Henri Michaux

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Henri Michaux (Namur, 24 mai 1899Paris, 19 octobre 1984) est un écrivain, poète et peintre d'origine belge d'expression francophone naturalisé français en 1955. Son œuvre est souvent rattachée au courant surréaliste, même s'il n'a pas fait partie du mouvement.

La nuit remue[modifier]

Ni thèmes, ni développements, ni construction, ni méthode. Au contraire la seule imagination de l'impuissance à se conformer. Les morceaux, sans liens préconçus, y furent faits paresseusement au jour le jour, suivant mes besoins, comme ça venait, sans "pousser", en suivant la vague, au plus pressé toujours, dans un léger vacillement de la vérité, jamais pour construire, simplement pour "préserver".
  • La nuit remue (1935), Henri Michaux, éd. Poésie Gallimard, 1967, p. 193


L’homme a un besoin méconnu. Il a besoin de faiblesse.
  • La nuit remue (1935), Henri Michaux, éd. Poésie Gallimard, 1967, p. 64


Quant aux livres ils me harassent par-dessus tout. Je ne laisse pas un mot dans son sens ni même dans sa forme.
  • La nuit remue (1935), Henri Michaux, éd. Poésie Gallimard, 1967, p. 102


Même les mots inventés, mêmes les animaux inventés dans ce livre sont inventés « nerveusement » et non constructivement selon ce que je pense du langage et des animaux.
  • La nuit remue (1935), Henri Michaux, éd. Poésie Gallimard, 1967, p. 195



Un barbare en Asie, 1933[modifier]

Le fossé s'est encore agrandi, un fossé de trente-cinq ans à présent.

Et l'Asie continue son mouvement, sourd et secret en moi, large et violent parmi les peuples du monde. Elle se remanie, elle s'est remaniée, comme on ne l'aurait pas cru, comme je ne l'aurais pas deviné.

Il date, ce livre. De l'époque à la fois engourdie et sous tension de ce continent; il date. De ma naïveté, de mon ignorance, de mon illusion de démystifier, il date. Il date d'un Japon excité, surexcité, parlant guerre, chantant guerre, promettant guerre, défilant, hurlant, vociférant, menaçant, harcelant, tenant en réserve des bombardements, des débarquements, des destructions, des invasions, des assauts, de la terreur.

Il date d'une Chine traquée, entamée, menacée de dépècement, n'arrivant plus à se ressaisir, méfiante, fermée, ne sachant plus avec une civilisation désorganisée faire face efficacement ni par ruse, ni par le nombre, ni par rien d'éprouvé jusque-là, au cataclysme imminent.

Il date d'une Inde qui, avec des moyens inattendus ayant l'apparence de la faiblesse, essayait avec malaise de faire lâcher prise au solide peuple dominateur qui la tenait en dépendance.
  • Un barbare en Asie (1933), Henri Michaux, éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1967  (ISBN 978-2-07-070622-8), partie Préface nouvelle, p. 11-12


Ce livre qui ne me convient plus, qui me gêne et me heurte, me fait honte, ne me permet de corriger que des bagatelles le plus souvent.

Il a sa résistance, comme s'il était un personnage. Il a un ton. À cause de ce ton, tout ce que je voudrais en contrepoids y introduire de plus grave, de plus réfléchi, de plus approfondi, de plus expérimenté, de plus instruit, me revient, m'est renvoyé...comme ne lui convenant pas.

Ici, barbare on fut, barbare on doit rester.
  • Un barbare en Asie (1933), Henri Michaux, éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1967  (ISBN 978-2-07-070622-8), partie Préface nouvelle, p. 14


L'homme blanc possède une qualité qui lui a fait faire du chemin : l’irrespect.
  • Un barbare en Asie (1933), Henri Michaux, éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1967  (ISBN 978-2-07-070622-8), p. 25


Quand les Chinois se vantent d'avoir trouvé le diabolo, le polo, le tir à l'arc, le football, le jiu-jitsu, le papier, etc., eh bien, que voulez-vous, ça n'élève pas le Chinois. Ça n'élève pas non plus l'Européen. Ça élève l'Hindou qui, intensément cultivé, n'inventa pas le diabolo, le football, etc. Je serais une civilisation, je ne me vanterais pas d'avoir inventé le diabolo.
  • Un barbare en Asie (1933), Henri Michaux, éd. Gallimard, coll. « L'Imaginaire », 1967  (ISBN 978-2-07-070622-8), p. 168


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