeux,
Eux qui ne savent rien, ils grandissent et meurent,
Et tous les hommes vont leur chemin.

[...]

Que nous importe d'avoir vu tant de choses pareilles ?
Et pourtant, que de choses l'on dit avec ce mot "soir",
Un mot d'où coule une pensée profonde et triste

Comme, des alvéoles creuses, le miel lourd.

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. Ballade de la vie extérieure, p. 37


Oui, sans doute faut-il que plus d'un meure en bas,
Là où glissent les pesantes rames des navires,
D'autres ont leur demeure près de la barre, là-haut,
Connaissent le vol des oiseaux et les contrées des étoiles.

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. Plus d'un sans doute..., p. 45


Maintenant s'étire et tressaille sur la lisière blême du ciel,
Prostré sur lui-même, l'orage.
Maintenant le malade se dit : « Voici le jour ! À présent je vais dormir ! »
Et il referme ses paupières brûlantes. Maintenant la génisse
Dans l'étable tourne ses naseaux puissants
Vers le souffle frais de l'aube. Maintenant dans la forêt muette
Le vagabond se relève sans se laver
Du lit moelleux des feuillées de l'année passée,
Et d'une main effrontée il jette la première pierre venue
Sur une colombe qui s'envole, ivre de sommeil.
Et lui-même prend peur à voir la pierre qui lourdement
Retombe avec un bruit sourd sur la terre. Maintenant l'eau s'élance
Comme si à la suite de la nuit qui s'esquive elle voulait
Se précipiter dans les ténèbres, indifférente, sauvage,
S'abandonner avec un souffle glacé, cependant que là-haut [...]
Maintenant claque la porte de l'étable. Et voilà que c'est le jour.

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. Avant le jour, p. 69


Si c'était enfin juillet, et non mars,

Rien ne me retiendrait, je prendrais mon élan :
À cheval, en voiture, en train même,
Je m'en irais dehors, vers le beau pays des collines.

Là, tout près, m'attendraient des groupes de grands arbres,
Platanes, ormes, érables ou chênes :
Que de temps écoulé depuis que j'en ai vus ! [...]

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. Un vieil homme regrette l'été, p. 87


Tu m'as éveillé à des choses
Qui habitaient en moi, secrètes,
Tu fus aux cordes de mon âme
Le murmure du vent de nuit.

Tu fus comme l'énigmatique
Appel de la nuit respirante,
Qui lorsque les nuages glissent
Au dehors, et qu'on sort du rêve,

Repousse au loin les murs étroits,
Les change en doux horizon bleu,
Parcourt les branches, au clair de lune,
D'un tremblement léger, sans bruit.

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. À un passant, p. 117


J'étains la lumière
D'une main pourprée,
Et j'ôte le monde,
Comme un vêtement diapré.

Je plonge dans l'ombre,
Solitaire et nu ;
Le profond royaume
Est mien, je suis sien.

De grandes merveilles glissent
À travers les buissons,
Des veines d'eau sourdent
Au plus profond sens :

Ô que d'autres sourdent !
J'irais jusqu'au cœur,
Au noyau du monde,
Près et loin de tout.

  • Choix de poèmes (par l'auteur), Hugo von Hoffmansthal (trad. Jean-Yves Masson), éd. Orphée La Différence, 1990  (ISBN 978-272-91-0509-9), partie De seuil en seuil, chap. J'éteins la lumière, p. 137


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