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Gérard Noiriel

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libres.

Gérard Noiriel, né le 11 juillet 1950 à Nancy, est un historien français. Il est l'un des pionniers de l'histoire de l'immigration en France. Il s'est également intéressé à l'histoire de la classe ouvrière, ainsi qu’aux questions interdisciplinaires et épistémologiques en histoire.

Citations[modifier]

Sur la « crise » de l’histoire, 1996[modifier]

Atlas de l'immigration en France, 2002[modifier]

Aujourd'hui, on estime que la quart, voire le tiers, de la population vivant en France est issu de l'immigration, pour peu que l'on remonte jusqu'aux arrière-grands parents. Cette proportion considérable [est] comparable à celle des États-Unis.
  • Atlas de l'immigration en France (2002), Gérard Noiriel, éd. Autrement, 2002, p. 11


Penser avec, penser contre, 2003[modifier]

À quoi sert l'identité nationale, 2007[modifier]

Le miracle du discours sarkozien, c'est donc de proposer une "définition" de l'identité nationale qui réconcilie la droite et la gauche. L'identité de la France, c'est Barrès et Jaurès enfin devenus amis, le chantre de l'antisémitisme cheminant bras dessus, bras dessous, sur les routes de France avec le militant des droits de l'homme.
  • À quoi sert l'identité nationale, Gérard Noiriel, éd. Agone, 2007, p. 87


Chocolat, clown nègre, 2012[modifier]

Dans l’histoire de l’humanité, un petit nombre d’individus ont eu un destin hors du commun, non seulement parce que leur trajectoire leur a permis d’échapper à la condition social que leur origine leur rendait probable, mais aussi parce qu’ils ont été porteurs, sans le savoir, des grands bouleversements qui ont changé la face du monde. Rafael, le « clown Chocolat », a été l’un de ces hommes.
  • Chocolat, clown nègre : l’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française, Gérard Noiriel, éd. Bayard, 2012  (ISBN 978-2-2274-8271-5), chap. Introduction, p. 7


« Chocolat est roi, Chocolat est maître. Vive Chocolat », écrit Jules Claretie dans ses chroniques parisiennes. Cette « étoile noire » mériterait assurément de trouver sa place au firmament de notre mémoire collective, même si Rafael n’a été qu’une « étoile filante », puisqu’il a disparu de l’espace public aussi brutalement qu’il y était apparu.
  • Chocolat, clown nègre : l’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française, Gérard Noiriel, éd. Bayard, 2012  (ISBN 978-2-2274-8271-5), chap. Introduction, p. 7-8


[…] l’historien n’est pas un procureur. Il doit se tenir à distance des dénonciations car celles-ci sont souvent des obstacles à la connaissance.
  • Chocolat, clown nègre : l’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française, Gérard Noiriel, éd. Bayard, 2012  (ISBN 978-2-2274-8271-5), chap. Introduction, p. 9


Propos publics[modifier]

La question de l’immigration a pris une place de plus en plus grande dans mon travail non seulement parce qu’elle avait été jusque-là scandaleusement ignorée par l’historiographie française, mais aussi et surtout en raison du nouveau contexte politique : l’émergence du Front national dans le paysage politique à partir de 1983. Alors qu’on croyait que les horreurs de la barbarie nazie avaient discrédité à tout jamais le fonds de commerce de l’extrême droite, on a vu se développer sous nos yeux un parti manipulant cyniquement la question de l’immigration pour nourrir les réflexes xénophobes d’une partie de la population française.
  • « "Ouvrir à tous la connaissance savante". Entretien Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Jérôme-Alexandre Nielsberg), L'Humanité, 21 janvier 2004 (lire en ligne)


Toujours dans la perspective de conjuguer mon engagement civique et mon travail scientifique, j’ai entrepris de montrer que pour comprendre la question de " l’intégration des immigrés ", il fallait l’aborder avec les outils de l’histoire sociale. Autrement dit, il fallait que l’histoire sociale prenne enfin au sérieux la question nationale, jusque-là monopolisée par la philosophie politique et l’histoire des idées. C’est le thème central de mon livre : Le Creuset français.
  • « "Ouvrir à tous la connaissance savante". Entretien Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Jérôme-Alexandre Nielsberg), L'Humanité, 21 janvier 2004 (lire en ligne)


L’important pour moi, c’est de transformer les questions d’actualité en problèmes scientifiques. La plupart de mes livres ont été écrits avec ce souci. C’est une des leçons que j’ai retenue de mes lectures philosophiques (Foucault), sociologiques (Bourdieu) et bien sûr historiques (Lucien Febvre, Marc Bloch).
  • « "Ouvrir à tous la connaissance savante". Entretien Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Jérôme-Alexandre Nielsberg), L'Humanité, 21 janvier 2004 (lire en ligne)


Au cours de ces dernières décennies, l’histoire sociale a fini par perdre son identité, notamment parce qu’elle a été définie comme un domaine voué à l’étude d’un aspect de la réalité, le " social ", coincé entre " l’économique " et " le politique ". Mais comme, quelque part, tout est " social ", l’histoire sociale n’a jamais eu d’objet propre. C’est pourquoi elle a été tirée dans tous les sens. En définissant la socio-histoire, à partir des pratiques de recherche (et non plus d’une tranche de réalité), comme un ensemble de compétences mises en ouvre par une communauté de chercheurs, j’ai voulu éviter cet écueil.
  • « "Ouvrir à tous la connaissance savante". Entretien Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Jérôme-Alexandre Nielsberg), L'Humanité, 21 janvier 2004 (lire en ligne)


L’enrichissement de la culture d’un pays nécessite que les élites se renouvellent en s’ouvrant sur les milieux populaires. Or, aujourd’hui, il est évident que l’ascenseur social est en panne. Comme plusieurs études sociologiques l’ont montré, dans les grandes écoles, la proportion d’élèves issus des milieux populaires est beaucoup plus faible que dans les années cinquante. C’est un problème politique majeur que la droite tente actuellement de désamorcer avec un discours sur les " discriminations positives " qui illustre en fait une stratégie d’ethnicisation des rapports sociaux, en tout point contraire au combat républicain pour la démocratisation de la société française. La gauche devrait prendre cette question à bras le corps et proposer des solutions permettant l’émergence d’une nouvelle élite, par d’autres voies que les formes académiques classiques.
  • « "Ouvrir à tous la connaissance savante". Entretien Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Jérôme-Alexandre Nielsberg), L'Humanité, 21 janvier 2004 (lire en ligne)


Ce qui me séduisait au fond dans le marxisme, c’est l’idée qu’on pouvait être utile aux autres en devenant savant. Comme beaucoup d’étudiants issus des milieux populaires j’avais besoin de m’en persuader, pour combattre le sentiment de culpabilité qu’on ressent à l’idée de quitter son milieu familial et de " trahir " les siens.
  • « "Ouvrir à tous la connaissance savante". Entretien Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Jérôme-Alexandre Nielsberg), L'Humanité, 21 janvier 2004 (lire en ligne)


L’intellectuel de gouvernement, c’est la solution qui consiste à tisser et à cultiver des liens entre les élites savantes et politiques, entre autres par l’entremise des revues, des fondations et des journaux, chargés d’homogénéiser des langages différents. Le problème majeur de cette solution est qu’elle aboutit toujours au « sacrifice » du savant, et à une reprise des problèmes politiques avec les termes dans lesquels ils sont posés dans l’espace politique.
  • « L’histoire est un sport de combat. entretien avec Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Vacarme), Vacarme, 2 juillet 2005 (lire en ligne)


L’intellectuel révolutionnaire se caractérise quant à lui par son refus d’admettre la division du travail entre le savant et le politique. Il récuse toute idée d’une neutralité du savoir - dénoncée comme une caution de l’idéologie bourgeoise - et œuvre à la création d’un milieu militant, autonome par rapport aux institutions universitaires et politiques.
  • « L’histoire est un sport de combat. entretien avec Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Vacarme), Vacarme, 2 juillet 2005 (lire en ligne)


(...) je me reconnais mieux dans la figure de l’intellectuel spécifique. Celui-ci se distingue de l’intellectuel de gouvernement parce qu’il s’efforce d’aborder les problèmes politiques et sociaux autrement que les journalistes et les gouvernants. Mais il se distingue aussi de l’intellectuel révolutionnaire au sens où il respecte le principe démocratique de la séparation des fonctions et défend la nécessité d’une autonomie de la science par rapport au politique. Il croit que les connaissances spécialisées qu’il élabore sur la société (et notamment celles qui contribuent à éclairer les relations de pouvoir dans le monde actuel) peuvent être utiles à ceux qui luttent contre les formes de domination et d’humiliation qu’ils subissent.
  • Sur son engagement dans le débat public en tant qu'historien.
  • « L’histoire est un sport de combat. entretien avec Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Vacarme), Vacarme, 2 juillet 2005 (lire en ligne)


La majorité de mes collègues ont tendance à penser qu’ils n’ont pas besoin de justifier leur fonction sociale. C’est une erreur. Nous ne sommes pas chercheurs « de droit divin ». Nous devons être capables de faire comprendre à l’opinion pourquoi les connaissances spécialisées que nous produisons sont importantes et utiles. Encore faudrait-il qu’elles soient mises à la disposition du grand public. Ce qui n’est pas le cas. Les politiciens ne jurent que par les experts et les journalistes nous considèrent comme des empêcheurs de médiatiser en rond. Dans des domaines aussi essentiels que l’immigration, la délinquance, etc., les acquis des sciences sociales sont systématiquement occultés et même discrédités par des intellectuels médiatiques qui ont renoncé au travail de recherche pour occuper les colonnes des journaux, les plateaux de télévision, voire les cabinets du pouvoir.
  • « L’histoire est un sport de combat. entretien avec Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Vacarme), Vacarme, 2 juillet 2005 (lire en ligne)


Ce que je rejette absolument, ce sont les usages normatifs de la science. En tant que sociologue et historien, je ne sais pas mieux que n’importe quel citoyen lambda ce qu’il faudrait faire pour avoir une « bonne politique de l’immigration ». Je refuse de répondre aux questions des journalistes sur ce sujet, parce que, pour moi, ce sont de mauvaises questions qui cautionnent leur vision du monde social. En revanche, j’interviens assez souvent dans le débat public pour montrer les effets que telle ou telle politique peut avoir sur les personnes qu’elle vise et attirer l’attention de l’opinion sur les formes de souffrances qu’elle engendre.
  • « L’histoire est un sport de combat. entretien avec Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Vacarme), Vacarme, 2 juillet 2005 (lire en ligne)


Certes, aujourd’hui, la composition des classes populaires doit plus à l’immigration que dans le passé. Mais ce n’est pas une raison pour se laisser imposer un discours ethnique, dont la principale fonction est de masquer les formes actuelles de domination sociale. Aujourd’hui comme hier, la démocratisation doit donc passer par un soutien aux enfants des classes populaires, et par l’adaptation des contenus scolaires aux réalités du monde actuel. Le modèle social de la République française n’a pas « échoué ». Ce sont ceux qui parlent au nom de la République qui l’ont jeté au panier.
  • Au sujet des politiques de discrimination positive qui, selon lui, ne règlent pas réellement le problème de l'exclusion des classes populaires.
  • « L’histoire est un sport de combat. entretien avec Gérard Noiriel », Gérard Noiriel (propos recueillis par Vacarme), Vacarme, 2 juillet 2005 (lire en ligne)


Nous ne confondons pas histoire et mémoire. Notre rôle n'est pas de régenter notre rapport au passé, mais, au contraire, de maintenir une réflexion autonome et critique en nous tenant à distance des enjeux de mémoire, et de leurs principaux acteurs.
  • Au sujet du comité de vigilance sur les usages publics de l'histoire qu'il a co-fondé.
  • « Gérard Noiriel : "C'est la reconnaissance de notre action" », Gérard Noiriel (propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon ), Le Monde, 10 décembre 2005 (lire en ligne)


Ceux qui critiquent sont renvoyés dans les cordes en étant accusés de ne pas aimer la France ou d'être hostiles au peuple. Pour discréditer nos critiques, Nicolas Sarkozy nous a traités de «petite intelligentsia». La stratégie de Le Pen dans les années 80 était la même. Le leader d'extrême droite lançait des petites phrases tout en laissant le soin aux commentateurs de leur donner du sens. C'est une nouvelle technique de communication politique. Les critiques elles-mêmes sont intégrées au bruit que va faire le slogan. Nicolas Sarkozy l'a d'ailleurs dit explicitement : «Pourquoi on arrêterait, puisqu'on a gagné trois points dans les sondages ?» Ce type de discours joue sur les franges de l'opinion qui naviguent entre la droite et l'extrême droite, et qui ne sont pas stabilisées du point de vue de la conviction politique.
  • Au sujet des propos de Sarkozy et de la droite sur la notion d'identité nationale.
  • « Interview. «C'est toujours la droite qui a évoqué le sujet» », Gérard Noiriel (propos recueillis par Catherine Coroller), Libération, 16 juillet 2007 (lire en ligne)


On s'aperçoit que c'est toujours la droite qui, dans l'histoire contemporaine de la France, a remis la question de l'identité nationale sur le devant de la scène, au détriment des problèmes sociaux sur lesquels elle a toujours été en difficulté face à la gauche.
  • « Interview. «C'est toujours la droite qui a évoqué le sujet» », Gérard Noiriel (propos recueillis par Catherine Coroller), Libération, 16 juillet 2007 (lire en ligne)


Je considère que l'État-nation est un groupe social comme les autres. L'appartenance nationale est donc un élément de notre identité individuelle, parmi d'autres. Mais toutes ces identités fonctionnent de façon latente. Beaucoup de gens ne se sentent pas français en France, mais seulement quand ils vont à l'étranger ou lors d'un match de football. On pourrait dire la même chose de notre identité professionnelle, sexuelle, etc. Chaque personne est faite d'une multitude d'éléments identitaires.
  • « Interview. «C'est toujours la droite qui a évoqué le sujet» », Gérard Noiriel (propos recueillis par Catherine Coroller), Libération, 16 juillet 2007 (lire en ligne)


(...) j'ai construit ce livre pour montrer qu'on avait affaire à un héros. Cela permettra peut-être à certains de s'identifier alors qu'ils ne s'identifieraient pas à Jeanne d'Arc ou à Napoléon. On est dans une société très diversifiée, mais ce sont toujours les mêmes héros qui sont mis en avant. Il ne suffit pas de rajouter des chapitres dans les manuels d'histoire, il faut aussi créer des héros.
  • Au sujet de sa biographie de Chocolat.
  • « Interview. Gérard Noiriel : «Chocolat, tu t’es battu, tu as été l’acteur de ta vie» », Gérard Noiriel (propos recueillis par Natalie Levisalles), Libération, 6 janvier 2016 (lire en ligne)


Si le Front national peut revendiquer la paternité de la formule "racisme anti-Blancs", il n'a pas inventé la rhétorique qui la sous-tend. Celle-ci a été forgée au début de la IIIe République. Elle a servi au départ à alimenter l'antisémitisme. Toute l'argumentation raciste d'Édouard Drumont dans la France juive (1886) repose sur l'inversion des rapports de domination entre majorité ("nous, Français") et minorité ("eux, les juifs"). Pour Drumont, les juifs ne sont pas des victimes mais des agresseurs. Ses "preuves", il les trouve dans les faits divers colportés par la presse mettant en cause des juifs.
  • « "Racisme anti-Blancs", non à une imposture ! », Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, Le Monde, 14 novembre 2012 (lire en ligne)


Le fait qu'un Français puisse être insulté (ou agressé) par un individu issu d'une minorité discriminée est condamnable, mais pas au nom des principes qui sous-tendent le combat antiraciste.
  • « "Racisme anti-Blancs", non à une imposture ! », Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, Le Monde, 14 novembre 2012 (lire en ligne)


L'idéal éducatif des Lumières a laissé la place à la logique répressive du procès, ce qui a conduit les associations à englober sous le terme "racisme" des réalités différentes. L'accusation de "racisme" pouvant être mobilisée dans tous les sens, les conservateurs ont compris le bénéfice politique qu'ils pouvaient en tirer. Depuis les années 1980, la médiatisation des affaires de racisme a eu aussi pour effet d'accélérer la "racialisation" du discours social. Désigner les individus par leur couleur de peau, leur origine, leur religion, c'est alimenter un processus d'assignation identitaire. Au lieu de résister à cette dérive, une partie du mouvement antiraciste l'a accompagnée et cautionnée.
  • « "Racisme anti-Blancs", non à une imposture ! », Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, Le Monde, 14 novembre 2012 (lire en ligne)


La racialisation du discours public contribue à l'enfermement identitaire de la fraction déshéritée de la jeunesse populaire.
  • « "Racisme anti-Blancs", non à une imposture ! », Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, Le Monde, 14 novembre 2012 (lire en ligne)


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