Eugenio Corti

Une page de Wikiquote, le recueil des citations libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Eugenio Corti est un écrivain et essayiste italien, né le 21 janvier 1921 à Besana in Brianza, dans la province de Monza et de la Brianza (Lombardie), et mort le 4 février 2014 dans la même ville.

Citations d'Eugenio Corti[modifier]

Le Cheval rouge[modifier]

Aucun de ces hommes torturés qui avaient choisi de « bien mourir » n’acceptait en réalité de mourir : de même qu’on ne peut pas tenir la main sur un fer rouge, aucun d’entre eux, en effet, ne pouvait arrêter sa pensée sur la perspective qu’il serait bientôt un cadavre. Certes, puisqu'ils n’étaient pas disposés à devenir des êtres misérables et pleurnicheurs qui probablement seraient tués de toute façon, il ne leur restait qu’à mourir en combattant ; mais ce n’était pas pour autant qu’ils l’acceptaient. L’homme, même quand il se porte à la rencontre de la mort, n’accepte jamais de mourir. Les minutes passaient, insoutenables.
  • Le Cheval rouge, Eugenio Corti, éd. Édition l'Age d'homme, 2011, p. 248


Stefano pensa qu'ils avaient épuisé leurs munitions. C'est alors que survint un fait atroce : certains se mirent à demander de façon pressante quelque chose à l'un de leurs sous-officiers armé d'un pistolet, lequel d'abord refusait et tergiversait ; puis il finit par consentir : pointant le pistolet sur la tempe d'un soldat, il fit feu et l'abattit. Tout de suite, d'autres s'avancèrent, demandant à être tués. Un autre gradé sortit son pistolet.
  • Le Cheval rouge, Eugenio Corti, éd. Édition l'Age d'homme, 2011, p. 249


Son âme abandonna son corps. Comme au temps où, enfant, dans la cour de la Nomanella, mains et ventre appuyés sur l'un des brancards de la charrette, Stefano poussait les jambes en l'air et la tête en bas pour jouer à voir les monde à l'envers, ainsi maintenant, autour de lui, un grand renversement se produisit.

Au même moment à Nomana — à trois mille kilomètres de distance — un tic tac sur une vitre de la chambre à coucher réveilla mamm Lusia qui poussa un cri : « Stefano est mort ! Oh pauvre de moi, pauvre de moi, pauvre de moi. »
Ferrante s'éveilla en sursaut : « Comment ? Quoi… Qu'est-ce que tu dis ? »

– Notre Stefano est mort, il est mort.
  • Le Cheval rouge, Eugenio Corti, éd. Édition l'Age d'homme, 2011, p. 250, 251


– Comment vous sentez-vous mon Capitaine ?
– Je n'en ai plus pour longtemps.
– Si tu t'en sors, dis-le à ma mère.
– Oui mon capitaine, je le lui dirai.
– Dis-lui que j'ai fais mon devoir, et que donc je meurs en paix avec les hommes et avec Dieu.

  • Le Cheval rouge, Eugenio Corti, éd. Édition l'Age d'homme, 2011, p. 342


Le capitaine il est blessé
Il est blessé et va mourir
Premier morceau pour la montagne
Qu'elle le recouvre de fleurs
Le deuxième pour notre roi
Qu'il se rappelle son soldat
Le troisième morceau au régiment.
Le quatrième pour ma mère
Qu'elle se souvienne de son fils,
Le Cinquième pour que ma belle
N'oublie pas son premier amour

  • Le Cheval rouge, Eugenio Corti, éd. Édition l'Age d'homme, 2011, p. 342


Adieu donc à toi aussi premier amour, adieu pour toujours, ce que nous avions rêvé ne sera jamais... Adieu montagne, patrie, régiment, adieu mère et premier amour, chantaient les chasseurs alpins. Ils chantaient et pleuraient, les chasseurs valeureux, et leur chant patient contenait toute la douleur de notre humaine impuissance. Ils chantèrent encore quand le capitaine ne chantait plus et ne les accompagnait que des yeux. Ils ne cessèrent de chanter que lorsqu'ils se rendirent compte que le capitaine Grandi était mort.
  • Le Cheval rouge, Eugenio Corti, éd. Édition l'Age d'homme, 2011, p. 343


En substance, Michele s'était rendu compte que marxisme et nazisme avaient un nombre extraordinairement élevé d'ancêtres communs, qu'ils étaient en somme de la même veine. En effet, tous les deux – en une antithèse désormais presque parfaite avec le christianisme qui est amour – s'expliquaient à travers des mécanismes de haine analogues : mais, tandis que pour le marxisme une classe rédemptrice (le prolétariat) était appelée à renverser et à « réprimer » les autres classes, pour le nazisme il s'agissait au contraire d'une race élue, appelée à dominer et asservir les autres.
  • Le Cheval rouge, Eugenio Corti, éd. Édition l'Age d'homme, 2011, p. 695


La plupart ne reviendront pas[modifier]

Bellini et moi regardâmes en silence Zorzi qui s'éloignait : nous ne devions plus le revoir...

Je voudrais que ces quelques mots, pauvres et insuffisants, soient un chant de mémoire : il était le meilleur de tous les hommes que j'ai rencontrés pendant ces dures années de guerre. Son âme était simple, ses pensées profondes; ses soldats l'aimaient beaucoup. Il était très courageux comme il sied à un homme vrai.
J'avais formé un vœu pour que tu reviennes.
Mais tu n'est jamais revenu.

Je continuerai à m'entretenir avec toi, je crois, en bien des moments de cette vie. Le voile qui sépare cette vie de la tienne est si mince ! Nous marcherons encore ensemble, comme nous marchions ensemble, côté à côte, sur les sentiers de la steppe dans les journées d'été.
  • La plupart ne reviendront pas, Eugenio Corti, éd. Édition de Fallois, coll. « L'âge d'homme », 2003, p. 57


Les Derniers Soldats du roi[modifier]

Adieu maintenant Filottrano; et adieu à toi aussi, cœur de notre jeunesse. Le temps passant, qui sait combien d'évènements ont dû se succéder là-bas, et, bien sûr, au long des années de débat politique, le jugement porté sur notre action aura plus d'une fois changé (les rengaines habituelles pour ou contre l'armée...) Par la suite, et c'est bien naturel, les gens nous auront complètement oubliés. Seul le cœur de nos morts, là-bas, s'est arrêté à l'heure de leur jeunesse.
  • Les Derniers Soldats du roi, Eugenio Corti, éd. Édition de Fallois, coll. « L'âge d'homme », 2004, p. 209


Ils moururent tous deux avant la tombée de la nuit. Mort, ce pauvre Jésus d'aumômier, avec sa mère qui l'attendait dans la campagne de Mantoue, scandant les heures interminables sur son chapelet. Il avait fini de se battre à sa manière têtue, la main dans la main du Seigneur, contre les autres et contre sa propre jeunesse. Plus jamais maintenant les femmes de Mantoue ne le tourmenteraient au confessionnal, parce qu'il était beau et fort; il ne s'en plaindrait plus auprès de nous qui étions ses amis. Des choses dont un prêtre ne parle pas facilement, même au front.
  • Les Derniers Soldats du roi, Eugenio Corti, éd. Édition de Fallois, coll. « L'âge d'homme », 2004, p. 186


Histoire D'Angelina et autres récits[modifier]

En homme de réflexion qu'il était, don Carlo chercha à comprendre les raisons de ce phénomène — inattendu même pour lui, vu toutes les circonstances et les jugements superficiels qui ont toujours couru sur le compte des soldats (et qui courent d'autant plus aujourd'hui !) — jusqu'à s'en donner une explication convaincante : « La guerre est pour l'homme un moment de séparation par rapport à Dieu en tant que loi morale, c'est un abandon temporaire des événements historiques à la logique implacable de l'erreur... Ceux qui souffrent à cause de la guerre sont les victimes qui paient pour tout le monde, qui réconcilient l'homme avec Dieu et reconquièrent la paix et l'ordre pour tous leurs frères. En tant que tel, le soldat est un rédempteur à la fois humain et modeste — je dis rédempteur en pensant au Christ — car la loi en vertu de quoi il souffre et meurt est la même que celle pour laquelle le Christ porte la croix et monte sur elle : pour les hommes et pour leur salut. »
  • Histoire D'Angelina et autres récits, Eugenio Corti, éd. L'âge d'homme, coll. « Au cœur de l'homme », 2013  (ISBN 978-2-8251-4174-8), p. 115


Citations sur Eugenio Corti[modifier]

Le « cas » Eugenio Corti montre en définitive que la passion de la vérité — fût-elle anticonformiste — peut encore gagner des batailles culturelles. La liberté d'esprit n'a pas totalement déserté la littérature : un auteur peut avoir confiance en l'intelligence des lecteurs et de son éditeur. Le message est réconfortant. Que Vladimir Dimitrijevic ait voulu que la traduction française de cet admirable roman paraisse à l'Age d'Homme, en est une éclatante confirmation.
  • Le cheval rouge, François Livi, éd. L'âge d'homme, coll. « Au cœur de l'homme », 2013  (ISBN 978-2-8251-4174-8), p. 10


Vous pouvez également consulter les articles suivants sur les autres projets Wikimédia :